HISTOIRES, ANECDOTES ET CHASSES DE LOUPS
Dans le journal d'un bourgeois de Paris, sous Charles VI et Histoires Charles VII, il est rapporté que, dans l'année 1437, les loups dévorèrent , entre Montmartre et la porte Saint-Antoine , quatorze personnes, et ils étaient devenus si enragés de chair humaine, que, « s'ils trouvaient un troupeau de bêtes, ils assaillaient le berger et laissaient les bêtes. » Quelques pages plus loin, on trouve l'histoire de Courtaud, loup monstrueux ainsi surnommé parce qu'il n'avait point de queue. Il élait devenu l'épouvante de tout le monde, et on en parlait, dit le journal, comme on fait du larron du bois ou d'un cruel capitaine. Il finit par être tué et fut promené dans tout Paris.
— Sous Louis XIV , les loups étaient encore extrêmement nombreux et faisaient beaucoup de dégâts, car M. de Lorraine, dans un seul hiver, tua trois cent quinze loups dans un rayon de 3 lieues (12 kilomètres) autour de Nancy. (M. de Beauveau. — Mémoires. Cologne, 1699.) — En 1712, ils commirent de tels désordres dans la forêt d'Orléans , que le roi fut obligé d'y envoyer son équipage de loup, et déjà cent personnes avaient été victimes de ce fléau. (Dangeau, t. XIV, p. 218.)
— Salnove raconte, du reste, dans son ouvrage, avoir vu périr,
sous Louis XIII et en peu d'années , trois cents personnes sous la dent des loups.
— Sous Louis XV, l'épizootie qui fit périr presque tous les équipages de France en 1764 ( ce fut l'invasion de la maladie des jeunes chiens inconnue jusqu'alors) causa un accroissement considérable dans le nombre des loups, qui firent bientôt des dégâts affreux.
— En 1763, ils firent encore de grands ravages aux environs de Meung, près d'Orléans. A peu près vers le même temps ils ravagèrent tout le Soissonnais et les pays qui entourent Saint-Mihiel et Sainte-Menehould; beaucoup de personnes furent dévorées ou^ périrent enragées. Le chirurgien Manet, de l'abbaye de Moutiers, en allant soigner des personnes blessées par les loups, fut démonté' par eux et blessé dangereusement.
— C'est aussi à peu près vers le môme moment qu'un loup furieux ravagea les environs de Verdun et vint jusque sous les k nparts de la ville attaquer des paysans. Vers sept heures du nu. lin, le commandant de la ville, suivi des officiers du régiment de Navarre et de plusieurs notables, se mit à sa poursuite; ils l'atteignirent t le tuèrent vers dix heures , mais il avait déjà tué cinq personnes et blessé douze autres.
— Enfin, en juin 1765, ils étaient si nombreux dans la forêt de Sainte-M. nehould, qu'ils forcèrent les bûcherons à l'abandonner ; ils venaient les attaquer jusque dans leurs cabanes. Ce fut à celte époque que, sur les plaintes réitérées des habitants , on envoya contre eux M. de Lisle du Moncel, célèbre chasseur de loups du temps. Lui et son frère leur firent une guerre si acharnée , qu'ils parvinrent à les détruire. Ils en tuèrent, en deux ans, cent trente,
presque tous vieux loups. Pour montrer l'énergie avec laquelle il leur fit la guerre, je vais citer quelques feuillets du registre officiel.
« Le 15 novembre 1766, M. de Lisle du Moncel tua un grand loup d'espèce étrangère, qui avait 11 pouces '/2 (32 centimètres) de distance entre le bout du mufle et l'oreille. Quelques jours après, ayant encore surpris cette troupe de loups, il tua une louve, et, voulant l'achever avec son couteau, elle se jeta sur lui et le mordit. Le 4 décembre, il les détourna encore, les attaqua, en tua un et blessa deux autres. Le 6, il tua un grand loup semblable à celui du Gévaudan. Le 14, il en tua encore un. Le 3 janvier, ayant encore eu connaissance du reste de la troupe, il se mit à leur poursuite, et, le i, abattit une louve presque blanche qui avait douze ou quinze raies noires le long des flancs , et les oreilles marquées de taches blanches. Le 17, il les détourna de nouveau et les attaqua. Cinq loups furent tués, et, entre autres, un grand loup tout noir; quatre qui avaient été blessés furent achevés le lendemain, et un paysan trouva mort un autre loup noir. » Enfin, en deux mois , M. du Moncel en tua trente-six.
— Mais, à la même époque et dans une autre partie de la France, un loup faisait de bien plus grands ravages et soulevait des provinces tout entières. C'est dans les bois de Mercoire , en juin 1764, que la fameuse bête du Gévaudan commença ses ravages; elle y dévora plusieurs femmes et enfants, et, malgré les chasses qu'on lu* n '' et les traques des paysans soulevés, elle étendit ses ravages du côté de Saint-Alban. Elle donna bientôt jusque dans le Rouergm °* dans l'Auvergne , < j > tejs dégâts , que les états du Languedoc votèrent 2,400 livres pour sa dest-'Uion. Le 7 février 1765, l'évêque de Mende fit un mandement à ce sujet pour ordonner des
prières publiques et l'exposition du saint sacrement dans la cathédrale. Mais la terrible bête continua ses ravages, dévorant les enfants et les bergers.
Louis XV , touché des malheurs du Gévaudan , promit une récompense de 6,000 livres à celui qui tuerait ce monstre.
Le 7 mars 1765, soixante-treize paroisses du Gévaudan et trente duRouergue et de l'Auvergne, formant un corps de20,000chasseurs, s'organisèrent en un traque immense pour s'en délivrer. L'animal fut découvert et lancé dans la paroisse de Prunières, et le curé du village , suivi de dix autres chasseurs , se mit à sa poursuite , traversa la rivière de Trinère qui était débordée et glacée, le suivit pendant quatre heures jusqu'à Malzieu, où il finit par lui tirer un coup de fusil qui le blessa; mais le loup se releva et disparut.
Une autre battue générale, faite le 10, n'eut pas de résultat.
Le gouvernement envoya alors en Auvergne le marquis d'Enneval, gentilhomme normand, le plus célèbre louvetier de France, qui avait déjà tué un millier de loups, détruit les loups noirs qui dévoraient les femmes en Normandie, et tué lui-même le grand loup qui avait fait tant de dégâts en Soissonnais.
Des chasseurs de Provence, du Languedoc, du Vivarais, du Comlat, du Dauphiné se joignirent à lui; mais, malgré tous ses soins, le marquis d'Enneval ne put parvenir à le joindre, quoique l'animal continuât ses ravages, mangeant les enfants et les femmes.
Louis XV résolut alors d'envoyer dans le Gévaudan le sieur Antoine, lieutenant de ses chasses et son porte-arquebuse, homme très-expert et très-entendu , avec un détachement des meilleurs gardes des capitaineries de Saint-Germain et de Versailles, et tous les chiens de la louveterie. Les ducs d'Orléans, de Penthièvre et le
prince de Condé y joignirent aussi l'élite de leurs équipages. Toute cette troupe arriva dans le Gévaudan le 7 août 1765.
Malgré l'intelligence et les bonnes mesures du sieur Antoine , pendant tout un mois l'animal lui échappa et continua son carnage de femmes et d'enfants. Enfin, le 20 septembre 1765, il le détourna dans les bois de Pommières , dépendant de l'abbaye royale de Chazes. Les gardes et quarante tireurs choisis fouillèrent l'enceinte, aidés des chiens , et firent lever l'animal, qui s'avança droit sur un ravin où s'était caché M. Antoine. Celui-ci lui tira dans le flanc droit un coup de tromblon qui le jeta par terre, et, parla force du recul, renversa aussi M. Antoine. Le loup se releva aussitôt et courut sur lui, mais Reinhard, garde du duc d'Orléans, qui accourait à son secours, le tua d'un coup de carabine.
C'était un loup ordinaire , seulement il était énorme. Il avait 32 pouces ( 89 centimètres ) de haut, 5 pieds 7 pouces 72 ( .ln\ 81 ) de long, 3 pieds (1 mètre) de circonférence, et pesait 150 livres (75 kilog.). Le sieur Antoine le fit empailler et le présenta au roi le 1er octobre.
11 avait dévoré quatre-vingt-trois personnes et blessé trente. Le gouvernement dépensa, pour le tuer, 29,614 livres.
— En 1771, un grand loup fit d'affreux ravages dans le bas Poitou, où il mangea un pâtre et blessa à mort un autre enfant. Le 29 juillet, comme il venait d'assaillir deux bergères, dont l'une s'était défendue énergiquement , il fut attaqué par l'équipage de M. de la Rochejacquelin , sous la direction de M. Boutellier de Beauregard, célèbre chasseur de loups, et forcé par les chiens après une chasse magnifique ; il fut tué d'un coup de pistolet.
— A l'automne, les louveteaux de ce loup, qui avaient mangé de la chair humaine, commencèrent à faire des dégâts dans les environs de Châtillon-sur-Jèvre. Mme la marquise de la Rochejacquelin, en l'absence de son mari, se mit à la tête de l'équipage, les attaqua, en prit deux et tua le troisième.
— En 1774, une louve fit de grands ravages en Normandie, du côté du bourg de la Haye-du -Puits et aux environs des bois de Montcastre. Chose bizarre et très - singulière , elle s'accompagna longtemps d'un lévrier noir appartenant à M. de Mobecq, et eut de lui cinq petits métis dont on s'empara. — Le curé d'Angerville en éleva un qui tenait parfaitement du chien et du loup ; mais il devint si méchant, qu'on fut obligé de le tuer. (Le Masson, Vénerie normande. )
— En 1788, un loup monstrueux fit beaucoup de dégâts dans les environs d'Angoulême. 11 fut tué cette année même, et il égalait, comme taille, la bête du Gévaudan, car il avait près de 3 pieds (1 mètre) de haut, 5 pieds (l™^) de long, et pesait 150 livres ( 75 kilog. j.
— Deux ans après la mort du loup du Gévaudan, le 20 juin 1767, dans une chasse dirigée par le marquis d'Apchier dans la généralité d'Auvergne, le nommé Chastel tua un loup énorme dont la tête avait 11 pouces (30 centimètres) entre l'occiput et le mufle. Son cou était rayé de bandes noires, et il avait sur le poitrail une grande marque en forme de cœur. Ses ongles étaient énormes et de couleur jaune pâle comme ses jambes, qui n'avaient point de raie noire. Ses grandes dents avaient 1 pouce 4 lignes ( 37 millimètres ) et 6 lignes (14 millimètres) de diamètre. Ce loup avait attaqué, dévoré ou blessé différentes personnes, entre autres une jeune fille qu'il avait
enlevée sous les yeux de son père; celui-ci le poursuivit vainement à travers le bois. On trouva dans l'estomac de ce loup les fragments du crâne d'un enfant adulte.
— En l'an VI (1798), les loups dévorèrent dans la Nièvre, près de Saint-Sauveur, une douzaine de personnes. MM. d'Arthel s'y transportèrent avec leur équipage et les détruisirent.
— En l'an IX ( 1801), deux énormes loups tuèrent ou blessèrent dix-sept personnes dans le canton de Varzy, et, dans une battue, un traqueur, nommé Millot, fut attaqué par l'un d'eux et eut le visage et un bras dévorés. MM. d'Arthel, s'y étant transportés, attaquèrent, le second jour, un des loups, qui fît tête de suite à la meute dans l'enceinte où il avait été détourné, et fut tué sans avoir voulu fuir. Le lendemain, ils attaquèrent le second loup, qui fut blessé grièvement et trouvé mort, le surlendemain, à la chapelle Saint-André.
— En 1817, un loup fit de grands ravages dans les environs de Clamecy, où il tua six personnes et en blessa douze. Le jour de l'arrivée de l'équipage du marquis de Pracomtal, il dévora un enfant, et le lendemain, ayant enlevé l'enfant du nommé Guibert, garde de M. de Chastellux, il fut détourné par la Rosée, piqueux de M. de Pracomtal, dans le bois des Sept- Arpents, commune de Dorney. Attaqué de suite par la meute sous la direction du comte Decharry, il fut d'abord mené froidement par une meute ordinairement intrépide au loup, puis chassé ensuite plus vigoureusement, il fut tué au Chéne-Brùlé par un nommé Renault, garde forestier.
— En 1850, les loups attaquèrent à Sarrancolin, à neuf heures du soir, un porteur de contraintes et le dévorèrent. La même année, à Saint-Girons, ils dévorèrent deux voyageurs qui, en se
défendant , tuèrent un des loups dont on retrouva le corps.
— En 1851, une louve furieuse parcourut le pays de Cornouailles, en Bretagne, et attaqua soixante-trois personnes. A Pillevin , elle broya le crâne d'un enfant. A Bertefaut, elle dévora le visage d'une jeune fille. Elle attaquait toutes ses victimes à la face et les saisissait ensuite à la nuque. Le même jour, douze de ses victimes furent conduites à l'hôpital de Guingamp , et beaucoup de personnes atteintes succombèrent. Un paysan breton , nommé le Couster, la tua à bout portant, alors qu'elle s'était précipitée sur lui et avait saisi dans ses dents le canon de son fusil.
Anecdotes Louis Gruau rapporte (fol. 12) que, le 31 décembre 1611, un paysan surprit un loup et une louve accouplés, et tua le mâle avec un gros bâton.
— Robert Montois raconte (fol. 27) que, lorsqu'il montait dans les arbres, la nuit, pour guetter les loups, ceux-ci l'aboyaient souvent et couraient, furieusement autour de l'arbre, grattant la terre avec rage et grondement, mais qu'ils ne l'attaquèrent jamais étant descendu de l'arbre.
— On voit, dans Salnove (fol. 238), qu'il suivit, un jour, trois loups qui chassaient une biche autour des étangs de Porchefontaine, près Versailles. La biche se mit à l'eau et s'embarrassa dans les glaces, mais les loups eurent la ruse de se poster en différents endroits autour de l'étang, attendant le moment où elle sortirait.
— De Lisle du Moncel raconte (fol. 23) qu'un loup qui faisait de grands dégâts en Champagne, ayant percé une bergerie, y fit un grand carnage, mais les mâtins lâchés dans la cour ayant averti par leurs cris, on accourut. Le loup, surpris et ne pouvant plus sortir de
la cour, profita des ténèbres pour se glisser dans la maison et se cacher sous le lit du maître. Après l'avoir bien cherché, ne le trouvant pas, on le crut sauvé. Le loup resta dans sa cachette trentesix heures et ne fut découvert que par le propriétaire, qui, voulant prendre son fusil qui était à la ruelle de son lit, l'aperçut et le tua sur place.
— M. de Selincourt rapporte, pour montrer quelles sont la force et la vigueur d'un loup, que trois loups qui avaient été pris dans des fosses, ayant été amenés aux Tuileries devant le roi Louis XIII, on les fit attaquer par des lévriers. L'un d'eux, qui était un vieux loup, assailli par trois lévriers, les rebuta tous trois ; on le fit attaquer par trois autres, puis on renouvela successivement jusqu'à douze, et il les marqua tous et les rebuta de telle sorte , qu'ils l'abandonnèrent et n'osèrent plus l'approcher.
— En 1773, M. de Boissy obtint d'un chien braque et d'une louve quatre petits ; un mâle et une femelle survécurent seuls. Le 30 décembre 1775, ces deux métis s'accouplèrent, et la femelle produisit, le 2 mars, quatre petits qui eurent les pattes de devant blanches ainsi que le dessous de la gorge. L'un des mâles, qui était presque noir, resta toujours sauvage. (Le Masson, Vénerie normande.)
— M. Dubreuil de Labrosse , demeurant près de Montluçon (Allier), ayant jeté un gros loup par terre d'un coup de fusil, l'approcha de trop près, et celui-ci, se jetant sur lui, le mordit au bras si cruellement, qu'il en souffrit très-longtemps.
— Pareille chose arriva à M. Le Masson, qui, ayant jeté bas un énorme loup qui débuchait dans les landes de Gavray devant son excellent petit équipage, fut attaqué par lui et eut la chance de n'y laisser qu'une partie de ses vêtements.
— Àu mois de novembre 1849, M. de Champchevrier tua un beau loup noir dans l'Indre-et-Loire.
— M. Thélu d'Àumale tua plusieurs loups noirs près de Neufcbàtel. On peut les voir empaillés chez lui.
— M. de Greffulhe prit au piège, à Fontainebleau, un beau loup nankin qu'il offrit au muséum d'histoire naturelle.
— M. de Nanteuil prit aussi un beau loup nankin.
— M. César de Moreton attaqua un jour un loup qui était presque tout blanc et qui fut tué à l'attaque.
— Un grand loup vint un jour, en plein midi, manger des moutons dans un enclos joignant le chenil de M. le comte C. de Moreton à Beauregard. Chopelin, son piqueux, entendant ses chiens faire un affreux vacarme, accourut, et, apercevant le loup, il ouvrit la porte du chenil et courut fermer celle du clos. Le combat entre
la mute et le loup dura deux heures, le loup passant d'un enclos dans l'autre sans pouvoir s'échapper, s'acculant et combattant toujours. Enfin il fut étranglé.
— Une des dernières chasses de loups aux panneaux, qui ait été faite en France, est certainement celle qui eut lieu à Rambouillet en 1823. Une portée de loups ayant établi son domicile aux Ivelines, l'inspecteur les fît détourner avec soin et entoura toute l'enceinte de panneaux, puis on découpla les chiens, et la chasse commença. Le duc de Lorge et MeUe de la Rochejacquelin assistaient à cette chasse. Le grand loup, attaqué le premier, donna dans les panneaux et fut tué. La louve se fit ensuite chasser longtemps dans l'enceinte, faisant souvent tête aux chiens, et pendant ce temps Mclle de la Rochejacquelin, entrée dans l'enceinte, tua elle-même un louveteau. La louve finit enfin par être tuée, puis successivement
cinq louveteaux : de sorte qu'en très-peu de temps on tua les deux grands loups et six louveteaux.
— Un jour, M. Le Masson, avec son petit équipage de superbes chiens normands, attaqua, en Picardie, un louvartqui, poussé vivement par les chiens, fit un long débucher, traversa un gros village et alla se jeter, par une fenêtre basse , dans une bergerie située au-dessous du sol , et dans laquelle se trouvait un très -nombreux troupeau de moutons. Il y fut découvert et tué.
— Une autre fois , chassant dans la forêt de Gavray, arrondissement de Coutances, M. Le Masson attaqua un grand loup qui, serré de près par ses excellents chiens, débucha pour ainsi dire au lancer, arriva au milieu du village du Mesnil-Àmand et grimpa l'escalier en pierre assez élevé qui donne accès dans le cimetière, puis redescendit par l'autre escalier qui se trouve en face.
— Chassant aussi, une fois, un vieux loup qui débuchait de la forêt de Gavray sur celle de Saint-Sever, distante de 20 kilomètres, ce loup, quoique poussé assez vivement, se rua néanmoins sur un troupeau de moutons, et en emportait un, lorsque des paysans, par leurs cris, lui firent lâcher prise.
— M. Le Masson rapporte que, il y a quelques années, on tua, dans la forêt de Saint-Sever, un énorme loup noir à poil touffu. Antérieurement, M. de Claville avait tué un loup noir à poil ras dans les bois de Soulle , arrondissement de Saint-Lô. ( Vénerie normande. )
— Mon oncle, M. le comte LeCouteulx, chassant une fois des louvarts dans les bois de Dangu, un de ces animaux, au milieu de la chasse, se prit la tête entre deux baliveaux sans qu'on pût bien
s'expliquer comment il avait pu le faire ; toujours est-il qu'il resta pris et qu'on eut beaucoup de peine à le dégager.
— Je forçai une fois en Champagne un louvart presque blanc avec un peu de poil gris sur le dos. L'ayant vu, à l'attaque, traverser une petite plaine, je le pris d'abord pour un vieux loup. Après s'être fait battre un instant , il prit de suite son parti comme un vieux roulier et fila droit devant lui sur la forêt de la Chaise. Après une pointe d'une heure et demie, mené grand train, il arriva à une grande route où, effrayé par du monde, il retourna et revint vers son lancer. Tout à coup j'entendis les abois; fort étonné, car je le croyais toujours un vieux loup, je me précipitai à travers bois du côté de mes chiens et trouvai le loup au milieu d'eux, acculé à un arbre et leur faisant tête. En me voyant, tous les chiens se précipitèrent sur lui à la fois et je le tuai d'un coup de couteau. Ce n'est qu'alors que je le reconnus pour un louvart, car il avait une gueule magnifiquement armée et était de première force, pesant près de 80 livres [A0 kilog.). Il avait été pris en cinq heures d'une chasse très-droite et très-vite. Il était presque blanc, légèrement paille, avec du poil un peu gris sur le dos; j'en conservai la peau, comme on peut le penser.
— En fait de change de grand loup, chose assez rare, je puis citer un exemple de visu. Parti de bonne heure, j'attaque une louve dans un boqueteau de nos grandes plaines du Vexin. Pressée vivement à l'attaque, elle se fait battre un instant dans le bois, puis débuche ayant déjà quelque avance. Les chiens, filant rapidement sur la voie, tombent à 1 kilomètre de là sur le grand loup remis dans les fossés de la vieille tour de Neauphle, et qui, certainement, n'avait pas entendu arriver la chasse. Surpris à l'improviste ei
harcelé par les chiens qui se précipitent sur lui, il perd la tête, enfile la rue du village de Neauphle, fait tomber (de peur, je crois) une femme, entre dans un jardin par la porte et fait tête aux chiens devant la maison; mais, à notre arrivée, il avait probablement repris ses esprits, car il franchit un mur en terre haut de 6 pieds (2 mètres), et sortit du village par la grande rue, pour me faire faire un débucher de 14= lieues ( 56 kilomètres ) dont je me souviendrai longtemps.
— J'ai vu, une fois, en Bourbonnais, un grand loup, que nous chassions M. de Barrai et moi, débucher et, suivant les grands chemins, sauter les barrières pour passer dans les cours des métairies et ressortir de l'autre côté de la même façon.
— M. le comte de Labesge chassant un jour un louvart, celui-ci, poussé à outrance, finit par entrer dans une maison de métayer, grimpa dans le grenier par la porte qui était ouverte, suivi de tous les chiens, puis sauta, par la fenêtre, dans une mare où il fut noyé et étranglé.
J'ai déjà parlé de la magnifique louveterie du Grand Dauphin et Grands loups forcé?
Châsses
de ses exploits. Il chassait beaucoup le loup, car on voit dans le extraordinaires
Mercure galant et dans Dangeau que, par exemple , dans l'année
168G, il courut le loup quatre-vingt-seize fois; que, dans un séjour
de huit jours à Anet chez M. de Vendôme, il chassa le loup six fois
et prit sept loups et une louve. Les forêts de Senart, Saint-Germain,
Marly, Villeneuve-Saint-Georges, Lury, etc., étaient ordinairement
le sujet de ses exploits, car les loups y étaient alors extrêmement
nombreux.
— En janvier 1686, le Grand Dauphin fut conduit par un vieux
loup jusqu'à Anet, et, comme cavaliers et chevaux étaient rendus, il alla demander l'hospitalité à M. de Vendôme.
— Le 7 juin 1705, un grand loup le conduisit encore à Rambouillet, et, le soir, lui et le duc de Berry demandèrent l'hospitalité au comte de Toulouse.
— Quant à sa fameuse chasse de grand loup, voilà ce qu'en rapporte Gouffier dans sa Feuille du cultivateur (1792).
« On donne pour certain que le Grand Dauphin ayant attaqué un vieux loup dans la forêt de Fontainebleau, son équipage le prit au bout de quatre jours aux portes de Rennes, en Bretagne ; encore fut-il forcé autant par la famine que par la fatigue. En effet, on le cernait, chaque soir, dans le premier bois où il se retirait, et on l'y attaquait de nouveau le lendemain. L'équipage trouvait dans les environs de quoi se sustenter, mais le loup n'avait guère, pendant la nuit, d'autres ressources que quelques racines, nourriture peu propre à réparer ses forces. »
— Gouffier raconte encore que, quoique chassant lui-même avec un excellent équipage, il a souvent abandonné de vieux loups à 20 lieues (80 kilomètres) de l'attaque, et qu'il en prit seulement deux, encore l'un d'eux s'était-il rempli de chair d'âne.
— M. Lavallée rapporte , dans son livre la Chasse à courre en France, les exploits des équipages de MM. d'Hanneucourt et d'Ivry, qui forçaient de vieux loups.
Leur meute se composait d'un peu plus de soixante chiens. Le premier jour, s'ils avaient au rapport un loup détourné, ils l'attaquaient avec une vingtaine de chiens, le chassaient toute la journée j usqu'à la nuit, faisaient les brisées et reprenaient leurs chiens. Le reste de la meute, couché dans des fourgons, suivait la chasse de loin
et venait rejoindre les chasseurs à la couchée. On prenait gîte ou on bivouaquait. Dès l'aube, on retournait aux brisées, on découplait les chiens les plus fins et les plus sûrs de ceux qui avaient chassé la veille, pour reprendre la voie, et, quand on était parvenu à remettre le loup sur pied, on donnait vingt chiens nouveaux et on recouplait ceux de la veille. Le plus souvent, le loup durait encore tout le second jour. Le soir, s'il n'était pas pris, on procédait de la même manière et on recommençait le lendemain. Le loup ne tardait pas à laisser voir la fatigue et la fréquence de ses retours offensifs contre la meute, prouvait qu'il était sur ses fins. Alors, si on le pouvait, on amenait le reste des chiens qui suivaient dans les fourgons, et toute la meute ne tardait pas à le rejoindre et à l'étrangler.
— Un jour, Saint-Jean, ce fameux piqueux de M. de Vichy, sur lequel M. le marquis de Foudras a écrit de si charmants articles, chassait un grand loup avec ses chiens. Sur la fin de la journée, il le tire au moment où il rentrait dans les bois de Pomay (près Moulins). Le loup s'y fait battre jusqu'à la nuit noire, et Saint-Jean, persuadé qu'il l'avait blessé, n'arrête ses chiens que quand il lui est devenu impossible de continuer. Le lendemain matin, au jour, il était à la brisée avec ses chiens et allait les remettre sur la voie, lorsqu'il vit plusieurs chasseurs qui arrivaient de Moulins et qui allaient découpler dans le bois : il les pria d'attendre pour lui laisser reprendre la voie du loup qu'il avait blessé la veille. Ceux-ci, curieux de voir travailler ses chiens qui étaient célèbres, couplèrent les leurs et attendirent. Saint-Jean mit sur la voie , ses chiens la goûtèrent, puis finirent par rapprocher un peu froidement, puis tout à coup lancèrent. L'animal se fit battre, et vint sauter une allée devant Saint-Jean et les chasseurs : c'était un beau loup; mais
Saint-Jean, au lieu d'appuyer ses chiens, courut les rompre, prétendant que ce n'était pas son loup, malgré les observations des autres chasseurs qui lui représentaient combien il était peu probable qu'un autre loup se trouvât là à point nommé. Saint-Jean soutint que ce loup n'était point celui chassé par lui la veille, que celui-ci était frais et que le sien était blessé et fatigué. Bref, il arrêta ses chiens et retourna les mettre sur sa voie. Ils reprirent encore en rapprochant, traversèrent l'enceinte où ils avaient lancé rapprochant toujours, et finirent par lancer assez loin le loup de Saint-Jean, qui ne fît que se faire battre et fut pris au bout de deux heures de chasse. Il fallait avoir le coup d'œil et la décision de Saint-Jean pour trancher une question de change sur loup dans des conditions semblables.
— L'équipage de M. Brière d'Azy, pendant le temps que Charrier était à son service, prit huit cents loups ( d'après les registres de chasse tenus avec soin par M. Ladrey). Depuis 1825 jusqu'à 1843, pendant que Joseph , neveu de Charrier, était piqueux, l'équipage en prit trois cent quarante-trois. M. Ladrey en reprit ensuite cent quarante- trois. Les chiens de l'équipage descendaient tous des douze premiers vendéens amenés par Charrier et croisés dans l'origine avec les anciens normands de M. Brière. C'est de cette race que viennent mes chiens de loups que j'ai recroisés depuis avec la race qu'avait M. le comte César de Moreton.
— Joseph, dont je viens de parler, étant alors au service de M. de Moreton, sortit un matin pour chasser un renard avec quelques chiens et attaqua un grand loup. Chassé vigoureusement, l'animal gagna les bords du canal, puis revint passer près du château et du chenil où Joseph lui donna le reste des chiens à vue. Culbuté cinq
ou six fois par les chiens dans les clôtures, le loup finit par gagner la forêt, où il ne put jamais prendre beaucoup d'avance, et enfin, au bout de huit heures de chasse, il fut porté bas et étranglé par les chiens dans une mare.
— Un des plus beaux déplacements pour loups qu'on puisse citer est le suivant :
Partis de Cormalin le 1er novembre 1829, les deux équipages de M. Charles Brosse et de M. César de Moreton parcoururent, pour faire la Saint-Hubert, une partie de la Bresse, les forêts près de Châlons-sur-Saône, d'Autun, et revinrent en Morvan, où ils s'arrètèrentaprès trois semainesdechasse, ayant pris ou tué vingt-huit loups.
— En 1842, M. Brière d'Azy attaqua un grand loup après un beau rapprocher, le chassa jusqu'à la nuit, où l'on rompit dans la commune de Saint-Firmin. Le lendemain matin, on remit sur la voie, et les chiens de recri relancèrent au bout de peu de temps le loup, qui débucha alors sur Saint-Sulpice et Saint-Bernin-des-Bois; là il y eut un change de plusieurs chiens sur un sanglier, mais une partie de la meute resta sur le loup, qui prit son parti sur Prémery etNolav. Au passage de la Nièvre, le loup, devancé par M. Ladrey, se rabattit sur Lurcy-le-Bourg, traversa le village de Ligny, les chiens l'ayant à vue, se jeta dans une carrière, puis dans un champ de pommes de terre, où, attaqué et maintenu par les chiens, les paysans le tuèrent à coups de pioche à six heures du soir.
— L'équipage de M. de Vitry (Nivernais) attaqua un jour, dans les bois du Ray, un grand loup qui tint les abois dès l'attaque et débucha ensuite, gagnant Soulières en traversant une rivière et se faisant chasser au milieu des chiens auxquels il fit souvent tête en se battant. La Rosée, monté sur le fameux Blond, était seul resté à
la chasse. Vers le soir, les chiens perdirent la voie près d'une métairie, et la Rosée fut obligé de revenir sans son loup, qui était entré dans une grange et y fut tué par le fermier. Mais, peu de jours après, la rage se déclara dans le chenil de M. de Vitry; le loup, atteint d'hydrophobie, l'avait communiquée aux chiens dans ses différents combats. Ce fut, je crois, une des dernières chasses de l'équipage de M. de Vitry.
— Nennen, actuellement mon piqueux, étant alors chez M. de Moreton, se trouvait en déplacement près de Châlons. Le lendemain d'une chasse de louvarls, par un jour de grande chaleur, il attaqua la louve; il y eut des changes et plusieurs chasses qui emmenèrent les chasseurs; bref, Nennen resta sur la louve avec six chiens qui la chassèrent vigoureusement pendant six heures. Ayant retrouvé les autres chasseurs au bout de ce temps, on fit rallier à sa chasse le reste de l'équipage de M. de Moreton et celui de M. de Ballore. Après huit heures de chasse, la louve finit par entrer dans un terrier de blaireau où les chiens la prirent.
— Mon oncle avait une louve de deux ans qui s'échappa un jour de son chenil. On fut assez longtemps sans savoir ce qu'elle était devenue. Enfin on apprit bientôt qu'une louve faisait des dégâts dans un canton voisin, et à ses allures on soupçonna tout de suite que c'était elle. Mon oncle, désolé d'avoir lâché dans le pays pareil gibier, envoya de suite son piqueux Léonor à sa recherche. Celui-ci l'eut bientôt rembuchée; on l'attaqua et on la chassa jusqu'à la nuit; on rompit les chiens qui couchèrent dans une ferme voisine. Le lendemain matin, Léonor rembucha encore la louve qui, attaquée de nouveau, fut encore chassée jusqu'au soir. Les chiens, arrêtés encore à la nuit, couchèrent dans un cabaret peu éloigné de la
brisée, et, le lendemain matin, Léonor rembucha sa louve pour la troisième fois, à une lieue (A kilomètres) de là. Attaquée de nouveau, elle fut prise, cette fois, à trois heures de l'après-midi.
— Le 19 décembre 1852, M. Pourial, lieutenant de louveterie de l'arrondissement de Vitré, et MM. Touchadière, Morin, Livonnière, auxquels M. Cosnard de la Previère, un des bons chasseurs de Maine-et-Loire, avait prêté son concours, mirent aux abois, devant leur meute, un beau loup de deux ans, après cinq heures de la chasse la plus vive, sans que l'animal ait été tiré et ait reçu, par conséquent, la moindre blessure. Le loup, épuisé de fatigue après un débucher de trois heures et demie, pendant lequel il avait traversé quatre communes, alla se réfugier sous la roue d'un moulin dans la commune du Pertre. Deux chiens intrépides l'arrachèrent de ce dernier refuge, et le meunier et ses domestiques finirent par se rendre maîtres de l'animal avec des fourches, et l'attachèrent à la roue d'une charrette. Gervais, piqueux de M. Pourial, arriva sur ces entrefaites et musela le loup afin de pouvoir le livrer à la meute, dont plusieurs chiens avaient été fortement mordus. A ce moment, arriva le gros des chasseurs retardés par la vivacité du débucher.
— M. le baron de Lareinty lança, un jour, un grand loup qui. pris d'abord à vue dès l'attaque, se fit battre ensuite quelque temps, puis enfin débucha par une immense lande où il fut mené tambour battant. Après quatre heures de débucher, il passa près d'une ferme où était l'équipage de M. du Boberie ; on découpla immédiatement ce nouveau relais composé de chiens excellents. Le loup, poussé avec une vigueur extrême, rentra dans une forêt où il ne put jamais prendre d'avance et finit par être porté bas par les chiens et étouffé dans un fossé.
— En 1856, MM. de Labesge attaquèrent un grand loup qui fut mené très-vivement parleurs excellents chiens pendant trois heures; à ce moment, il reçut un relais de chiens frais et très-vites, et fut chassé encore des plus rondement pendant deux heures et demie. Il se fit alors donner un à-vue d'une heure, et alla se jeter dans la Vienne, où il fut tué au milieu des chiens comme un cerf.
— Ces Messieurs forcèrent aussi, il y a quelques années, un louvart en trois heures et demie, et cela le 13 avril; à cette époque, c'est déjà une belle prise.
— Le 14 février 1861, M. le comte E. de Labesge, parti de grand matin de chez lui, allait rejoindre à la forêt du Deffend, située en Limousin, MM. de Montbron, de Bagnac et le vicomte de Préaulx, auxquels il avait donné rendez-vous. Il s'y rendait rapidement, lorsque deux de ses chiens, le fameux Faublas et sa sœur Légère, prirent une voie de loup au milieu du chemin. M. de Labesge les laissa rapprocher et alla lancer son grand loup dans un petit bois situé au milieu d'une lande.
Au lieu de gagner la forêt du Deffend, comme il le pensait, le loup se fit chasser grand train dans la campagne pendant une heure et demie. Enfin il se rapprocha de la forêt, puis fit mine de débucher sur une autre. M. de Labesge arrête alors ses chiens qu'il fait tenir, et court à la forêt chercher MM. de Montbron. Ceux-ci arrivent de suite avec leurs chiens qu'on découple sur ceux de M. de Labesge. Après un forlonger fort difficile et fort long, les chiens finissent par relancer le loup dans un petit bois d'un hectare. La chasse repart alors grand train, le loup continuant à tenir les plaines dans un pays horriblement difficile, plein d'obstacles, ruisseaux, ravins, etc. Enfin le loup rentre en forêt et s'y
fait battre au nez des chiens; puis il entreprend un nouveau débucher. A ce moment, le fameux Faublas, le prenant à vue, franchit le fossé de la forêt et débuche derrière lui, le poussant vivement. Ce fut un à-vue de près de 3 lieues (12 kilomètres) sans que le loup puisse distancer le chien, et sans que ces Messieurs puissent arriver à gagner le chien. Enfin le loup finit par perdre du train et n'allant plus qu'au petit galop, le chien trottant à côté de lui, ces Messieurs et le reste de la meute finirent par le rejoindre. Le loup s'accula alors dans une haie et engagea une bataille que M. de Labesge termina par une balle à bout portant. C'était un énorme loup de 7 à 8 ans.
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Vocabulaire.