‹ La cheminée de 1748, vaudeville en un acteChapitre 4 sur 28 · DEUXIEME COUPLET · texte numérisé non relu

DEUXIEME COUPLET

Dans VOS amours cherchez-vous l'inconstance :

Lingère et modiste sont là.

Aimez-vous mieux la vertu, l'innocence?

( entre ses dents et à Thérèse. )

Faites un tour à l'Opéra.

(haut.)

Pour un gourmet^ ville charmante ;

Que de trésors s'offrent à nous!

Vive Paris! sans peine on y contente

Tous les désirs et tous les goûls.

{à Henriette.) Bonjour, chère amie, bonjour, bobone ; tu t'ennuyais déjà de ne pas me voir ? pauvre chat... Allons, Thérèse, débarrasse-moi; tu vois que je suis chargé comme un... malheureux... {lui donnant tout à mesure.) Le pâté, les asperges; ce jambon, qui est sous mon bras, un petit pot de beurre dans mon gilet, et un fromage raffiné dans mon chapeau. ( // s* essuie avec son mouchoir. )

HENRIETTE

Et pour qui donc tout cela , bon Dieu ?

RICHEPANSE

Pour nos amis , pour pendre la crémaillère. ^

HENRIETTE

Vous avez déjà du monde, comment, à peine installé?

RICHEPANSE

Raison de plus; un dîner ça vous établit solidement! et puis c'est une manière délicate de fêter l'anniversaire de notre mariage... {tendrement,) Hein! bobone, il y a trois ans... te souviens-tu?... Quel beau repas de noce!

HENRIETTE, souriant.

C'est aimable! il paraît que vous ne vous souvenez que de cela.

RICHEPANSE, riaut.

Ah! méchante I... je n'ai rien oublié, madame Richepanse, et vous verrez que l'anniversaire... Ah! ah! ah!... c'est pour plaisanter, tu sais que j'aime à rire. Ah! çà, Thérèse, j'espère que

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tu vas t'occupe? de notre dîner; je t'aiderai, j'irai goûter les sauces.

Air : f^erse, verse le vin de France.

Allons, qu'on ne s'amuse pas ; Je veux un splendlde repas.

Ah ! que la table offre d'appas!

V D'I'ennui qui doit suivre

Elle nous délivre , Honneur au boucher el gloire au boulanger! On dit qu'il faut manger pour vivre ; Quant à moi, je vis pour rcanger.

DEUXIÈME COUPLBT.

Quand c'est la diète qu'il m'enjoint, Au docteur je n'obéis point.

Et craignant que mon embonpoint Ne perde une livre, Gaîmenijemelivre A chaque goguette où l'on vient m'engagea. Plus tard je mangerai pour vivre, Aujourd'hui je vis pour manger.

THÉRÈSE

Dieu! que monsieur est drôle, quand il parle cuisine, ses yeux brillent comune des charbons.

RICHEPANSE

Que veux -tu? né au milieu des comestibles, je suis nourri de mon sujet. ( // se frappe le ventre. ) Sans compter que j'étais de toutes les Sociétés mangeantes, buvantes et chantantes: Momus, les Lapins, les Joyeux... Je faisais les refrains d'une manière effroyable !

Air : Dans la chambre où naquit Molière. J'ai fait plus d'un repas aimable A côté d'un joyeux Favarl ; Je me suis vu cent fois ù table Près d'un Piron ou d'un Panard.

Mais ne pouvant, comme poète, Au dîner fournir ma chanson, J'arrivais avec un dindon...

Et je n'étais pas le plus béte.

A propos, chère amie, crois-tu que tu te plairas dans la rue du Chemin-Vert?

HENRIETTE

Mais, oui, la maison paraît commode... un peu golhiquc ; celle cheminée, surtout.

THERESE

Et puis le quartier est un peu isolé; mais avec les Omnibus...

BtCHEPANSE.

Tais-toi donc , Thérèse, je ne te parle pas. (à Henriette. ) Ce que j'en aime, c'est qu'ici au moins on ne me relancera pas aussi souvent pour la garde nationale.

THÉRÈSE

Ah! monsieur, vous qui parlez toujours de dévouement...

RICHEPANSE

Tais -toi donc, Thérèse, on ne te parle pas. [à sa femme.) Certainement , j'aime à faire mon service; je me suis montré, mais les maris risquent beaucoup à être trop bons patriotes. Par exemple, vous ne savez pas un cancan?... Notre ancien bonnetier, qui commandait hier la patrouille de nuit, en passant devant sa porte il veut offrir un petit verre à ses hommes , il frappe pendant quarante-cinq minutes, et quand on lui ouvre... il s'aperçoit que sa femme est allé prendre l'air, à deux heures du matin... {Il rit.) Ah! ah! ah!... soyez donc bonnetier et ca- ,poral...

HENRIETTE

Vous riez de cela ?

RICHEPANSE

Pardi! ce pauvre bonnetier! je lui ai conseillé de se faire saint-simonien, puisqu'il a trouvé la femme libre!... Il ne lui manque plus que de déshériter ses enfans, pour donner sa fortune d^es fils... en Saint-Simon.

THÉRÈSE

Eh bien ! ça ne sortirait pas de la famille.

RICHEPANSE

Mais du tout, leurs fils ne sont pas leurs enfans... avec la communauté des femmes, comment voulez-vous qu'ils s'y reconnaissent? Ah ! ah! la communauté des femmes... J'ai envie de me faire saint-simonien, moi.

Air : En guerre, ces ciueniuies.

Les maîtres et les manœuvres Dans le partage ont des droits :

A chacun selon ses œuvres ; C'est très juste, je le crois.

Or, à chacun si l'on donne Suivant sa capacité, Ma part serait assez bonne D'après ma rotondité.

THÉRÈSE

Est^c'que vous croyez que ça prendra, not' maître, c'te religion?

RICHEPANSE

lis voudraient bien prendre , mais ils ne peuvent pas ; mais tais-toi donc, Thérèse, qui est-ce qui te parle?... A ta besogne.

Aie du Siège de Corinthe.

Vite à la cave!

Monte, pour ma santé,

De mon vieux Grave Qui me met en gaîté.

Femme, à ta gloire, Je veux, sans m'arrêter,

Chanter pour boire Et boire pour chanter.

ENSEMBLE

Vite à la cave, etc.

THÉRÈSE, en sortant.

Vite à la cave!

Montons, pour sa santé.

De ce vieux Grave Qui le met en gaîté,

( Elle emporte les provisions. )

SCKNE IV.

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