‹ La châtelaine; comédie en quatre actesChapitre 83 sur 144 · ACTE DEUXIEME loi · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME loi

JOSSAN

Je vais vous expliquer... Ce n'est pas à cause de la vente de Sauveterre. Mais figurezvous, et je vous demande pardon, moi aussi, de ce que je vais vous dire... Figurez-vous qu'elle et Madame de La Baudière avaient fait le projet sournois de me l'aiie épouser la jeune Lucienne ; et maintenant que nous sommes en rapport, elles ont une peur affreuse que je ne devienne amoureux de vous. Voilà ce grand mystère.

THÉRÈSE

Ah ! je comprends.

Tiens!...

THÉRÈSE

Et c'est pourquoi, Monsieur, je vous prie plus instamment encore, je vous supplie de reprendre ce papier ou de me permettre de le déchirer. Je ne peux plus accepter.

JOSSAN

Mais je ne veux pas... C'est impossible... Quoi !... il suffirait de quelques paroles aigres d'une personne aussi malveillante que Madame de La Baudière pour vous impressionner à ce point et me faire, à moi, un si grand chagrin, oui, un très grand chagrin, car je croirai que tout cela arrive par ma faute, parce que j'ai été imprudent et maladroit, y

THERESE

Oh! non, ne le croyez pas... J'aurai toujours pour vous la reconnaissance la plus vive; je garderai toujours de nos relations, le souvenir le plus délicat.

JOSSAN

Ce n'est pas votre reconnaissance que je veux; c'est voire amitié. Vous me l'avez promise, tout à Theure, vous me l'avez donnée;

elle est déjà entrée en moi comme une Iialtitude délicieuse, il ne faut pas me la retirer. Et vous même, aujourd'hui dans voire solitude, n'avez-vous pas besoin d'un ami sincère? Qu'allez-vous devenir? Quand on songe qu'il n'y a personne autour de vous qui puisse vous défendre, ni même vous donner un conseil? Vous êtes dans une situation qui serait déjà difficile pour un homme énergique, mais qui est impossible pour une femme comme vous. C'est à cela que je pense depuis que je vous ai vue, c'est à cela que je pensais surtout il y a un instant, en vous voyant là, devant celte table, un peu elîarée et si ignorante de toutes les choses dures et dangereuses de la viel... Ces choses, moi je les connais mieux que vous, j'ai lutté contre elles, j'en ai été quelquefois victorieux. Vous, elles vous écraseraient. Et c'est ce que je ne veux pas ! Cette idée que vous seriez de nouveau malheureuse, je ne peux pas la supporter. Alors vous devinez ce que je n'ose pas vous dire aujourd'hui, n'est-ce pas?

THÉRÈSE

Non, non, ne le dites pas... Ce serait un grand malheur, vous vous trompez...

JOSSA^'

Non, non... Je ne me trompe pas. L'amour m'est venu trop vite et il m'a trop brusquement éclaté dans le cœur pour que j'en doute...

THÉRÈSE

Vous VOUS trompez... Vous vous trompez... Ce que vous prenez pour l'amour n'est que la sympathie, que l'intérêt que vous inspire une femme seule et un peu triste... et comme vous êtes très bon, ce sont les circonstances o\\. nous nous sommes rencontrés, surtout, qui vous ont touché.

JOSSAX

Non, non, ce que je prends pour l'amour, c'est bien l'amour! Et c'est lorsqu'il vient ainsi tout d'un coup qu'il est le plus fort.

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