‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 44 sur 90 · ÉPISODE DES CHASSE» DE FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

ÉPISODE DES CHASSE» DE FONTAINEBLEAU

— 1S lOILLBf 1841 —

La vénerie sous la Restauration. — Trêve de trois moi« accordée , au fauve. — L'équipage du duc d'Orléans. — Un débucher té-

rieux. — La ferme des Hollnins. Un dîner de princes. — La . *

retraite. " * ^

Sous la Restauration, le service de In grande meute (équî* page du cerf), avec laquelle, d'après l'état détaillé des chasses à courre, consignées pour 1825 au livret des chasses du Roi, , Ton ne prenait pas plus d'une quarantaine d'animaux année commune, cessait régulièrement dans les premiers jours d'avril, pour ne recommencer (pie vers la fin de juillet, cVîst-à-dire après trois mois complets de repos et de trêve. Alors venaient pour occuper les loisirs des princes quelques battues à Marly et Saint-Germain, où se tuaient un certain s

m LÀ ferme des hollaiks.

nombre de daims, de sangliers et de biches; mai et juin écoulés, arrivait juillet, dont les premiers jours étaient consacrés dans Saint-Cloud à des tirés de lapins, qui amusaient d'autant plus Monsieur et son fils, Mgr le duc d'Ângoulême, qu'ils y trouvaient l'un et l'autre l'occasion fréquente d'y exercer leur adresse; puis, la trompe se faisait entendre de nouveau : la meute, remontée au complet, sortait toute couplée de la vénerie et prenait gaiement la route de Rambouillet, où déjà, depuis une quinzaine, s'était transporté, pour reprendre connaissance du terrain, tout le nombreux personnel des piqueurs, des valets de limiers, des valets* de chiens à cheval et à pied, Delaunay, Leroux pcreclfils, Charlemagne, Duval, Chcron, Burguisser, Léchallier, Camns, Renard, Fanlare, Latrace, Lafeuille et Labrisée.

Ces trois mois d'interruption dans les laisser-courre princiers étaient religieusement observés, même par le duc de Bourbon, cet infatigable veneur, dont les chims pour cerf et le vautrait ne franchissaient alors le seuil de leur chenil que pour aller deux fois par jour à l'état; et chacun comprendra la nécessité d'une aussi sage mesure, à cette époque de reproduction universelle, où tout se répare, sous un principe actif d'inépuisable fécondité, dans le sein de la nature plus riante encore et plus belle; où le scarabée engourdi commence ù bruire sous l'herbe, et où, depuis la chrysalide qui brise instinctivement sa prisou pour étaler, aux premiers rayons d'un soleil plus doux, les couleurs diaprées de ses ailes, jusqu'au dix-cors lui-même, ce roi majestueux de la forêt, dont la tète s'orne d'une pai lire nouvelle, en même temps que le plus vieux chêne de la futaie semble renaître plein de séve et de vigueur; tout iusecte, tout animal, toute plante,

LA FERME DES HOLLAîHS. «0

subit, par quelque métamorphose, cette influence bienfaisante qui Vivifie la terre appauvrie. D'ailleurs, à part cette obligation d'un armistice bien court, imposé au veneur r dans l'intérêt même de ses jouissances futures, par les lois de l'éternelle sagesse, au printemps, la chasse à courre, cette noble distraction qu'on ne goûte jamais sans obstacles ou saus fatigues dans aucune saison de l'année, présente des t! inimités qui rebuteraient le meilleur équipage. D'ordinaire, il lait très-mauvais revoir en raison de l'extrême sécheresse; les cerfs, comme honteux d'avoir perdu leur bob, sous le poids duquel ils redressaient naguère leur front superbe, se sont relégués çà et là dans les buissons, abdiquant, jusqu'à ce qu'ils aient frayé bruni, une royauté qui n'a plus ses iusigues; la voie elle-même est devenue inextricable, le sentiment de l'animal étant à chaque instant paralysé, sous le nez embarrassé des chiens, par le parfum des mille fleurs odorantes qui émaillent le sol et exhalent au loin leurs senteurs à travers l'atmosphère embaumée. En admettant qu'il y eut quelque chose au rapport, ce qui n'arriverait pas mie lois sur quatre, on voudrait s'obstiner à chasser dans cette saison cblucilc, que, la plupart du temps, on aurait le désappointement de revenir au logis sans résultat, après une journée des plus rudes, passée à appuyer la meute au milieu d'innombrables défauts. Or la Vénerie du Roi, qui, sous M. le comte Alexandre de Girardin, premier veneur, pouvait passer pour un véritable modèle, forçant d'habilude son animal en une heure et demie, terme moyen, et souvent en attaquant un second qui ne durait pas davantage, la Vénerie du Roi, dis-je, avait trop d'amour-propre pour s'exposer de gaieté de cœur à une humiliation semblable.

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