ACTE DEUXIEME
Est-ce qu'il n'arrive pas que deux êtres se rencontrent dans un paysage gracieux, d'une façon imprévue?... Ils se regardent, l'émotion vient et les voilà amants. Nous, ce n'est pas dans un lieu pittoresque que nous nous sommes rencontrés, mais dans la réalité de la vie qui a aussi sa grandeur. C'est elle et non l'illusion ou le mensonge qui a créé mon amour, et elle l'a créé ardent et durable, je vous le jure!
ÏHÉBÈSE
Oh! je suis horriblement troublée. Éloignez-vous... éloignez-vous... Laissez-moi. Ne me demandez jamais que ce que peut donner l'amitié la plus dévouée, la plus tendre...
JOSSAN
Ce que peuvent donner le dévouement et l'amitié, l'amour le donne par-dessus le marché. Ah ! je sens que si vous ne deviez pas m'aimer un jour, mon travail serait désormais sans but, ma vie serait inutile et gâchée!...
La mienne, à moi, est gâchée depuis longtemps, et elle n'est pas à refaire.
JOSSAN
Mais malheureuse, elle est commencée à peine puisqu'elle ne vous a encore donné que des déboires et de la tristesse. Maintenant, elle vous doit de la joie et elle vous paiera largement. La vie est très généreuse quand on a confiance en elle.
THÉRÈSE
Il y a entre nous des obstacles insurmontables. Je suis mariée... (Sur un mouvement d'André.) Oui, je vais être libre... c'est vrai... Mais quelle liberté!... Quand je n'aurai plus de mari, j'aurai tout de même mon enfant, un enfant qui a besoin de moi, de tout moi, et que vous ne pourriez pas aimer.