ACTE QUATRIEME
GASTON
Epargnons-nous des paroles inutiles, voulez-vous? Vous vous êtes depuis quelque temps mêlé à ma vie d'une façon directe et malfaisante. En tout cas, je ta considère comme malfaisante, c'est l'essentiel... Je vous en demande raison... Je suis dans un état d'esprit tel que si vous refusiez de vous battre, je vous y contraindrais... Quand un homme comme moi tient absolument à se battre avec un homme comme vous, il y arrive toujours, c'est facile.
JOSSAN
Monsieur, j'ai eu un assez grand nombre de duels, et là plupart pour des motifs insignifiants. Depuis, il s'est fait dans mon esprit certains changements dont je ne dois compte à personne. La vie humaine, qui me semblait de peu d'importance, aussi bien celle de mon adversaire que la mienne, m'est apparue
2b8 LA CHATELAINE
comme une chose beaucoup plus sérieuse, depuis que j'ai découvert qu'on pouvait en faire un assez bon usage. Et je me suis promis de ne plus la risquer que pour un but qui en vaudra la peine, ou si j'ai offensé quelqu'un si gravement qu'il me soit impossible de lui accorder une autre réparation que de risquer nos deux existences l'une contre l'autre. Veuillez donc me dire quelle offense je vous ai faite? Quand je saurai ce, que je vous doi«, je vous paierai, pas avant.
GASTON
Oui... oui... vous avez le calme et l'insolence d'un homme heureux!... Moi, je n'ai pas mon sang- froid, j'ai la fièvre, vous en profitez!... Mais, à part vous, vous savez bien dans quelle situation nous sommes tous les deux... Vous savez bien pourquoi je veux me battre ! pourquoi je me battrai, vous entendez? La mort de l'un de nous arrangera tout, mais il n'y a que ça, il n'y a que ça!...