‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 19 sur 90 · D'UN ROI DE LA FINANCE · texte numérisé non relu

D'UN ROI DE LA FINANCE

Ce fut en 1828 que M. te baron James de Rothschild songea, pour la première fois, à créer cette magnifique propriété qu'il a établie comme par enchantement, et que nous admirons tous aujourd'hui.

Il débuta, vers le printemps de cette année, par l'acquisition du château de Belkissise, appartenant aux MM. Fouschard : les bois, le parc, le château et quelques terres, le tout d'une contenance de mille à onze cents arpents environ, lui lui eut cédés pour la somme de 090,000 francs, à l'exception d'une petite chapelle que les deux frères réservèrent dans une louable intention filiale; et certes, pour un homme qui cherchait alors la clef de voûte de son édifice, il eût été diiïicile, quant à la position topographique, de faire un choix plus convenable.

Placés entre deux forets giboyeuses, Armainvilliers etCrécy, les bois de Bellassise, qui se tiennent tout d'un morceau, sont par eux-mêmes merveilleusement disposés pour la chasse. H est peu de grands animaux qui passent d'une conservation dans l'autre sans traverser cette espèce de détroit, et cela est si positif, que, du temps du feu duc de Bourbon, il n'était pas rare, en cas de changement de forêt, qu'un cerf attaqué, soit à la Croix de Tigeaux, soit à Ossouer, vînt faire une pointe jusque sous les murs du parc.

Une fois maître de ce premier terrain, le nouveau propriétaire eu disposa en homme intelligent et habile, chez lequel était déjà arrêtée l'exécution du vaste plan terrier qu'il développa plus tard. 11 commença par abattre le château, dont l'entretien eût exigé des frais considérables, bien que ki date de sa fondation remontât tout au plus au commencement du siècle dernier, n'en réservant qu'une aile

72 LES CHASSES PRISCIÈRES

dont il fit un rendez-vous de chasse; et je me rappelle encoré, à cette occasion, toutes les clameurs dont sa conduite fut l'objet, de la part d'une foule de petits esprits de province,* . trop étroits pour pénétrer la pensée créatrice de l'homme, et qui se crurent obligés de crier au vandalisme en le voyant porter la hache sur les poutres à demi vermoulues de cette antiquité contemporaine.

Bientôt après furent achetées en son nom, la Sablonnière et la Hotte, deux fermes de peu de valeur, il est vrai, mais qui tiennent au domaine de Bellassise, duquel elles faisaient anciennement partie, et dont l'une, celle de la Hotte, perdue • à l'extrémité de ses bois et presque abandonnée aujourd'hui, a acquis une triste célébrité dans le pays, par l'événement tragique dont elle fut jadis le théâtre.

Une nuit, dit-on, par une de ces nuits d'orage, profondes, horribles, où Ja foudre sillonne la nue, où les vents déchaînés mugissent, tandis que le troupeau inquiet bêle et gémit au fond du bercail, les portes de la cour furent enfoncées avec fracas, comme minuit sonnait au plus prochain village : un homme masqué parut sur le seuil de la maison, et le vieux fermier, entouré de sa femme et de ses enfants, qui se pressaient avec frayeur autour de lui, n'avait pas encore eu le temps de demander le nom de son nouvel hôte quand un cri terrible le lui apprit : c'était le chef dune bande de chauffeurs... À un signal, ils se précipitèrent tous, menaçants et masqués comme leur maître; un énorme brasier fut allumé en face le foyer domestique, et là, chaque membre de cette malheureuse famille, traîné à son tour devant le chef des brigands, et placé les pieds nus sur des charbons en feu, eut

à subir, pour en arracher l'aveu de prétendus trésors, toutes

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