SCENE I
LE PÈRE CHIENDENT, LA MÈRE CHIENDENT, PIERRETTE. {Pierrette pleure à chaudes larmes , son père et sa mère semblent
la consoler .)
PIERRETTE
Hi! hi! hi ! hi! hi ! ...
LE PÈRE CHIENDENT
Ah ça, t’as pas bétôt fini... k la fin de ça ?...
PIERRETTE
Non, papa... Hi! hi 1 hi ! hi !
LA MÈRE CHIENDENT
Nous diras-tu ce qui te fait fondre comme ça... au bout du compte?
PIERRETTE
Oh ! y a ben de dequoi...
LE PÈRE CHIENDENT
Si y a de quoi... dis ce qu’il y a... quand il y a de quoi on le dit... (
PIERRETTE
Pardine, c’est lui qu’en est cause...
LE PÈRE CHIENDENT
Qui ça lui?
PIERRETTE
Si c’était pas lui, qui que vous poudreriez que ça soye...
LE PÈRE CHIENDENT
Oh! tiens!... j’perdons patience... Pierrette... lamainm’démangeons...
la mère chiendent, à son mari.
Allons, vas-tu pas la battre pour la faire rire, toi !...
PIERRETTE
Pisque j’vous dis que c’est lui!... C’est-y pas comme si que je disais que c’est Peiitpatapon...
LA MÈRE CHIENDENT
Ton prétendu!...
PIERRETTE
Ah! ouiche... mon prélepdu !
LA MÈRE CHIENDENT
Comment ah! ouiche. Est-ce qu’il a gangé à ton égard?
PIERRETTE
Il a sangé de tout, à mon égard ! Et ça de depuis la Saint-Martin dernière, que je pouvions pas l’croire... et que j’pouvjons pas m’en faire élusiop à c’theure... à preuve que je l’ai rencontré à c’matin, près de l’abreuvoir avec sa bourrique, qu’y m’a tant seulement pas dévisagée ; et quand je lui ai demandé la cause de sa froidure, il s’en a en allé en chantant: Va- t’en voir s’ils viennent, Jean.
LE PÈRE CHIENDENT
Il t’a chanté : va-t’en voir...
LA MÈRE CHIENDENT
S’ils viennent, Jean?...
PIERRETTE
Oui ! et c’est ben sûr qu’y m’aimons plus...
LA MÈRE CHIENDENT
Lui qui en tenait tant pour toi 1
PIERRETfB.
Oui, oui, il m’appelait Vénus!... et à c’t’heure, il m’dit vat’en voir s’ils viennent, Jean. Ili ! hi ! hi 1
Bah 1 bah ! C'est des bouderies d’amoureux, tout ça s’arrangera... j’lui ferons entendra raison... moi!... et s’y n’veuxpas, morgué... y saura c’quevaut lo père Chiendent!... un morveux comme ça... je te le moucherons d’importance...
Pierrette, pleurant plus fort.
.Je n’veux pas qu’on l’y fasse du mal...
LA MÈRE CHIENDENT
Allons, taisez-vous... lo y’ià, n’ayons pis l’pir. ( A Pierrette.) Renfonce-moi ce gros soupirs-là, (à son mari) et toi, pousse-le, au pied du mur.