D'UN ROI DE LA FINANCE
permis de rire aux dépens d'apprentis chasseurs parisiens* en leur disant avec moi, ce qui est rationnel : que pour être réputé bon veneur il ne suffisait pas d'avoir, comme eux, une meute et des piqueurs; que ce qu'il leur fallait avant tout, c'était une forêt et une forêt bien garnie; que direz- . vous en ce moment d'un homme qui tombe précisément dans le défaut contraire, qui possède le principal, lui, ce qu'en termes d'art on appelle le fonds, la matière, et qui manque ' à son tour des accessoires de rigueur, des accessoires si superflus chez les autres; d'un homme, en un mot, qui a la 'terra et le gibier, et qui, puisqu'il faut dire les choses, n'a ni le
. chenil ni l'écurie.
Car cela est exact, messieurs, à la lettre; vous vous refuseriez en Yain à le croire; le propriétaire de cet admirable domaine dont nous venons de parcourir ensemble tous les immenses détails, ce grand seigneur qui compte à lui seul autant de gardes que toute l'inspection de Versailles, Meudon et Sèvres; ce monarque qui traite d'égal à égal avec les fils de rois, qui n'admet à ses fêtes que des princes, des ambassadeurs ou des ministres, et des vastes États duquel on pourrait dire, par forme d'hyperbole, ce qu'on a dit de ceux du plus grand potentat de la terre, que le soleil ne s'y couche jamais; M. le baron de Rothschild enfin, à moins toutefois qu'il ne 7 prétende décorer du nom pompeux d'équipage, sept ou huit mauvais chiens de différent pied, briquets, bassets, anglais,
. bas-normands et autres, entassés ensemble au pavillon du Bel- Air à Ferrières, dans une espèce de méchant trou à rats, et quatre grands chiens courants dont on se sert en guise de chiens à jambes torses, et qui vous chassent un malheureux
lapin avec le même bruit et le même vacarme qu'un sanglier
7* LKR CHASSES PKIÎiCIÊRE*
;i 11 Terme, M. le baron <ie Rothschild, dis-je, n'a ni meute ni chevaux de chasse! - N
Aussi qu'en résulte-t-il? C'est qu'avec toutes les conditions voulues, comme je le disais plus haut, pour faire de Bellassise et de Ferrières, ces bois si bien situés et mieux percés encore, Tune des réserves les plus magnifiques de France, on n'en a lait qu'un tiré médiocre et ordinaire, où l'abondance du gibier ne dédommage même pas de la monotonie d'un triste et fatigant plaisir. A part les provisions que les gardes fournissent comme ils peuvent, et qu'ils font avec leurs chiens ou leurs forets, une fois ou deux la semaine, toutes les parties de chasse s'y passent de la manière la plus fastidieuse du monde, c est- A-dire en traques ou battues. Trente rabatteurs, quelquefois plus, quelquefois moins, s'échelonnent, munis de bâtons, sur la lisière d'un taillis, ayant soin de former le demi-cercle quand ils s'avancent en plaine. Les tireurs plar cés, le garde fait un geste, et à ce geste, voilà mes trente gaillards qui
Tons, en même temps, Poussent jnsqnes aux cieux mille cris éclatants. Les gardes, à ces cris de leur côte répondent; Ils paraissent armés, les lièvres se confondent... L'épouvante les prend à demi descendus.
Avant que d'être morts ils s'estiment perdus. Ils couraient à la plaine, ils rencontrent la guerre; On les poursuit au bois, on les presse sur terre, Et l'on fait en tous lieux couler des flots de sang Avant qu'aucun traqueur ait bougé de son rang. • • ...
Quand tout ce grand combat est fini faute de combattants,
comme celui du Cid, et que chaque animal est venu coin-
plaisamment essuyer le feu de MM. tels et tels, ministres,