‹ La chasse royale [microforme]Chapitre 42 sur 42 · RSR AE AE BAT · texte numérisé non relu

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l'énergie de son caractère, revenue avec la certitude qu’elle était toujours aimée, la soutint.

—Continuez, dit-elle, et voyons si vous devincrez jusqu’au bout.

—Il m'est facile de vous contenter, reprit le chevalier avec le même sang-froid, et il ajouta :

—Mariés, vous irez ensemble vous jeter aux picds du roi et lui demander la grâce de votre père, qui sera devenu le père de M. de Chavailles. Est-ce bien cela ?

—Tout à fait.

—Le projet est charmant, malheureusement vous avez compté sans moi.

—Qui êtes-vous done pour empêcher la réussite d’unc chose que nous voulons tous deux ?

—Qui je suis? La question est quelque peu indis: crète, convenez-en. C’est pourquoi vous me permettre: bien de ne pas y répondre; mais, tel que je suis, croyez que je puis à peu près tout ce que je veux.

La voix du chevalier était si claire ct si posée, son re gard si ferme et si tranquille, son geste si mesuré, que mademoiselle de Blettarins frissonna malgré elle.

—Mais, dit-elle en s’efforçant de paraître aussi calme que son interlocuteur, pourquoi vous opposeriez-vous à un dessein qui ferait le bonheur de deux personnes san: vous faire aucun mal?

—Pourquoi? Vous voulez savoir pourquoi ? reprit l' chevalier. Oh! cela, je puis bien vous le dire. Et même puisque vous avez amené la conversation sur ce terrain nous allons, sil vous plaît, causer à l’aise de différen tes choses que vous ignorez, mais qu’il est bon que vou sachiez.

Là-dessus, le chevalier, avec un sang-froid remarqua ble et une grâce parfaite, présenta un siège à Christine qui était restée debout, ‘et s’assit lui-même. Cydali: tendit l’oreille et le chevalier, après un instant de si lence, renoua l’entretien en ces termes:

DEUX CONTRE UV

—Vous me demandez, mademoiselle, dit le chevalier. Pourquoi je prétends m’opposer de toutes mes forces au mariage que vous projetez. Est-ce bien cela ?

— Oui, monsieur, répondit Christine plus émue qu’elle ne voulait le laisser paraître.

—La raison en est bien simple. Je m’y oppose, parce que je vous aime.

Christine tressaillit comme un enfant qui voit tout à Coup s’agiter dans l’herbe la tête dun serpent.

—Et je vous aime parce que je hais M. de Chavailles, poursuivit le chevalier.

Christine recula tout effrayée.

—Voilà qui vous étonne, reprit-il ; quand vous auez appris à me connaître, rien de ma part ne vous surpren dra plus. ÿ

—Mais, dit mademoiselle de Blettarins, pourquoi

z-vous M. de Chavailles ?

—Je pourrais me borner à vous répondre que je k hais parce que vous l’aimez; mais là n’est pas le vrai motif.

—Que vous a-t-il fait ? où l’avez-vous connu? com ment a-t-il pu vous offenser ?

—Voilà bien des questions à la fois, et je regrette de ne pouvoir les satisfaire toutes ; qu’il vous suffise de sa.

voir que la vie de M. de Chavailles est plus mêlée à le mienne que vous ne pensez. Mais là n’est pas la question ; elle est surtout dans vos projets, et c’est là-dessus aue j’ai pris la résolution de vous parler.

—Si c’est pour m’en faire changer, je dois vous pré. venir que c’est pour le moins inutile.

—Ecoutez-moi d’abord.

—AÀ quoi bon? dit-elle en faisant mine de se lever.

Le chevalier l’arrêta d’un geste.

—Je ne vous demande qu’un heure, à vous qui veulez disposer de votre vie entière en faveur d’un autre, reprit-il, vous prononcerez après.

— Une heure, soit, répondit Christine ; une heure, qu' sera, je crois, la dernière.

—Ne vous hâtez pas dé porter des jugements tême raires !

— Allons au fait, monsieur, répondit Christine d’ur air de hauteur.

—My voici ct je n’en sors plus. Vous avez pu voi ce que je pouvais: votre mariage rompu, le départ d. M. de Chavailles pour la Flandre, le long séjour qu’il y a fait, sa séparation d’avec vous, toutes ces choses vien nent de moi;—jugez par là de ce que je puis faire en core.

—Beaucoup de mal, je le crois.

—Vous avez dit; mais ne vous fatieuez pas à chercher la cause de cette puissance, vous ne la trouveriez pas. Elle est, cela suffit. Maintenant, pensez-vous qu j'abandonne mes projets parce que le hasard à voulu que mon ennerni reparût à la cour? L'erreur serait grande et vous ne tarderiez pas à vous en apercevoir

—Faites, agissez; que nous importe! Hector est ici à présent.

—Vous w’interrompez trop tôt, mademoiselle. M. de Chavailles est où je suis.—La lutte se poursuivra ; mais je vous en avertis, les armes ne sont pas égales. D’abord

je le connais, et il ne me connait pas; et puis M. de Chavailles est plein de préjugés ; cela tient à son éducation.—Il n’emploie que les armes honnêôtes—vous voye: que je ne recule pas devant les mots--les armes franches, loyales, les armes d’un gentilhomme et d’un sol dat. Moi je me sers de te 3 celles qui peuvent m'aider à réussir.—T'outes, entendez-vous bien ? toutes.

— Vous employez des termes qui ne permettent pas l’équivoque.

—C’est afin que vous .-e compreniez mieux et qué vous décidiez en parfaite connaissance de cause.

—Oh! je commence à vous connaître, monsieur.

—Bien!... cela posé, vous conviendrez qu'il sera fort difficile à M. de Chavailles de résister. Que diriez-vous d’un homme qui se jetterait tout nu contre un gucrrie1 bardé de fer? Telle est cependant l’image la plus vraie de la lutte que nous allons entreprnedre.

Christine frémit à ces mots.

—Ah! dit-elle, vous me faites horreur!

— C'est toujours ce sentiment qu’on réveille chez les femmes quand on leur dit la vérité répondit froidement le chevalier. Vous voyez que je ne transige pa: avec les moyens. Quand on a en face de soi un adveraire qui veut à tout prix arriver au but qu’il s’est promis, on est perdu. La faveur du roi, les hautes amitiés li marquis, sa jeunesse, sa vaillance, le dévouement de

ux qui l'entourent, rien n’y fera. Un jour, fai vorlu

tuer. le faire tuer, du moins... Vous pâlissez … Oh Une craignez rien; j'avais cédé comme un étourdi à

ï moment de colère... La balle, plus intelligente que

\ haine, a passé à un pied de sa tête. J’ai eu le temps

réfléchir, et au lieu de frapper M. de Chavailles dans

: chair, é’est à l'âme que j'ai visé; je l'ai atteint dans

“amour, et je puis dire que, depuis cinq ans, il ac = ‘st pas écoulé de jour où moralement il ne soit mort. l'avais fait le vide autour de lui. Sentinelle vigilante

je veillais près de vous. Il a vécu, durant cinq années, d’angoisses, de désespoirs secrets, d’attentes éternelles et vous voulez maintenant renverser en quelques heure: l’oeuvre de cinq années ? Je vous l’ai dit, mademoiselle vous avez compté sans moi: ÿ

Christine écoutait leëchanuier avec éponvante. Cet homme était de bronze; c’est à peine si un léger tremblement avait altéré sa voix tandis qu’il prononçait ce: dernières paroles; son teint avait la même nuance, se: yeux leur même clarté pâle, son front la même impassibilité. \

—Ce n’est pas tout, poursuivit le chevalier, après un pause ; l’habitude de nous voir a fait naître en moi ur amour que je croyais impossible.

Christine fit un geste d’indignation.

—Parlez-moi de votre haïne, monsieur, dit-elle ; j’apprendrai à vous haïr, moi qui ne haïssais personne ; mai: oser me parler d'amour, c’est ce que je ne souffrirai pas. Assez là-dessus... le mot est déjà de trop.

—C’est un aveu qui ne ressemble point à ceux qu’or a l’habitude de balbutier aux orcilles des femmes 3 — ainsi vous pouvez l’écouter sans que votre puceur er soit effarouchée, répondit le chevalier avec le même sa yfroid. Si je vous aime, c’est pour vous enlever à mon ennemi: c’est—et pourquoi ne le dirais-je pas ?—cest pour me venger. Etrangère à M. de Chavailles, je n vous eusse peut-être pas regardée.

—Si mon amour pour Hector n’était au-dessus dl: tout, vous me feriez presque regretter de l'avoir sen contré, dit Christine avec l’accent du mépris.

—Mais je vous ai vue, j’ai pénétré dans votre intimi té; votre grâce, votre esprit, votre beauté m’ont fascin‘ et je vous aime, reprit le chevalier sans paraître avoi. pris garde à linterruption de Christine.

—En quoi cela peut-il me toucher? demanda.tell: de l’air d’une reine,

Le chevalier fronça légèrement les sourcils.

— Vous allez le savoir tout à lheure, reprit-il. Je ne vous ai demandé qu’une heure; quinze on vingt minutes me restent encore et vous m'écouterez bien jusque-là.

—Soit; mais vous n’aurez pas, je vous en prévien:, une seconde de plus.

—Je n’en ai pas besoin. La question est posée entre M. de Chavailles et moi, continua le chevalier.

—Vous vous trompez; M. de Chavailles mort, vos chances n’en seraient pas meilleures.

—Posée ainsi, reprit le chevalier, absolument comme si Christine n'avait pas parlé, elle ne peut être résolu» que par vous. Si vous persistez dans vos projets, c’est entre M. de Chavailles et moi une guerre implacable.

—La guerre est son métier, dit fièrement Christine ; il la fera.

Le chevalier secoua la tête.

— Cette guerre ne ressemblera point aux autres ;—il succombera.

—Vous n’avez pas que je sache la destinée à vos ordres ? -

—Si, au contraire, vous renoncez à lui, ch bien! ie consentirai à l'oublier; je vous ferai le sacrifice de ma rancune et, croyez-le bien, c’est le plus grand que je puisse faire.

—Je connais Hector, répondit Christine les yeux brillant d’un feu extarordinaire, et je sais que la certitude de mourir ne le farait pas renoncer à moi.

—-Aussi n’est-ce pas à lui que je m’adresserai.

Christine jeta sur le chevalier un regard de mépris.

—Avez-vous pensé que vous trouveriez en moi plus de complaisance? dit-elle.

—J’ai pensé que l'amour filial, à défaut de prudence, fous engagerait à faire ce que je vous conseille,

—Que voulez-vous dire ?

—Une chose fort simple... M. de Blettarins est ici…

—Eh bien? dit Christine avec anxiété.

—Ll est, vous ne l’ignorez pas, sous le coup d’une accusation qu’on peut faire revivre.

—Ah! monsieur! s'écria mademoiselle de Blettarins en se levant, il ne me semblait pas que la lâcheté pût aller si loin!

—En quoi mes paroles peuvent-elles vous surprendre ?

—Ainsi vous oseriez dénoncer un vicillard ?

—Je l’oserais.

Christine chancela ; le regard vitreux du chevalier la couvrait, mais plus forte que sa terreur, elle se redressa et affronta vaillamment ce regard d’où jaillissaient tant de pâles éclairs.

—Mon père tient plus son honneur que sa vie, ditelle, sachez donc bien qu’il ne la rachèterait pas au prix d’une lâcheté.. Si je pouvais consentir à vous entendre, il me maudirait et j’emporterais son mépris pour adieu.

A son tour le chevalier tressaillit

—Allez, monsieur, reprit Christine; Dieu est avec nous et nous protégera.

Mais, déjà remis de son trouble, le chevalier sourit ironiquement et salua.

—Est-ce votre dernier mot, mademoiselle ? dit-il.

—Mon dernier mot le voici : regardez la porte de cetti maison et n’en repassez plus le seuil.

—C’est-à-dim jue vous me chassez ?

—L'action s .fit sans les paroles... monsieur. Est+ que vous ne m’auriez pas comprise ?

—Eh bien! répondit le chevalier, des gens de n sorte reculent quelquefois, mais c’est pour mieux pren dre leur élan... Adieu, mademoiselle, j'emporte l’espo: que nous nous reverrons.

Il s’inclina profondément et sortit. A peine eu franchi la porte du parloir que Cydalise écarta le ridear qui la cachait et courut à Christine. Christine, plu

blanche qu’une statue, s’appuyait contre le dossier d’une chaise.

—Le misérable! s’écria Cydalise, aussi vilain qu'il est méchant !

Christine laissa tomber sa tête sur l'épaule de son amic et fondit en pleurs. A présent que sa fierté ne la soutenait plus, elle s’ubandonnait à toute la timidité de son âge et à toute la faiblesse de son sexe, Cydalise l’embrassa mille fois en lui prodiguant les noms les plus doux. Essentiellement impressionnable, le spectacle de tant de jeunesse et de beauté, unies à tant de malheur, la touchait jusqu’au fond de l'âme. Elle pleurait aussi et ne savait que faire pour rendre un peu de courage à sa nouvelle amie, :

—L'horrible vipère! dit-elle. Tout ce que j’entendais me faisait passer le frisson dans le dos. Quel cynisme ct quel abominable sang-froid t Et cet homme-là se permet de vous aimer! I] a done un coeur ? Qui s’en douterait? Pourquoi le bon Dieu souffre-t-il que de pareilles créatures parlent, sentent, agissent comme nous ?... Jai vu représenter bien des fois, sur la scène, des personnages de comédie qui faisaient reculer deffroi, mais aucun deux, pour sûr, n’égale celui-ci en malignité!.…. Croyez-vous qu’il ait une mère ? Moi, je suis certaine qu’il a été engendré par une tigresse,

—Vous préviendrez Hector? dit Christine en essuyant ses pleurs.

—Si je le préviendrai ?.. Gardez-vous d'en douter!

—Vous lui direz ce que vous avez vu et entendu.

—Oui, oui !

Et le plus tôt que vous pourrez.

—Fiez-vous à moi.

—Ai-je bien fait de répondre suivant lindignation l mon coeur ?

—Très-bien !

—Pent-être aurait-il mieux valu donner le change à

À DORE NE à Grece AE

ce méchant homme, et, par une feinte soumission, détourner les périls qui menacent M. de Chavailles ?

—Voilà justement ce que M. de Chavailles ne vous aurait jamais pardonné.

—C'est ce qui m’a décidée, 11 m’a semblé qu’il exposerait sa vie mille fois plutôt que de se résoudre à me perdre. J’ai jugé de son coeur par le mien.

Ce langage si simple et qui venait du coeur enchanta Cydalise qui, pareille à toutes les femmes de sa condition, aimait à retrouver dans la vie réelle l'expression des sentiments qu’elle était accoutumée à traduire sur la scène. Quoique peu sentimentale et romanesque d’instinct, comme toutes les créatures nerveuses, elle aimait follement à rencontrer, par ci, par là, dans le monde, de ces grandes passions qui remplissent les romans et des comédies héroïques. Elle ne se piquait pas de les mettre en pratique, mais elle en comprenait le langage à merveille, et cela lui suffisait pour exalter son esprit. Elle sauta au cou de Christine ct l’embrassa avec transport.

—Tenez, dit Cydalise au comble du ravissement, si j'étais homme, je me ferais tuer pour vous.

—Je ne vous demande pas de mourir, vivez au contraire, vivez pour me rapprocher de lui.

—Je n’y manquerai pas! Ah! il veut la guerre, ce vilain chevalier, eh bien, il l'aura! C’est ün démon, je lui prouverai que je suis un diable! Après tout, pourquoi nous effrayer? Ce n’est qu’un homme, «+ nous sommes deux femmes... A moins d’être bien maladroites, nous ne pouvons pas manquer de l'emporter. ‘

—Ah! dit Christine, ma plus grande tristesse provient de mon père... Avez-vous entendu ses cruel :: menaces, et devant tant de périls, mon devoir n’étaitpas de me dévouer ?

—Non, mille fois non; votre père eût préféré la mor: à la honte d’allier son sang à un tel misérable... Le

chevalier a parlé de le dénoncer ; mais, grâce à Dieu, d’autres plus influents se chargeront, à la prière d’'Hector, de parler pour lui. On fera valoir son grand âge, ses longs malheurs, et nous l’emporterons! Le bon droit a sa force aussi... S'il le fallait, nous irions :ous jeter aux pieds du roi, vous, M. de Chavailles, Coq-Héron, le comte de Fourquevaux, tout le n nde, moi par-dessus le marché, et je voudrais Bien savoir comment Sa Majesté s’arrangerait pour ne pas céder!

Christine regardait Cydalise et buvait ses paroles sur sés lèvres. La comédienne s’animait à la pensée d’une lutte, et déjà elle avait retrouvé toute sa verve, sa gaicté, son audace.

—De quoi s'agit-il, en somme ? reprit-elle, de déjouer les trames d’un jaloux... On y a réussi plus d’une fois et on y réussira souvent, Dieu merci. Vous êtes comme une princesse des contes de fées enfermée dans une tour par un enchanteur malfaisant. 1] y à au-dehors un beau paladia qui se lamente ct qui brûle de vous délivrer… Vous connaissez le paladin, moi je suis un petit page. Laissez-le faire,

—Je ne demande pas micux.

—Et ie petit page servira de trait.d’union entre la princesse et son amoureux.

Christine pressa les mains de Cydalise,

—Voyons, dit-elle, quels sont vos projets ?

—Ce que j’ai entendu, répondit la comédienne, a un Peu modifié mon plan. 11 ne faut rien donner au hasard 1vec un homme tel que le chevalier; je voulais d’abord “ous emmener d'ici.

—Pour me conduire?

—Je ne sais où... Ce nc sont pas les logis qui maaauent; mais à tout prendre, vous êtes mieux +=; qu’ailkürs, en attendant que nous ayons trouvé asile sûr ct tout à fait à l’abri des poursuites de votre persécuteur.

—Le chevalier connaît ma retraite, ne craignez-vous, pas quelque tentative de sa part ?

—Oh! il faut du temps et la signature du roi pour enlever une femme d'une maison religieuse, et grâce au cel notre ennemi n'en est pas encore là!

—N'importe! je serai plus tranquille lorsqu'il aura perdu mes traces,

—Repose--vous sur nous, Vous ne resterez pas longtemps à Chevreuse. Hector a des amis puissants ; le duc de Riparfonds, le duc d'Orléans, au besoin, agiront pour vous, Demeurez tranquille ; vous ne tarderez pas à recevoir de nos nouvelles,

Lorque C‘ydalise quitta Christine, son esprit, échauffé par la conversation et la pensée de l'intrigue sourde où le hasard l’avait jetée, enfantait mille projets, aussitôt abandonnés que conçus; mais à vrai dire, et sans s’arrêter à aucun, ce qu'elle redoutait le plus, c’étuient la fougue et l’emportement de M. de Chavailles, qu'elle craignait de ne pouvoir plus retenir lorsqu'il apprendrait d'elle la retraite de Christine. Elle se résolut donc à ne lui parler de mademoiselle de Blettarins qu'aprè: avoir pénétré, s’il étai, possible, les desscins du chevalier, et quand le moment d'agir serait venu. Pendan: ce temps, M. de Chavailles était à Marly. Sa fortun semblait prendre un grand vol. La faveur du roi ! couvrait, et derrière ce bouclier impénétrable ses amicommençaient à croire que désormais il pourrait bra ver les traits du sort. M. de Fourquevaux le voyait d‘-

jà, en esprit, maréchal de F rance, chevalier des ordr. de Sa Majesté, due et pair du royaume. Seul, M. « Riparfonds s’inquiétait de ce rapide essor.

—Je n’aime pas, disait-il, ce bonheur impétueux qu monte vers le ciel du premier coup. Il est un peu con: me certaines fleurs qui croissent et s’épanouissent une nuit. Le moindre rayon les fane, le premier cou de vent les abat,

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Dans ces occasions, M, de Fourquevanx prenait Hector par le bras et l'emmenait.

— Laissez, dit-il, laissez ce philosophe sinistre ; dès le berreau, il a été piqué au talon par l'astie de la mélancolie,

Un jour que M. de Chavailles rentrait de la promenade, il rencontra Coq-Héron sur le pas de son appartement.

—Eh ! eh! dit Paul-Emile, je gagcrais volontiers à la mine de notre ami qu'il a quelque bonne nouvelle à nous apprendre,

— Hum! fit le soldat en hochant la tête, pour la nouvelle je lai; mais si elle est bonne ou mauvaise, c’est ce que j'ignore,

—S'agit-il de Christine ? Parle! s'écria Hector.

—Ï ne s'agit pas de mademoiselle de Blettarins, re pondit C5 Héron, mar je parlerai bien tout de même.

— Voyons la nouvelle, dit M. de Fourquevaux.

—Un homme est venu vous demander ce matin à l'hôtel de M, de Riparfonds,

—Quelie espèce d'homme ? demanda Hector,

—Un homme comme tous les hommes, assez bien bâti et grisonnant.

—Le connais-tu ?

—Non, vraiment.

—Sais-tu son nom ?

— Oh! pour cela, oui... Vous me l'avez dit assez sou- “ent pour que je m’en souvienne !

—Tu l’appelles ?

—Frère Jean.

—L’ermite du mont Ventoux! s’écria Hector tout surpris.

— Il ny à pas à s’y tromper: haut en couleurs, large les épaules, belle taille, l'ocii hardi d’un coquin déteriiné, la main forte et leste, le poil noir mêlé de fils blancs, l'air jovial.

Te

—Parbleu ! +écria M. de Fourquevaux, tu me fera: faire sa connaissance. Voilà fort longtemps que j'en grille d’envie. :

—On n’y manquera pas, monsieur, reprit le valet.

—Que venait-il faire à l'hôtel de M. de Riparfonds ? demanda M. de Chavailles,

—Vous chercher.

—I1 a donc à me parler?

—Apparemment. Il a paru fort contrarié de ne pas vous rencontrer, et c’est alors que je me suis nommé.

—Et le beau nom que tu protes l’a sans doute ravi ? dit Paul-Emile.

—Ah! vous croyez rire, monsieur? répliqua Coq-Héron. Eh bien! ce nom a fait éclater la joie sur son 11sage.

—Rien que le nom! frère Jean n'est pas difficile.

—Ah! vous êtes Coq-Iéron? m'a-t-il dit, j'en suis fort aise; votre maître n’a parlé mainte fois de vous en des termes qui me donnaient un vif désir de vous être présenté.

—Voilà un coquin bien poli!

—Et comme je le saluai: Vous êtes homme, a-t-il ajouté, à vous charger d’une commission pour M. de Chavailles que j'aime comme un fils? Dites-lui que j'ai rendez-vous ce soir, sur le pont Neuf, à sept heures. avec un certain maraud qui m'a déjà employé il y à quelques cinq ou six ans.

—Ï La dit cela? s’écria Hector.

—Je vous répète la phrase mot à mot. Pour la mrmoire, je suis comme un écho.

—N’at-il rien dit de plus?

—11 m'a dit encore que vous ne négligiez pas de vou: rendre à Paris pour assister à ce rendez-vous, parce qu: vous y trouveriez peut-être l’occasion de percer un my: tère jusqu'alors inexplicable. Il a fort insisté là-dessu. —Est-ce tout? ;

—C’est alers qu'il m'a dit: Je suis frère Jea.:,—jn. dis ermite, présentement fonctionnaire public.— M. de Chavailles me connaît fort, mais si par hasard i hési. tait à répondre à mon invitation, veuillez, mon digne monsieur Coq-Héron, lui répéter ces quatre mots: Jus bois de Marty ; il comprendra.

—Eh oui, je comprends !

—En partant, frère Jean m'a tendu la main, et, m2 foi! je la lui ai serrée,

—Tu as bien fait, morbleu! dit Paul-Emile.

—C'est peut-être un grand scélérat; mais la pensée qu'il vous a épargné, pouvant Vous tuer, ct qu’il cherch3 ‘ncore à vous rendre service, me l’a fait prendre en ami tié. Au moment de s'éloigner, il s’est retourné :—Qu'il ny manque Pas au moins, a-t-i] dit: l’occasion est bel!e, * s'il ne la saisit Pas cette fois, il ne la retrouvera peutitre plus... Le renard est au terrier : J'avertis le chaseur,

—C’est une métaphore poétique qu’on peut traduir» Tr ces mots: Je suis le coquin à la piste, venez lui torre le col, dit Paul-Emile.

—Tu dis: à sept heures ct sur le pont Neuf? demaula M. de Chavailles.

—Sur le pont Neuf et à sept-heures, ce soir, frère lean sera proche le quai, du côté de la rue Dauphine.

—Ekh bien! nous Y serons, répondit M. de FourqueüUX,

—Ah! vous irez aussi ?

—Parbleu! si par hasard le Compagnon du bois ds larly amenait quelque brigand de son espèce, je men hargerais volontiers.

—Parlez-vous de frère Jean? dit Hector.

—Non, de Pontre, l’invisible… Je ne sais trop pourloi, mais je me fie À frère Jean.

—Et vous avez raison. Quel qu’il soit, dans Ja forme

le fond, ce qu’il promet il le tient.

AA Anûa

Paul-Emile soupira.

—Que de gens réputés honnêtes qui n’en font pas autant, dit-il.

—Ca! voyons, reprit Paul-Emile, nous avons quatre ou cinq heures à tuer.—Changeons de vêtements et allons perdre un peu de temps et beaucoup d'argent au jeu de madame la Dauphine. I] y a toujours par là une quantité de jolies femmes qui ne demandent qu’à s’égayer.

—Allons! répéta M. de Chavailles. Et toi, Coq-Héron, veille à ce que nos chevaux soient prêts entre cinq et six heures.

—Monsieur le marquis, ils le seront à quatre, répondit Coq-Héron.

MALADIES DE LA P ::: se a ECZEM

3 en peu de temps par Ja Pom: te du Dr, Rameau, (Ce rem ‘après la mé.

thode du célèbre Pas inoffensif et réussit toujours. Nous ferons voir ge nombreux certifcats cons- R latant l'efticacité de Ja Pommrs.rle Antiseptique du Dr. Rameau. Entre i fuatre jours. et une foule d'autres, Exp

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