‹ La chaste princesseChapitre 5 sur 27 · LA PRINCESSE AGATHE, AXIAME · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE AGATHE, AXIAME

AXIAME.

Le soleil renaissant rameine la lumière,

Et scs-nouveaux rayons frappent notre paupière. Ecoutez les accens des tendres rossignols,

Qui chantent leur amour sur les plus doux bémols.

10 • ■ AGAÎIIK ' ' , . . t

Avancez, écoutez l’aimable tourterelle Jurer à son aniaut une ardeur éternelle,

Venez voir les oyseaux qui, votons dans les airs. Semblent mêler leurs voix aux célestes concerts.. ;

la princesse, tristement.

N’allons pas plus avant, demeurons, chère Axiame.

AXIAME.

Madame, qu’avez-vous? Qui vous chiffonne l’àme? Vous,pourqui tous les dieux prodiguant les plaisirs Semblent par leurs faveurs prévenir vos désirs,

Qui peut vous inspirer cette sombre tristesse ?

La gloire, la grandeur, la beauté, la jeunesse:

Bref, vous possédez tout; quel sort a plus d’appas?

Et qui peut être heureux si vous ne l’êtes pas ?

De ton zèle pour moi je ne suis point en doute.

C’est trop me taire, apprens... . .

AXIAME.

Parlez, je vous écoute.

Tu sçais de quelle ardeur le prince Agésilas,

Ce guerrier si fameux, brûle pour mes appas.

Quoique jeune et gascon, il est modeste et sage,

Une noble pudeur colore son visage,

Et comme un jeune cœur est bien-lôt enflammé,

11 me vit, il m’aima ; je le vis, je l'aimai.

J’affectai cependant une vertu correcte.

Une princesse sage est toujours circonspecte ;

Je lui cachai trois jours l’excès de mon tourment, Qu’il m’en coûta, grands dieux ! On souffre diablement. Mais enfin lui voyant une ardeur si parfaite,

De si pressans désirs, j’avouai ma défaite.

AXIAME.

Je sçais qu’à mon départ un bien heureux hymen Vous alloit faire dire à tous les deux, Amen,

Mais ce qui s’est passé, madame, en mon absenee...

Nous attendions ce jour avec impatience.

Cependant son rival, le superbe Alcanor,

N’ayant pû m’éblouir avec ses vestes d’or,

Vient me surprendre un soir, il entre dans ma chambre. C’étoit... oui justement le second de septembre.

Le traître m’entraina sur le bord de mon lit,

Là, malgré mes sanglots, mes larmes, mon dépit,

11 me... 1

AXIAME.

Il VOUS ?

Urne...

AXIAME.

Achevez, je vous prie.

AGATHE

la princesse, d'un ton fort cl douloureux.

Il me ravit la fleur que j’avois tant chérie.

AXIAME.

Quoi, le barbare ainsi contenta ses amours ?

la princesse.

Uui, mais incontinent je lui tins ce discours :

Eh bien, es-tu content d'avoir honni, perfide,

Une tendre colombe, une brebis timide ?

Pour échapper en vain tu te veux efforçer.

Avant que le perfide ose inc roffencer,

Criai-je , allez chercher les archers de ma garde ; Tu •vas être puny, méchant, amc paillarde.

Il vouloit s’évader, je le serrois toujours.

J’avois en cet instant plus de vigueur qu’up ours. Madame, par pitié, que je gagne la plaine.

Nou, non, infôme, non, ton espérance est vaine. Laissez-moi me tirer, madame, de vos bras !

O! puisque tu y es, tu y demeureras..

Malgré tous mes efforts, le perfide, le traître S’échappe de mes mains, saute par la fenêtre.

Et pour se dérober à cent coups de gourdin,

Il fend rapidement la cour et le jardin.

Lorsque je me vis seule et presque demi-nue,

O ma pudicité ! qu’êtes-vous devenue!

Mon honneur est, ma foi, diantrement raccourci. Que devint mon amant en apprenant ceci?

11 trouve son rival, il le for*ce à se battre,

Et rempli de fureur, faisant le diable à quatre,

Lui porte un coup puissant h. travers le rognon.

Et parmi les défunts le met en rang d’oignon.

Dans le même moment, tout fier de sa victoire,

11 va par-tout prôner son triomphe et sa gloire ; Mais las ! dans ce combat, mon cher Agésilas D’un fatal coup d’estoc se trouve atteint au bras; 11 fallut lui couper.

AXIAME.

Quoique ce coup assomme,

C’est quelque chose encor que les trois quarts d’un homme: Cela vaut mieux que rien. Est -il hors de péril?

Oui, depuis quelques jours

AXIAHE.

Eh bien! que ne vient -il?

Puisqu’il se porte mieux, pourquoi cette tristesse?

Mais voudra-t-il encore regarder sa princesse ?

Je crains de lui paraître un objet odieux ;

Je n’oserai jamais sur lui lever les yeux.

Enfin je ne suis point de ces femmes hardies Qui se fourrent par-tout, jasent comme des pies.

De quel front à ses yeux oser me présenter?

Mes appas profanez pourroient-ils le tenter ?

Eu dépit d’un amour aussi pur que le nôtre,

11 aura du mépris pour les restes d’un autre ;

Indigne de lui plaire et d’oser l'approcher,

Je ne dois désormais songer qu’à me cacher.

AGATHE

Page 1