‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 56 sur 90 · UNE OUVERTURE A GROS-BOIS · texte numérisé non relu

UNE OUVERTURE A GROS-BOIS

qu'on ne se souvient pas d'avoir vu depuis longtemps des ipagnies plus fortes et plus nombreuses. Aussi Dieu sait quelle levée de boucliers a eu lieu aussitôt qu'a paru , pour chaque département, l'arrêté préfectoral si impatiemment attendu. Malheur à qui n'avait pi nt pris toutes ses mesures « d'avance et fait sa visite obligée, dans la première quinzaine - d'août, à tous les fournisseurs auxquels il faut payer tribut en pareil cas : l'armurier, le quincaillier, le fabricant de guêtres et de chaussures, sans oublier le tailleur surtout ; le tailleur, cette seconde Providence du chasseur, et qui, d'un seul coup de ciseau donné maladroitement, peut, en manquant une entournure, compromettre à tout jamais la réputation du tireur le plus habile. Pendant trois semaines entières on ne s'est couché ni jour ni nuit dans plusieurs ateliers que nous pourrions citer, et les Humann de la capitale ont eu pour le moins autant de besogne, avec les vestes et les paletots à livrer, que la brigade des bons gendarmes de Saint-Denis ou du Bourget, le 25 au matin, avec les envahisseurs de leurs plaines.

A voir la migration qui s'opère dans nos murs, la veille et le jour même de l'ouverture; à compter un à un les excellents types de ces chasseurs bourgeois que voit défiler la Barrière, véritable armée capable de prendre d'assaut la ville et ses iaubourgs, il nous serait franchement bien difficile de dire vers quels parages ignorés se dirige cette procession de grotesques, et ce serait un curieux calcul à établir que de supputer approximativement ce qu'il faudrait de gibier pour satisfaire, même à une pièce par tête, l'ambition quelque^ peu famélique de ces honnêtes Béotiens auxquels, chaque année, le fisc vend 15 francs, le droit de brûler leur demi-

Page 1