La chastelaine de Vergi, poème du 13e siècle. Edité
La Chastelaine de Vergi est un des poèmes d'amour les plus gracieux, malgré son dénouement tragique, que nous ait laissés le moyen âge. Œuvre d'un auteur inconnu du xiiie siècle, composé en tout cas avant 1288 (date de la rédaction du ms. A), ce roman a joui dès son apparition d'une vogue qu'il a longtemps conservée. Nous trouvons la preuve de cette célébrité dans les nombreux manuscrits (18 à notre connaissance) qui nous l'ont transmis, dans les fréquentes allusions qu'y font les écrivains des xive et xve siècles et dans les imitations plus ou moins fidèles qu'en présentent les littératures française, italienne, néerlandaise, anglaise et allemande ; les plus connues sont celle de Marguerite d'Angoulême dans son Heptamèron (VlJe ]., 70« n.) et celle de Bandello dans ses Noveîle (IV, vi).
Au xviiie siècle, la châtelaine de Vergi devient un personnage à la mode ; bientôt, sous le nom inventé de Gàbrielle de Vergi, et par suite d'une erreur due sans doute à la présence dans notre poème (\. 295-302) d'une strophe du châtelain de Couci (I, m; éd. Fath, Heidelberg, 1883, p. 37), elle se substitue à la dame de Fayel, la maîtresse de Couci dans V Histoire du châtelain de Couci et de la dame de Fayel de Jaques Saquet. C'est revêtue de cette nouvelle personnalité qu'elle fournit matière à des romances et à des tragédies qui ne sont pas encore tout à fait oubliées.
On a vu dans les héros de notre roman des personnages historiques de la cour de Bourgogne (Romania, XXI, 151-4), mais nous avons