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Ventretien sur M. de Chavailles, curieuse de savoir ce que le chevalier en dirait; mais la joie qui débordait en elle et qui rayonnait sur son visage, lui fit bientôt comprendre que ce serait une entreprise au-dessus le ses forces. Le chevalier s'était arrêté devant elle et la regardait.
—Jamais vous ne n’avez paru plus belle, reprit-il , quelque chose d’extraordinaire est en vous et il faut que la visite de cette personne vous ait causé un bien vif plaisir.
—Très-vif.
—-Est-ce une personne que vous ne vous attendiez pas voir ? -
Le coeur de Christine bondissait d’indignation. —Vous l’avez dit, monsieur, répondit-elle d’une voix que l’animation faisait trembler, et cette personne m'a porté des nouvelles telles que je n’en espérais plus.
—Vous me ravissez, mademoiselle, dit le chevalier avec ce froid sourire qui était dans ses habitudes; mais n’y aurait-il point d’indiscrétion à vous demander de me faire connaître en que: consistent ces nouvelles ?
—M. de Chavailles est à Versailles, répondit Christine les yeux fixés sur le chevalier,
—Ah! fit celui-ci d’un air tranquille.
—Au peu de surprise que vous manifestez, j’imagin. que vous étiez loin d'ignorer son retour ?
—-C’est possible.
——Je ne vous étonnerai probablement pas davantas en vous apprenant que M. de Chavailles est colonel mais colonel au service du roi de France, et non pas à celui de l’empereur d'Allemagne.
—Tant mieux!
—Vous savez peut-être aussi que jamais il n’a quitt' la Flandre, qu’il n’est pas allé à Mayence, pas plus qu'ei Autriche et qu'en Hongrie, et qu’il rentre à la cour pou: ne s’en plus éloigner ?
CA
—Je m'aperçois que vous êtes bien renscignée !
—Ainsi, vous ne cherchez pas à nier? s’écria mads moiselle de Blettarins avec explosion.
—Vraiment, non.
Le sang-froid du che alier découvrit à Christine la noirceur de cette âme profonde.
—Vous mentiez donc ? reprit-elle,
—Et pourquoi pas? dit-il dun air railleur,
Christine le regarda bien en face.
—Le mépris que je vous gardais au fond de l’âme nm'avait donc pas trompée! dit-elle.
—Oh! mademoiselle, négligeons, s’il vous plaît, es vilains mots...
Oui, j'ai tort. il y a des mots qui ne devraient jamais souiller les lèvres d’une femme! Mais est-on mat. tre de l’indignation qui saisit une âme honnête à la pensée de tant de crimes si noirs, ourdis bassement pat l'esprit du mal! ‘
—Voilà que vous revenez à ces expressions, Ah! ma. demoiselle, vous ne les emploicriez pas, si vous aviez appris à me connaître!
—Vous connaître? Ne sais-je pas que vous m'avez trompée, que vous n’êtes pas.
—Coq-Héron? cela va de soi; mais qu'importe le nom ? un nom n’est rien, l’homme est tout. Maintenant, voulez-vous que je vous dise quels sont vos projets ? Je les devine comme si je lisais dans votre coeur, Vous al. lez informer: M, de Chavailles—tenez, par l’entremise de cette personne qui vous a rendu visite—de votre présence ici, et le prier d’accourir. I] vous aime, il accourra ; réunis, vous presserez de tous Vos voeux la conclusion d'un mariage autrefois brisé.
—Par vous, peut-être ? —Par moi.
— Vous l’avouez, monsieur ?
—Je ne mens jamais quand rien ne m'y force.
Le cynisme de cet homme effraya Christine ;