E VAUTRAIT DE BOIS-BOUDR AN
au chenil. 11 a été pris la veille au bord de la Seine, près du parc de la Rivière, par trois chiens seulement.
Cette journée foit à la fois honneur à la vitesse des chiens et à l'activité des veneurs. Sur cinq sangliers attaqués, quatre ont été pris, et cela en moins de trois heures. Nous voilà certes bien loin du temps où du Fouilloux ne craignait pas d'interdire aux veneurs de son époque de frapper à la brisée d'un sanglier au-dessous de son tiers-an, sous peine de sonner la retraite manquée. Non-seulement on a attaqué des bêtes de compagnie, mais la prise de trois d'entre elles a justifié tant d'audace, et les chiens sont si peu fatigués, qu'ils chasseront le surlendemain pour la troisième fois de la semaine.
. Le 4 février, rendez- vous à la Croix du Grand-Maître, à cinq minutes de laquelle l'Andouiller laisse-courre un bon ragot. MM. de la Hochette, Alphonse et Edouard de Perregaux sont encore présents à côté de M. le comte Henri Grefiulhe. Un cerf et trois biches se sont rembuchés dans la même enceinte que l'animal ; aussi ne découple-t-on que six chiens d'attaque à une heure de l'après-midi. La brisée est saignante, les chiens partent chassant, et chassant môme si bon train, que les quarante chiens de meute ne peuvent malheureusement être donnés que de très-loin. L'animal prend son parti en ligne droite vers la Seine; mais à moitié chemin tous les chiens sont ralliés à sa poursuite, et il a à peine dix pas à avance au moment où il se précipite dans l'eau de la prairie du parc de la Kivière. Quelques chiens des plus ardents suivent d'abord à la nage, mais la largeur du fleuve débordé les effraye bientôt, et ils regagnent la terre. Arrivé à une île qui se trouve au milieu du courant, le sanglier s'y arrête un
258 LE "VAUTRAIT DB BOIS-BOCDR AJT
moment pour secouer ses soies hérissées, puis iê son bruyant des trompes le décide à se replonger de nouveau dans la Seine; il gagne 1 autre rive, et commence aussitôt à gravir le rocher de Samoreau.
. . Mais déjà nos veneurs et les piqueurs, partis à fond de train, ont été passer le pont de Vaivins. C'est un détour de près de quatre lieues ; et cependant une demi-heure s'est à peine écoulée qu'on les voit déjà sur l'autre bord attendant les chiens, qui passent dans deux bateaux, à la marche desquels la largeur de la rivière et la rapidité du courant offrent de nombreux obstacles. Enfin les voilà débarqués, découplés de nouveau, et gravissant bientôt, à la suite du fugitif, les pentes escarpées de Champagne. Dans les bois du même nom, l'animal est relancé ; en vain il traverse en droite ligne et à toute vitesse les bois de Maisonneuve et ceux de Valence; les chiens le suivent de près et enfin le forcent à trois heures environ à prendre la plaine dans le petit débucher de Manche- .court, où ils le rejoignent au milieu des champs, à deux cents pas du bois. Couvert par vingt chiens au moins, le sanglier est un instant porté bas; M. de la Rochette se pré* cipite alors de. cheval, pour le piquer; mais à peine l'animal a-t-il senti la pointe du couteau, qu'il lance en l'air et tue sur le coup Verbaleau y un des meilleurs chiens de l'équipage^ en découd huit ou dix autres, se débarrasse du reste, et cuir bute notre téméraire veneur, sans pouvoir heureusement le blesser. À partir de ce moment, pas un assaillant n'ose revenir à la cliarge; accroupi au milieu d'une mare de sang, te monstre fait claquer ses défenses, et semble défier les chiens rangés tous en cercle à dix pas autour de lui, et l'aboyant sans relâche. 11 n'y a phis à songer à le piquer, l'animal est
. Ut VAUTH AIT DE &01S-B0UDRAN.
presque» soji tiers-an et dangereusement armé. L'Andouiller, resté derrière dans on retour, et qui seul porte une carabine, n arrive pas. Ce retard donne du répit au sanglier, qui, suivant un fossé, et s-'arrêtant à chaque instant pour charger les chiens, parvient à gagner les bois de Forges, toujours tenu aux abois par la meute haletante. Enfin l'Andouilier parait : quatre coups de carabine, dont trois traversent l'animal de part en part, ne suffisent pas pour le faire tomber, mais il perd à la fois son sang et ses forces; et au bout de quelques minutes il devient possible à l'Andouilier de le porter bas d'un coup de couteau de chasse.
Ce laisser-courre est remarquable comme ayant offert des beautés de nature à faire préférer la chasse du sanglier à toutes les autres. Huit ou dix lieues parcourues en ligne droite, à fond de train et sans un défaut, le passage d'une grande rivière, ce changement complet de pays, qui, des sables et . des futaies de Fontainebleau, a conduit les veneurs dans le terrain boueux et fourré de Champagne et Valence ; et enfin cet admirable hallali en plaine si palpitant d'émotions, et qui n'a pas duré moins de trois quarts d'heure : ce sont là des incidents merveilleux a raconter, plus magnifiques encore à voir.
On ne s'arrête pas en si beau chemin : les chiens blessés, ceux qui ne sont pas rentrés, les chevaux un peu éprouvés par trois chasses dans la même semaine, la neige qui tombe en abondance, la gelée qui menace, tout cela n'arrête pas M. le comte Greflulhe. Fontaine, valet de chiens à pied, est envoyé au contre-pied pour requêter les chiens restés de l'autre coté de l'eaU; et rendez-vous est donné pour le mardi 7 àkCrwxdeSainfcHérem.
ïtO LE VAUTRAIT DE BO JS-BOUDRAN.
Au jour dit, M. le baron de la Rochette se trouve seul présent avec M. le comte Henri Grefliilhe. Le rapport est des plus satisfaisants, et surtout remarquable dans une forêt si claire, où l'on a chassé sans? interruption toute une semaine, llamel, ce vétéran des valets de limier, dernier reste de la grande louveterie de France, a un ragot seul à la Croix du Grand Maître; Labrisée et Delamotte font rapport de quatre bêtes de compagnie au Belvédère; l'Andouiller enfin laissecourre un sanglier venant à son tiers-an au carrefour du Gros-Feuillard.
C'est à celte dernière brisée qu'on va frapper. L'animal, lancé à deux heures seulement par six chiens d'attaque, reçoit cinq minutes après quarante chiens de meule découplés à propos. Après avoir traversé rapidement les masses de rô^ chers qui se trouvent de ce côté, le sanglier saute le Pavé de Recloses, longe ensuite le champ de manœuvres, passe la grande route de Bouron près de la Faisanderie, et prend enfin son parti eu ligne droite sur le Long-Rocher sans pouvoir gagner une minute d'avance sur les chiens. Après s'y être fait battre une grande demi-heure sans mettre une seule Ibis en défaut la meute qui le suit, malgré tout l'avantage que lui donne le terrain, il gagne les forts de Marlotte, et traverse le village de Bouron, chassé à vue par l'équipage. C'est littéralement au milieu des chiens qu'il remonte la pente des rochers qui dominent ce village; à dater de ce moment, il lient tous les cinquante pas; enfin, porté bas au carrefour de la Caveaux-Brigands, il est tué par l'Andouiller d'un coup de carabine, après avoir blessé huit de ses vaillants ad-
Cette chasse, qui rappelle, par le parti qu a pris laminai,
LE VAUTRAIT i)E DOIS-BOUDRAN. 244
mie belle chasse de cerf, n'a pas duré plus de deux heures, sans un défaut, le train toujours très-sévère : une couche assez épaisse de neige couvrait la terre, et cette circonstance, favorable le matin pour les valets de limier, devait naturellement gêner beaucoup les veneurs pour galoper à la suite des chiens. Cependant aucun accident n'est arrivé, et plusieurs personnes, tant de Fontainebleau que des environs, étaient à la mort avec les veneurs que nous avons ci lés et les piqueurs.
?îous devons ici rendre hommage à la bienveillance toute particulière dont M. de Bois-d'Hyver a fait preuve dans ce déplacement : toujours présent aux rendez- vous, M. l'inspecteur de Fontainebleau favorisait, en amateur zélé de la chasse à courre, par les ordres donnés à ses gardes, le matin la quête des valets de limier, et dans la journée la chasse elle-même.
Mais c'est surtout au choix intelligent des chiens, à ce mélange bien proportionné des chiens anglais et des bâtards choisis toujours, il est vrai, avec la plus inflexible sévérité, que les veneurs, présents à ces chasses, sont redevables des brillants hallalis auxquels ils ont assisté. Dans l'équipage de Bois Boudran, point de système exclusif; nulle de ces théories bonnes à discuter dans un cercle, mais impraticables sur le terrain; on chasse comme on peut, et pour le mieux. On tache surtout de suivre, de loin il est vrai, et sans avoir la prétention ridicule d'en approcher, les errements de chasse légués aux veneurs modernes, par Jê premier veneur de son époque, monseigneur le duc de Bourbon, de la maison duquel so.t le piqueur qui dirige la meute de M. Grefiiïihc.
Le succès inouï qui a couronné ce déplacement, et qui est