JULES JANIN
Juin 1802.
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iodgle
AU plX-NEUVlftME SIÈCLK
L âge d'or du chasseur. — L'âge de fer. — Les ordonnances de 1601 et de 1669. — La loi s'humanise. — Les lois cynégétiques de l'an de grâce 1837. — Conseils aux conscrits avant In bataille.
Oui nia niiùnalia «pjse lerra. mari, cœlo capiunlur, id est, ferae, besti», volucres, pisces, capWntium liun«; quoil euim nulle est, id ralione nnlurali occupnnti coincdiUir.
(jis MMUUW*.}
« fous les aiawaux qui courent, nagent ou volent, depuis le tigre et le lapin jusqu'à l'alouetle et au goujon, uppariiennent j qui s'en saisit ; gibier qui n'a pas de maître, est le dîner tout trouvé du chasseur. »
{Traduction lilre.)
11 lut no temps, comme on voit, temps d'heureuse mémoire, où la chasse était un droit tout naturel qu'on ne disputait à personne : véritable âge d'or du chasseur, où 1 on ne connaissait enrore ni messiers, ni gardes champêtres, ni bons geodarmes; où l'on n'allait }>oint demander à son tribun
un certificat de bonne vie et mœurs pour obtenir plus tard du cousul la permission de prendre la voie Appienne, un carquois sur l'épaule ou un long javelot â la main.
Point de varennes alors, point de Gels, de capitaineries, de haute et basse justice ; patricien ou plébéien, roturier on noble, chacun entrait en chasse partout où bon lui semblait, depuis les ides de mars jusqu'aux cattndes grecques, et malheur au pauvre gibier; Diane sait si chevreuils et faisans, lièvres et perdrix, tombaient comme grêle sous la dent du premier vilain, l'un frappé par un dard au milieu de sa course rapide, l'autre renversé d'un coup de fronde du sommet de l'arbre où il se réfugiait, ou mortellement atteint dans son vol par le fer d'une flèche empennée.
En fait de conservation, il n'y avait qu'une seule réserve, et aussi bien celle-là je l'eusse respectée le premier, car c'est la reconnaissance du peuple qui la gardait : c était l'enclos des oies du Capitole.
Ainsi se trouvaient tranchées de prime-abord chez les Uomains, ces maîtres de l'univers, tant de questions ardues qui nous divisent aujourd'hui, nous autres, mauvais petits propriétaires jaloux que nous sommes.
Point de matière à procès; pas moyen de plaider, d'avocasser, d'endormir, à force de grimoire, et son auditoire et ses juges ;
Car à cet égard la loi était précise et formelle : Quod nulliesty id ratione naturali occupanti comeditur; en d'autres termes, ce qui n'appartient à personne, est à tout le monde ; maxime un peu subversive il est vrai, un peu large, un peu saint-simonienne, qui deviendrait dangereuse de nos jours, si l'on eu étendait l'application trop loin, mais
LVOUVEKTl RF DE U CIIASSF. 3
assez bien inventée, ce me semble, pour ce pauvre diable de plébéien, né chasseur, qui ne possédait pas un arpent et qui tentait parfois, sur la propriété d'autrui, l'aspect d'une proie sûre et facile.
Incontestable alors, comme on pense, était le droit de suite, qui depuis a donné naissance à mille discussions et à mille procès.
Incontestable encore celui de traverser, avec une arme, le champ d'un de ses voisins, et d'aller ramasser dans son bois la pièce de gibier que Ton avait blessée ; droit douteux maintenant, contesté par l'un, reconnu par l'autre et sur lequel sont intervenus vingt arrêts qui n'ont rien fixé de
Enfin, grâce à cette sage disposition de la jurisprudence romaine qui, en matière de chasse, n'admettait ni larcin ni vol : omnia animalia qux terrai, mari, cœlo capiuntnr y id est, ferx, bestix, volucres, pisces, capientium fiunt ; maxime admirable que je voudrais voir gravée, en lettres d'or, sur tous les poteaux de la plaine, comme Harpagon, sa sentence favorite : // faut manger pour vivre et non point vivre pour manger; il y avait de moins dans la langue latine, cette langue modèle, deux mots dont notre vocabulaire si pauvre s'est enrichi :*
Braconnier et braconnage! Mots malsonnants, flétris? sants, honteux, qui nous mènent tout droit au parquet de M. le procureur du roi, quand ils se bornent à nous conduire là, et qu'il nous a bien fallu créer pour qualifier, dans notre législation à nous, un nouveau genre de malfaiteurs, une non* velle espèce de délits.
Et quand, à part tous ces nombreux avantages , — voyez
4 l/OU-VBRTURE DE LA CIIASSK.
un peu la t liauct* des
veut bien se donner la peine de réfléchir qu'aucun d'eux, noyant inventé la poudre, aucun d eux par conséquent ne pc trouvait dans la nécessité d'acheter au fisc le droit ai cher d'en brûler; qu'un arc, un épieu, quelques flèches, suffisaient, comme armes, aux malins du temps, tandis que les moins adroits usaient de ruse et de finesse ; quand on se représente quelle belle carrière avaient à exploiter alors, tons les tendeurs de lacs, tirasses, tonnelles, traîneaux, bricoles de cordes et fil d'ardiul, pièces et pans de rets, collets, filets, lialliers de chanvre ou de soie; tous les affûteurs, oiseleu rs, panneauteurs, et autres honnêtes fainéants qui exerçaient en paix leur industrie, sans craindre, en cas de surprise, de passer, pour la première fois, sous les verges d'un impitoyable licteur, et de se voir, pour la seconde, bannis un lustre entier du Latium ; franchement, je le demande à mes estimables confrères, ne regrette-t-on pas, ne fût-ce que par curiosité, de n'avoir pas vécu huit jours sous cet adorable régime, qui fut, je le répète, le véritable âge d'or du chasseur?
Malheureusement ce joli petit temps, si divertissant, si bien trouvé, si commode, où la terre n'eût pas manqué d'être dépeuplée, si chaque Actéon eût pu tirer sans danger quinze coups à la minute, comme cela se voit aujourd'hui; ceiemps de jubilation et de liesse, où le gibier, qui ne coûtait rien au pauvre, était toujours payé son poids de sesterces par le cuisinier des ventrus du jour, Lucullus gastronomes, auxquels il faillit clialouiller le palais, et dont la table n'était bien servie qu'autant qu'elle offrait, comme entremets, une coquille de cervelles de cailles ou un sauté de langues d'autruches, ce
temps, dis-je, quelque jovial qu'il iût, ne pouvait être d'éternelle durée.
..S'il fut un moment, par un caprice de messirc Jtflius César, ce grand voleur de provinces et de peuples, auquel il avait pris fantaisie, un beaù matin, de faire du monde les faubourgs de Rome; s'il fut un moment où le droit universel se confondit dans le droit romain, et où, nous autres barbares, nous usâmes sans nous en douter du bénéfice de la loi commune, chassant en bons bourgeois l'aurocbs dans nos solitudes des Gaules, et terrassant avec des molosses d'Épire les ours et les élans de nos forêts, il se rencontra plus tard une autre époque, où tout changea complètement de physionomie. ':'""« v
Quelle révolution, bon Dieu ! dans les mœurs, dans les lois, dans les usages : la chasse, dont jusque-là l'exercice était demeuré libre, ne fut pas même alors un droit inhérent à la propriété; loin de là, elle fut sévèrement interdite à tous, pour être confisquée au profit d'un seul
Nos grands-pères les Francs, les descendants des Gaulois, ces intrépides chasseurs, se métamorphosèrent en batteurs de grenouilles ; et désormais tout le gibier qui dévorait leurs moissons, sans qu'ils eussent seulement la permission d'y toucher, alla engraisser la Féodalité, ce Gargantua à l'immense gosier, monstre toujours gorgé et toujours insatiable
En 1601 et 1607, un homme eût été pendu pour avoir osé assommer un cerf qui mangeait ses choux ou ses pommes l . En 1669, c'est-à-dire soixante ans plus tard, la destruc-
* Ordonnance de 1601. Art. xiv.
0 !/OCVB«TUHE iE LA CHASSE.
tion d'une rafaomlfere par au paysan, le fit assimiler à tin* voleur 1 .
fit enfin, chose monstrueuse à penser et à dire, lorsqu'on songe qu'on était sous le règne du grand roi, l'enlèvement d'un œuf de caille, cette misérable peccadille ! se paya cent livres d'amende pour la première fois, deux cent livres la seconde, vingt coups d etrivières et cinq ans de bannissement, pour la troisième *.
Ainsi le décréta Louis XIV, ce monarque qui fut non moins jaloux de ses plaisirs, que ne l'avaient été avant lui François I* et Henri IV : pour quiconque a lu sa fameuse ordonnance sur la chasse, rendue en 1669, à Saint-Germain-en-Laye, ordonnance tout arbitraire, qui resta longtemps la base de la police des forêts du royaume, il est facile de se convaincre qu'elle ne fut, à proprement parler, qu'une seconde édition, un peu amendée, des édits de ses prédécesseurs.
A part la peine de mort qu'il supprima, il en fut sous son règne absolument comme sous les autres règnes : le droit de chasse demeura une des prérogatives de la couronne, et devint une de ces laveurs spéciales que le roi seul se réserva d'accorder. Parmi ceux qui la sollicitèrent, la plupart ne l'obtinrent que difficilement, avec restriction et réserves; encore pour cela, fallait-il être noble. . ' ^
Car pendant que, d'un côté, tout gentilhomme possesseur de biens seigneuriaux eut la faculté de chasser sur les terres de sa dépendance avec ses oiseaux, son fusil ou ses chiens,
pourvu que ce fût à une lieue des plaisirs de Sa Majesté; qu'on lui permit de courir tout espèce de bêtes noires ou fau-
4 Ordonnance de 4669. Art. x.
* /Wrf., art. m. • 9 » ■< \t '-**'
l/OUVERTURE DE hk CHASSE.
pourm que ce fût à trois lieues, à l'exception du cerf toutefois, dont le laisser-courre n'appartient qu'au roi ;
Que le gentilhomme sans haute justice eut le pouvoir de tuer un lièvre dans l'étendue de ses fiefs ;
Qu'enfin celui qui n'avait ni fiefs, ni seigneuries, mais qui était de sang noble, fut autorisé à tirer dans ses enclos, bois et jardins;
D'un autre côté, par une injustice révoltante que l'on a peine à concevoir, non-seulement le roturier n'eut pas même la liberté de sortir avec un fusil, il ne put même pas chasser, sous les peines de droit, sur les terres roturières dont il avait hérité de ses pères. ~
Défenses lurent fait s à tout sujet indistinctement, noble ou non, qui se trouva posséder un parc, un jardin, un verger ou tout autre bien clos de murs, enclavé dans letendue d une capitainerie royale (et il y en avait seulement six dans les environs de Paris, savoir : Saint-Germain, Livry, Monceaux, Vincennes, la va renne du Louvre et le bois de Boulogne), défenses lui furent faites, à veine de dix livres d'amende, de pratiquer à sa muraille aucuns trous, coulisses, ni autre passage qui pût donner accès à un misérable lapin. .
Et ce que Ton refuserait à croire, si Ton n'avait sous les yeux le texte même de l'ordonnance, on alla jusqu'à lui fixer, pour l'enlèvement de sa récolte, une époque déterminée avant laquelle il n'était pas libre, quelle que fût d'ailleurs l'exigence de la saison, à moins d'encourir la confiscation et l'amende arbitraire, de faucher un pied carré d'herbe dans son chamD ou dans sa Drairie *.
* Ordonnance de i€69. Art. xiv, xt, ïvh. txt, «cm pt suiv.
& L'OtïVRRTtmB DE LA CHASSE.
* Ainsi fut iitile, il y a à peine un siècle et demi, la part du gentilhomme chasseur et celle du roturier propriétaire : parts inégales toutes deux, et dont la plus grosse, comme on voit, lut elle-même bien mince, bien étroite, bien circonscrite, surtout quand ou la compare à la latitude sans bornes naguère octroyée par le droit romain.
Quant à nous autres, bons bourgeois, habitants dès cités et des villes, innocentes gens que l'on décore à juste titre du surnom mérité de badauds; qui ne possédons ni fiefs, m seigneuries, ni prés, ni enclos, ni bourgognes; qui n*an Tons pas un pouce de terrain sous la calotte du ciel, et qui n'en aimons pas moins à dire, comme un autre, ma meute, mon fusil et mes chevaux ; qui respirons, depuis le matin jusqu'au soir, l'atmosphère chaude et enfumée de nos rues étroites et malsaines, et qui nous épanouissons si bien la rate au soleil, quand par hasard il nous arrive, une pauvre petite ibis la semaine, de nous risquer, le carnier sur le dos, dans la plaine; si vous désirez savoir quel était notre lot, à nous, comment nous étions traités dans cet équitable partage^ je m'en vais citer l'article qui nous concerne ; il est assez curieux pour que je le rapporte en termes officiels : Dieu T entende, et le grand saint Hubert aussi !
« Faisons défenses aux marchands, artisans, bourgeois et habitants des villes, cités, bourgs, paroisses, villages et hameaux, non possédant fiefs, seigneurie ot haute justice, de chasser en quelque lieu, sorte et manière, et sur quelque gibier de poil ou de plume que ce puisse être, à péine de cent livres d'amende pour la première fois, du double pour la seconde, et pour la troisième d'être attaché trois heures au carcan du lieu de leur résidence, à jour de marché, et
banni durant trois années du ressort de maîtrise, sans que, pour quelque cause que ce soit, les juges puissent remettre ou modérer la peine, à peine d'interdiction. » t Oui, messieurs, telles étaient nos franchises, ni plus ni moins : aussi eonviendrez-vous facilement avec moi, que ce que nos pères avaient de mieux à faire en pareil cas, était de rester au coin du feu, à soigner leur marmite, en attendant qu'il y tombât du ciel la poule au pot promise par ee bon Henri IV; et que si tel était encore aujourd'hui le bon plaisir qui nous fit la loi, nous ne risquerions rien d'imiter le brave Entelle et de dire comme lui : hic cestus artemque repono, en déposant pour toujours, dans quelque coin obscur, nos armes désormais inutiles.
Mais heureusement qu'il n'en est point ainsi, en l'an de grâce 1857, dans ce siècle de progrès et de raison, sous le régime paternel qui nous gouverne.
Sa Majesté le grand roi a vécu; messeigneurs les. seize grands Maîtres de ses Eaux et Forêts ont vécu, et, avec eux, les Maîtres particuliers, les Capitaines, les Lieutenants de chasses, les Huissiers, Sergents, Greffiers, Gardes-plaine, tant à pied qu'à cheval, tout ee personnel onéreux, justiciable do la Table de marbre; l'ordonnance de 4669 elle-même est morte, ou s'il en reste encore quelque vestige dans la police actuelle des bois de la couronne, c'est que là précisément est une lacune que notre législation, j'espère, ne tardera pas à combler.
*11 n'y a que le gibier qui ait survécu à ce grand désastre, se perpétuant d'année en année, échappant à tous les massacres, même aux trois immortelles journées ; toujours traqué, noursuivi. tourmenté, et cependant toujours aussi abondant.
m ï.'Oti VEftTC R fi DB. LÀ CHASSE.
Encore quelques sema i nés d'attente,, et notre longue impatience sera enfin satisfaite : la chasse, qui depuis six mois était fermée pour tous, s'ouvrira non- seulement pour Paris, mais pour tous les départements qui l'environnent. Plus heureux que ne le furent nos bons aïeux, chacun de nous, moyennant la somme modique de quinze francs, aura le droit d'entrer en guerre, armé de toutes pièces, et de s'aventurer, comme combattant, dans cette vaste lice qui sera bientôt arrosée du sang de tant d'innocentes victimes. <
Préparez- vous donc, joyeux champions : vous, illustres vétérans, que vos triomphes de l'an passé ont justement enorgueillis ; vous, pauvres maladroits à qui la main tremble encore en vous rappelant vos fautes et vos défaites. Apprêtezvous aussi, timide et jeune débutant, qui, pour la première fois, échappez à l'œil maternel, et venez vous mêler dans nos rangs, pour prendre part à la bataille et essayer d'y gagner vos éperons.
L'action sera chaude, je vous en préviens d'avance, car si. j'en juge par certaines escarmouches d'avant-garde auxquelles je me suis déjà trouvé pour ma part dans les plaines boisées de la Brie, l'ennemi est formidable et nombreux; mais qu'importe? V
Sont-ils nombreux, leurs escadron*?
Demandait un jenne trompette; .. ,
Roland dit : Nous les compterons Le lendemain de leur défaite.
, 1 Avant de vous mettre en campagne, n'oubliez rien du matériel indispensable à tout bon chasseur. Je m'inquiète peu de l'uniforme : déguisez-vous ainsi qu'il vous plaira, excepté toutefois en président de Cour royale ou en capucin de l'ordre
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«tes moines blancs, comme au salon dernier ce gros joufllu .V* f*^ de frère Balzac, les couleurs trop éclatantes ne convenant . . , ' point pour cette guerre de tirailleurs où l'un des plus grands avantages consiste à voir sans être vu. Couvrez enfin votre chef à votre fantaisie : d'un large feutre gris à la Cromwell, de la classique casquette à visière verte, vulgairement nommée plat-a-barbe ; même de l'immortel bonnet de coton de notre ami J. J., cette coiffure à part, qui vous siérait moins bien j'en suis sûr, qu'à cette honnête et spirituelle figure. •
Ce que je vous recommande spécialement, ce sont les munitions, entendez-vous : d'abord le plomb, les bourres, la poudre ; ensuite une foule d'accessoires qui tiennent peu de place dans un carnier : l'amorçoir à capsules, le tournevis, le tire-bourre, lepinglctte, objets de peu de valeurs par euxmêmes, et toujours nécessaires en chasse.
Puis enfin, comme il arrive une heure dans la journée où de part et d'autre on a besoin de reprendre haleine; heure ; accablante s'il en fût, où le soleil darde sur notre tête ses rayons à pic et brûlants; où les perdreaux dispersés se dérobent ça et là sous les épais couverts de la plaine, tandis que notre chien,' sans nez, halète avec une langue d'un pied, derrière nos talons tout poudreux; ne négligez pas non plus les productions de iart de gueule, recommandées par le maître; soyez sûr que vous les apprécierez à ce moment de repos et de trêve, . alors que vous et vos compagnons, mollement étendus a l'ombre, sur le sol émaillé de la prairie, vous boirez gaiement à la santé des morts, et puiserez, dans un repas champêtre, vase ardeur et de» ftftfcs nouvelles. ^ H &** *
■■f L'assemblée se fera en quelque beau lieu,sous des arbres, V, auprès d'une fontaine ou ruisseau, la où les veneurs se <W-
vent tous rendre. Gependaut le sommelier viendra avec 1 1 ois bons chevaux chargés d'instruments pour arromr le gosier, comme cotrets, barreaux, barils, ilacons et bouteilles, lesquelles doivent être pleines de bons vins d'Arbois, de Beauue, deCbaloce et de Grave. Lui, étant descendu de cheval, les mettra à rafraîchir en l'eau, ou bien les pourra faire refroidir avec du camphre ; après il étendra la nappe sur la verdure. Ce fait, le cuisinier s'en viendra chargé de plusieurs Iwns harnois de gueule, comme jambons, langues de bœuf fumées, groins et oreilles de pourceau, cervelas, eschinées, pièces de viande de saison, carbonades, jambons de Mayence, pâtés, longes de veau froides couvertes de poudre blanche, et autres menus suffrages pour remplir le boudin, lequel il mettra sur la table.
« Lors, le Roi ou le Seigneur, avec ceux de sa table, étendront leurs manteaux sur l'herbe et se coucheront de côté, dessus, buvant, mangeaut, riant et faisant grande chère; et s'il y a quelque femme de réputation au pays- qui fasse plaisir aux compagnons, elle leur sera allègue... en attendant le rapport à venir. »
Telle est la halte de chasse que Jacques du Fouiiloux, qui s'y connaissait , j'espère, prescrit aux grands seigneurs de sou époque, en l'an 1620 : il y a tout à 1 heure de cela trois
Pourquoi n'userious-nous pas à notre tour de ces doctes et sages préceptes ?
Nous vivons aujourd'hui eu véritables grands seigneurs, simples bourgeois que nous sommes.
Nous chassons comme eux, nous buvons et làisons bonne chère comme eux.
tët qui sait, si en suivant la recommandation de du Fouil- * loux jusqu'au bout, nous n'aurions pas sur eux quelque avantage?
Nous qui avons composé ce joyeux refrain :
Vive la chasse !
Elle surpasse Tous les plaisirs Qui charment nos loisirs !
r Et la jeunesse
Redit sans cesse Que fon retour . Fait triompher l'amour!