‹ La chasse royale [microforme]Chapitre 15 sur 42 · DR · texte numérisé non relu

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tenduit pendant une seconde le-froissements des rameaux écartés par sa marche, et ce fut tout.

Un eliquetis de fer sonnant aux deux bouts de lavenue attira l'attention de M. de Chavailles; il retourna Ja tête et se vit en présence de sept où huit cavaliers qui arrivaient bride abattue.

Deux ou trois autres, moins bien montés, les suivaient à quelque distance.

Tous se rangèrent autour de frère Jean, qui caressa tranquillement le bout de sa moustache. Hector s’assii ra que ses pistolets étaient aux fontes, et se tint prêt à agir à la première alerte.

Eh bien! dit l’un des cavaliers qui avait un gral nez recourbé comme le bec d’un aigle sur une mousti che en croc, est-il mort? est-il blessé ? est-il prisonnier?

Ni prisonnier, ni blessé, ni mort, répondit froid ment Jean. i

—Ah bah!

$i tu as des yeux, regarde ; si tu as des pieds, chi

che.

-(est done Biscot qui a tiré?

—C'est Biscot.

Grand maladroit! dit le cavalier en jetant un gard de mépris sur celui qu'il prenait pour Biscot

Tout la troupe murmura, et de toutes ces bouche mées de formidables moustaches sortit une volée depi thètes mal sonnantes ; mais Hector n'avait garde de ré pondre et laissa passer l'orage sans sourciller.

__Je lui ai déjà dit tout cela et même plus, rep frère Jean, ainsi taisez-VOus. Après ça, il ne fan! is trop accuser Biscot. Si j'avais tiré, je n'aurais peui-ctit pas été plus adroit que lui.

Vous? dit avec un air de doute l'homme at : and

nez.

—Ah! il fallait voir comme il courait! Un «ri ut

va pas plus vite!... On aurait dit que son cheval avait des ailes!

—C’est singulier, je ne l'ai pas entendu ! dit un autre cavalier. :

—Ne comprenez-vous pas que notre homme a noué des linges autour des pieds de son cheval ?

—L'intrigant !

—Il aura ea vent de nos projets. Et puis, ne croy-

‘4 pas qu'il ait eu la politesse de galoper dans le grand chemin des braves gens, comme un honnête cavalier. —Où courait-il ?

—Là, dans le bois! répondit frère Jean en désignant rideau de la forêt. Il y a, bien sûr, quelque petit sentier caché dans le taillis. .” 11 filait une flèche quand Biscot l’a vu... Mon gars a fait feu, et lestement, je dois le dire; mais bah! le coquin était déjà loin, et la balle s’est perdue dans les branches.

— Le coquin, c’est moi, pensa M. de Chavailles, quelle antithèse !

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il fut convenu que la troupe ajournerait son expédition à une autre nuit et prendrait mieux ses mesures. Rentrons dans nos quartiers, dit alors frère Jean; une bonne aubaine que nous perdons, mais un pelit ‘'ésagrément n’est pas fait pour abattre des braves tek que nous; rira bien qui rira le dernier.

l: troupe poussa hors du bois et prit la route de Pa- "is, Irère Jean et le faux Biscot pressèrent le pas de

hevaux et marchèrent un peu en avant. Quand ils euren! mis une certaine distance entre eux et le reste de

là bande, frère Jean se pencha à l'oreille de M. de Chavaill

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leurs

(Quels niais! dit-il, mais tout de même c'est assez bien joué,

las mal vraiment, répondit Hector; mais Biscot, que a-i-1l devenir ?

0h! ne vous inquiétez pas! Biscot a l'apparence

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candide d’une jeune oie, mais il est plus rusé qu'un vieux chat. Il prendra des chemins détournés et, grâce à une remarquable collection de fausses barbes et de faux sourcils qu'il a toujours dars ses poches, il arrivera à Paris sans encombre.

—Voilà qui me rassure tout à fait.

__Ne vous semble-t-il pas que, pareils à Nisus et Euryale, nous sortons du camp de Turnus ?

Permettez-moi d'espérer que notre expédition aur1 un autre dénoûment.

—J'y compte bien. L'amour de la tradition ne va pas jusqu’à vouloir” re faire tuer... Continuez à jouer le rôle de Biscot,—". n’est pas difficile—il n’y à qui se taire: Biscot esu muet de tempérament; nous arriverons à Paris de grand matin; j'aurai l'air de vous doiiner un ordre et vous irez où bon vous semblera.

—$i j'y allais tout de suite ?

Non pas; votre fuite pourrait exciter les soupçons de mes gars. Le grand escogriffe qui, le premier, ni

parlé, voudrait bien ma place.

—Celui qui porte un justaucorps de peau garni d'un

grand couteau à manche de corne?

Précisément. Ah! mon Coquelicot,—c’est Je nom qu'il porte, est madré comme un singe, et je n'ai pas besoin de tourner la tête pour être certain qu’il nous où serve du coin de loeil.

—Ainsi, je dois vous suivre ?

Cest plus sûr. Et puis, si ces gens-là nous surveillent, ils vous escortent aussi.

C'est juste. Eh bien! donc, frère Jean, puisque nous avons le loisir de pouvoir causer, me permettezvous de vous adresser une petite question ?

—Faites.

Est-ce tout simplement pour le plaisir de fouiller mes poches que vous avez tiré sur moi comme sur

faisan ?

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—Ah! fil!

—Me preniez-vous pour Samuel Bernard? Et aviezvous quelque compte à régler avec ce digne financier ?

—Point. J’ai tiré sur vous pour rendre service à une personne qui m’en avait prié.

Hector regarda frère Jean; il ne se savait pas d’ennemi, et cette déclaration l’étonnait beaucoup.

—Vous parlez sérieusement ? dit-il.

— Très sérieusement, foi d’ermite!

—Eh bien! alors, permettez-moi une seconde question.

—Ne vous gênez pas.

—Dites-moi, s’il vous plaît, le nom de cette personne aimable qui pense à moi quand je ne pense pas à elle ?

—Je suis vraiment navré de vous refuser, mais c’est impossible,

—Et pourquoi ?

—Parce que, nous autres coquins, nous avons notre parole corume les honnêtes gens, et j'ai juré de me taire.

—-Mais vous aviez juré de me tuer aussi!

— Oui, et vous savez qu’il n’a pas dépendu de Biscot que je tinsse parole.

—(’est une justice à lui rendre.

—Tout autre que vous aurait, depuis une heure, six pouces de fer dans la gorge.

—Ïl est bien heureux que je ne sois pas cet autre.

—(ertainement. Vous savez qu’il m’a toujours répugné de frapper les gens désarmés.. J’ai voulu voir à que! xentilhomme javais affaire, et je vous ai reconnu.

— là pe:sonne pour laquelle vous agissiez ne vous avait donc pas dit mon nom?

—dJanmais. Me scrais-je chargé de cette commission, si j'avais su qu'il s’agît de vous?

—Voilà qui m'étonne, après le tour que je vous ai joué aux environs de Carpentras!

—\ous m'avez toujours plu, et ce tour-là, loin de di-

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ANBUUEUCUEX UT MEME,

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ni —

minuer mon estime pour vous, l’a augmentée. Je me rappellerai longtemps la surprise que j'éprouvai, à mon réveil, lorsque, ne vous voyant pas, j'aperçus, accroché à l’épine d’un buisson, le petit papier sur lequel vous aviez écrit vos adieux. Il n’y avait que deux lignes, et je les sais par coeur.

—Vraiment !

Les voici: “J’ai mangé votre pain, j'ai dormi sou: votre toit ; je vous pardonne le mal que vous m'avez fait. et ne dirai jamais rien de ce que j'ai vu Et vous aviez signé : Hector-Dieudonné de Chavailles, marquis (° Chavailles.

Cest, ma foi, vrai.

—Oh! je n’ai rien oublié! le procédé était d'ailleur: délicat, vous pouviez avertir la maréchaussée, courir À l’ermitage privé de ses défenseurs, et vider nos coffres. Vous préfériez ne rien dire. Cela me toucha. Mes as0ciés s’effarouchèrent un peu à la lecture de ce billet ; mais je les rassurai en me faisant caution de votre jarole.

—Voilà, frère Jean, un trait qui m’attendrit.

—Que voulez-vous! je vous aimais! Novs renträni à la tour du mont Ventoux, et les choses continuent sur le pied que vous savez.

__Cest-à-dire les emprunts forcés, la dîme, la conirebande et la fausse-monnaie.

Eh! vous n’oubliez rien non plus! Mais votre dé-

art m’avait attristé; je ne trouvais plus personne à qui parler des Géorgiques où du Satyricon, et les meilleurs vins, sans l’épice de nos conversations lettrées, me Praissaient fades. Un an après, les soudats du gouverneur de Provence, à qui des marchands avaient porté plainte, surprirent l’ermitage une nuit de tempête; oi nous tua cinq associés, quatre furent pris et pendus. et le reste réussit à s'échapper à la faveur de Vobseurité.

—Et Turc?

—Tiens! vous vous souvenez de Turc?

—Un brave chien!

—Ah!... il est devenu dévot!... Pris par un sergent, il a été conduit au couvent du mont Saint-Bernard, où il est mort dans l’exercice de ses devoirs religieux! Vous savez le proverbe: Quand le diable se fait vieux.

—] se fait ermite.

—Précisément.

—Eh bien! frère Jean, vous qui avez commencé comme finit le diable, finirez-vous ainsi que Turc par entrer dans quelque honnête maison ?

—J’en doute, monsieur le marquis. En attendant, j'ai mieux aimé être fonctionnaire publie.

—Vous, fonctionnaire! s’écria Hector stupéfait.

—Et pourquoi pas? Ce qui est bon à vingt-cinq ans ne Pest pas à quarante. J’avais pris des années, et la vie errante ne souriait plus à mon imagination tournée au positif, En une seule nuit, j'avais perdu ma capitale, mes trésors, mon armée; j’étais comme Darius après Arbelle; il me restait bien encore quelques petits ermitas en Italie; mais les mêmes mésaventures pouvaient i'atteindre au-delà comme en deça des Alpes.

Cest juste; la fortune n’a pas de patrie.

Après de mûres réflexions, je me décidai à changer d'état, et comme le Sicambre de l’histoire, je pris le par-

ti d'adorer ce que j'avais détesté, et de détester ce que

avais adoré. Il faut bien se ranger un peu et songer à « faire une retraite commode pour ses vieux jours!

—Vons avez toujours été un homme plein de bonnes précintions.

Frère Jean sourit à ce souvenir de leur promenade dans les landes du Dauphiné.

Mais, reprit Hector, la comparaison du Sicambre dit pas ce que vous faites à présent et quelles ‘ons vous remplissez.

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Frère Jean rapprocha son cheval de celui de M. de Chavailles.

Vous avez peut-être entenlu parler de M. le comt Voyer-d’Argenson ? fit-il.

Le lieutenant de police ?

—Je suis l’un de ses employés.

Hector partit d’un éclat de rire homérique.

Eh! monsieur le marquis, ne riez pas si fort, san quoi Coquelicot devinera que vous n’êtes pas Biscot.

C'est qu'aussi, frère Jean, vous ne ménagez pas «1 transition: voleur au commencement, alguazil à la fin!

—C’est presque synonyme.

Au fait, ce qui vient de m’arriver le prouve asst7.… Mais, dites-moi, frère Jean, cet ennemi qui me traque ne serait-ce pas M. Voyer-d’Argenson ?

—N'en croyez rien. L'homme qui m'a chargé de vous tuer m'a trouvé dans un cabaret borgne où j'exertiis mon petit ministère sous un déguisement ingénieux. Il m'a pris pour ce que je n'étais plus, et, me tirant à Jui. il m’a offert trois cents pistoles pour un coup de pistolet.

—Vous avez accepté ?

—L/argent est si rare! D'ailleurs, si l’on ne s'arrengeait pas pour commettre ces peccadilles, la police nat rait jamais rien à faire!

Voilà une raison.

—Je proposai l'affaire à quelques bons garcon: de mes amis, l’homme m’ayant averti qu'il fallait €tre plu sieurs pour garder toutes les issues.

—Quel homme est-ce? demanda Hector dun air indifférent; grand, avec un menton pointu, n'est-ce pas?

__Je vois bien que vous tenez à savoir son nom, répondit frère Jean en souriant ; mais donnez-lui le temps, et il se fera connaître assez.

—Le pensez-vous ?

J'en suis sûr! jai compris ça à son accent ©! : yeux. Cet homme-là vous hait.

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—C'est étrange! murmura Hector pensif.

—Vous ne vous connaissez donc point d’ennemi?

—J’en avais un.

—Cela suffit.

—Mais je l’ai tué.

—Si ce n’est lui, c’est donc son frère! comme dit le fabuliste.… Oh! il est renseigné... Le pavillon isolé, les routes qu’on suit pour y arriver, votre costume, votre air, les heures où vous passez... Il nous a tout dit... Un jour vous le reverrez... Ces haïnes-là sont entêtées ct patientes... Un coup manqué est toujours l’avantvarde d’un autre.

—Tant mieux! j'ai, de la sorte, l'espoir de le voir face à face.

—Eh bien! dans ce cas, monsieur le marquis, comptez sur moi!

—Sur vous, frère Jean?

—Et pourquoi pas! Votre ennemi m’a donné cent pistoles d’avance et je me tais, nous sommes quittes. Vous me plaisez fort, et il a quelque chose dans le visage qui ne me revient pas. Si je le rencontre sur votre chemin, je le rosserai.. Chacun prend son plaisir où il le trouve.

—-Rossez-le, frère Jean, rossez-le, maïs ne le tuez pas, ca me regarde.

—Voilà qui est convenu.

Sur ces entrefaites, la petite troupe arriva aux portes de Paris; il était alors cinq heures du matin, et une luur pâle qui blanchissait à l’horizon indiquait déjà que l'aube était voisine. ‘

—Nous allons nous séparer ici, dit frère Jean; vous tirerai de ce côté et nous tirerons de l’autre.

--Vous m'avez sauvé la vie, frère Jean; je m'en souviendrai, dit Hector.

—$Souvenez-vous-en, cela fait que nous nous reverrons, Vous savez la fable?

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On a souvent besoin d’un plus petit que soi.

Et les rats de mon espèce ont bonnes dents.

Hector sourit.

—Bonnes dents et conscience large! dit-il.

Ma foi! monsieur le marquis, on a la conscience qu’on peut ! répondit frère Jean, et reprenant plus haut :

—Biscot, dit-il, vous allez courir chez le prévôt demarchands et lui demanderez ses ordres. Dépêchez…

Le faux Biscot s’inclina gravement, grogna en sign d'adhésion et prit la rue à droite, tandis que frère Jeai et sa troupe prenaient la rue à gauche. Au bout de vin!" pas, Hector changea de direction et poussa du côté «! l'hôtel de M. de Riparfonds.

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