‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 71 sur 90 · LE VAUTRAIT DE BOIS-BOUDRAN · texte numérisé non relu

LE VAUTRAIT DE BOIS-BOUDRAN

: lin déplacement à Fontainebleau. — Veneurs présents. — Un buisson creux. — l/équipage prend sa revanche. — Chasee remarquable de sangliers.

Nous «tons fidèlement enregistré, l'an passé, les succès de cette excellente meute : deux grands loups, vingt louveteaux et louvarts, dix sangliers, onze daims et deux cerfs; en tout quarante-cinq animaux, la plupart portés bas par les chiens, quélqucs-uns tués au milieu d'eux : tels avaient été dans quatre forêts différentes les résultats glorieux des laisser-courre de cet équipage.

Les chasses de cette année ont présenté un début moins brillant : ce n'est pas que les animaux manquassent dans le pays qui environne le château de Bois-Boudran, quartier

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général de nos veneurs ; outre quelques daims et cerfs, trois ou quatre compagnies de sangliers, et même quelques soli- . taires, avaient été reconnus par les valets de limier pendant toute la saison dernière. Mais une remonte de vingt chiens anglais de la plus grande beauté, arrivée un peu tard ; une autre de dix jeunes bâtards anglais, nés au chenil, demandaient d'abord à être bien mises dans la voie; et si l'on joint à ce premier désavantage la sécheresse excessive de l'été dernier, les difficultés sans nombre qu'éprouvent des chiens anglais habitués à chasser en plaine, lorsqu'ils sont transportés tout à coup dans les demeures presque impraticables dont se compose la majeure partie des forêts où chasse d'ordinaire l'équipage, on s' expliquera facilement ces premiers échecs, d'autant moins humiliants pour la meute, qu'en définitive, malgré tant d'obstacles réunis, trois sangliers et trois daims ont cependant été pris par elle depuis le mois de novembre jusqu'au mois de janvier.

Le 14 de ce mois, rendez- vous avait été donné à l'élite de nos veneurs à la Croix de Saint- Hérem, forêt de Fontainebleau. 11 était difficile de voir une plus brillante réunion de chasseurs. Nous citerons, entre autres, M. Bush, ce célèbre sportsman anglais, qu'on peut si justement aussi appeler «un excellent veneur français; M. le comte Charles Greflïilhe ; M. Célestin de Pontalba; MM. Alphonse et Edouard de Perregaùx; M. le baron de la Rochette ; M. le marquis de Pracomtal, dont le tact exquis avait su ce jour-là renoncer aux bottes fortes si utiles au lonvetier du fangeux Nivernais, pour adopter les élégantes bottes à revers du chasseur des allées sablonneuses de Fontainebleau ; M. Henri Thuret, cet ancien propriétaire d'un des meilleurs équipages qu'il y ait eus en France; M. Phi-

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lippe Hottingucr, veneur consommé autant que modeste; M. le comte de Tholozan enfin, ee joyeux boute-en-train de tous les déplacements.

Malheureusement le sort fatal jeté sur l'équipage n'était point encore levé. Tous les veneurs que nous venons de nommer sont à leur poste ; l'administration de la forêt s'est jointe à eux, et cette foule inquiète, impatiente, se promène en attendant le rapport dans la vaste étoile du carrefour, où les chiens tout hardés frémissent d'ardeur, tandis que les chevaux anglais frappent du pied la terre. Enfin, à midi sonnant, le dernier valet de limier rentre : on l'entoure, on le presse... mais, hélas î il n'a pas plutôt parlé, qu'un découragement général s'empare de l'assemblée : les compagnies de sangliers qui, toute la saison, n'avaient pas quitté la forêt, ont traversé la Seine dans la nuit même.

Que faire?... Ma foi, où passent les sangliers, les veneurs passent aussi : on se décide à les poursuivre, et rendez-vous est donné à Valence pour le 17. Cette fois, MM. le baron de la Rochettc, Henri Thuret, Alphonse et Edouard de Perregaux, se trouvent seuls présents à l'appel; mais c'est pour acquérir la triste certitude, et cela deux jours de suite, qu'ils n'ont pas serré les fuyards d'assez près. Le 17 et le 48, en effet, les valets de limier ont bien connaissance de sangliers, maïs ces animaux, toujours sur pied, s'en vont fuyant vers le foud du pays. Enfin le 19 on rejoint à Montigny la compagnie entière, et là, quarante sangliers sont rembuchés ensemble. Jusqu'alors chacun, plein d'une noble émulation, avait brûlé du désir d'atteindre l'ennemi : en le rencontrant si nombreux, la crainte commence à s'emparer des cœurs les plus intrépides ; et bientôt, malgré toutes les précautions ima-

ftrt

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ginables, la tournure que prend la chasse justifie ees appréhensions trop bien fondées : il devient impossible d'éviter ûe change ou l'accompagné, et les sangliers battent en retraite, se relayant toute la journée devant les chieHs, qui méritaient un ennemi plus loyal. Le lendemain, la température a changé; Ja gelée commence, légère, il est vrai, mais suffisante cependant pour motiver une trêve de huit jours, à laquelle il fait condamner l'équipage, »

• Le 28, un nouveau rendez-vous est fixé au rond-point de Villeneuve, dans les bois de Montigny ; par une coïncidence fâcheuse, ici se reproduit encore la circonstance qui a fait manquer la chasse du 19. C'est dans trente sangliers qn'on attaque : ils se séparent il est vrai, mais c'est pour se rejoindre plus loin, et, de change en change, les animaux promènent encore sans résultat la meute que M. le comte Henri ftrefiulhc et M. le baron de la Rochette suivent seuls ce jourla .jusqu'à la nuit tombante. Cependant ce laisser-eourre, en apparence infructueux, eut des conséquences importantes \ outre qu'il mit les chiens à fond d'haleine, il fit repasser la Seine aux animaux las d'être tourmentés sur l'autre rive,

Effectivement, deux jours après, arrive une lettre de Dotamotte, le garde de Franchard, excellent valet de limier; il annonce la rentrée de vingt sangliers dans les demeures de Fontainebleau. L'équipage est immédiatement dirigé de Rois- Boodran sur fat forêt, et rendez-vous donné pour le mardi Zi janvier à la Croix de Sainl-Hérero. ^ -

* Cette réunion improvisée ne présentait pas, à beaucoup près, l'aspect animé de celle du 14; M. le baron de la Rochette^ MM. Alphonse et Edouard de Perregaux, accompagnaient seuls M. le comte Henri Greflïilhe, qui, ayant appris à se* dé-

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pens que les sangliers n'attendant personne, s'était vu pris trop à court cette fois pour prévenir tous ses nombreux amis. Àmédée Deiamotte fait, à midi, rapport de la compagnie entière dans les forts de Recloses; un quart d'heure après, elle est lancée par six chiens d'attaque, et au bout de dix minutes, quarante clûens de meute, amenés à propos par Li 1 irisée et Fontaine, sont découplés sur une bête d'un an, déjà séparée. Sauter le Pavé de Nemours, traverser la futaie de Saint-Hêrem, arriver au Long-Rocher, tout cela est pour l'animal l'affaire d'un quart d'heure ; mais les chiens y sont aussitôt que lui, et, trouvant que la vitesse ne lui réussit pas, le sanglier essaye de la ruse, r

Tous nos lecteurs connaissent les rochers de Fontainebleau ; ils se figureront facilement la difficulté qu'il y a pour les chiens à suivre l'animal sur ces masses énormes de grès, où

sans cesse, dépister le sanglier dans ses nombreux retours, sur le terrain le plus désavantageux, tel fut le métier auquel l'équipage se vit condamné pendant une demi-heure. Mais, à ta fin, l'animal lui-même se lasse de ce manège ; il prend son faTÛ en brave, le train devient terrible, et vingt minutes après le sanglier, porté bas en plaine, au bord de la rivière du Loing, est tué «koups de couteau de chasse par M. Edouard de Perregaux. La chasse n'avait pas duré en tout une heure et quart.

Le surlendemain, 2 février, rendez-vous est pris à la Croix du Grand-Maître : présence des mêmes veneurs. Trente sangliers ont repassé la Seine dans la nuit; Labrisée et Deiamotte ont bien connaissance d'une vingtaine d'autres en très-bonne voie, mais toujours sur pied, et qu'il n'a pas été possible de

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rem lui cher. On se dispose néanmoins à essayer de les rejoindre, lorsque M, Edouard de Perregaux, qu'un heureux hasard avait mis un peu en retard ce jour-là, arrive ventre à terre, faisant rapport de cinq animaux qu'il a vus par corps sauter sur la route de la Croix du Grand-maitrc, à deux cents pas environ du rendez-vous. Quarante chiens amenés à la voie sont aussitôt découplés et partent à fond de train. C'est à dessein que nous employons cette expression, car c'éta t plutôt une course qu'une chasse, les chiens chassant pour ainsi dire à vue. Au Pavé de Moret, les animaux se séparent, et cinq minutes après une laie A son tiers-an est portés bas par dix-huit chiens sous la futaie du Pavé du Prince. A ce moment, M. le haron de la Rochette et Labrisée, qiû suivaient huit chiens chassant une bete d'un an, déjà mal menée, entendent sonner l'hallali derrière eux ; ils n'hésitent plus alors à donner une harde de dix chiens, amenée par Fontaine. Chassé encore plus vivement, l'animal est porté bas une demiheure après, en plaine, au milieu du village des Sablons, et tué â coups de couteau de chasse par M. le baron de la Uochettr.

C'est alors le tour de nos deux veneurs de sonner un second hallali ; mais ils entendent tout d'un coup des tons pour chiens à leur droite. Sans hésiter, ils enlèvent les vingt- chiens qui aboient l'animal mort, et dix minutes après les voilà sur la voie d'un troisième animal que M. le comte Grctfulhe et l'Andouiller ont vu sauter pendant que, leur animal pris, ils ralliaient à la seconde chasse. Du même âge que Je dernier, il était seulement mené par dèux chiens, mais maintenant c'est à trente qu'il a affaire ; aussi est-il porté bas un quart d'heure après. Troisième hallali au Carrefour de la Petite-Haie.

Le lendemain matin, 5, un sanglier est encore .rapporté -

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