‹ La chaussée des géants: romanChapitre 9 sur 16 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

JJl -CHAMBRE XROPOTKINE

-. 41-me-aembla avoir entendu le timbre d'une pen- «hile. J Cette .impression grandit dans le demi-sommeil où je flottais, devint un ordre... Je me levai, et, encore un peu étourdi, me heurtant a d'obscure ■petits meubles, aux rondes têtes de bâtes dont les peaux étaient disséminées un peu partout sur le parquet, je me dirigeai vers la cheminée.

Des -bûches achevaient de s'y consumer. Elles

n'étaient là que pour le charme du feu de bois, la

. chambre tirant sa tiède chaleur des radiateurs

dont on apercevait, dans l'ombre, contre les murs,

les* orgues d'émail blanc.

■Des lueurs roses dansaient dans la chambre.

Utilisant un des sursauts de la flamme, je pus lirel'heure & la pendulette de la cheminée : 2 h. 5.

Sur une petite table, près delà pelle et des pincettes, une petite table que je manquai de renverser, 'tant mes mouvements se trouvaient encore mal coordonnés, je vis luire vaguement des objets de cristal et de vermeil. Un souper était servi là. .Emergeant d'un seau d'argent, j'aperçus le rugueux goulot doré d'une bouteille de chara-

Cooyk'

Tenez, ouvrez cette porte et entrez là, où sont pendues mes robes d'intérieur. Prenez-en une, au hasard, en faisant de votre mieux pour ne pas jeter les autres par terre. • ■,-. -,..■ .v>-*~ïi

J'obéis. Ayant franchi la porte, je me trouvai . 'dans l'obscurité, tressaillant au contact de la soie, "du satin, des broderies métalliques, la tête bourdonnante des parfums qui sortaient de toutes ces robes remuées. -■.;,.-

A tâtons, j'en fis glisser une hors de son support 'de bois poli. Les manches en étaient si vastes que je n'eus aucune peine à y passer mes bras. Une lourde cordelière pendait ; je la nouai autour de ma taille. Alors, je me hasardai à reparaître. .-• Lady Flora était déjà auprès de la cheminée. Accroupie devant le feu, ses mains nouées autour .de ses genoux, elle avait allumé une cigarette et

— Ah, cher! comme vous êtes-gentil ainsi I... Approchez, qu'on vous admire un peu.

Une psyché me permit dé me rendre compte que j'étais plus ridicule encore que je n'avais pu le supposer. /;'

— Mais c'est qu'il a du goût... ou sinon, beaucoup de chance. C'est un de mes plus jolis désha^ billes que vous avez choisi, vous savez : la robe de Nagasaki. *".

J'étais effectivement drapé dans un kimono cerise, surchargé de broderies d'or figurant des chrysanthèmes et des dragons. Les manches évasées laissaient mes bras nus, et mes épaules apparaissaient dans la vaste échancrure du col.

i — Vous êtes très bien, tout a fait bien, répéta Lady Flora, mais ce n'est pas une raison pour vous montrer orgueilleux et ne pas venir vous asseoir à mon côté, là, devant le feu.

Son rire l'avait reprise de plus belle.

— Comment s'appelle-t-il, le directeur de votre Collège de France ?

— L'administrateur du Collège de France?

M. Maurice Croiset.

— Ah !... Eh bien, je donnerais tout de suite unede mes bagues — n'importe laquelle, au choix, n'importe laquelle — pour voir la tête qu'il ferait, votre M. Maurice Croiset, s'il vous apercevait en ce moment. -

— Elle ne serait évidemment pas banale, murmurai-je rjîveusemenV u^~' - ' *

«Ho acriin ue uiuii a^ia, «mis, iju« je auia HLn*e, jycut-

êtreque, déjà:..

J'eus, un mouvement que je réprimai aussitôt, Sentant ce qu'un geste de protestation trop marqué eût, en pareille minute, contenu d'impertinent pour cette aimable femme en pyjamanoir.

Mais elle avait vu mon sursaut.

: — Je ne veux pas être indiscrète, dit-elle avec an sourire railleur.

Je parai en attaquant'.

— La comtesse de Kendale, à ce qu'on m'a dit, doit^pouser Lord ïteginald, fiB-je d'un-air innocent

Lady Flora haussa les épaules;

— Oh I Reginald n'est- pas jaloux, dit-elle.

Et elle eut le même rire qu'Antiope.

— Il est tellement au-dessus de ces choses, le 1 pauvre enfant 1 ... - .„..

Je la regardai, tandis qu'elle parlait avec une si tranquille désinvolture. Etait-ce dôno là la même femme qui, il y avait à peine une heure... Inconscience, hypocrisie, j'étais incapable de décider. Et je me pris à songer à la phrase d'un' illustre religieux qui avait exercé longtemps son ministère au Royaume-Uni. « J'ai confessé, me disait-il, des Irlandaises et des Anglaises. 0r, c'est un contraste frappant que celui qui existe, malgTé toutes lés apparences, entre la pudeur irlandaise et l'obscénité galloise. Et remarquez, ajoutait-il avec unsourire, que je ne puis vous parler que des galloises ■catholiques. »' ■ ■ -"

dluna 1 veilleuse rose- pâle; En môme temps, elle avait! sauté but ses .pieds avec une légèreté merveilleuse'. Maintenant, debout, la> tête renversée; les bras'en croix, elle s'étirait dans un mouvement de voluptueux abandon»

Elle bâilla;

— J'ai faim, 'dit-elle

Elle' jeta un regard sur la petite table dont j'ai parlé tout à l'heure, battit des mains.

— Ah! fitelle, un perdrsau, un foie Erras, des fruits. Gela peut aller.

Ayant aussi regardé la petite table, je m'aperçus que tout était organisé pour permettre à deux per 1 sonnes de prendre part au souper. J'en conçus une certaine humiliation t quant à l'intégrité de mon libre arbitre. Pas une fois, depuis mon arrivée, Lady Flora ne m'avait quitté pour donner un ordre. ' Il fallait donc admettre de sa part la plus complète ■

■ préméditation. Elle avait décidé que je souperais , avec elle, et, croyant lui imposer les miennes, je

■ n'avais fait qu'obéir à ses volontés. ■''■

— Après tout, me dis-je,. je suis bien sot d'essayer de compliquer sentimentalement une aussi

: aimable aventure. C'est avec cette manie de couper ; les cheveux en quatre qu'on arrive à s'empoisonner

la vie. Usor^s simplement de la minute qui passe, -

et celle-ei est à tous égards délicieuse; Sans plus tarder, j'essayai de traduire de façon

concrète ma résolution. Précisément, Lady Flora, '

jdebout, me tournant le dos, était en train de jdécouper le perdreau. Je la pris dans mes bras. >

Cooyk'

être que, déjà...

J'eus un mouvement que je réprimai aussi'.*', feentant ce qu'un geste de protestation trop marqu : eût, en pareille minute, contenu d'impertiner.: pour cette aimable femme en py.jama.noir.

Mai3 elle avait vu : mon sursaut.

: — Je ne veux pas être indiscrète, dit-elle àv« un sourire railleur.

Je parai en aUp.quant.

— La comtesse de Kendale, à ce qu'on m'a dii, ■doitépouser Lord Reginald.iiB* je d'un-air innocent

Lady Flora haussa les épaules.

— Oh I Reginald n ; est pas jaloux, dit-elle. Et elle eut le même rire qu'Antiope,

— Il est tellement au-dessus de ces choses, le pauvre enfant I ■■-■ -.-.„.-

Je la regardai, tandis qu'elle parlait avec une si tranquille désinvolture. Etait-ce donc là : la- même femme qui, il y avait à peine une heure;., Inconscience, hypocrisie, j'étais incapable de décider. Vt je me pris à songer à la phrase d'un illustre religieux qui avait exercé longtemps son-ministère au Royaume-Uni. « J'ai confessé, me disait-il, des Irlandaises et des Anglaises, ©r, c'est un contraste frappant que celui qui existe, malgré toutes lés apparences, entre la pudeur irlandaise et l'obscénité galloise. Et remarquez, ajoutait-il- avec un» sourire, que je ne puis vous parler que des paUoi«es , ■Catholiques. »' ""

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Cooyk'

ce rapport, on ne peut pas dire que la France soif trop à plaindre. Reprenez done du léovïlîe. Je regrette de n'avoir pas fait monter deux bouteilles de rœderer. Vous me dites que vous n'avez pas lu îes journaux d'aujourd'hui î Les nouvelles ne sont pas fameuses. Où est donc'le Times?... J'aurais voulu vous faire lire le communiqué de Verdun. Les Allemands ont pris pied dans le bois delà Caillette et fait prisonniers deux de vos régiments. A ce propos, pourquoi vos journaux ne publient-ils pas les communiqués allemands? C'est un peu ridicule. Les journaux anglais les 'donnent bien, eux. Vous ne dites rien. Etes-vous souffrant? * Je ne souffrais pas. Je venais simplement de m'assurer, par un mouvement un peu brusque du ocra» de la permanence de la paralysie laissée par le shrapnell de Guise. J'aurais été assez gêné, en ces minutes moelleuses, d'en constater la disparition. v Si mes scrupules patriotiques se trouvaient de ce fait en paix, je mentirais, toutefois, en affirmant' qu'il en était de même de certains autres. Sans «onnaître personnellement le professeur Ferdinand Gérard, j'étais forcé d'admettre que la méthode de travail que j'avais adoptée depuis mon arrivée à Kendale devait différer vraisemblable-

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i-pi.iisiuva.LLX, tus piua nitigii

hôtes. Aussi je ne prétends pas un instant esquiver, de la part de ceux qui liront ces lignes, le reproche d'immoralité. Je me borne à plaider les circonstances atténuantes, en raison de ma faiblesse, et surtout de ma sincérité.

Si puissants fussent-ils, — et je donne ma parole qu'ils l'étaient,. — on voit que les philtres de Lady Flora n'avaient pas complètement étouffé en moi la voix de la loi morale. Mais c'était d'une façon extrêmement affaiblie qu'elle me parvenait en cette minuta;, où, pelotonné dans ma robe de pourpre et d'or, le front posé sur les petits genoux de Lady Flora, je m'attendais, d'un instant à l'autre, à entendre le coq chanter.

. Lady Flora était en train de peler une poire à l'aide d'un couteau de vermeil. J'eus soudain l'impression assez désagréable que j'allais avoir à sur- Teiller mes paroles.

— Vous plaisez-vous dans ce pays? demandât-elle négligemment.

— Je serais bien difficile si je ne m'y" plaisais pas, fépondis-je avec la plus parfaite hypocrisie.

Elle sourit.

r— J'entends, dit-elle, et c'est fort aimable à voua.

Cooyk'

— Pourquoi je reste ? Mais, par devoir,

— Par devoir ?

— Oui, à cause de la santé de Reginald. L'air de Londres ne lui vaut rien. Celui d'Ecosse est trop fort. En outre, vous avez, tout à l'heure, fait allusion à certain projet...

Elle s'interrompit à point pour poser "sur une assiette une moitié du fruit qu'elle venait de partager.

— Je ne vous étonnerai pas en vous disant que j'ai déjà en vous une grande, une très grande confiance. Permettez-moi de vous demander de me parler en véritable ami.

— Je vous en prie.

— Eh bien, il s'agit de ce mariage. Quel est votre avis?

— Mon avis? fls-je, abasourdi.'

— Il n'est naturellement pas question, contînua-t-elle, sur le ton le plus posé, des fortunes en présence. Rarement union aura été sous ce rapport mieux assortie.

— La différence d'âge, peut-être?

— Peuh ! fit Lady Flora. Antiope a dix ans de ■ plus que Reginald, c'est vrai. Mais elle est si jeune de caractère. Ce n'est pas cela. '■-.-■- ***

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— Je ne sais si je dois continuer, fit-elle. Encore une fois, j'ai peur d'être indiscrète.

— Vous avez acquis le droit de l'être, dis-ja galamment.

Ses paupières ne palpitèrent même pas.

— Je le serai donc, dit-elle. Mais, au préalable, il faut me jurer que vous n'avez pour la comtesse de Kendale d'autre sentiment que cette amitié d'enfance dont elle m'a elle-même parlé. S'il en était différemment, j'aurais trop peur de vous causer de la peine, et je me tairais.

— Que voulez-vous dire î

— Une mère a des devoirs, continua-t-elle gravement. Si désireuse que je puisse être de voir mon fils épouser Antiope, je m'en voudrais toute ma vie d'avoir prêté la main à la réalisation de ce projet sans avoir fait au préalable le nécessaire pous constater l'inanité de certains bruits.

— A quels bruits faites-vous allusion?

— Oh 1 je le reconnais, des choses bien indignes. Mais, encore une fois, je dois en avoir le cœur net. Vous êtes mon ami. Je me suis trop avancée maintenant pour me taire. Dites-moi, le cœur d'Antiope, ie croyez-vous libre ? Que pensez-vous d'elle ?

— Je crois la comtesse de Kendale occupée uniquement de son pays.

— Quel pays ?

— Mais... l'Irlande.

Lady Flora éclata de rire..

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il s'agit une importance exagérée. Et puis, Antiope est libre...

— Encore une fois, à quels bruits failes-vous allusion ?

— Dea racontars, ditLady Flora, j'en jurerais... Depuis combien de temps êtes-vous à Keodale?

— Je suis arrivé le 24 mars, et nous sommes le 6 avril.

— Douze jours seulement, fit-elle. Mon Dieu, il me semble que je vous connais depuis si Jongtemps.

« C'est fort aimable, pensai-je. Mais a quoi tout oela va-t-il nous mener ? »

— En douze jours, vous avez tout de même eu le temps de vous familiariser avec les aîtres de Kendale. Vous connaissez la disposition de la chambre d'Antiope î

" — Oui, pour y être entré une fois, le lendemain de mon arrivée.

' — Cette chambre est au premier éta^e, à l'angle du château. L'une des deux fenêtres donne sur la mer, l'autre sur le parc.

— J'ai remarqué ces détails.

— Vous savez que le château est bâti à flanc de rocher. De sorte que la fenêtre du parc est dominée

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— Bien, fit-elle, alors, vous allez comprendra & merveille. Mais que je ne voie pas dans vos regards la moindre nuance de désapprobation — Je m'arrêterais à l'instant même.

— Continuez, je vous en prie.

— Il y a trois mois de cela, — ou quatre,"^ j'avais à mon service un palefrenier. Jim était son prénom. Or, Jim avait conçu un sentiment 1res doux pour la femme de chambre de la comtesse de Kendale.

— Jenny î —

— Non, Jenny est venue depuis. Celle de Jim s'appelait Jane, je crois. Peu importe., ~~

— Peu importe.

— Bref, le soir, son service terminé, Jim courait vers Kendale pour essayer d'y retrouver Jane. Un 6oir, elle n'était pas au rendez-vous. La chambre de la comtesse était éclairée. Jim eut l'idée bien naturelle d'escalader la roche, pensant qua Jane était retenue par. sa maîtresse, et désireux de guetter l'instant où celle-ci lui rendrait sa liberté. Or, Jim n'aperçut pas Jane. Mais en revanche».

— Mais en revanche 7

— Ahl ditLady Flora. Non. N'attendez pas de moi que je commette la mauvaise action de vous dire le nom de celui qui était, à cette heure tardive, avec Antiope. Quelle idée vous feriez-vous de moi ? Le nom de cet homme n'a rien à voir avec la chose.

Cooyk'

mant accent de regret.

Je'me levai un peu nerveusement.

— Il faut que je vous quitte.

Elle ne fit que fort peu de chose pour me retenir.

— Mon Dieu, que je suis désolée de vous confraindre à faire ainsi une lieue dans la nuit !

Elle avait ouvert la fenêtre.

— Heureusement, il ne pleut pas.

Elle était revenue vers moi, avait posé ses mains sur mes épaules. Je n'avais qu'à avancer la tête pour avoir contre mes lèvres ses cheveux blonds.

— Vous ne m'en voulez pas ?

— Vous en vouloir ! Pourquoi ?

— Si vous aviez, dit-elle, éprouvé pour Antiope ■n sentiment autre que de l'amitié, je ne me serais

Cooyk'

pensée : mettre le minimum de ridicule à troquer contre mes vêtements la splendide robe de pourpre et d'or. Il faut rendre justice au tact merveilleux avec lequel Lady Flora me mit à même de m'acquitter de ces médiocres formalités.

i Le long des massifs obscurs, par les allées sur le sable desquelles s'égouttaient les larmes de la dernière pluie, Lady Flora me reconduisit jusqu'à la grille du parc.

; L'ayant franchie, je me mis à marcher très vite sur la route. Bientôt je fus obligé de ralentir mon allure. Les ténèbres semblaient devenir plus épaisses, ainsi qu'il arrive à l'heure qui précède immédiatement l'aube.

Je reconnus l'endroit où, la semaine précédente, j'avais été présenté à Lord Keginald. J'évoquai la silhouette du charmant ami du colonel Hartfield, et, à travers elle, celle de sa mère. Quelle curieuse aventure ! Je songeai au grand homme de la famille, à ce Lord Francis Somerville, tour à tour collaborateur et rival de Pitt, signataire de la paix d'Amiens, et avec qui, sous les ombrages de Saint- ■Cloud, Joséphine aimait à parler des mers des Antilles, sur lesquelles il avait jadis, jeune amiral, iait tournoyer ses boulets rames contre nos vaisseaux. Sa très authentique petite-fille, je venais de

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aurait uu me naiier uavaniage... jmi toiai, ti ne m'en restait que malaise et 'sentiment -d'avoir trempé plus ou moins consciemment dans uae assez vilaine petite machination.

J'atteignis la route de Tralee.!Le<;iel était devenu d'un brun vineux. II n'y brillait ploie -aucune ■étoile. Le murmure -du vent froid «t celui 'de la mer ie confondaient.

La route ayant tourné, j'aperçus, à environ cent mètres devant moi, une lumière.

Ce n'était ni la lampe attardée d'une maison, car cette lumière se mouvait, nj la lanterne d'une voiture, car j'aurais entendu le bruit des roues on ke sabots du cheval... Un cycliste, peut-être...

— Qui va là î

3e ne répondis pas à cette sommation. Dire monf nom eût été ridicule ; je continuai à avancer.

Bientôt, j'eus sous le nez la lanterne. Derrière elle, cinq ou six ombres se pressaient. -

. — Qui êtas-vous?

— Château de Kendale, répondis-je. ■

Cette réponse n'eût pas été faite pour aplanir les difficultés, si j'étais tombé sur un détachement de la Royal Irish Constabulary. Mais enfin, il fallait bien dire quelque chose. Le ton impératif du commandement l'exigeait.

U se trouva que ma réponse était la bonne.

La lanterne s'abaissa. Les ombres s'écartèrent.

J'avais devant moi une silhouette mince, «elle d'un homme très jeune, avec une petite voix tlûtée.

— Lieutenant Fitzgerald, des Volontaires de Tralee. ■ "■'

Cooyk'

Tralee qui fait une marche de nuit et va procéder tout à l'heure à des exercices de tir.

11 fit signe a une des ombres qui nous «ntou-> raient,

— Conduisez monsieur au commandant.

- Il me salua.

— Ëxcusez-moi de ne pas vous accompagner moi-même. Kous procédons à des exercices de fiant quenaentet de protection d'une colonne en marche. C'est pour cela que vous avez été interpellé. Je suis chargé de l'arrièro-garde. Encore une fois, excusez-moi.

A tâtons, je suivis mon conducteur vers l'avant de la colonne. Celle-ci avait fait halte dans une partie encaissée de la route. A ma droite, le long du talus, je voyais les hommes accolés contre la muraille terreuse, s'appuyant au canon de leur fusil comme sur une canne. Pas de faisceaux, d'équipements ou d'armes.

Nous atteignîmes la tête de la colonne.

— Voici le commandant, murmura mon guide. Un homme aux épaules massives nous regardait

venir. Mains derrière le dos, il était debout au milieu de la route.

— Monsieur Gérard 1

JevtrôSsailKs, moins pour avoir été reconnu, que pour avoir moi-même reconnu fa voix de M. Ralph.

J'avais totalement oublié qu'il possédait un grade élevé dans l'armée révolutionnaire.

— En quoi, monsieur, puis-je vous être dô quelque utilité f

Jigifcoday GôOgle

e j arrivai», ai j avais pu une minute penser rentrer au château inaperçu, mon espoir était à vau-l'eau.

II faisait maintenant à peu près jour. Des flaques de pluie, sur ia route, brillaient. Un vol de canards sauvages passa, très bas.

M. Ralph me fit signe de le suivre.

Nous quittâmes la route pour grimper dans le (Champ qui la dominait de deux ou trois mètres.

— Lieutenant Davis, ordonna-t-il, vous prendrez à ma place la tête de la colonne.

M. Ralph porta un sifflet l à ses lèvres. Un premier coup. Le murmure des voix bourdonnantes fie tut.

Un second coup, et ce fut le piétinement de la colonne qui se mettait en marche.

Les volontaires défilèrent devant nous. Et c'était

Cooyk'

tout gris-vert. Certains soldats étaient coiffés du feutre- australien, d'autres de la casquette anglaise. Mais il y avait des volontaires qui n'avaient pas d'uniforme du tout. On aurait dit d'honnêtes chasseurs de grives, s'ils n'avaient pas eu en bandou* lière le rifle de guerre et à la ceinture la baïonnette.

— Beaucoup, dit M. Ralph, sont d'anciens combattants réformés ou démobilisés. Ceux-là se sont arrangés pour conserver leurs uniformes.

— Et les autres ? demandai-je.

— Leurs femmes ou leurs mères leur ont taillé leur habillement. Ils se sont équipés tout seuls.

— A leurs frais ?

— A leurs frais.

Je regardai les hommes qui défilaient devant nous. Ils étaient presque tous très jeunes. Je sentis qu'il n'y avait guère de paysans parmi eux. La. plupart donnaient l'impression de petits bourgeois, commis de banques, clercs de solicitors, employés de grands magasins. Beaucoup avaient des lunettes. Il y avait dans ces regards de myopesune expression de ténacité et de volonté qu'on ne pouvait plus oublier. Ah ! dix fois, cent fois avoir à affronter une brute de métier plutôt que l'un de ces jeunes gens pales I

Sur l'heure, les projets exposés un mois auparavant par M. Térence cessèrent de me paraître aussi présomptueux.,

Cookie

à me parler à la troisième personne.

— Je suis à votre disposition, répéta-t-il.

' Derrière M. Ralph, le ciel se faisait grisâtre. Le vent se calmait. Peu à peu, le jour naissait.

— Je suis à votre disposition, répéta le gérant.

— Je me suis souvenu, dis-je d'un ton dégagé, vous avoir entendu dire que les volontaires quitteraient Tralee ce matin a quatre heures et viendraient manœuvrer du côté d'Ardfert. J'ai désiré assister à ces exercices.

— Je vous remercie de cet intérêt, dit-il.

Il me sembla démêler de l'ironie dans sa voix. Il m'avait vu venir, et savait bien que ce n'était pas du côté de Kendale que j'arrivais. Si j'avais pu une minute penser rentrer au château inaperçu, mon espoir était à vau-l'eau.

Il faisait maintenant à peu près jour. Des Saques de pluie, sur la rouie, brillaient. Un vol de canards sauvages passa, très bas.

M. Ralph me fit signe de le suivre.

Nous quittâmes la route pour grimper dans le champ qui la dominait de deux ou trois mètres.

— Lieutenant Davis, ordonna-t-il, vous prendrez à ma place la tête de la colonne.

M. Ralph porta un sifflet 'à ses lèvres. Un premier coup. Le murmure des voix bourdonnantes se tut.

Un second coup, et ce fut le piétinement de la colonne qui se mettait en marche.

Les volontaires défilèrent devant nous. Et c'était

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la vareuse, des culottes à bande3 molletières, le tout gris-vert. Certains soldats étaient coiffés du feutre- australien, d'autres de la casquette anglaise. Mais il y avait des volontaires qui n'avaient pas. d'uniforme du tout. On aurait dit d'honnêtes chasseurs de grives, s'ils n'avaient pas eu en bandou-* lière le rifle de guerre et à la ceinture la baïonnette. ■ — Beaucoup, dit M. Ralph, sont d'anciens combattants réformés ou démobilisés. Ceux-là se sont arrangés pour conserver leurs uniformes.

— Et les autres î demandai-je.

— Leurs femmes ou leurs mères leur ont taillé leur habillement. Us se sont équipés tout seuls.

— A leurs frais ?

— A leurs frais.

Je regardai les hommes qui défilaient devant nous. Ils étaient presque tous très jeunes. Je sentis qu'il n'y avait guère de paysans parmi eux. La. plupart donnaient l'impression de petits bourgeois, commis de banques, clercs de solicilors, employés de grands magasins. Beaucoup avaient des lunettes. Il y avait dans ces regards de myopes une expression de ténacité et de volonté qu'on ne pouvait plus oublier. Ah I dix fois, cent fois avoir à affronter une brute de métier plutôt que l'un de ces jeunes gens pâles 1

Sur l'heure, les projets exposés un mois auparavant par M. Térence cessèrent de me paraître aussi présomptueux.

Cooyk'

Dublin, à College-Green. Quinze cents volontaires, monsieur le professeur, ont défilé devant leur chef, votre collègue Eoin Mac Neill. La circulation, des tramways a dû être arrêtée pendant une heure et demie. La police anglaisa, bouche bée, regardait.,.

— Et les armes 1 fis-je. Comment parvenez-vous à vous les procurer?

Il me regarda ironiquement.

— Vous êtes inquiet, monsieur le professeur.

Les armes ? Elles arrivent par les. yachts privés, par les paquebots, dans les valises des voyageurs... .Tenez, voyez ce fusil-là.

Nous avions repris notre marche à la queue de la colonne. Ralph fit signe à un volontaire. Il lui prit son fusil, me le tendit.

— Regardez, monsieur le professeur, c'est un fusil de guerre anglais. Inutile de demander à ?on propriétaire comment il se l'est procuré. Il l'a, c'estl'essentiel.

Il rendit le fusil, et me dit avec un sourire :

— Si vous avez la pensée de trouver des modèles allemands, ce n'est pas ici qu'il faut vous adresser.

! C'est plus haut, en Ulster. En 1914, trois mois ; avant la guerre, sir Edward Carson, aujourd'hui , ministre dans le cabinet de guerre britannique, a. sollicité contre nous l'aide d' « un puissant

Non, monsieur le professeur, si voua désirez trouver des Mattaer T ce n'est pas ici qu'il faut chercher.

M. Balph resta un instant songeur.. Puis il ajouta avec une nuance d'amertume i

— IL y a un siècle, pourtant, noua avons accueilli (les armes étrangères. C'était Hoche qui nous les apportait, et c'étaient des fusils français.

Couché à huit heures, je fus réveillé par William 1 à onze heures. J'arrivai en retard au déjeuner qui réunissait mes collègues de la commission de contrôle. J'étais épuisé de fatigue et d'énervement.

Au dessert, le professeur Henrjksen qui, depuis ■une semaine, s'était décidé à être des nôtres à table, prit la parole :

— Mes chers collègues, dit-il, je suis heureux 'de pouvoir vous communiquer les premiers résultats de l'enquête que j'ai entreprise, et à laquelle vous avez bien voulu vous intéresser.

Je le regardai avec étonnement. Il m'adressa un pourire aimable.

— Vous étiez absent, mon cher collègue. C'est au cours d'un des repas auxquels vous n'avez pas assisté que j'ai eu l'honneur de soumettre a

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mer volontaire lui passe, u ae peucna v«r& mut, et me dit avec orgueil :

— Le 17 mars dernier, pour la fête de saint Patrick, une revue a eu lieu en plein centre de

Dublin, à College-Green. Quinze cents volontaires, monsieur le professeur, ont défilé devant leur chef, votre collègue Eoin Mac Neill. La circulation, des tramways a dû être arrêtée pendant une heure et demie. La police anglaise, bouche bée, regardait,..

— Et les armes î fis-je. Gomment parvenez-vous à vous les procurer î

Il me regarda ironiquement.

— Vou3 êtes inquiet, monsieur le professeur.

Les armes? Elles arrivent par les yachts privés, par les paquebots, dans les valises des voyageurs... Tenez, voyez ce fusil-là.

Nous avions repris notre marche à la queue de la colonne. Ralph fit signe à un volontaire. Il lui prit son fusil, me le tendit.

— Regardez, monsieur le professeur, c'est un fusil de guerre anglais. Inutile de demander à ?on propriétaire comment il se l'est procuré. Il l'a, c'est l'essentiel.

. Il rendit le fusil, et me dit avec un sourire :

— Si vous avez la pensée de trouver des modèles allemands, ce n'est pas ici qu'il faut vous adresser. C'est plus haut, en Ulster. En 1914, trois mois avant la guerre, sir Edward Carson, aujourd'hui ministre dans le cabinet de guerre britannique, a sollicité contre nous l'aide d' « un puissant

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trouvée des- Mauser r ce n'est pa3 ici qu'il faut chercher.

M. Ralph resta un instant songeur.. Puis il ajouta avec une nuance d'amertume :

— Il y a un siècle, pourtant, nous avons accueilli 'des armes étrangères. C'était Hoche qui nous les apportait, et c'étaient des fusils français.

Couché à huit heures, je fu3 réveillé par William' à onze heures. J'arrivai en retard au déjeuner qui réunissait mes collègues de la commission de contrôle. J'étais épuisé de fatigue et d'énervement.

Au dessert, le professeur Hencjksen qui, depuis une semaine, s'était décidé à être des nôtres à table, prit la parole :

— Mes chers collègues, dit-il, je suis heureux de pouvoir vous communiquer les premiers résultats de l'enquête que j'ai entreprise, et à laquelle vous avez bien voulu vous intéresser.

Je le regardai avec étonnemertt. Il m'adressa un pourtre aimable. ■

— Vous étiez absent, mon cher collègue. C'est au cours d'un des repas auxquels vous n'avez pas assisté que j'ai eu l'honneur de soumettre a

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a me paner a la troisième personne.

— Je suis à votre disposition, répéta-t-il.

■ Derrière M. Ralph, le ciel se faisait grisâtre. Le vent se calmait. Peu à peu, le jour naissait.

— Je suis à votre disposition, répéta le gérant.

— Je me suis souvenu, dis-je d'un ton dégagé, vous avoir entendu dire que les volontaires quitteraient Tralee ce matin a quatre heures et viendraient manœuvrer du côté d'Ardfert. J'ai désiré assister à ces exercices.

— Je vous remercie de cet intérêt, dit-il.

Il me sembla démêler de l'ironie dans sa voix. Il m'avait vu venir, et savait bien que ce n'était pas du côté de Kendale que j'arrivais. Si j'avais pu une minute penser rentrer au château inaperçu, mon espoir était à vau-l'eau.

Il faisait maintenant à peu près jour. Des flaques de pluie, sur la route, brillaient. Un vol de canards sauvages passa, très bas.

M. Ralph me fit signe de le suivre.

Nous quittâmes la route pour grimper dans le champ qui la dominait de deux ou trois mètre3.

— Lieutenant Davis, ordonna-t-il, vous prendrez à ma place la tête de la colonne.

M. Ralph porta un sifflet'à ses lèvres. Un premier coup. Le murmure des voix bourdonnantes se tut.

Un second coup, et ce fut le piétinement de la (Colonne qui se mettait en marche.

Les volontaires défilèrent devant nous. Et c'était

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unifié. D'une façon générale, il était composé de la vareuse, des culottes à bandes molletières, le tout gris-vert. Certains soldats étaient coiffés du feutre- australien, d'autres de la casquette anglaise. Mais il y avait des volontaires qui n'avaient pas d'uniforme du tout. On aurait dit d'honnète3 chasseurs de grives, s'ils n'avaient pas eu en bandoulière le rifle de guerre et à la ceinture la baïonnette.

— Beaucoup, dit M. Ralph, sont d'anciens combattants réformés ou démobilisés. Ceux-là se sont arrangés pour conserver leurs uniformes.

— Et les autres? demandai-je.

— Leurs femmes ou leurs mères leur ont taillé leur habillement. Ils se sont équipés tout seuls.

— A leurs frais ?

— A leurs frais.

Je regardai les hommes qui défilaient devant nous. Ils étaient presque tous très jeunes. Je sentis qu'il n'y avait guère de paysans parmi eux. La. plupart donnaient l'impression de petits bourgeois, commis de banques, clercs de solicitors, employés de grands magasins. Beaucoup avaient des lunettes. II y avait dans ces regards de myopesune expression de ténacité et de volonté qu'on ne pouvait plus oublier. Ah ! dix fois, cent fois avoir à affronter une brute de métier plutôt que l'un de ces jeunes gens pâles !

Sur l'heure, les projets exposés un mois auparavant par M. Térence cessèrent de me paraître aussi présomptueux..

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— Vous êtes inquiet, monsieur le professeur.

Les armes? Elles arrivent par les yachts privés, par les paquebots, dans les valises des voyageurs... .Tenez, voyez ce fusil-là.

Nous avions repris notre marche à. la queue de la colonne. Ralph fit signe à un volontaire. Il lui prit son fusil, me le tendit.

— Regardez, monsieur le professeur, c'est un fusil de guerre anglais. Inutile de demander à son propriétaire comment il se l'est procuré. Il l'a, c'est l'essentiel.

Il rendit le fusil, et me dit avec un sourire :

— Si vous avez la pensée de trouver des modèles allemands, ce n'est pas ici qu'il faut vous adresser.

: C'est plus haut, en TJIster. En 1914, trois mois avant la guerre, sir Edward Carson, aujourd'hui , ministre dans le cahinet de guerre britannique, : a sollicité contre nous l'aide d' « un puissant

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Couché à huit heures, Je fus réveillé par William' à onze heures. J'arrivai en retard au déjeuner qui réunissait mes collègues de la commission decontrôle. J'étais épuisé de fatigue et d'énervement.

Au dessert, le professeur Henmksen qui, depuis use- semaine, s'était décidé a être des- nôtres à table, prit la parole :

— Mes chers collègues, dit-il, je sais heureux 'de pouvoir vous communiquer les premiers résultats de l'enquête que j'ai entreprise, et à laquelle vous avez bien voulu voua intéresser.

Je le regardai avec étonnement. Il m'adressa un pourtre aimable.

— Voua étiez absent, mon cher collègue. Cest au cours d'un des repas auxquels vous n'avez pas

que j'ai eu l'honneur de soumettre à

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Je jetai un coup d'œil effaré sur mes compagnons Le D r Grutli sirotait posément son whisky. Les yeux bleus du colonel Harvey étaient sans expression. Le baron Idzumi avait croisé sur la table ses petites mains fripées et les considérait avec application.

— Méthode, maintenant, poursuivit le professeur Henriksen ; les tables tournantes, naturellement. C'est un procédé qui a fait ses preuves, et que préconisent les meilleurs esprits. Victor Hugo, dans son William Shakespeare, première partie, livre II, a fait justice des imbéciles qui en raillent l'emploi. « Parlons net, a-t-il dit en excellents termes, cette raillerie est sans portée. -Les résultats que je viens vous soumettre, messieurs, sont la justification éclatante de la thèse soutenue par. l'illustre sénateur français.

Il avait exhibé un portefeuille usagé, et était en

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par interroger l'esprit de M. Gladstone et celui de M. Parnell. Ainsi que je m'y attendais, ils se sont récusés. Vous comprenez, ces messieurs sont parties au procès. Leur refus était parfaitement correct. Je n'ai pas insisté... Immédiatement, j'ai passé à l'Italie. Une consultation de M. Grispi s'imposait. Réponse nettement défavorable à l'Irlande. M. Grispi a même bien voulu profiter de . l'occasion pour fixer un point d'histoire en me faisant connaître qu'il était au nombre des conjurés qui, le 14 janvier 1858, jetèrent, à l'instigation d'Orsini, des bombes sur l'empereur Napoléon III. Il estime néanmoins qu'aujourd'hui de tels procédés ne sont plus de saison.

— C'est, dit le D F Grutli, la condamnation du système irlandais dit de la force physique. -■•*■

— Parfaitement, approuva le professeur Henriksen. Ensuite, — ceci, monsieur Gérard, vous intéresse particulièrement, — je suis passé à la France. L'homme le plus représentatif de la politique française en ces cinquante dernières années m'a paru être M. Gambetta. Voici la réponse qu'il a bien voulu me faire.

A la ronde, il fit circuler une feuille de papier, sur laquelle je lus cette phrase sibylline :

E altrettanto legittimo di vedere l'isola ove rirttuona VEekia bramare la libertà quanto scorgere Vaquila che vola verso il sole, la poœna verso la tomba, la rondine verso la ■primavera et la preghiera mnalzarse verso il cielo.

Cooyk'

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— Cela, fit le colonel Harvey, d'un ton navré, me rappelle que le sénateur Barkhilpedro n'est pas encore parmi nous. Je commence à craindre qu'il ne lui soit arrivé quelque chose...

■ Successivement, je dus écouter les réponses de MM. Mac Kinley, Slamboulov et du comte Jules Andrassy. J'avais les poings crispés d'énervement quand je regagnai ma chambre.

J'y trouvai une lettre d'Antiope, avec qui j'avais projeté d'aller visiter dans l'après-midi les ruines d'Ardfert. Elle me disait très brièvement avoir oublié la veille, quand nous avions formé ce projet, que le lendemain était un dimanche, et qu'elle avait à assister aux offices. Sa lettre se terminait ainsi :

A vendredi donc. Je n'ai certainement pas besoin de vous rappeler que nous devons nous retrouver ce jour-là chez notre amie Lady Flora, où nous sommes tous deux invités à diner.

Le commandant des volontaires de Tralea, à n'en pas douter, avait déjà fait son rapport.

Vêtue d'une tunique de velours bleu de roi, sous laquelle on pouvait à loisir la deviner toute, jamais encore Lady Flora ne m'était apparue plus belle que ce soir, ni — pour employer un qualificatif peu sympathique, mais qui dit bien ce qu'il veut dire — fclus désirable. Les yeux du jeune Reginald lui-même, on les voyait se détourner, s'il£

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Je jetai un coup d'œil effaré sur mes eempa-

gnons. Le D r Griïtli sirotait posément son whisky. Les yeux bleus du colonel Harvey étaient sans expression. Le baron Idzumi avait croisé sur la table ses petites mains fripées et les considérait avec application.

— Méthode, maintenant, poursuivit le professeur Henriksen ; les tables tournantes, naturellement. C'est un procédé qui a fait ses preuves, et que préconisent les meilleurs esprits. Victor Hugo, dans son William Shakespeare, première partie, livre II, a fait justice des imbéciles qui en raillent l'emploi. « Parlons net, a-t-il dit en excellents termes, cette raillerie est sans portée. » Les résultats que je viens vous soumettre, messieurs, sont la justification éclatante de la thèse soutenue par; l'illustre sénateur français.

Il avait exhibé un portefeuille usagé, et était en

d'Orsini, des bombes sur l'empereur Napoléon III. Il estime néanmoins qu'aujourd'hui de tels procédés ne sont plus de saison.

— C'est, dit le D r Grïitli, la condamnation du système irlandais dit de la force physique.

— Parfaitement, approuva le professeur Henriksen. Ensuite, — ceci, monsieur Gérard, vous intéresse particulièrement, — je suis passé à la France. L'homme le plus représentatif de la politique française en ces cinquante dernières années m'a paru être M. Gambetta, Voici la réponse qu'il a bien voulu me faire.

A la ronde, il fit circuler une feuille de papier, sur laquelle je lus cette phrase sibylline :

E altrettanto legitlimo di vedere l'isola Qve rintuona VBekla bramare la libertà quanto scorgere Vaquila che vola verso il sole, la poana verso la tomba, la rondine verso la primavera et la -preghiera mnalzarse verso il cielo.

Je jetai un coup d'œil effaré sur mes compagnons. Le D r Grutli sirotait posément son whisky. Les yeux bleus du colonel Harvey étaient sans expression. Le baron Idzumi avait croisé sur la table ses petites mains fripées et les considérait avec application.

— Méthode, maintenant, poursuivit le professeur Henriksen ; les tables tournantes, naturellement. C'est un procédé qui a fait ses preuves, et que préconisent les meilleurs esprits. Victor Hugo, dans son William Shakespeare, première partie, livre II, a fait justice des imbéciles qui en raillent l'emploi. « Parlons net, a-t-il dit en excellents termes, cette raillerie est sans portée. » Les résultats que je viens vous soumettre, messieurs, sont la justification éclatante de la thèse soutenue par, l'illustre sénateur français.

Il avait exhibé un portefeuille usagé, et était en

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— C'est, dit le W Griitli, la condamnation du système irlandais dit de la force physique.

— Parfaitement, approuva le professeur Henriksen. Ensuite, — ceci, monsieur Gérard, vous intéresse particulièrement, — je suis passé à la France. L'homme le plus représentatif de la politique française en ces cinquante dernières années m'a paru être M. Gambetta. Voici la réponse qu'il a bien voulu me faire.

A la ronde, il fit circuler une feuille de papier, ' sur laquelle je lus cette phrase sibylline :

E allrettanto tegittimo di vedere Fisola ove rintuona VUekla bramare la liberté quanto scorgere l'aquila che vola verso il sole, la poana verso la tomba, la rondine verso la prirnavera et la preghiera innalzarse verso il cielo.

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projeté d'aller visiter dans l'après-midi les ruines d'Ardfert. Elle me disait très brièvement avoir oublié la veille, quand nous avions formé ce projet, que le lendemain était un dimanche, et qu'elle avait à assister aux offices. Sa lettre se terminait ainsi :

A vendredi donc. Je n'ai certainement pas besoin de vous rappeler que nous devons nous retrouver ce jour-là chez notre amie Lady Flora, où nous gammes tous deux invités à dîner.

Le commandant des volontaires de Tralee, à n'en pas douter, avait déjà fait son rapport.

Vêtue d'une tunique de velours bleu de roi, sous laquelle on pouvait à loisir la deviner toute, jamais encore Lady Flora ne m'était apparue plus belle que ce soir, ni — pour employer un qualificatif peu sympathique, mais qui dit bien ce qu'il veut dire — plus désirable. Les yeux du jeune Reginald lui-même, on les voyait se détourner, s'iW

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— Mais je ne puis m'empêcher d'aller voir jouer Sibyl Vane même pour un seul acte. J'ai faim de sa présence; et quand je songe à Vâme merveilleuse qui se cache dans ce petit corps d'ivoire, je suis rempli d'angoisse t

-, — Vous pouvez dîner avec moi ce soir, Dorian, n'est-ce pas ? ■ ■ " Il secoua la tête,

— Ce soir elle est Imogène, répondit-il, et demain elle sera Juliette. ■-■■■ v-

\ — Quand est-elle Sibyl Vane ?

: — Jamais. ■>

Reginald s'arrêta. La comtesse de Kendale venail 'de se lever brusquement. ., ■ ...

— Antiope, qu'y a-t-il? '-'«-'.

— Qu'avez-vous, chérie? fit Lady Flora. ■-

— J'étouffe, dit-elle, portant la main à son cœur.

— Les fenêtres sont pourtant grandes ouvertes, dit Lady Flora, et, pour avril.,. .-,.

— Reginald, venez, dit Antiope, allons faire un tour dans le jardin. .,.:,--■■■ - ,i.>--.. .

Ils sortirent. Lady Flora continuait à fumer une cigarette. Nous restâmes ainsi cinq longues minutes sans parler. A la fin, avec un sourire attristé, elle ma ait : .-■■■■ — - ■-.-' " '--<

Cookie

i — Ouï, qu'à vou3 regarder. Ce que j'ai eu le grand tort de vous confier l'autre eoir, vous avez cédé à la tentation, vous avez fait la folie de le vérifier... Vous avez gravi la roche. .-.,■■■ .-, — Madame! fls-je avec violence.

Ses yeux s'emplirent d'une surprise joyeuse.

; — Non, dit-elle, réellement, vous n'avez pas fait cela? Ah 1 quel poids vous m'ôtez du cœur. Alor», il faut me promettre, et tout de suite, de ne pas essayer, de ne pas chercher.. .

'■■ Au même instant, Antiope et Reginald rentrèrent. ■>' '"'

'a — J'ai dû prendre froid, dit la jeune femme en souriant. Ce ne sera rien. Mais la voiture qui vient nous chercher est là, et je vais vous demander, ma chérie, l'autorisation de me retirer.

.. — Il n'est que neuf heures, dit Lady Flora. :- — Je resterai davantage la prochaine fois. - „ — Je l'espère bien, fit Reginald. Nous sommas aujourd'hui le 14 avril. La prochaine fois, rap* pelez-vous, c'est le dimanche de Pâques, 23 avril. Nous devons, pour fêter votre anniversaire, danser toute la nuit. Et, au matin, nous vous laisserons toute latitude pour accomplir la prophétie du. Doaegal.

:■.'-■ — Je ne l'ai pas oublié, dît-elle, souriant toujours.

rester à Clare.

— Madame, lui dis-je gravement, croyez-vous qu'il soit très charitable de me parler do la sorte t

— Pardonnez-moi, dit-elle doucement.

Et elle me tendit la main.

Cette main, je la conservai dans les miennes ' durant tout le trajet. Elle ne chercha pas à me la retirer. Je sentais la comtesse de Kendale triste, irrémédiablement triste. Et je ne comprenais pa3 ; qu'il eût mille fois mieux valu lui demander les* causes de cette tristesse que de chercher à- lespercer par mes propres moyens.

Dans le vestibule du château, elle me quitta.

— Merci, murmura-t-elle hâtivement. Venez mer voir demain ; venez... Cette promenade que nous avons remise Vautre jour, nous la ferons. A' huitt heures et demie, demain matin, je vous attends.

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cité allumée.

Ayant quitté le château, je descendis sur la plsge. La^ lune, presque en son plein, se levait 1 , énorme et rouge, sur la mer. Je voyais, larges rubans parallèles, lés vagues venir vers moi, s'approcher tout' près pour crouler, au dernier moment, avec un bruit d'avalanche... Pourquoi étais-J 6 venu là ? Je ne savais.

Comme je remontais vers le château, une demie» celle de dix heures, sonna.

Je suivis la grille du parc, vers la gauche. Cette grille venait se souder dans le rocher dont m'avait parlé fcady Flora, le rocher surplombant la fenêtre d'Antiope.

Ce rocher, dernier contrefort des collines au flanc desquelles était bâtie la demeure de Kcndale, était hérissé de robustes pins maritimes. Leursbrariches pendantes aidaient à le gravir. D'ailleurs un sentier, à l'usage des promeneurs du château, était ménagé dans la pierre.

J'atteignis bientôt une sorte de belvédère naturel.'

De ce belvédère, on voyait là chambre de la comtesse de Kendale, mais, comme il était à'psû près à son niveau, le regard n'y plongeait pas. L'espion de Lady Arbukle avait dû monter plus haut. C'est ce que je fis.

Je parvins enfin à une étroite marche de granit,

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Cooyk'

dites-vous des grandes dames irlandaises ? Ah I la mâtine !

— Qu'estrce que tous faites ici? dis-je avec emportement.

IL mit un doigt sur ses lèvres.

— Chutl plus bas, plus bas, fit-il, l'endroit est peu favorable aux explications.

L'un après l'autre, il se tâtait les membres. < — Je suis moulu, ma parole!

— Je vous demande ce que vous faites à cette heure, en cet endroit !

.— Je.pourrais vous répondre : et vous 7 Mais "encore une fois ce n'est pas un lieu pour éterniser une discussion.. Voulez-vous m'accorder, dans' votre appartement ou dans le mien, la faveur de dix minutes d'entretien?

— Je vous suis, dis-je.

. — Je vous en prie, monsieur le professeur," passez devant. Non, vraiment, je n'en ferai r|en... Après vous.

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— Ghutl plus bas, plus bas, fit-il, l'endroit est peu favorable aux explications.

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i— Je.pourrais vous répondre : et vous? Mais encore une fois ce n'est pas un lieu pour éterniser une discussion. Voulez-vous m'accorder, dans" votre appartement ou dans le mien, la faveur de dix minutes d'entretien ?

— Je vous suis, dis-je.

— je vous en prie, monsieur le professeur," passez devant. Non, vraiment, je n'en ferai r,ien... Après vous.

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