ACTE DEUXIÈME loi
JOSSAN
Mais je raime déjà!... Nous relèverions très bien, nous en ferions à nous deux quelqu'un qui ne serait pas un imbécile, je vous le promets. Non, non, ne cherchez plus, rien ne peut plus nous séparer que notre démence.
THERESE
Tout nous sépare, au contraire : votre famille, vos habitudes, que sais-je?... Et tant de considérations que vous savez aussi bien que moi. Et tous les gens que nous froisserions, que nous irriterions autour de nous !
> Dès que l'on est heureux, il y a toujours des gens que cela indigne. Mais je le sais pourquoi vous refusez, pourquoi vous luttez peut-être contre vous-même ! C'est parce que je suis riche et que vous êtes pauvre, et ce n'est pas pour d'autres raisons. Vous avez peur
i;]8 LA CHATELAINE
d'être accusée d'intrigue et de duplicité, vous si intelligente et si loyale! Mais, l'important, c'est que nous nous connaissions nous deux, c'est que nous sachions, moi, qui vous êtes, vous qui je suis. Le reste n'existe pas. Eh bien ! oui, je suis riche et si je ne l'avais pas été, nous n'aurions probablement jamais échangé deux paroles, jamais je ne vous aurais rencontrée, jamais je ne vous aurais aimée. Et après? quel déshonneur y a-t-iJ, si mon amour est noble et ardent? La fortune que j'ai, je l'ai durement conquise, et je vous l'offre parce que cela me plaît, et vous l'accepterez, non parce que yous êtes intéressée, mais parce vous êtes généreuse. Oh ! mon amie, il y a des sentiments qui ne sont pas dignes de vous... Oui, l'argent a détruit et souillé bien des amours, mais c'étaient des amours suspects et frivoles ; sur le nôtre, il serait impuissant. En cela, il faudrait penser comme ces belles châtelaines d'autrefois, qui vivaient entre ces murs où nous sommes. Elles n'étaient pas aussi raffinées que nous. Elles