‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 84 sur 90 · DISSOLUTION DE LA SOCIÉTÉ DE RAMBOUILLET · texte numérisé non relu

DISSOLUTION DE LA SOCIÉTÉ DE RAMBOUILLET

Rambouillet fait retour en 1832 au domaine de la Couronne. — Liquidation de la Société de Rambouillet. — Dernière assemblée générale. — Emploi de* fonds restant en caisse. — Rambouillet est mort, vive Chanlilîyl

Quomodo cectdit poiens. . •

C'est en \ 844 , c'est-à-dire il y a douze ans passés, que notre journal, ce fidèle historien toujours à l'affût du moindre lait qui se rattache à sa spécialité favorite, a parlé pour la première fois à ses lecteurs de la Société des chasses de Rambouillet. A cette époque, un article complet publiait et les premières chasses de la Société et la liste officielle des trente veneurs qui en formaient alors le brillant personnel. Pendant sept années consécutives, les comptes rendus de

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leurs exploits annuels ont continué à figurer dans nos annales, et ce n'est qu'en 1848 que nous avons cessé de parler de cette Société modèle, bien qu'elle existât toujours et que la plupart de ses membres fussent inscrits comme abonnés parmi nos pfus fidèles.

En 1852, la forêt de Fontainebleau étant rentrée du domaine de l'État dans celui de la Couronne, MM. les Sociétaires ont dû quitter le théâtre qu'avaient illustré tour à tour tant de maîtres d'équipage justement célèbres, les Plaisance, les Wagram, les Mac-Mahon, les Perthuis, les Grefiulhe, les Vogué, les Lagrange, les Lareinty, les des Roys, les la Rôchefoucaùld, c'est-à-dire toutes les sommités cynégétiques ou 5 peu près que depuis vingt ans compte la vénerie en France. A la dernière assemblée générale de la Société, au moment de procéder à une séparation qui laisse plus d'un regret dans tous les cœurs, mais surtout dans ceux des malheureux, habitués à voir chaque année soulager leur misère, il a été décidé à l'unanimité qu'une commission mixte, nommée sur place et composée de trois Sociétaires, du comte de Merinville, du comte de la Brilîe, du baron Legras de la Boissîère et de M. Dolamotte, avoué à Rambouillet, s'occuperait immédiatement d'apurer les comptes, et d'en répartir le reliquat entre les pauvres de Rambouillet et ceux des diverses communes avoisinant la forêt, que les chà «s traversaient le plus souvent. '

Toutes les dettes de la Société payées, il est resté entre les mains de M. Delamotte, agent comptable, une somme de 8,369 fr. MM. les commissaires- *nt pensé qu'avant de . % songer aux pauvres étrangers à la Société, il était juste de venir d'abord en aide à ses senitéurs, dont une si brus-

• bft LA SOCIÉTÉ m RAMBOUILLET. 287

que dissolution pouvait compromettre les intérêts les plus chers.

Une somme de 500 fr. a été allouée à titre d'indemnité à la Forêt, valet de limiers, ci. , . . . .. . 300 fr*

Une somme de 400 fr. a été partagée au même titre entre Pincebourde et Sorct, les deux autres

valets de limiers, ci . . . . . . . . . 40O

On leur a en outre tenu compte d'une somme de 97 fr., pour la nourriture et l'entretien de bail S chiens qu'ils avaient conservés et employés aux panneaulages de Chambord, ci 07

Total. ... 797 fr,

En retranchant celte somme de celle de 8,369 fr., il restait encore en caisse 7,572 fr.

MM. les commissaires ont attribué aux pauvres de Rambouillet et à une fondation pieuse dans l'église de cette ville * une somme ronde de 4,000 ftv*i . . . ' . « 4,000 fr.

Aux pauvres de Saint-Bilarion, 300 fr.~à ceux de Gazeran, 2G0 fr. ; d'Hermeray, 200 fr. ; do 1 Poigny, 200 fr. ; de la Boissière, 200 fr. ; de

1 II y avait dans l'église de Ramboufllet une chapelle dédire à saint Hubert. Cette chapelle abandonnée était dans le pins triste t£at, Ces messieurs, mus par . un gentiment auquel tout veneur applaudira, ont eu l'heureuse idée de la faire restaurer et de la «jeftitucr au cuit* du patron des chasseurs. Au-dessus de l'autel existe un magnifique tableau de Carie Vanloo, donné par Louis XV\ représentant saint Hubert agë* nouille devant le.Çhrisl. Les frais du rétablissement de cette chapeUé, avec les ornements nécessaires, doivent s'élever à environ 1,000 fr , d'après le devis de l'architecte» C'est donc encore 3,000 fr. dontbéncUcieront les pauvres de la ville. t 4

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Bourdonne, 200 fr. ; de Gambais, 300 fr. ; de Gambaiseuil, 20i) fr. ; de Saini-Léger, 200 fr. ; des Bréviaires, 200 fr . ; de Vieille-Église, 200 fr. ; : de Sonchamps, 200 fr. ; d'Aufîargis, 100 fr.

Total, 2,700 fr., ci 2,700 fr.

En préle/ant ces 6,700 fr. des 7,572 fr. mentionnés ci-dessus, il restait encore à répartir la somme de 872 fr.

MM. les commissaires ayant appris que dernièrement, à Poigny et à Saint-Léger, le feu avait détruit les chaumières de plusieurs habitants pauvres de ces deux communes, ont pensé que la Société serait heureuse de contribuer à soulager ces malheureux, et ils ont attribué aux incendiés de Poigny, 300 fr. et à ceux de Saint-Léger 200 fr., soit ensemble 500 fr. , ci 500 fr.

Après ce dernier prélèvement, sur les 872 fr. ci-dessus, il ne restait plus sans emploi qu'une somme de 572 fr.

Inspirés par un nouveau sentiment de charité chrétienne, ces messieurs ont donné à une pauvre femme des environs, qui venait de perdre son fils, seul soutien de la famille, cet appoint de 72 fr., ci 72 fr.

Puis enfin, revenant à des sentiments non moins justes mais plus matériels, et se rappelant sans doute ce refrain si vrai, fredonné par plus d'un d'entre eux en mainte occasion :

Qu'on est heureux de trouver à la citasse Un bon souper et surtout un bon lit;

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. v DE LA SOCIÉTÉ DE RAMBOUILLET. 280

MM. les commissaires ont décidé dans leur sagesse que les 500 fr. qui restaient seraient partagés entre le cuisinier et le garçon de l'hôtel du Lim d'Or.

Si nos lecteurs se souviennent encore de ce que nous avons dit sur l'accueil quotidien fait à MM . les Sociétaires par les maîtres du Lion d Or y les plus aimables hôtes que, de mémoire d'homme, ait rencontrés sur sa route chasseur en déplacement, ils ne pourront qu'approuver encore l'acquit de cette dette légitime, et ils feront comme nous, ils se diront : le règne de la Société de Rambouillet est fini; ayons foi dans la durée de celui de la Société de Chantilly qui commence. Il y a des institutions qui survivent à tout, la vénerie est de ce nombre. Les mêmes hommes d'élite et les mêmes éléments doivent à Chantilly, comme à Rambouillet, amener indubitablement les mêmes résultats et les mêmes

clioses. Nous n'avons pas besoin d'ajouter : Ainsi soit-il.

PAR ADOLPHE D'iIOUDETOT

La dédicace du livre. — Comment et pourquoi j'en suis indigne. — Les futurs Mémoires de Nentrod. — Toussenel et nos premiers pas ensemble dans la vie cynégétique. — Le livre de d'Houdetot. — Son danger. — Sa division et ses différents chapitres, r— La réhabilitation du moineau franc. — La femme protectrice naturelle de l'oiseau. — Une chasse de bécassine.

En me dédiant son dernier ouvrage, Adolphe d'Houdetot, : ce preux chasseur, auquel je suis dévoué corps et âme et qui me fait tenir ses premières lisières, me décernant ainsi un parrainage qui me vieillirait un peu dans l'esprit du lecteur, s'il ne savait aussi bien que moi à quel âge a commencé la carrière cynégétique de l'auteur; Adolphe d'Houdetot, dis je, qui pourrait presque, je crois, s'écrier comme dans la Métromanie :

Et j'avais quarante ans quand cela m arriva,

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beau matin, et fort bien m'en a pris, car au train dont allaient les choses| nul doute qu'à une autre époque, sous les princes

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a commis une grave erreur à mon endroit, dès la première page de son livre; et, du fond de ma conscience d'honnête homme, s'est élevé, en constatant le fait, un cri réprobateur, remords involontaire que je ne puis étouffer, quelque pénible qn il soit de risquer en public une confession semblable.

A celui, dit la dédicace, qui s'est montré, comme chas- ^ j

seur , le fidèle observateur des lois ! j

Merci, cher ami, pour ce brevet de vertu qui m'honore, et qui, avec un peu d'ambition de ma part, me ferait couronner rosier par tous les gardes champêtres passés, présents et futurs. Mais, hélas ! qui a pu, dites-moi, vous suggérer cette a mère plaisanterie, ou plutôt ce pieux mensonge que je repousse et que je répudie? ne vous faites jamais mon biographe, si saint Hubert m'appelle à lui avant vous, ô mon digne • ' élève, ou bien apprenez, pour en faire votre profit, une chose que vous seul ignorez encore et que je vous confesse ici en toute humilité, afin que vous ne vous exposiez- pas, le cas échéant, i vous faire accuser par mes ennemis, si j'en ai, d un acte de basse flatterie, c'est que loin d'avoir toujours été, comme chasseur, le fidèle observateur de la loi, j'en ai été jadis, hélas ! le plus eiîronté violateur : qu'en un mot, jamais braconnier, même en y comprenant le grand Labruyère, votre héros de prédilection, n'a été plus en guerre ouverte que moi avec toutes ces institutions salutaires que je suis le premier à défendre aujourd'hui, après les avoir autrefois si impudem- . ment transgressées. . • v "££

Autres temps, autres mœurs; ma conversion s'est faite un

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de Conti, par exemple, je n'eusse aussi, moi, pourri à Bicêtre dans quelque cul de basse-fosse : je ne veux pas remonter jusqu'au règne du roi Henri IV ; j'ai la conviction intime que sous ce Vert-Galant, un bon prince pourtant, bien moins jaloux de ses maîtresses que de son gibier, lui qui, passant une aile de poulet au page caché sous la table de la belle Gabrielle, disait si spirituellement : Il faut que tout le monde vive, j'aurais mal fini indubitablement, et je me serais vu tôt au tard bel et bien pendu à quelque vieux chêne de Fontainebleau, de Senart ou de Compiègne.

Après tout, saint Hubert lui-même s'est bien amendé : pourquoi n'aurais-je pas suivi son exemple, et qui peut rae dire si comme lui, dans la suite des temps, après avoir racheté par une vie exemplaire toutes les erreurs de mon passé, je ne serai pas aussi canonisé? On a vu des événements phi3 extraordinaires que celui-là.

Un jour, sous ce titre que j'annonce dès à présent, afin qu'un antre ne s'en empare pas avant moi, les Mémoires de Nemrod, je ferai ce qu'a fait Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions, le récit exact de ma vie de chasseur. On verra par suite de quelles circonstances se sont développés en moi tous ces instincts cynégétiques qu'une vocation naturelle m'avait, pour ainsi dire, départis en naissant.

Je raconterai comment, destiné à hériter d'une magnifique fortune, élevé dès mon enfance dans des goûts de luxe et de plaisir, au milieu des pays les plus giboyeux de la Bourgogne; initié aux premiers éléments de cette belle science de la vénerie par le marquis d.' Fleurigny, le véritable type du gentilhomme d'autrefois et le plus fin chasseur que j'aie encore rencontré dans ma vie, moi qui en ai tant connu depuis; armé

BRACONNAGE. — r CONTRE-BR ACOKN AGK. '295 *

à quatorze ans, par ses mains, d'un fusil à pierre acheté chez Delebcurse; escorté du vieil Antoine Notté, mon garde, suivi de mes deux fidèles compagnons Ramoneau et Flore, l'un vrai serpent à jambes torses, basset incomparable, l'autre excellente braque française qui, à elle seule, eût dressé son tireur; chassant depuis le matin jusqu'au soir, bien modeste encore quand je ne passais pas à l'affût une partie de mes nuits; bercé donc, au milieu de cette vie active, par les plus beaux rêves que puisse faire l'imagination en vacances d'un échappé des bancs du collège; je m'éveillai un beau jour du mois d'octobre, complètement ruiné par l'imprévoyance d'un mien parent qui n'avait négligé qu'une chose en m'élevant comme un fils de grand seigneur, en m'habituant à cette fastueuse existence, mais une chose indispensable et que j'engage tout homme prudent à ne pas négliger en pareil cas, c'était de m'assurer les moyens d'en continuer le cours, grâce à un simple testament, rédigé en bonne et due forme.

Ce fut là pour moi comme un véritable coup de foudre, pour ma mère surtout, au cœur si plein d'espérances et doublement frappée dans mon avenir et dans le sien. Mes Mémoires diront ce qu'elle montra alors de résignation et de courage; puis, on verra par quelle transition, mais non pas sans une longue et pénible lutte, l'éducation du centaure Chironnefut pas tout à lait perdue pour le jeune Achille; c'est-à-dire comment, en d'autres termes, né chasseur, je restai chasseur, et, devenu simple prolétaire de millionnaire que j'aurais dû être, voyant disparaître à la fois forêts, meutes et chevaux, mais restant encore propriétaire d'un vieui

fusil d'Àubroo de Nantes que ne me réclama pas la succession

29i BRACONNAGE. - CONTRE -BRACONNAGE. ,

éc défunt mon oncle, je rencontrai un matin un autre déshérité de la fortune, mais un vrai fils de la nature, celui-là, élevé comme moi en plein cœur des bois, caractère indépendant, généreux, esprit délicat, âme d'élite, avec lequel je sympathisai dès notre première poignée de main, l'ami Toussenel, ce naturaliste penseur, devenu depuis notre premier écrivain cynégétique.

Avec Toussenel, reviendront tous ces frais épisodes de jeunesse qui me sont encore présents comme s'ils dataient d'hier, et qu'il n'a pas oubliés plus que moi, j'en suis sûr : nos premières chasses ensemble sous les murs de l'Observatoire, à deux pas de la barrière d'Enfer, dans cette plaine fertile, hérissée de carrières et comprise entré Gentilly et Montrouge, dont les vastes champs de betteraves nous ont vus souvent l'un et l'autre faire, avant midi, nos deux douzaines de cailles! des cailles de fin septembre et d'octobre, paresseuses à force de graisse, sybarites endormies au sein des délices de Capoue, et que de si jolies petites mains, on rentrant à notre cinquième étage, rue des Grès-Sorbonne ou rue des Canettes, venaient joyeusement tirer du fond de nos carniers!

Puis, arriva 1 830, l'époque de la grande curée, où toute mon ambition personnelle se borna à quinze faisans tués dans Vincennes, expédition mémorable accomplie sous la conduite de Théodose Burette, encore un aventurier chasseur bien digne d'éntrer dans nos rangs et qui, plus tard, eût joué un grand rôle, lui et son chien Phanor, dans l'illustre Société des quatre chapeaux gris, adroits flibustiers dont Meudon et Verrières ont encore gardé le souvenir, si, une fois engagé sous bois, il avait un peu moins cultivé la noisette, défaut

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manquer les plus beaux coups.

Et enfin, brusquement, sans transition , nous aborderons de pied ferme cette période de six années, période pleine de péripéties émouvantes, où, une fois alléché par le gibier Royal, faut-il le dire? presque en révolte ouverte avec la loi, je devins le roi des braconniers, le cauchemar des gardes, guidant et protégeant les uns, dépistant et narguant les autres, nouveau Protée aux mille formes, nuit et jour en campagne, toujours vainqueur, jamais vaincu, véritable Peau -Bouge glissant comme une ombre sous bois, ne manquant jamais mon cerf ni mon chevreuil, le faisant disparaître en moins de temps que n'en met le héros de Cooper à scalper un ennemi, approvisionnant de venaison tout un quartier de Paris; un second Robin-Hood en un mot, moins épris des rayons de Phœbus que de ceux de la pâle Phœbé, couchant plus souvent sous un arbre que dans mon lit, et mis à l'index dans tout le ressort . des forêts de la Liste Civile, devenu enfin un épouvantail dont le nom seul faisait bondir sur son fauteuil* le vénérable baron de Sahune, chaque fois que quelque rapport nouveau venait à le faire prononcer devant lui.

Ce sera là une curieuse histoire, je vous le garantis, une odyssée non moins amusante à raconter qu'à entendre, et Dieu sait comment elle aurait fini, si un prince dont la mémoire me sera toujours chère, parce qu'il fut pour moi, dans cette circonstance, un protecteur plein de courtoisie et de bienveillance, S. A. R. le duc d'Orléans, n'était vèftu, par sk' gracieuse intervention, me forcer de déposer les armes et m# transformer tout à coup, en me faisant rentrer en grâce prè$ du personnel forestier, du plus grand braconnier du monde

2% BRACONNAGE. — - CONTRE- BRACGNIÎAGB. . '

en un conservateur modèle. Du reste, remarquez une chose, c'est que, dans toute conversion, c'est toujours là le privilège

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que j'avais beaucoup braconné ; mais je puis dire que depuis mon absolution, en dépit des tentations du fruit défendu, semblable à la Madeleine repentante, et incorruptible comme elle, je ne suis plus retombé dans la même faute.

Or, Maintenant que j'ai fait amende honorable et publique, et victorieusement démontré, je pense, à l'ami d'Houdetot quel terrible contrebandier j'étais avant de devenir directeur du Journal des Chasseurs, et de m ériger à mon tour comme pwfesstur, en religieux gardien des saintes doctrines, Tune des trois autres gloires dont il compose mon auréole cynégétique, passons à l'examen critique de son livre.

Adolphe d'Houdetot, commençons par le constater (car on la dit avant moi, le style c'est l'homme), est de l'école de Micheiet et de Toussenel, ces deux philosophes humanitaires qui feront honneur au dix-neuvième siècle; et certes ce n'est pas moi, qui suis l'un de leurs plus sincères admirateurs, qui lui ferais un reproche de vouloir marcher sur les traces de ces . L'auteur de la Petite Vénerie et du Chasseur rusa, comme ces deux grands modèles, un certain penchant à défendre l'opprimé, à soutenir le faible; il protège 1 oiseau, il aime la femme, et cette secrète attraction, qui £ dénote en lui une nature d'élite que toute sa vie justifie si bien, lui a inculqué dans l'âme comme un fonds de tendresse y qu'il ne faut pas prendre pour de la sensiblerie, mais bien

Il était donc tout naturel qne l'homme qui a écrit Dix

épines pour une jieui \ ce irane a anaionne au cœur Humain que ne désavoueraient ni la Rochefoucauld, ni Pascal, se laissât prendre de prime abord à l'espèce de sympathique intérêt que le braconnier inspire généralement. Il ne faut pas se le dissimuler, cette vie aventureuse, indépendante, a bien son charme, sa poésie; et, autant pour mon compte personnel, j'ai horreur de cette bête féroce qu'on nomme Montcharmont, Lécuyer, ces misérables qui, sans hésiter, cacheront le rapt d'un faisan par le meurtre d'un homme, autant je me sens d'indulgence instinctive (je le dis bien bas, craignant que ce ne soit par hasard un retour vers mes premières erreurs) pour ce pauvre diable que la passion de la chasse domine, et qui, sans un pouce de terre à lui, entouré d'un gibier dont 1 état sauvage ne fait pas précisément à ses yeux un produit inhérent au sol, tente par une lutte adroite qui lui coûte tant de pas et de démarches, tant de nuits passées sans sommeil, de mettre en défaut la vigilance du garde, et d'accrocher, de temps à autre, un quartier de venaison ou un méchant civet de lièvre. . . '

Seulement, cette sorte de faiblesse dont je ne me défends pas plus que d'Houdetot, à l'endroit du braconnier-chasseur, est-il vraiment bien utile de la laisser transpirer, même avec certains correctifs qui l'atténuent? Est-il bien prudent surtout d'indiquer les finesses et roueries du métier, d'enseigner à qui ne la sait pas la tactique habituelle de l'ennemi, quitte à mettre ensuite le remède à coté du mal, et à développer la manœuvre propre à déjouer telle ou telle stratégie? Sincèrement je ne le pense pas, et, sous ce rapport, l'auteur me semble avoir rien que par son titre : Braconnage et contrebraconnage^ pris un faux point de départ pour son livre.

m BRACONNAGE. — CONTRE-BRACONNAGE-

Si nous ouvrons le volume el si nous entamons le premier chapitre, constatons tout de suite un lait qui consolera Tau* leur d une légère critique de détail, touchant moins au fond qu'à la forme, c est qu'une fois le nez dans sa prose, dans cette causerie intime dont le commerce de Bhze lui a enseigné le secret, il est impossible d'en sortir, et que les feuillets se succèdent, sans que le lectçur attentif se fatigue de tourner la page.

J'en ai eu la preuve convaincante le jour même où le nouvel ouvrage m'est arrivé à Bade. Parti le matin pour le Vieux- Château, j'avais emporté le livre sous mon bras, heureux de m'isoleravec un ami, au milieu d'une foule indifférente d'oivifs, et ce fut, perché au sommet d'une des plus hautes cimes dominant la rampe de rochers à pic qui font face à la tour de Mercure, que seul, avec ce sentiment d egoïsme qui est naturel chez l'homme chaque fois qu'il peut savourer une jouissance intime, je commençai ce préambule, éloquent plaidoyer digne d'une meilleure cause, 1 Histoire dubmeon- ' nage. Un soleil brillànt dardait ses rayons à travers les noirs rameaux des grands pins qui m'abritaient sous leur ombre séculaire : rien ne troublait le calme de ma retraite, pas même le souffle de la brise se jouant à travers les arbres, el à part un écureuil qui, dans ses évolutions agiles, sautait d'une branche à l'autre, laissant de temps en temps tomber sur la bruyère les cônes de quelque pomme de pin, le mortellement cadencé d'un pict-noir, frappant de son bec l'écorce rugueuse d'un hêtre, puis an loin comme un écho lointain, les soupirs harmonieux de l'orchestre de Bade (il était, ce jour-là, occupé par la musique autrichienne), aucune distraction ne

fivt c wable de détourner mon attention tellement captivée,

qu'oubliant même l'heure du diner, je ne songeai à quitter ma place pour reprendre le chemin de la ville que quand le jour manqua à ma lecture inachevée.

Et voyez un peu comme ce qu'a voulu démontrer l'auteur est vrai, c'est-à-dire comme la passion du braconnage est un sentiment primitif, naturel, inné chez l'homme; au moment où je descendais les flancs abrupts de la montagne déserte, sous ces futaies gigantesques, hérissées de sombres masses de pierres qu'on croirait entassées là par la main des Titans, tout à coup, au versant d'un carrefour, m'apparut, me regardant fixement à trente pas, un magnifique brocard, la tête haute, immobile, mais tranchant parfaitement, par le ton rougeâtre de son pelage d'été, au milieu de ces rochers grisâtres. Eh bien , le croiriez-vous? oui, sans doute, car vous êtes chasseur, mon premier sentiment fut de regretter de n'avoir pas une arme. J'aurais eu un fusil en main, que, la passiou l'emportant encore une lois, j'aurais volontiers, je croisé envoyé une balle à cet hôte effronté du Grand-Duc, ne fût-ce que pour lui foire i»ayer son audace. Fort heureusement pour lui comme pour moi, que nous n'avions tous les deux que nos jambes. Au premier mouvement offensif que je fis, l'animal bondit, escaladant ces falaises pour ainsi dire à pic, et je l'entendais encore faisant voler les pierres sous ses pieds agiles pour gagner une issue impossible, que déjà je ne le voyais plus.

A l'Historique du braconnage, tableau qui fait l'objet du premier chapitre et qui est tracé de main de maître, succède une autre étude non moins intéressante (chap. II) : c'est la physionomie des gendarmes et des gardes, ces utiles auxiliai* res qui payent trop souvent de leur vie le zèle et l'abnégation

miment stoïquo qu'ils apportcut dans l'exécution d'un mandat difficile; puis, à eôté de ces natures franches et loyales, lion unes de dévouement, parmi lesquels nous trouvons tous une figure de connaissance, viennent contraster (chap. III) d'autres types, ombres portées indispensables au tableau, kê Hommes braconniers, portraits d'après nature, pris sur place, et dont je vous recommaude l'examen attentif comme caractères et comme mœurs. Il est impossible de mieux connaître à fond toute cette famille de renards à deux pattes, race cauteleuse, rusée, pateline, doublée de gascon et de bas-nor* maud, dangereuse parfois, implacable dans ses vengeances et dans ses haines, et qui cesse d'intéresser dès qu'on se rappelle tout ce qu'elle fournit, bon an mal an, à nos cours d'assises et au bagne. A la description exacte que fait l'auteur de tous les artifices mis en œuvre par les braconniers de haut et de bas étage, je serais presque tenté de le soupçonner d'être un peu de la vache à Colas, c'est-à-dire d'avoir, pour son compte personnel, mordu de temps à autre à la grappe. Je me rappelle du reste certaine aventure fort spirituellement racontée par lui, dans je ne sais plus quel livre, et qui viendrait corroborer mes doutes; c'est cette rencontre qu'il fit un beau matin, dans le parc de Saint-Cloud, de madame la Dauphine, alors que simple garde royal, mais ne dédaignant pas la gibelotte, il avait caché dans son bonnet à poil une demi-douzaine de lapereaux qu'il venait de tuer au bâton, et qui, faute d'une précaution préalable, indispensable en pareil cas, inondèrent son visage d'une sueur factice, et faillirent un moment le mettre dans une position difficile.

Oh î mon cher d'Houdetot, que je vous ai plaint souvent du fond de l'àme, en songeant à votre embarras dans cette

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circonstance critique, et à la contenance que vous dévies avoir, quand l'excellente duchesse, s'inquiétant de la fluxion de poitrine que vous courriez risque de gagner, vous disait de sa grosse voix bienveillante : « Oh ! comme vous avez chaud, monsieur le garde, vous feriez bien de rentrer au quartier. » Je suis sûr que vous n'avez pas demandé votre reste et que, profitant de l'avis, vous ne vous l'êtes pas lait répéter deux fois.

Les animaux et oiseaux braconniers occupent tout le chapitre IV du volume. La nomenclature en est longue, et l'auteur y puise une foule de tableaux successifs, touchés avec soin, où il prouve que les bêtes, qui souvent ont encore plus d'esprit que les hommes, sont, en tous cas, beaucoup moins féroces. D'ailleurs, le braconnage que nous reprochons

à certaines espèces, parce qu'il vient diminuer nos ressources personnelles et nous faire parfois une concurrence désas treuse, n'est-il pas une loi obligatoire de leur nature, et dès lors la logique permet-elle de leur en faire un crime? De quoi vivraient dans nos bois les loups, les renards, les chats sauvages, la martre et tant d'autres espèces qui se mangent entre elles, du petit au grand? De quoi s'alimenteraient dans les airs, l'aigle, l'autour, le milan, la buse et toute la famille des oiseaux de rapine, depuis le faucon jusqu'à la pie-grièche? Veut-on que les uns ne mangent que des noisettes ou des fraises, et que les autres se contentent de hannetons et d'insectes? Ce sont leurs besoins, leurs appétits qui commandent leurs instincts sanguinaires, et cela est si rationnel qu'il y a même une certaine injustice à leur donner cette dénomination d'animaux et oiseaux braconniers. Ne serait-on pas plus dans le vrai en les désignant sous le nom d'animaux et d'oi-

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seaux chasseurs 'i C'est une réhabilitation que je propose et qui ne me paraît pas trop déraisonnable. t/hpmme braconnier n'est pas dans le même cas.' v ' ' .

Les chapitres V et VI sont consacrés au gros et au menu gibier. L'auteur a voulu nous offrir comme une compensation aux tristes impressions que nous laisse, dans le chapitre qui précède, la longue nomenclature des déprédations coihmises à notre préjudice par des rivaux cent fois plus fins et mieux armés (pie nous, le bilan exact des ressources giboyeuses qui nous restent. C'est ce qui s'appelle mettre du baume sur la plaie; mais, hélas! la plaie est si large, si gangrenée, si profonde, et, d'un autre côté, le baume diminue tellement par l'abus immodéré qu'on en fait (impitoyables prodigues que nous sommes), qu'il est fortement à craindre qu'avant peu, au train dont vont les choses, nous passions à l'état d'incurables, c'est-à-dire que, toujours et plus que jamais passionnés pour la chasse, nous ne trouvions plus moyen, faute de gibier, de nous livrer à ses nobles déduits. - r

Dans le cliapitre VII, le dernier et te pius long (un dernier chapitre dans un livre est toujours comme le post-scriptum d'une lettre, ou la conversation de deux femmes qui se quittent sur un palier d'escalier), d'Houdctot, qui . aime à causer aussi, lui, parce qu'il cause bien, nous initie, 5 propos des oiseleurs, classe mixte et peu définie, qui tient à la fois du braconnier et du chasseur, à une foule d'observations intéressantes qu'il a puisées, partie dans les auteurs qui ont écrit avant lui, partie dans les études qu'il a faites lui-même dans le grand livre de la Nature, de tous le plus infaillible. Tout ce chapitre, oiseau non gibier, oiseliers, oiseleurs, est un éloquent plaidoyer en faveur de cette grande et inté-

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rossante famille des oiseaux que, dans notre ingratitude pour les espèces qui nous sont le plus utiles, nous sacrifions la plupart du temps, par forme de distraction, sans nécessité en dépit des services quotidiens qu'ils nous rendent. Le moineau franc lui-même, ce prétendu parasite de nos campagnes et de nos villes, si souvent proscrit par des législateurs égarés, y est défendu avec une chaleur de conviction que la charmante Lesbie n'eût pas rencontrée pour son élève. L auteur nous prouve par A plus B qu'on a indignement calomnié ce spirituel pierrot, querelleur, batailleur, libertin, mais au fond meilleur enfant qu'il n'en a l'air, et que, s'il prélève un peu de sa pitance quotidienne aux dépens de nos grenier» d'abondance, il rend d'un autre côté des services assez signalés pour avoir droit à cette petite dime. L'argumentation est pressante et logique, et la cause du moineau habilement défendue par d'IIoudetot, serait gagnée d'emblée, quand bien même des arrêts précédents n'auraient pas décidé sans appel devant la sagesse des nations, vox populi vox Dei, que. cet oiseau, exilé à tort, devait être rappelé dans sa patrie, ni plus ni moins qu'Aristide le juste.

, La péroraison qui clôt ce dernier chapitre est une page charmante : en avocat intelligent, l'auteur place ses clients ailés sous la protection immédiate de l'être qui, après IHeu, dit-il, a le plus de pouvoir, de la femme: « A l'oeuvre, mes beaux anges, s'écrie-t-il, reniez la dédicace qui vous a été offerte de ces traités, de ces jeux cruels intitulés : la Chasse des dames. Ne lès autorisez plus par votre présence ; rendez, b liberté et la vie à tous ces pauvres petits êtres captifs, ou destinés à la curée du grand ogre votre seigneur et maître, c'est-à-dire votre adorateur et votre esclave. »

Puis, comme si la prose ne suffisait pas à cette éloquence persuasive : « Vos beaux yeux, ajoute-t-il,

Vos beaux yeux sont déjà de trop puissantes armes; Jeune* beautés, lais** le fusil au repos; De pauvres orphelins quand on sèche les larmes, Peut-on foire pleurer les petits des oiseaux? Anges gardiens du monde humanitaire,

Ah! n'allez pas nous imiter;

Votre mission sur la terre Est de donner la vie et non pas de l'ôter. »

Comment résister à cela? pour moi, qui suis du nombre des grands ogres, je le confesse, je me sens attendri, convaincu ; j'adore le pâté de Pithiviers, je le supprime ; désormais plus de mauviettes. Je me ferais fouelter pour un ortolan, cette bouchée succulente, si bien appréciée par ce gourmand de Blaze; eh! bien, plus d'ortolan, plus de becfigue. Je me contenterai, dorénavant, de la caille, du râle de genêt et de la bécassine, et encore y regarderai-je à deux fois.

N'hésitez pas comme moi, ami lecteur, si, sur la rapide analyse que je viens de vous en faire, vous désirez enrichir votre bibliothèque cynégétique du dernier livre de notre collaborateur. Quand je dis dernier, je m'entends- car je ne crois pas un mot de la menace que nous fait l'auteur, dans sa dédicace, en mettant sous mon patronage ce dernier essai de ses forces. D'Houdetot est encore vert, et ce n'est pas à son âge que l'on renonce à avoir des enfants. Ce qui le prouve, c'est qu'un peu plus loin, dans le cours du même volume, il se donne un démenti formel à lui-même, en nous annonçant incessamment la publication d'une œuvre nouvelle : « Les

Femmes chasseresses, » dont il nous promet les prémices.

En attendant, achetez et lisez Braconnage ■— Contrebraconnage : c'est un ouvrage amusant et instructif à la fois, deux mérites rares par la littérature qui court. Ne vous fiez-vous pas à moi? Voulez- vous un échantillon du style? écoutez ce passage sur la bécassine et jugez :

« A tout seigneur tout honneur !... le premier rang appartient à la bécassine. Cet oiseau, traqué sur tous les points, refoulé par les grands et salutaires dessèchements, erre dans l'espace, demandant une patrie : la bécassine, c'est la perle de l'air!...

« Alors que tout ce qui a nom de gibier fuit, disparaît, s'éteint... se peut-il que pas un seul prince d'Europe n'ait conçu la pensée de varier la monotonie de ses chasses, en se créant une conservation de sauvagine... le gibier le plus chatoyant qui soit sous la voûte des cieux? Connaissent-ils seulement une seule des nombreuses espèces de bécassines, pluviers, vanneaux, combattants, chevaliers, barges, courlis, bécasseaux et râles, qui peuplent les marécages, ainsi que les prairies inondées, ces pauvres Grands, condamnés au bagne du faisan? Quand donc lirai- je dans les journaux un bulletin mentionnant que tel prince, entrant dans la lice commune, la seule qui permette d'apprécier par comparaison les mérites exceptionnels d'un tireur, a abattu cinquante belles et vraies bécassines ! Avec quel transport j'acclamerais cette double et incontestable Royauté! Ah! si j'étais quelqu'un, enflammé par le spécimen de si nobles joies, je voudrais comprendre au nombre de mes tirés celui de la sauvagine.

« Quoi de plus simple, en effet, que de faire, à proximité d'un étang ou d'un cours d'eau, choix d'un terrain inculte,

submerge naturellement ou artificiellement à l'aide de vannes volantes ! terrain sur lequel on ferait passer légèrement la charrue pour rendre la terre malléable et rejeter à la surface le vermisseau et l'insecte dont la bécassine se nourrit ; au besoin même on pourrait y repiquer des bandes de. gazon marécageux extraites d'autres marais, afin de se pourvoir de toutes les variétés de plantes herbacées recherchées par le gibier; l'herbe, le cresson, la petite bruyère y croîtraient avec la vigueur que développe un terrain vierge ; le silence le plus absolu y régnerait.... De petites digues, espacées comme dans les tirés ordinaires, permettraient d'en suivre le parcours à pied sec; la bécassine bondirait à chaque pas ; de nombreux voliers de pluviers et de vanneaux fourniraient de délicieuses surprises, et l'étang, dont on aurait abaissé les eaux afin d'y faire croître le jonc en abondance, offrirait en canards et sarcelles un bouquet, comme jamais mortel couronné n'aurait pu en agréer l'hommage.

« Point d'obstacles qu'une volonté ne surmonte. Les landes détrempées de la Sologne, que dis-je, sans sortir des apanages de la Couronne, leurs étangs, leurs cours- d'eau fourniraient d'admirables emplacements. J'en ai dit assez : à bon entendeur, salut et respect.

« Un joui* qu'au retour de la chasse, nous longions pédestrement, quelques camarades et moi, la route de Yilled'Avray, nous nous croisâmes avec les équipages de la Cour. « Voilà des chasseurs, » fit le Roi Charles X mettant la tête à la portière ; puis, reconnaissant à quelques bribes d'uniforme des ol'liciers de sa maison, il donna l'ordre d'arrêter : ... . — « Avez- vous fait bonne chasse, messieurs? nous dit le Koi. — Sire , c'est seJon , répondis-je : entre têtes couronnées

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(j'étais le roi de la cliasse) on se dispense mutuellement de toate étiquette. — Enfin, qu'avez- vous tué? fit le Roi. — Une douzaine de bécassines, Sire. — Et vous n'appelez pas cela une bonne chasse!... J'ai rarement été à pareille fête! La bécassine n'est pas gibier de prince. » L'accueil, le mot et le souvenir me sont toujours restés, si bien que je me suis promis, si j'étais jamais conseiller d'une couronne quelconque, de ne lui donner, mais à satiété, qu'un seul et unique conseil : celui de chasser la bécassine et de porter un défi au dicton irrévérencieux. »

Si cette citation n'est pas une des meilleures réclames que l'on puisse faire en faveur d'un livre, si l'échantillon ne suffit pas pour vous faire venir l'eau à la bouche et vous donner envie de lire tout le reste, alors n'en parlons plus, n'insistons pas, vous n'avez pas le feu sacré du chasseur. Dans le cas • contraire, je n'ai plus qu'une chose à vous souhaiter quand vous tiendrez votre volume, c'est un cabinet de lecture comme celui où j'ai eu la chance de réinstaller moi-même; c'est-àdire un lit de bruyères roses, au sommet de quelque mont bien ombreux, avec Carlsruhe à l'horizon, Bade à vos pieds, la forêt Noire en face de vous, et les îles du IUiin sous vos yeux.

Bade, septembre 1858.

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