RENTE
et de courir chez Christine, mais la réflexion le retint; il savait combien les lois militaires ont de sévérité; L'ordre était précis, et il s’exposait, en le transgressant, à perdre son grade et l’espoir d’en conquérir un autre plus digne de Mlle de Blettarins. (Ce n’était, après tout, qu’un retard de quelques jours, et, la mission remplie, il reviendrait auprès de Christine, pour ne la quitter qu’à l’ouverture de la campagne.
—J'obéis, mbnsieur, et je pars, dit-il au chevalier; il me faut seulement le temps d’écrire une courte lettre.
—Faites, M. le marquis.
Je ne vous en demande pas la permission, je la prends, M. le chevalier.
Le chevalier se mordit les lèvres jusqu’au sang, mais ce fut tout. Hector s’assit à une petite table et écrivit à Mlle de Blettarins:
“ Je vous envoie, mademoiselle, un fidèle serviteur
qui vous dira pourquoi je pars. Le service du roi veul que je me rende sans retard à Lille, auprès de M. le maréchal de Boufflers; jy cours et je reviens. Encore trois ou quatre jours et je vous reverrai ; j'emporte votre
souyenir comme un talisman et vous laisse mon coeur.
Il signa ce billet, le cacheta, appela Coq-Héron et le Jui remit en lui recommandant de faire diligence.
—Quoi! cette chaise est pour vous et vous partez ? g’écria le soldat.
I] le faut. —Sans moi?
—Bah! je ne fais qu’aller et venir, tu m’attendra-
Coq-Héron, tout abasourdi, écoutait M. de Chavaillequi lui expliquait brièvement la cause de son brusqu” départ et le but de son voyage.
“Et c’est monsieur qui vous a porté cet ordre de partir? dit-il en regardant le chevalier.
Oui. —Hum! tel valet, tel maître!
Soit! mais l’ordre est du ministre, et il n’y a pas à hésiter.
—C’est fort bien, M. le marquis, mais j'aurais mieux aimé vous accompagner.
—C’est impossible, mon vieux Coq; je ne connais que toi que je puisse charger d’une mission aussi délicate. Tu préviendras aussi M. de Riparfonds et M. de Fourquevaux, mes deux amis. Ils seront ici dans une heure. Informe-les de ce que tu as vu.
—Oui, oui, dit Coq-Héron, on fera ce que vous voudrez; mais voilà le second voyage que vous faites sans moi; le premier vous a conduit chez frère Jean, et quelque chose me dit que celui-ci ne tournera pas mieux.
—Eh bien, si je tarde à revenir, tu me rejoindras.
—Parbleu !
Malgré l’habitude- enracinée qu’il avait de contre-carrer son maître en tout, Coq-Héron comprenait fort bien, à l'air d’Hector, les moments où il fallait agir sans discuter, et dans ces occasions-là, il savait se résigner à ne pas parler. Tout surpris d’ailleurs par la nouvelle d’un voyage auquel il ne songeait pas un quart d’heure auparavant, Coq-Héron éprouvait un sentiment de tristesse ct d’inquiéture indéfinissable, qui l'aurait rendu inhabile à toute espèce de discussion. Tandis que le vieux soldat causait avec M. de Chavailles, le chevalier, sous couleur de discrétion, s’approcha sournoisement de la fenêtre et fit signe à quelques hommes de mine suspecte ‘ui étaient apostés autour de l'hôtel. Ils répondirent par d’autres signes et disparurent enfin après une con- “ersation muette et symbolique.
—Sommes-nous prêts? fit alors le chevalier en ge tournant vers le marquis.
— Voilà qui est fait, répondit Hector.
Il embrassa affectueusement son vieux Coq-Héron qui Sen voulait de ne pouvoir pas dissimuler sa tristesse, descendit Pescalier et se jeta dans la chaisse.
-Hé! postillon, dit-il, haut le fouet et léperon au vouire f je suis pressé.
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