‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 65 sur 90 · CHEZ LE MARQUIS DE GASVILLE · texte numérisé non relu

CHEZ LE MARQUIS DE GASVILLE

prenait jusqu'à soixante sangliers par an, dans la Bourgogne; il faut lui rendre cette justice, qu'il n'a jamais, dans son honorable carrière politique, sacrifié les devoirs sérieux aux exigences de sa passion favorite. Levé dès quatre heures du matin, pour faire sa correspondance et son travail, il était, deux heures après, à la disposition du public pour ses audiences, et jamais un rendez-vous donné ne faisait faire chez lui antichambre à un solliciteur, quel qu'il fût La l>esogiie achevée, k séance levée, M. le préfet d'Auxerre endossait l'uniforme de chasse, montait dans une chaise de poste et se rendait encore utile à ses administrés en purgeant le pays d'une foule d'animaux nuisibles dont les campagnes déploraient les ravages. H était, dit-on, d'une sévérité excessive pour les braconniers de profession, et tous ceux qu'il soupçonnait d'être sujets à caution avaient bien de la peine à obtenir de lui un port d'armes : certes, ce n'est pas nous qui blâmerons cette rigidité salutaire dont les résultats ne seraient pas douteux, si tous nos préfets actuels la prenaient pour modèle.

Avec un tel maître de maison, on conçoit que, tout étant réglé et positivement arrêté d'avance, ses hôtes doivent être fort peu embarrassés de la manière dont ils occuperont leurs journées. Ce qu'il y a de bien positif, c'est qu'elles passent vite, et d'autant plus agréablement que, comme nous le faisions pressentir tout à l'heure, grâce aux heureuses ressources qui les varient, elles se succèdent et ne se ressemblent pas. Aujourd'hui c'est la Caioletie qu'on met à contribution; demain, c'est le bois Joly; après demain, le bois de Beauvoir; ainsi de suite : après l'hallali d'un sanglier vient la prise d'un daim, admirablement bien chassé par un équipage de bâtards anglais composé de trente-six chiens d'un ma-

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