‹ La chaste princesseChapitre 22 sur 27 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

. AGÉSILAS, amené dans une brouette.

Ah ! que vois-je, seigneur ? Et quel affreux désastre !

AGÉSILAS

Cessez, et retenez vos larmes, mon bel astre.

J’ai vengé votre injure autant que je l’ai pû.

J’ai mis dans le tombeau ce gros vilain lippu.

Mais le ciel, envieux de mon sort et du vôtre,

Ne veut pas que nos corps enchaînez l’un à l’autre Et dans un chaste lit ensemble réunis S’enyvrcnt à longs traits de plaisirs infinis.

La Fortune se plaist à renverser sa roue.

Aujourd’hui sur le faite et demain dans la boue.

Ah ! quel sort glorieux ! quel destin plein d’appas ! Si l’hymen avait pu nous mettre entre deux draps ! L’amour, le tendre amour, par ses vives amorces De moment en moment eût ranimé mes forces;

Toujours auprès de vous guilleret et dispos...

Quel est donc le destin des plus fameux héros ! Scrtorius, Achille, Holopherne, Pompée Ont par la trahison vu leur trame coupée.

Agamemnon, Cartouche, Alexandre, César D’une mort imprévue ont ressenti le dard ;

Et sur Agésilas, doux, bénin, débonnaire,

Artaban, vil bâtard de mon apotiquaire.

Ose lever sans crainte un parricide bras !

Et dans quel tems encor! dans le moment, hélas ! Que j’allois éprouver avec ma chère Agathe.

Des délices à faire épanouir la ratte.

Par avance déjà d’aise. je me pâmois.

Notre lit nuptial de fleurs je parsemois.

Je me promettois bien que de notre copule On verroit naître un Mars ou du moins un Hercule, Ensuite une tendron plus belle que le jour.

Et qu’enlin pour le prix de mon pudique amour L’un auroit la valeur de monseigneur son père, L’autre là chasteté de madame sa mère ;

Hélas ! c-i doux espoir a bien-tôt disparu !

Prince qui l’eut pensé ?

Princesse, qui l’eut crû?

AXIAHE.

Madame, il n’en peut plus, il va passer, je gage ; La couleur de la mort tapisse son visage.

AGATHE

LAPRINCESSE.

Mon cœur, vous jasez trop ; aidez-vous un petit ; Vous seriez beaucoup mieux, mon Qls, dans voire lit.

AGÉSILAS

Ah, laissez-moi du moins le seul bien qui me reste. Laissez-moi contempler ce visage céleste.

Ces yeux tout rayonnans d’une vive clarté,

Ces deux jeunes soleils, rois de ma liberté,

Ce tein où régnent seuls et le lis et la rose,

Qu’on ne peut trop louer en vers ainsi qu’en prose. Mais je sens s'affaiblir ma force et mes esprits,

Je sens que je me meurs.

Ab ! ah !

AGÉSILAS

Laissez ces cris.

Agathe, approchez-vous; approchez-vous, Agathe, Dans cet embrassement dont la douceur me flatte Venez, et recevez l’ame d’Agésilas.

11 expire, grands dieux ! malheureux sort ! hélas !

COLIN

Patrocle glt, le diable a joué de son reste.

(On emporte Agésilas.)

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