‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 22 sur 90 · B'ON ROI DE LA FINANCE · texte numérisé non relu

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envoyés diplomatiques ou autres puissants hommes du jour, société de chasseurs que je vous conseille de fuir, de peur des distractions, autant pour le moins que celle des poètes, chacun rentre au logis, mécontent des autres et de soi, fatigué d'être resté en place, les oreilles étourdies parles <t>ups de fusil et les cris, trop heureux encore si l'appétit lui vient à table et le dédommage des ennuis de la journée.

Voilà de quelle manière prosaïque se dirigent en ce genre les plus belles chasses de M. de Rothschild. Parmi ses gardes, au nombre de dix ou douze, tous placés sous l'inspection d'un sienr Joseph, son ancien valet de chambre, maintenant son garde général, il y a sans doute de fort bons et fort loyaux serviteurs; mais, suivant moi, et de l'opinion de bien des gens plus experts encore dans cette matière, soit que M. de Rothschild, manquant lui-même du feu sacré, ne corn munique à ses gens qu'une ardeur tiède et molle, réglée pour ainsi dire sur la sienne, toujours est-il qu'il n'y a pas dans tous ces hommes un seul véritable et franc chasseur. Aucun d'entre eux, assurément, n'eu remplace deux qu'il n'a plus, et qui se sont fait dans le pays, chacun dans un genre duTéreut, une réputation bien méritée dont je veux vous mettre à même de juger.

L'un, le sieur Véron, anciennement garde chez le général Royer, qu'il avait suivi à son départ d'Hcrmières pour l'Afrique, et mort il y a deux ans au service de M. de Rothschild, était à coup sûr l'un des meilleurs tireurs que j'aie vus. Aimant la chasse avec fureur, entreprenant, résolu, infatigable, il avait pour principe de ne reculer devant aucun obstacle. Toujours sur pied, à toute heure de nuit et de jour, par les plus grandes chaleurs comme par les temps les plus froids et les

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plus humides, il se serait cru déshonoré s'il était rei ré au lo<jis le carnier vide. Braconnier aussi heureux qu'inti ;pide, Tournan tout entier se souvient de l'excellent tour qu I joua à une société d'honnêtes bourgeois de la ville, qui, ver la fin d'août 1828, sur l'appât de trois compagnies de faisant saut, connues d'avance dans une lisière d'Armainvilliers, pa èrent fort cher la location des susdits bois à M. Bernard, de & elun, leur propriétaire. Le 51 août, juste la veille de l'ouve ture, Véron quitte Hermières au point du jouf , jaloux de . aisser échapper à sa porte une proie si facile et si belle, et deux heures après, il était de retour à la maison, étalant quaiantequatre faisans sur la table de cuisine et n'ayant laissé dans les vingt arpents de taillis qu'une vieille poule couveuse q ie les locataires de la chasse payèrent trois cents francs le lendemain.

Quant à l'autre, qui se nomme Bultot et qui existe encore, sans que je sache pourquoi on l'a congédié, il excellait dans une autre partie qui a bien aussi son mérite, car c'est une science exacte et positive, basée sur des données précises et certaines, et moins exposée que l'art du bo;i tireur à toutes les chances de l'éventualité; j'entends parler ici de la science du valet de limier, que notre homme possédait mieux que personne. S'agissait-il de faire le bois, de détourner un sanglier, un loup ou un chevreuil, de reconnaître au pied le sexe et l'âge de l'animal, de juger de sa grosseur à son laissé ou à ses fumées, de le suivre d'enceinte en enceinte jusqu'à ce qu'il fût parfaitement rembûché? c'était là le fait de Bultot; et l'on pouvait s'en fier à lui, jamais un faux rapport n'avait fait échouer une seule chasse.

Un jour, grande rumeur parmi les gardes de la contrée.

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