RICHEPANSE, HENRIETTE
HENRIETTE
Vous allez inviter votre monde, mon ami?
RICHEPANSE
Non, je suis fatigué... je vais y envoyer le père Polel. ( // s* étend dans un fauteuil.)
HENRIETTE, inquiète.
Comment, vous restez?
RICHEPANSE
Est-ce que je te gêne?
HENRIETTE
Sans doute, quand on a à ranger... vous voyez bien que rien n'est fini... les rideaux ne sont pas posés.
RICHEPANSB.
Je me ferai tout petit.
HENRIETTE, avec humcur .
C'est facile à dire... et puis, ne devez- vous pas aller chercher votre nièce i\ sa pension?
RICHFPANSE.
Aspasie?... du tout... elle ne sortira que le jour de son mariage. Ces petites fdles... ça leur donne des idées de dissipation, et puis, ça fait des maris coitime.., le bonnetier de tout à-l'heure. Du reste, nous signons ce soir les articles avec monsieur Camus.
HENRIETTE
Monsieur Camus!... l'être le plus ennuyeux! un petit apothicaire ?
RiCHEPA iSSE , se levant.
Madame, c'est un état qu'il ne faut pas mettrelrop bas; monsieur Camus est un homme qui me convient; sage, posé , toutà fait dans le juste milieu ; qui traite à merveille les embarras d'estomac, et qui a même servi avec éclat.
HENRIETTE
RICHEPANSE
Air de Tare une.
1 1 a sauvé naguère le royaume
Par des moyens adoutissans; Oubliez- vous qu'à la place Vendôme
Ses confrères ont, dans un temps,
Joué des rôles imporlans ?
Monsieur Camus, payant de sa personne, A, de ses mains, aspergé l'ennemi ; Et je suis fier d'un ami tel que lui
Quand je regarde la colonne.
HENRIETTE
II me senoble pourtant que mon frère Frédéric, que je vous ai proposé, convenait bien mieux à une jeune personne. RICHEPANSE, vivemetit.
• Votre frère, madame! ne m'en parlez pas, ne m'en parlez jamais; je lui al signifié de ne pas mettre les pieds chez moi.... Un homme dont les principes politiques ne. peuvent pas cadrer avec les miens.
HENRIETTE
Vous ne l'avez vu que le jour de notre mariage , puisqu'il est retourné à Marseille, où il était attaché à un journal.
RICHEPANSE
Et où il en a fait de belles ! toujours dans le mouvement... Et ce pamphlet pour lequel il est poursuivi; c'est bien fait! il faut espérer que quelques mois de prison le dégo,ûteront de la liberté.
HENRIETTE
Mais , quand vous le connaîtrez mieux...
Xa Cheminée. ^
VILLE DE BRUXELLES - STAD BRUSSEI Arcbives - Archief
niGHEPAlfSE.
Je ne veux pas le connaître; je ne veux pas vivre avec un cerveau brûlé, qui me ferait des révolutions au moment du dîner et troublerait toutes mes digestions... brisons là. HENRIETTE , avBc humeu7\
A la bonne heure, puisque vous avez juré de me contrarier en tout; mais vous pouvez vous vanter d'être le mari le plus insupportable...
&IGHEPAKSE.
Allons , allons , bobone , ne te fâche pas , et va surveiller le dîner.
HENRIETTE , à part.
11 ne s'en ira pas... ( haut et avec dépit. )
Air : f^audeville des Blouses.
Soil!... j'obéis ; mais Aielques friandises Compléteraient au mieux votre repas.
Grand connaisseur en fait de gourmandises, Si vous alliez les chercher de ce pas?
RICHEPANSE
C'est déjà fait. J'ai commandé, madame, Crème etplumkett pour la fin du dîner, (à part. )
C'est singulier comme ma chère femme Veut, aujourd'hui, m'envoyer promener.
ENSEMBLE
( à part. )
Elle paraît et pensive et rêveuse ;
A quel propos m'éloigner de ces lieux ?
Je ne suis point d'une humeur soupçonneuse;
Mais il est temps, je crois, d'ouvrir les yeux.
HENRIETTE , à part et avec dépit.
Ah! quel tourment!... je suis bien malheureuse! Tout semble, hélas! tourner contre mes vœux. Craignons encor son humeur soupçonneuse, Et cachons bien mon dépit à ses yeux.
( Elle sort. )