‹ La chasse royale [microforme]Chapitre 17 sur 42 · CRE LA, É · texte numérisé non relu

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__Je lui en témoignai ma surprise, comme vous Inc témoignez la vôtre, et le maraud me répondit qu'il ne savait pas ce que je voulais dire et que je n'avais qu passer mon chemin.

__Le drôle me paraît faire un usage un peu vif d l'impertinence mêlée à la discrétion.

C’est ce qu’il m’a semblé. La fin du jour venait : les passants se faisaient rares; l'endroit était propi aux explications.

—Un peu désert, tranquille et mal éclairé.

Justement ; jen touchai déux mots à l’homme à manteau gris. “Allez, allez, me dit-il; je n'ai point ‘° compte à vous rendre.” —Eh bien! n'écriai-je, puisque vous n’avez pas de compte à me rendre, Cest moi qui +1 ai un à vous donner.

Tu t'exprimes bien, Coq-Héron.

__Monsieur le marquis me fait trop d'honn:

L'homme au manteau parut surpris. “Un compte à tv : s'écria-t-il, qu'est-ce à dire ?” C'est-à-dire, répliquai-}v, que si vous voulez bien me suivre dans cet enclos. noirs causerons sans bruit. Un coup d'épée vaut mieux «ie dix paroles!

__La maxime, à te dire vrai, me plaît beaucoup. Eh bien! monsieur, Croyez-Vous qu'il eut le mu

vais goût de se récrier. Je lui touchai l'épaule du et, lui montrant quatre soldats aux Gardes qui pas: je le menaçai de les appeler s’il disait un mot: “4 apprendrai que Vous rôdez autour des maisons pot! pionner les gens, Jui dis-je, et ils vous roueront de ci] Choisissez du bâton ou de l'épée.”

—Ft il'se décida?

—Tout de suite.

—Ce que c'est que de bien choisir ses argumelt È

—I1 y avait tout à côté un enclos fermé de icilles planches ; j'y conduisis mon homme et Pinvitai à mette

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l'épée à la main, ce qu’il fit d’assez bonne grâce. On n’y voyait pas beaucoup.

—On n’y voyait toujours assez pour se battre!

—C’est ce que je lui prouvai, une minute après, en le perçant d’outre eu outre. C'était un assez bon cireur, mais il rompait trop et il aurait fini par tomber dans quelque trou, si je n’avais pris le parti de le tuer.

—Tu as poussé la précaution un peu loin.

—Ma foi! monsieur, sa discrétion n'avait irrité les nerfs; quand je le vis par terre, j’essuyai proprement mon épée à une touffe d'herbe et donnai, avant de m'en aller, un dernier coup d’oeil au mort. It était raide comme un trone d'arbre, les yeux ouverts, avec des gouttes ‘le sang aux lèvres et Ja face déjà blôme. J’emportai son manteau gris qui est de fort bon drap, et retournai tranqiillement à l’hôtel.

—Dis-moi, Coq-Héron; n’as-tu rien trouvé sur son corps? demanda M. de Chavailles.

—Rien, monsieur le marquis; il est vrai que je n'ai pas retourné ses poches.

“Tant pis! nous aurions appris peut-être s’il espion-

ha pour son propre compte ou pour le compte du chevalier.

Nous le saurons bien toujours en attendant. Si ia

meute a plusieurs chiens, il en viendra quelque autre, et je l° payerai de la même mainnaie, M. de Chavailles félicita Coq-Héron sur ses prouesses, “Une Soccupa plus que des préparatifs de son mariage secret avec mademoiselle de Blettarins. M. de Riparfonds et M. de Fourquevaux, prévenus, lui promirent tre oxacts au rendez-vous.

(‘est donc ce soir que vous passez le Rubicon! dit Pail-Einile en étouffant un soupir.

(Ce soir, mon cher comte.

—-i vous avez bien fait toutes vos réflexions ? > Toutes.

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Vous êtes un Roland! rien ne vous effraye.

—Quaud vous connaîtrez Christine, vous trouverez que mon courage est du bonheur.

M. de Fourquevaux réfléchit quelques instants.

__Eh bien! sérieusement, je ne le crois pas, dit-il . ma maîtresse fût-elle belle comme Cypris, reine deamours, il me semble que je la trouverais horrible di jour où sa main me passerait au Cou la bride du miriage!

Là-dessus, Paul-Emile ramassa son chapeau et declara qu'il allait rendre visite à Cydalise, pour se remeltre un peu de la tristesse où la déclaration d'Hector l'ivait plongé.

—$Soyez exact et prenez avec vous votre plus gruri ir épée avec vos pistolets! lui cria M. de Chavailles.

—Pourquoi faire ces pistolets et cette épée? réponilit Paul-Emile sur le seuil de la porte.

Parce que les bois de Marly sont, la nuit, plus pouplés qu’on ne pense.

M. de Fourquevaux repoussa la porte et demanili il Hector, qui la ‘ui donna, l'explication de cette énisrnr.

Et vous dites que le cheval a eu la tête cassée ? dit Paul-Emile ?

—QOui.

-$i bien qu'il ne s’en est fallu que de quelques poitces seulement que la balle vous atteignit ?

—$ans doute.

—Ah! que vous êtes heureux! Et que je me marie rails vite si je croyais que l'hymen procurât à tous ses élus le divertissements de semblables aventures! Ne trous vous pas, Imon cher due, que M. de Chavailles et né coiffé? Il n’a guère plus de vingt-cinq ans, et «lit où l'a emprisonné, déjà on à voulu le décapiter; il à failli trois ou quatre fois être tué; il rencontre des assissins au beau milieu d’un bois où d'ordinaire on ne Voii que des cerfs ou des dames de la cour ;—des assassins. à dix

pas des charmilles de Marly! La Providence le gâte ! Il est amoureux et sa primise court des dangers! Luimême a des ennemis inconnus qui errent mystéricusement sur ses pas! 11 a toutes les émotions de la vie, et quand le soleil se couche, il ne sait jamais s’il reverra le soleil du lendemain. Voilà ce que j'appelle une existence joyeuse et colorée, tandis que la mienne, à moi, pauvre déshérité du sort, se traîne dans la monotonie dune fatigante sécurité. Point de meurtriers sur mes traces, point d’ermite en mon chemin, point de périis sur ma tête; jamais une balle qui siffle à mes oreilles! Je m'endors sûr de me réveiller! Mon amie a des amis—beaucoup d’amis—qui la protègent! Elle rit du matin au soir, et je voudrais la sauver que je ne pourrais pas, faute d'occasion. Si je galope à travers bois, mon cheval ne s’abat, jamais ; si je saute un fossé infranchissable, il le franchit; à la auerre, les boulets passent à côté de moi sans m’effleurer ; si je reçois un roup d’épé en duel, c’est une égratignure ; d’ennemis je ne n’en connais point; de malheurs, il ne m’en arrive jamais. Et vous croyez que c’est vivre, ça? Et vous vous imaginez que je supportcrai longtemps encore de pareils ennus? Détrompez-vous. Sur ma parole, il y a des jours où l1 pensée d’un tel acharnement me tourne l’esurit, ie Éinirai par me brûler la cervelle!

Après ce monologue, Paul-Emile enfonça son chasur sa tête, ouvrit la porte d’un coup de poing, et

$ désespéré, pour chercher quelque consolation auprès de Cydalise. M. de Riparfonds l’imita quelques minutes après, pour se rendre au Palais-Royal, où le due dOïléins l’attendait. Resté seul, Hector reporta sa pensée sur Christine et appliqua toutes les forces de son spi À savourer le bonheur qui lui était promis et dont < heures seulement le séparaïent. La Providence lail-elle pas lavoir conduit par la main depuis

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le jour où il avait quitté le Château-des-Dames, et n’avait-elle pas ménagé des périls sur son chemin pour qu'il s’habituât à les braver et comme une épreuve qui devait fortifier son âme? Elle l'avait sécouru et protégé, et, pour dernière fortune, elle avait amené sur +2 route deux amis sûrs, prêts à se dévouer pour lui, et qu: l'aidaient de leur influence et de leur crédit. Cette vi” aventureuse où le voeu de son père expirant l’appela:. épuré au feu des luttes, des combats, des événement il Vavait parcourue hardiment, et son coeur 8y était épuré au feu des luttes, des combats, des événement, des passions, des mille haçards de la vie errante et latailleuse. L'expérience lui était venue, à lui qui état parti avec la témérité pour tout bagage; il savait micux les choses et les hommes parce qu’il les avait pratiqués et comparés; il entrait dans la voie des honneurs, (ns cette carrière de la guerre, où tant de gentilhomres avaient forcé la renommée aväre à s'occuper d'eux. ec un esprit mûri par les traverses, un COUT affermi, un bras dont la réflexion tempérait la jeune sudace. (ne femme s’était rencontrée au seuil de sa vie telle qui ne pouvait pas l’espérer de la bonté divine, et lui :vait été donnée pour prix de ses premiers efforts; il voulait la mériter, et soutenu par Sa pensée chaste et limpide, rien ne lui semblait impossible. Un élan de reconnaissance gonfla son coeur à la pensée de cette joie suprénn, et levant les yeux au ciel, il s’écria :

__Mon Dieu! qu’ai-je done fait pour mériter un tel bonheur ?

Un léger coup frappé à la porte le tira de sa rôvorie ; il louvrit, et vit entrer le chevalier qui portait un ; li à la main.

—Eh! parbleu, s’écria M. de Chavailles oublian! tout d'un coup ses préventions, Vous êtes le bienvent vhez moi !

Tout entier à la pensée de son bonheur qui pr dispo

sait son âme aux sentiments affectueux, Hector aceueillit le chevalier comme un ami; mais celui-ci répondit à ses avances avec la politesse froide et un peu hautaine qui était dans ses habitudes.

—MM. de Riparfonds et de Fourquevaux, reprit Hector, ont éprouvé, comme moi, un vif regret de ne vous avoir pas rencontré à la cour; ils seront ravis d’apprendre que je vous ai vu.

—Je vous avais promis, je crois, de trouver une occasion qui nous permit de renouer connaissance,

—C’est vrai; je craignais seulement que vous l’eussiez oublié.

—Je n’oublie jamais rien.

Le ton et l’accent du chevalier refroidirent bientôt l'entraînement amical d’Hector, et il sentit renaître avec plus de force ses premiers instincts de répulsion, la figure du chevalier, sévère et dédaigneuse, lui parut avoir une expression peu faite pour aider aux épanchements; see yeux brillaient comme de l’acier, et tout dans son attitude, son regard, ses manières, inspirait une défiance dont Hector éprouva les atteintes glaciales. Il se redressa devant le chevalier qui avait refusé le siège que M. de Chavailles lui montrait de la main, et reprenant la parole:

Puis-je quelque chose pour votre service, M. le chevalior? dit-il.

Rien pour moi, mais bien quelque chose pour celui du roi, répondit le chevalier 4’üx ton haut.

-- Parlez, monsieur.

--\L le maréchal de Boufflers, qui doit prencre le tomtiandement de l’armée, est parti pour inspecter nos lignes déjà depuis quelques jours.

—.lc sais cela, monsieur.

-‘! est à Lille, où votre régiment tient garnison, et M. de Chamillart, qui m'envoie vers vous, a pensé que Vous :criez heureux de porter ce pli à M. de Boufflers.

Vous y trouverez l'occasion de faire connaissance avec votre régiment, et ce sera une double bonne fortune.

Le chevalier présenta le pli à M. de Chavailles, qui le prit.

__C’est une mission fort honorable, et que j'accepte de grand cocur, répondit-il en s’inclinant.

Permettez, monsieur; en matière de service militaire, on n'accepte ni ne refuse; on obéit.

Ah! est-ce une leçon? dit Hector, que l'accent inpératif de son interlocuteur blessait.

Non, c’est un avertissement, dit froidement le ch:valier.

Alors, monsieur, comme j'ai pour habitude de rendre selon que je reçois, je vous dois un conseil pou votre avertissement, et je vous le donnerai sur l’heur. Si vous avez beaucoup de laquais pareils au valet au manteau gris, engagez-les à ne pas rôder le soir autour des hôtels habités par d’honnêtes gens. I] pourrait lour arriver malheur et ce serait vraiment dommage.

__Je ne vous comprends pas, dit tranquillement le chevalier.

—Alors je m'expliquerai mieux; Coq-Héron, mon valet, a été contraint de tuer celui que vous aviez chez M. le due de Mazarin, et cela pour lui apprendre à ne pas espionner les gens.

Votre valet a eu raison de tuer un espion droit, mais que me fait cela? Est-on condamné à der éternellement les mêmes valets, et les édits du roi ne permettent-ils plus d'en changer? Celui dont vous parlez m'a quitté le jour de mon arrivée à Paris.

Hector regarda le chevalier, qui supporta eo! ex men muet et plein de doute sans sourciller.

N'importe, reprit Hector, je vous devais un ( mseil, je vous lai donné, nous sommes quittes.

Le chevalier salua légèrement Hector et pas un MU cle de son visage ne remua.

—Monsieur, poursuivit Hector avec hauteur, je vous ai dit que j'acceptais la mission, je la remplirai. Je crois "votre mission finie ct ne vous retiens plus.

—Vous vous trompez, monsieur; j'ai ordre de ne vous quitter qu'après vous avoir mis en voiture.

M. de Chavailles tressaillit.

— Est-ce à dire, s'écria-t-il, que je doive partir sur-lechamp?

—Sur-le-champ.

—Mais une affaire de la plus haute importance n’appelle ce soir à quelques lieues de Paris; demain je serai libre, mais demain seulement.

—Le service du roi, notre maître, ne souffre pas de retard. IT faut partir sur l'heure... Au reste, ajouta le chevalier, si vous aviez pris la peine d'ouvrir la dépêche dont la première enveloppe est à votre adresse, vous auriez vu que l'ordre est impératif.

Hector rompit le cachet, et lut rapidement une lettre

par laquelle le ministre lui intimait l’ordre de partir ans perdre une minute,

“ Une chaise a été commandée pour vous, ajoutait le ministre en finissant, et vous inènera en poste jusqu’à la frontière.

—Mais cette chaise, où est-elle? demanda M. de Uhavailles.

La voici, répondit le chevalier en ouvrant une fetre, Iector y courut, ct vit une chaise attelée dans la ": le postillon était en selle. d Mais si je refusais de partir? reprit-il avec force. \h! ce serait fort simple. Au lieu de vous con- ‘en Flandre, cette chaise vous conduirait à la Bas- Les deux routes sont libres également, c’est à us de choisir.

Le ton amer et soc du chevalier irritait M. de Cha- :< ot le poussait à la colère. Un instant il eut envie ® jeter le pli, de tirer l’énée, de sauter sur un cheval

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