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CHAPITRE VIII

H. Un Adoubement i la fin du m* siècle.

onour doit querre li nouviaus adoubez' : tel est le texle que médite, depuis plusieurs jours, ce fils de baron dont nous avons longuement raconté l'enfance et la jeunesse. Il est vrai qu'il le inédite à sa façon, militairement et rondement; mais il y prête enfin toute l'attention dont est capable un jeune féodal de seize ans.

Même il a demandé à son père le sens précis du mot « honneur», et celui-ci lui a répondu que l'honneur consistait à bien se battre en se disant : « Advienne que pourra », et avec un peu de gloire par-dessus le marché. Ce ne sont pas les mots dont il s'est servi, et ils sont en effet trop modernes; mais c'est la moralité de son petit sermon.

1 t Le nouveau chevalier doit chercher honneur. » [Enfances Oyier, Ars. 5142, f* 83.)

Cependant le grand jour approche, le jour de l'adoubement. Pour cette solennité dont va dépendre toute sa vie, le jeune homme a eu à choisir entre les deux fêtes de l'Ascension et de la Pentecôte : « Quel jour mon père a-t-il été fait chevalier? — « Le jour de la Pentecôte. » Il n'hésite plus.

Plus tard, quand la chevalerie tournera au raffinement, les novices s'y prépareront par plusieurs jours de jeûne1; mais la vérité nous force à dire qu'au xne siècle nos barons étaient moins austères sans être moins religieux , et qu'ils se contentaient en général des jeûnes imposés par la tradition et la discipline.

Nous voici à la veille de la Pentecôte.

Cette vigile était presque aussi solennelle, dans la jeune société chrétienne, que la propre vigile de Pâques. On y baptisait des milliers de catéchumènes, et cette fonction liturgique était aussi étendue, aussi belle que celle de la nuit pascale. Demain, c'est demain qu'on célébrera la descente de l'Esprit; demain, c'est demain que du haut de la tribune de la cathédrale, les clercs feront tomber sur les fidèles une pluie de roses, destinées à figurer les langues de feu qui illuminèrent le Cénacle. 0 le beau jour!

Ce samedi-là, il y a au château une grande animation, qui se laisse aisément comprendre. Sur quelque meuble de la grand'salle ou de sa chambre, la mère du nouvel adoubé a disposé la chemise blanche qu'il doit revêtir le lendemain, les éperons d'or, la robe d'hermine'. C'est ainsi que de nos jours on étale presque triomphalement la toilette de la mariée, et il y a en effet plus d'une similitude entre le mariage et Yadoubement. Si quelque riche donateur a envoyé au futur chevalier quelque étoffe de prix, on la déplie, on la fait chatoyer au jour, on l'admire5. Mais quel est ce bruit que l'on entend à la grande porte? Non, ce n'est pas du bruit : c'est mieux. Il y a là tout un petit orchestre organisé, et ce sont les jongleurs qui viennent souhaiter la bienvenue au chevalier de demain*. Ils ne le quitteront plus, et s'attacheront à lui,

1 Sainte-Palaye, Mémoires, I, p. 69.= * Dame Alaïs corut aparillier — Chemise et braies et espérons d'or inior, — Et riche ermine de paile de quartier. (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, 149.) = 3 Witasses Ii cortois qui tant flst à proisier — S'en va à son ostel, n'a cure d'atargier. — La veïssiés cendax et pailes desploier. — A trente chevaliers fist li Rois dras taillier— Que il dona treslos por Witasse essaucliier. (Godefroi de Bouillon, v. 1542lo4G.) = «La peûssiés véoir... — llarpeors et Bretons, giges et chifonie, — Et conteors

escomptant par avance les beaux présents qu'il sera obligé de leur faire. Les voilà bon gré mal gré dans la salle, où ils jouent de la vielle, de la harpe, de la gige et de la chi fouie. On n'a pas le temps d'écouter encore leurs chansons ou leurs contes; mais on y viendra, et ils y comptent bien. Les pauvres ne s'oublient pas non plus, et ont raison : on leur fait largesse', et c'est une habitude qu'on a prise depuis plusieurs jours. Cependant les heures s'écoulent, et l'on peut se dire que la nuit va bientôt tomber. Qu'on se hâte : il est temps.

L'attention du lecteur doit ici se partager entre deux lieux bien différents : l'église d'une part, et le château de l'autre. Le jeune baron, d'après un usage qui commence à se répandre, aurait voulu faire bénir ses armes par la main d'un évoque; mais il veut, à défaut de cette bénédiction, faire donner à sa chère épée une consécration définitive et presque sacramentelle. Et voici qu'en ce moment son jeune frère est chargé par lui de porter ses armes sur l'autel du moutier voisin. Oui, c'est sur cet autel où descend Dieu, c'est là qu'on pose la lourde épée qui doit faire couler le sang. Elle y restera toute la nuit*.

Au château la scène est plus banale. Dans la grand'salle, d'où l'on a provisoirement éloigné les jongleurs, on dispose soudain une dizaine de cuves énormes*. Ce sont, à vrai dire, des baquets, de véritables baquets* que l'on remplit d'eau chaude'. Tel est le bain qui est rituellement destiné au futur chevalier et à ceux qui, en même temps que lui, recevront demain le sacrement de la chevalerie.

de sons et mainte joglerie. — Moult demainent grant joie en la sale polie, — Por l'amor de r Tallet, dusc' à la nuit série. (Ibid., v. 1570-1575.) Etc., etc. = ' Par trestotes les rues fis! li enfes huchier — Qu'il viegnent à sa cort qui or voira mengier. — Onques n'en ot la nuit à son ostel wissier. — Livroison fist as povres douer... (Ibid., v. 802-805.) = * Inotevit consuctudo solemnis, ut eo die quo quisque militari cingulo decoratur, gladioque tuper altare posilo et oblato, etc. (Jean de Salisbury, Policraticus, lib. VI, cap. x.) Les .iches armes portèrent au mostier. [Raoul de Cambrai, éd. Le Glay. p. 1-49.) Dans les Enance$ Guillaume (Bibl. nat., fr. 1418, I» 83, 8i) le héros du poème se refuse à se revèlir •le ses armes, avant de les avoir déposées sur l'autel de Saint-Denis. Etc. =s Soissants cuves ont fait d'eve emplir. — En l'une en entre li damoisiaus gentis — Et des vallée cascuns la soie prist. (Ogier, v. 7290-7298.) Les cuves font d'iave trestot emplir (Garins li Loheraint, II, 1 16). Un autre manuscrit nous donne : « Cinquante cuves ; » un autre : « Une grant cuve. » [Chevaliers] se font qui sont Daignez en cuves. (Ant. de la Salle, La Salade, œuvre du milieu du xv siècle, citée par Sain te-Palaye, Vêmoins, I, 1 1 8.) Etc. = * Sur la forme de ces baignoires, voir l'excellent Glossaire archéologique de Victor Gay, p. 103 et 101. = 5 On

L'heure de ce bain n'a pas toujours été la même. Certains le prenaient avant la Veillée des armes1, certains autres le lendemain matin8. Mais, quel que fût le moment, il avait le même caractère et, pour ainsi parler, la même physionomie. Singulier mélange de poésie et de prose, d'idéal et de réel. Il ne faut pencher, pour le bien juger, ni d'un côté, ni de l'autre. Je me persuade qu'à l'origine, comme je l'ai insinué plus haut, ce bain n'avait rien de symbolique, et qu'il convient de le considérer alors comme un acte d'hygiène3. La chose est d'autant plus probable qu'il est parfois accompagné d'une sorte de massage, auquel nos pères paraissent avoir attaché une certaine importance en d'autres circonstances, fort vulgaires, de leur vie de tous les jours*. Mais enfin le symbole n'a pas tardé à se greffer sur la réalité. C'est le cours ordinaire. Comme il est intelligent et a l'esprit ouvert, notre jeune baron n'a pas tardé à découvrir une véritable analogie entre ce bain et le baptême, entre la confirmation et la paumée. Les hommes d'Église l'ont aidé à aller un peu plus loin, et à la fin du xne siècle, ce symbolisme est définitivement constitué. On a renoncé au massage, qui ne se prêtait pas aisément au symbole, et qui paraissait décidément un peu barbare : « Ce bain, s'écrie l'enfant, est fait pour effacer toutes les vilenies de ma vie passée, et j'en vais sortir tout pur5. » En attendant, il s'y plonge avec plaisir, mais non sans

fait les cuves d'aïge caude raser (Anseïs de Carlhage, Bibl. nat., fr. 793, f 72 r", col. 2) . = " Wilasses li vaslés à la chère hardie — Baigïiiés s'est et lavés avec sa compagnie... — La nuit veille li cnfes. (Enfances Godefroi, éd. Ilippeau, v. 1547, 1549, 1570.) Aultres [chevaliers] se font qui sont baignez en cuves, reveslus de neuf, et celle nuit vont veiller à l'église. (Ant. de la Salle, La Salade, précédemment citée.) Etc. = *Henriet firent baignier et nestoïr — Au mastinet, quant vint à l'esclarcir. (Itaoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 322.) A Saint-Vinchent va prier et orer — Trosc' à l'demainque virent le jor cler — Cou fait les cuves d'aige caude raser. (Anseïs de Carlhage, Bibl. nat.. fr. 793, f° 72 r", col. 2.) Cf. les Saisnes, éd. Fr. Michel, I, 138, etc., etc. = 5 C'est ce qu'indique le vers précédemment cité de Raoul de Cambrai : Ilenriet firent baignier et nestoïr. =:* C'est le sens du verbe costoïr. Quand Ogier adoube le fils de Gerin : « Baignier le fait et très bien costoïr. » (Ogier, éd. Barrois, v. 6983.) Avant d'adouber son fils Louis, Charlemagne lui dit : « Car vos aies baignier et costoïr. (Ibid., v. 7292 ) On massait ainsi les morts. (Roland, v. 2902.) Cf. Mort de Garin, éd. Le Glay, v. 3151, 3452. Mais le plus singulier exemple de massage est celui que l'on faisait administrer à ses hôtes, en même temps que le bain, ou le soir, dans leur lit : Si l'ont en la chambre mené, — Si l'ont baignié et costei. (Alré périlleux, Bibl. nat., fr. 2168, f° 14*.) Si li dona or et argent — Et bons sergans à Iuy servir — Qui bien le savent costeïr. (Alhis, Bibl. nat., fr. 575, f° 120.) Si l'ont tant tostcum pueten la chambre guiée — Où ele fud noblement custiie et baignée, (//ont, éd. Fr. Michel, v. 4955.) Ces trois derniers exemples sont empruntés par nous au Dictionnaire de Fr. Godefroy, qui n'a pas compris le sens de ce mot. Nous y reviendrons. =5Li bains

L'ENTRÉE DANS LA CllEVALElUE.

gravité. On ne bavarde pas trop dans les cuves. Le rire est interdit; la pensée est ailleurs, plus haut. Autour de ces baignoires sans grâce et sans style, circulent, actifs et affairés, les chambellans qui portent sur leurs bras les robes de soie et les beHes fourrures. C'est un va-et-vient continuel. On sort du bain, et les sergents jettent sur les épaules des futurs chevaliers la chaleur du vair et du gris, l'éclat de la soie et du samit1. Certains parents et amis (de gros seigneurs ceux-là) profitent volontiers de l'occasion pour faire présent d'un costume complet au jeune homme qui sera demain leur égal dans la bataille et au tournoi. En sortant de là, il éclate de jeunesse et de beauté. Quelle robe! quel bliaut! quel manteau! Tout n'est que pelleterie, or et satin*. Et maintenant, à l'église!

est tcus cil qui i doit entrer — La vilonie en doit toute laver. {Anseïs de Carthage, Bibl. nat., fr. 793, P 72 r*.) = » Là veissiés ces cliamberlens venir — Qui portent robes de dras et de samis. — Cil s'en veslirent, quant vint au départir. (Ogier, ▼. 7299-7301.) Dans les Enfances Vivien il est question de soixante bacheliers qui se

FaJ. M. Une trène de bain, d*aprè« le manuscrit de la Bibl nat.. fond* allemand, n* 31. ?. 1500 ; reproduit par M. V. Gaj, en ion Glossaire ërcMoloçtqnt (p. toj).

baignent, et ont chacun « une pucele n pour les servir, et ces pucelles ne sont rien moins que des filles de comte. (Bibl. nat., fr. H 18, f' 204.) Cf. la ligure ci-dessus = * Baigniés s'est et lavés avec sa compaiguie, — Et li rois d'Angleterre ne les oublia mie : — Garnemens lor tramist à loi- herbergerie — Apareilliés se sont par moult grant rortoisie. — Li damoisiax Witasses... — Vesli une chemise de cendal de Rossie, — Par desore un bliaut de paile d'Aumarie. — Calces ot d'un diaspre qui fu fais en l'ersie, — Un inautel osturin qui par terre balie... — Tant comme le girl'aus est plus biax d'une pie

A Rome, au xnie siècle, le bain avait un caractère plus poétique. Lorsqu'on faisait un chevalier à Saint-Pierre et que ce chevalier était d'origine romaine, il était d'usage, juxta morem patriœ, qu'il prît un bain d'eau de rose. Cette singulière coutume, d'où venait-elle? N'y a-t-il pas quelque corrélation entre cette eau de rose qui venait de l'Ara cœli et les rosiers de la Portioncule ? L'influence franciscaine, en d'autres termes, n'est-elle pas ici visible et réelle? Je l'ignore, et la préférerais, en tout cas, à une influence orientale. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après ce bain parfumé, notre chevalier était déposé nu sur un lit de parade où il était condamné à prendre quelques instants de repos1. Malgré tout, je préfère l'usage français.

La nuit'va tomber sur le vieux donjon, et le moutier le plus voisin est à une lieue. Entouré de ces jeunes valets qui se sont baignés tout à l'heure avec lui et qui, comme lui, seront faits chevaliers demain8, notre damoiseau de France dit rapidement adieu à sa mère, à ses sœurs, à tous les siens. Adieu qui n'a rien de cruel et qui n'est, par bonheur, qu'un « au revoir » très prochain. Il est fort touchant, ce rite de la veillée des armes, mais je ne le crois pas antérieur à la seconde moitié du xne siècle*. Ces compagnons d'adoubement que le jeune baron entraîne avec lui, ce sont des fils de comtes, ses parents, ses pairs. La route se fait joyeusement, mais sans vain tapage. Pendant que le crépuscule descend, le long de ces petits chemins bordés de haies en fleurs et pleins de chants d'oiseaux, on parle des différentes phases de la grande solennité de demain. On s'entretient aussi des usages qui sont en vigueur dans les autres contrées, et l'on prend plaisir à les comparer avec la coutume de son propre pays. Le voyage n'est pas long, et voici que l'on aperçoit, un peu dans l'ombre, le portail de l'église dont le tympan est orné des quatre animaux symboliques qui figurent les quatre Évangélistes.

— Et argens plus de plonc et la rose d'ortie, — Tant est plus biax li enfes de tote sa maisnie. (Godcfroi de Bouillon, v. 1549-1565.)= * Si vero fuerit Romanus qui fuerit militandus, juxta morem patriœ ante omnia débet de aqua rosacea nudus lavari et in lecto strato nudus prius quiescat. (Bibl. nat., 4748, xm" siècle, cilé par Calalani en son Commentaire du Pontifical romain.) L'eau de rose en question venait du monastère de YAra cœli, et Catalani affirme l'avoir constaté sur un manuscrit de 1517, appartenant au marquis Pompeï Frangipani. Les Franciscains, d'après Wadding, sont à YAra Cœli depuis 1249, 1251. =s A Saint- Vinchent va villier et orer, — Ensenble o lui li demaine et li per, — Li fil as contes, li jouene bacheler — Villent o loi por l'enfant honorer. (Bibl. nat., fr. 795, f" 72.) La noit villa... — Et avec lui teis quinze bacbeleir, — Tfuit] fil à contes qui sont de son regnei : — Si parant sont et de son parantei. {Gir-

Contre le trumeau un grand Christ est debout, qui enseigne et bénit le monde. On le salue en passant. Puis, la lourde porte roule sur ses gonds, et ces beaux jeunes gens entrent, joyeux et recueillis, dans la basilique qui les attend. On n'y distingue plus rien, si ce n'est un grand foyer lumineux, au fond, dans une de ces chapelles qui s'ouvrent sur la galerie du chœur'. C'est là qu'aura lieu la Veillée, et, dès le premier regard, il nous est aisé d'apprendre à quel saint est consacrée cette humble chapelle, ornée de vitraux qui ce soir ne nous disent rien, et de grossières peintures murales que la flamme des cierges met en lumière. Ah ! nous le reconnaissons aisément. Ce saint en habit de chevalier qui donne à un mendiant la moitié de son manteau militaire, ce saint en costume d'évêque qui renverse fièrement toutes les idoles des païens, c'est lui, c'est celui sans lequel nous ne serions aujourd'hui ni français, ni chrétiens : c'est saint Martin*. Les jeunes barons ne dissimulent pas leur préférence pour le Saint et pour la chapelle qui lui est consacrée; mais, en leur piété naïve et chaste, ils n'oublient pas la mère de Dieu, et c'est en son nom qu'ils commencent leur veillée*. Elle sera longue, elle sera dure. Il leur est interdit de s'asseoir un seul instant. Debout, il faut qu'ils restent debout pendant dix heures. Debout ou à genoux '. Ils prient pour eux et pour les leurs, et voilà de quoi les occuper longtemps : « Accor- « dez-moi l'honneur, et à mon père la vie*. » Remarquez qu'ils ne demandent pas l'honneur pour leur père : il en est tout revêtu à leurs yeux, et ils croiraient lui manquer de respect en supposant qu'il en pourrait avoir besoin. Puis, ils se laissent aller au flot de leurs pensées, qui n'ont rien d'affecté ni de mièvre. Ils pensent aux rudes coups de lance qu'ils donneront, peut-être aussi à ceux qu'ils

bert de Metz, Bibl. nat., fr. 19160, f 346 V.) L'usage [de la veillée] remonte au moins au un" siècle. (P. Paris, Garint li Loherairu, II, 156, note.) =• Et li vallés s'en va à Saint-Seurin. — La nuit veilla, granl luminaire (ist. (Garins li Lohcrains, éd. P. Paris, II, 156.) = • A la chapelle de 1' baron saint Martin — Veilla Rigaus de ci à le malin {Garint li Loherains, II, 185.) Quant Witasse ot veillié enfresi c' à 1' matin — Et il ot messe oie à l'autel saint Martin. {Gode/roi de Bouillon, v. 1579, 1580.) = ' La nuit veilla li enfes eF non sainte Marie. (Ibid., v. 1576.) = * Dans certains pays le novice passe la nuit précédente à veiller et à prier debout, sans avoir le droit de s'asseoir un instant, si ce n'est en cas de malaise subit. (Ilelinand, f 1237, Tissier, Bill. pair. Cist., Bonnefonlaine, 1660, in-P, t. VII, p. 292; reproduit dans Vincent de Beauvais, Spéculum, éd. de Douai, IV, 1250, et cité par Lecoy de la Marche, la Chaire française au moyen âge, p. 356.) = » Aies est à Saint-Pol, bonement li deprie — Qu'il li otroit honor et son père

recevront. Ils ne sont pas sans avoir quelque distraction, en songeant au grand jour qui se lève pour eux, à leur haubert bleu, à leur heaume que surmonte une escarboucle lumineuse, au tranchant de leur grosse épée, à la guerre prochaine, à leurs prochains exploits. On serait distrait à moins, et il faut accorder à ces enfants le bénéfice des circonstances atténuantes. Pour s'arracher à ces idées, ils prient de nouveau. Une petite lumière blanche pénètre enfin dans le sanctuaire, qui s'éclaire peu à peu et dont les vitraux deviennent transparents. Il n'y a pas à en douter : c'est l'aurore. Cette nuit, en vérité, commençait à devenir bien longue. Le jour, voici le jour'.

Un bruit de pas se fait entendre dans l'église déserte et sonore. Ce sont les serviteurs habituels de l'autel; c'est un prêtre, qui se prépare à dire la messe. Notre jeune damoiseau avait un moment espéré que l'Évèque lui-même viendrait prendre une part active à cette grande fête de sa vie*; mais il lui a fallu renoncer à cet espoir. L'Évèque est, en ce moment, fort occupé de ses visites pastorales dont il tient un registre exact. Il est à vingt lieues du Plessis, et les chemins sont mauvais. Il ne viendra donc point, et a délégué, en sa place, un des chanoines de son chapitre. Quel que soit d'ailleurs le célébrant, cette messe est très solennelle et de très lointaine origine3. Elle est fort antérieure à la Veillée d'armes, que les anciens ne connaissaient pas et que le père de notre chevalier considère lui-même comme une superfétation ou une nouveauté.

doinst vie. (Godefroi de Bouillon, v. 1574-1575.) = * La nuit veilla desi à l'ajorneir. (Girbersde Metz, Bibl. nat., fr. 19160, f° 540 v".) Tresc' à 1' demain qu'il virent le jor eler. (Anseïs de Carlhage, Bibl. nat., fr. 793, f* 72 r\ col. 2.) Enfresi qu'el' demain que l'aube est esclaircie. (Godefroi de Bouillon, v. 1577.) Cette nuyt vont prier en l'église où il doivent estre en dévotion jusques après la grant messe chantée. (La Salade, d'Antoine de la Salle, œuvre du xv« siècle, citée par Sainte-Palaye, Mémoires, I, 118.) Etc., etc. = s La mese escoute de l'évesque Renier. (Raoul de Cambrai, éd. Le Clay, p. 149.) = 3 Por messe oïr l'ameinent au moslier: — Que c'est coustume à novel chevalier, — Ains qu'on li doie ses garnemens baillier, — Doit oïr messe et Damedieu proier — Que il li doinst honor moutiplier... — Après la messe en ont mené Rainier — Por adouber ou grant palais plainier. (Girars de Viane, p. 21.) Au matinet, quant vint à l'esclarcir, — Vont oïr messe li chevalier jantil, — Et si mena Dernier son joene fils; — Geri l'arma et chevalier le flst. (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 522.) Au moslier va le servise escouter. (Girbers de Melz, Bibl. nat., fr. 19100, f" 546 v°.) Aine ne s'en volt movoir, si ot la messe oïe. (Godefroi de Bouillon, v. 1578.) Au mostier vont le servise escouter. (Anseïs de Carlhage, Bibl. nat., fr. 795, f° 72 r°, col. 2.) Etc., etc. D'après Lambert d'Ardres, il semble que la messe ait été quelquefois célébrée le lendemain de l'adoubement. (Duchesne, Preuves de la maison de Coucy, p. 247.)

Plus tard, le Novice voudra, en cette heure auguste, faire une confession générale de toutes les fautes de sa vie1 et s'approcher du sacrement eucharistique; mais, au xu" siècle, nous ne pouvons scientifiquement constater que sa présence à la messe. Il y assiste avec une piété grave, et n'est distrait que par la vue de certain médaillon de vitrail, lequel représente l'adoubement de ce saint Martin qui fut chevalier en son temps. Il reçoit la dernière bénédiction du prêtre et se dirige enfin vers le portail avec ses compagnons de veille. II est six heures du matin, en mai. L'air est frais, et ils ont faim.

La sortie de l'église est quelque peu bruyante : il y a si longtemps que cette jeunesse n'a jasé et chanté! En retournant au château, moult mainent grant hustin*, et j'imagine qu'ils sont bien dignes de quelque pardon. Pensez donc qu'ils ont été pieux durant dix heures, et qu'ils seront chevaliers avant ce soir.

Au château, la table est mise et, à belles dents, nos futurs chevaliers mordent dans le pain blanc et dans la venaison5. Ils ont besoin de prendre des forces pour la solennité qui est proche, pour Valais et pour la quintaine. La journée en effet sera rude autant que belle, et ils ont besoin d'y préparer leurs muscles presque autant que leur cœur.

C'est aussitôt après le repas que l'adoubement commence.

Notre jeune valet se retire dans sa chambre où sa mère a pris soin de disposer en bel ordre toutes les pièces de son costume d'apparat. C'est la couleur-blanche qui domine partout. Les braies et la chemise « sont plus blanches que grésil ou que Heur en avril*; » blanches sont aussi les chausses de soie (nous dirions aujourd'hui les bas)*. Les souliers viennent de Montpellier; la robe est de lin';

• Et quant on verra le point du jour, on querra le Prestre pour confesser [l'escuierj de tous ses péchiés. (Velus Ccremoniale creationis Militum de Balnco , cité par Ducange, Glossarium, éd. Didot, VI, 825, col. 2; IV, 598, col. 2.) Le novice recevoit la communion après que le prêtre lui avoit passé l'épée autour du cou. (Habillon, Préface sur le ni* siècle de l'Ordre de Saint-Benoit, art. XCVI, p. 10, cité par Sainte-Palaye, Mémoires, I, 119.) = * El' palais repaira ; moult mainent grant hustin (Godefroi de Bouillon, v. 1581.) =* Quant il orent mengié et pain et char et vin, — Li Rois l'a adobé (Godefroi de Bouillon, v. 1582, 1583.) = * Braies, chemise ot de chainsil — Plus blance que flur en avril. (Lai du désiré, v. 37.) Cemise et braies de cainsil — Plus blances que flor ne grésil. (Fregus, cité par Viollet-Le-Duc, Dictionnaire du mobilier, III, 174.)=: 5 Unes calchcs li lâchent serrées et tenant — Qui plus estoient blanches que (lors aparissans. (Godefroi de Bouillon, t. 1691, 1692.) =6Dans les Comptes de la chevalerie de Robert d'Artois, il est

le bliaut est entaillié; la manteau, qui a coûté fort cher, est d'une richesse qu'il faut renoncer à décrire1. Comme il a bon air, comme il est beau sous ces splendides habits! Les dames l'ont aidé à revêtir le bliaut et le manteau', et en ont savamment disposé les plis. Personne ne s'entend comme elles à donner la dernière main à un affublement masculin : des féminins pas n'est besoin de parler. L'enfant n'a jamais été si beau. Rien qu'à le regarder, les femmes sourient. « Comme il me ressemble! » dit le père,. et il se souvient du jour où il a été lui-même armé chevalier. Un tel souvenir le rajeunit de vingt ans.

Le damoiseau descend de sa chambre, traverse la salle et met le pied sur le perron. Et, au moment où paraît, dans la lumière du matin, sur le seuil de la porte, ce jeune homme aux couleurs fraîches, aux cheveux blonds, aux larges épaules, au sourire décidé et à la fière allure, ce n'est sur toute la place* qui s'étend devant le perron qu'un long cri d'admiration et de joie. Les quinze familles de ses compagnons d'armes sont là, avec la sienne, et chacune s'écrie: «Qu'il est beau! » en pensant à son propre enfant. Tout à coup deux trompettes suraiguës* se font entendre, et annoncent officiellement le commencement de la solennité. Un orchestre leur répond soudain, composé de ces jongleurs qui sont arrivés la veille6. Leurs voix se mêlent à leurs instruments, comme aux acclamations de toute l'assistance. Mais je sens, hélas! qu'il faudrait, pour peindre un tel spectacle, une plume plus hardie, une palette plus colorée que la mienne. Toutes ces dames aux longues tresses blondes et qui sont revêtues du plus beau et du plus riche costume

question de la roba linaia Comitis. (Historiens de France, XXI, p. 580.) Cf. Sainte-l'alaye, Mémoires, I, p. 69. = * Chemise et braies aportent à Rainier; — Chausses de paile, solers de Montpellier. — El' dos li vestent un frès hermine chier — Et un bliaut que ot fait entaillier; — Un mantel riche qui valut maint denier — Ont afublé au nobile guerrier. (Girar$ de Viane, cité par Honoré de Sainte-Marie. Dissertations, etc., p. 355. Cf. l'éd. P. Tarbé, p. 21, d'après un manuscrit différent et qui ne contient pas le second des vers cités plus haut. * Chauces ot de brun paile et dras de chier bofu, — Ceinture à membres d"or, si ot riche tissu, etc. (LesSaisnes, LXXX1I, éd. Fr. Michel. I, p. 138.) Li Borgignons ne se vout délaier. — Isuelement fist acesmer Gautier, — De riches robes le flst apareillier. — Si li dona l'ordre de chevalier. (Auberi, éd. Tobler, p. 248, v. 17.) = sLes dames l'ont antr' eles de riches dras vestu. (Les Saisnes, LXXX1I, éd. Fr. Michel, I, p. 158.) Cf. Sainte- I'alaye, Mémoires, p. 29 et 123. —* En la plache li traistrent un destrier morentin... — En la place descendent desos un aubespin. (Godcfroide Bouillon, \. 1599 et 1610.) Etc., etc. = * A ces paroles ont deus grailles sonez ; — François apelent del' palais seignorez, etc. (Aliscans, éd. Jonckbloet, v. 7651, 7652.) = » Hcrvis de Metz, Bibl. nat., fr. 19160, P il, etc.

que l'on ait jamais pu signaler dans notre histoire au regard des véritables artistes; ces chevaliers couverts de mailles qui sont vernies en bleu, en rouge ou en vert, et ornées de broderies d'orfroi; ces enfants blonds et roses qui se blottissent contre leurs mères; ces jongleurs sombrement vêtus et armés d'instruments aux formes les plus variées, les plus étranges; ces prêtres et ces moines si familiers avec leurs voisins et si attentifs à un spectacle qui n'a rien de clérical ; ce grand espace que l'on a laissé vide sous le perron et où va se passer tout à l'heure une scène si solennelle, un drame si grave ; ces chants joyeux, ces sonneries de trompettes, ces éclats d'orchestre, ces toilettes éblouissantes, ces cris enthousiastes, cette foule effarée, ces grands et forts jeunes gens s'avançant à pas lents vers de vieux chevaliers qui vont être leurs consécrateurs et leurs parrains; l'idée de l'Église et du Christ qui domine tout le tableau et en pénètre tous les personnages; Dieu et la féodalité, la guerre et la jeunesse, tous ces éléments se heurtant, se pénétrant, et finissant par se fondre en une originale et curieuse harmonie qui n'a rien de faux, ni de mou ; mais qui est énergique, fière, militaire, virile, française... Ah! les mots manquent.

Donc notre jeune baron descend les degrés du beau perron, et s'avance lentement sur l'herbe de la « place ». Au milieu de ce gazon, les sergents ont pris soin d'étendre un « beau tapis d'André » ou un « paile aufriquant». Sans ce tapis, pas d'adoubement1. Tous les yeux sont fixés sur ces quelques pieds carrés qui, pour eux, sont en ce moment tout l'univers.

Tout vient de prendre un air plus solennel. Plus de cris, plus de chants, plus de paroles. Un grand silence.

Le Novice s'est placé gravement au milieu du tapis. Un premier parrain* s'approche alors de lui, vieillard à barbe blanche et qui

* Un paile d'André ont desus l'erbe mis ; — Là adoba Kallemainne son fil . (Ogier, t. 7306, 7507.) An mi leu do tref ot un cliier paile estendu. — Là a t'anfes Berarz son ordre receû. (Let Saunes, LXXXII, éd. Fr. Michel, I. p. 138.) Là fu un pailes erra[n]ment aportez; — Ilucc s'asist Renoars l'alosez : — Guillaumes l'arme. (Aliscans, éd. Jonckbloet, v. 7658-7660.) Sur un paile Aufriquant adoubent le baron. (Gaufrey, v. 0201.) Et Brunehaus Gstestendrc un tapis; — Jules Césars les armures sus mist, etc. (Aubcron, T. 1012, 1015.) Nous avons emprunté les exemples précédents à nos différents cycles; mais on en pourrait facilement citer beaucoup d'autres. = 'Ona adopté pour ce récit le système de l'adoubement par plusieurs consécrateurs, lequel était plus solennel et moins commun que l'autre. Nos types principaux (que nous avons déjà signalés à nos lecteurs) sont empruntés à Rcnaui de Monlauban, p. 48 et p. 424; Aliicans, éd. Jonckbloet, v. 7060

a pris part jadis à cette grande expédition en Orient que commanda le roi Louis le Jeune. Il se baisse et, d'une main un peu trem-

l-ïg. 42. Un adoubement (d'après le ms. de la Bil>l. nat. fr. 782, xm* siècle).

blante, enveloppe en des chausses de fer' les fortes jambes de l'enfant et attache à ses pieds* les deux éperons3 d'or fin* : « J'es-

el suiv., Bueves de Commarchis, v. 64 et suiv. Etc., etc. := ' On chaussait ou onlaçait les chausses en mailles de fer: Cliauces de fer, blanches com flor de prez — Li ont chaucies. (Aliscans, v. 7G63, 7664. ) Chauces de fer li font aparillier. (Girars de Viane, p. 21.) Unes cauches li lâchent, bien font au bacheler. (Gui de Nanteuil, v. 944.) Unes cauches li caucent doi conte de (ranclm. (Gode froide Bouillon,?. 1884.) Etc., etc. La principale qualité que l'on demandait aux chausses, c'était d'être serrées etlenans. (Godefroi de Bouillon, v. 1689.) =2 On dit ad libitum « chausser » ou « fermer » les éperons : Espérons d'or li ait es piez fermez. (Hervis de Metz, Bibl. nat., fr. 19160, f° 84.) Et li Rois licalcha les espérons d'or fin. (Godefroi de Bouillon, v. 1583.) Richars li a chainte l'espée : — Le diestre esperon li caucha. (Rkhars li biaus, v. 5146, 5147.) Etc., etc. Il y avait quelquefois un « consécrateur » pour chacun des deux éperons : Uns espérons li cauce dus Naymes de Bavier — Et le senestre après li bons Danois Ogiers (Renaus de Montauban, p. 425, v. 2, 3.) On a vu dans la note précédente qu'il en était de même pour les chausses : Unes cauches lui caucent doi conte de franc lin. (Godefroi de Bouillon, v. 1584.) :=3 « L'éperon, aux xie-xn°siècles, étaitd'or ou doré. Sa forme générale n'a pas changé. C'est une talonnière à deux branches recourbées, attachée au pied par une bride ou un sous-pied, et portant une tige pointue destinée à aiguillonnerle cheval. L'extrémité seule delà lige a varié dans sa disposition. Depuis Guillaume la Conquérant jusqu'aux premières années du xme siècle, les sceaux nous représentent l'éperon armé d'un petit fer de lance qui est de forme conique oulosangée. » (G. Demay, le Costume de guerre et d'apparat, p. 30.) Pas de molettes avant le xiu° siècle. (Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, v. 404.) =2 Les éperons étaient le. plus souvent, sans doute, en argent doré : « Pierre chaussa des éperons d'argent doré (Girart de Roussillon, trad.P. Meyer, p. 124, § 238); ou en argent: Le destrier hurte des espérons d'argent (Amis et Amiles, v. 142); ou en bronze fondu (Violletle-Duc, Dictionnaire du Mobilier, v. 403) et probablement doré, quand ils étaient portés par les chevaliers. Dans Elle de Saint-Gilles (v. 1467) il est question d'esperons à esmal. En Italie, on était fait chevalier à sproni d'oro. (Nerbonesi, éd. Isola, IV, 35.)

UinAKT DE R0U8SIUON . CHARBONNIER, R SA KtMME BERTE , COUTURIERE (p. 437

» Fut couturière la Comtesse, et jamais vous ne vîtes femme si active de ses doigts. Et les damoiseaux de dire, par derrière : « Regardez la beauté de la char- ■ boonlère. N'était le charbon de son mari qui la rend noire, il n'y aurait si gentille dame jusqu'en Bavière. » (Girart de Rouitillon, trail. 1". Meyer.p. 244,§ 533)

:',$) Composition de Luc-Ouvikr Merso.s

conduira

telle

« père bien, se dit-il en « sorte qu'on ne les lui « tranchera jamais sur « les talons, ou qu'on ne « les lui brisera point à « coups de hache en signe « de dégradation et de « honte1. » Et il s'éloigne à pas comptés. Puis, sortent des rangs les deux oncles du nouvel adoubé, les deux frères de son père qui reviennent de Terre sainte et ont eu la douleur d'assister au désastre de Tibériade.

Entre leurs bras et avec une dignité qui a quelque chose de sacerdotal, ils portent, l'un le haubert et l'autre le heaume de leur beau neveu. Le haubert' est blanc*, à doubles mailles' et sans plastron. Il descend jusqu'au genou et est fendu par derrière et par devant. Au bas de la jupe et aux manches, il est orné d'une sorte de broderie grossière en fils d'ar-

« Nous avons parlé ailleurs de ce mode de dégradation : Li espérons Ii soit coupé par mi — Près du talon, au branc d'acier forbi. {Gariru li Loherains, II, p. 1 15.) « A coups de liache on brisait l'éperon aux talons du chevalier, s'il avait encouru la dégradation (G. Demay, Le Cottume de guerre et d'apparat, p. 29). = «Le haubert est une ciiEMue de «ailles que l'homme de guerre, en bataille, porte sur les autres vêlements (braies, chem,.,e de toile et bliaut). A la fin du m* siècle, le haubert s'arrête aux genoux. Ses manches vont jusqu'au poignet ou plus souvent encore, à la même époque, « se continuent en une sorte de poche qui enveloppe la main, i 11 est fendu « devant derrière » et muni d'un capuchon également en mailles, qui enserre toute la tête et n'y laisse de visible que les yeux, le ner et la bouche. = » El* dos li ont vestu un blanc aubère (Aiol, v. 7143). = « El' dos li vesteut

Ftg 13. flaubert, heaume, éeu et épée. d'après le sceau de la ville de soissons (m* siècle).

chai1 ; mais surtout il est muni d'un bon capuchon qui enferme le menton, cache les oreilles, serre le crâne, couvre une partie du front et ne laisse à peu près paraître que les yeux, le nez et

la bouche. Et encore la bouche! Le heaume' est une calotte de fer, fort pointue, qui se termine en haut par une grosse pierre en façon de rubis , se change autour du front en un cercle orné de petites pierres bleues ou rouges, et se prolonge le long du nez en une sorte de petite pièce rectangulaire qui a reçu le nom de « nasal. » C'est là le casque à la vieille mode, et l'on commence déjà à en adopter un autre, qui sera beaucoup plus gênant et ne sera guère plus gracieux. Le heaume est laid, s'il faut tout dire, et ne saurait qu'enlaidir celui qui le porte.

siècle, d-après le manuscrit Pas de visage jeune avec

e de Laridsl-rg, ° *

une telle coiffure; tous les âges se ressemblent. Le haubert s'enfile comme une chemise, par le cou; le heaume s'attache aux mailles du haubert par un certain nombre de petits lacs de cuir, et il faut quelque patience chez celui qui fait les nœuds. Mais enfin c'est fini, et voilà

un 1res haubert doubllicr (Cirais de Viane, p. 21), etc., etc. = ' Vestu li ont un blanshaubert talfri (Mortd'Aimeride Jtartome, Bibl. nat., fr. 2-4509, f 15), etc.= '- Un elme h lâchèrent quiclers fu cl lukans (G:defroi de Bouillon, v. 1700). - Le heaume est un casque généralement conique, bordé d'un cercle qui reçoit une riche ornementation et muni a sa

Fi» *v Heaume, nasat et ventailic du in" sii

de l'UorftM dellcianim de Herrade de Landsl-rg, reproduit par Tiollet le Duc (Diaionnaire du Mobilier, VI, p. 105)

LEMIiÉE DANS LA CHEVALERIE. 323

notre jeune baron qui est décidément tout enveloppé de fer. On ne voit plus que ses jeunes moustaches et ses grands yeux brillants.

S'il est permis d'en faire l'aveu, le jeune féodal n'a pas été jusqu'ici très ému par le rite chevaleresque. On ne lui a encore donné que des armures destinées à le préserver des coups de l'ennemi et, dans son jeune courage, il les méprise. Il voudrait combattre les païens, corps nu contre corps nu. Mais il en sera tout autrement des armes tranchantes et de l'acier qu'il est appelé à tremper un jour dans le sang chaud des Sarrasins. Ce qu'il attend par-dessus tout, c'est l'épée. Comme on discutait un jour devant lui sur cette question délicate : « Quel est le moment précis où « l'on devient véritablement chevalier? » il répondit : « C'est l'in- « stant où l'on sent pour la première fois le contact de l'épée. Ce « seul attouchement suffit, et le reste n'est rien. » Aussi, quelle n'est pas son émotion, lorsqu'il voit le seigneur de son père se diriger droit vers lui, tenant l'épée, la fameuse épée, l'épée si ardemment attendue et désirée, qui est suspendue au riche baudrier, et sur laquelle tombe en ce moment un beau rayon de soleil. L'enfant pâlit et rougit tour à tour, et s'estime heureux que son nasal et son capuchon de mailles lui cachent en ce moment une bonne moitié de son visage. Il tremble d'émotion et de joie contenue; il ferme les yeux; il se recueille. Quand il sort de cette espèce de demi-sommeil, il sent, ô bonheur! il sent l'épée qui lui bat le flanc gauche et, rouvrant les yeux, aperçoit son seigneur qui achève en souriant de lui ceindre le baudrier1 : « Mon cher enfant, lui dit ce consécrateur un peu redouté, je pourrais vous dire que cette épée sort de la forge du célèbre forgeron Galant, à qui l'on doit Durendal, Joyeuse et tous les brants illustres dont les jongleurs vous ont parlé. Je pourrais ajouter qu'elle a été jadis essayée sur le fameux perron d'acier qui était, dit-on, devant la porte du palais

partie inférieure d'une pièce quadrangulaire, nommée natal, qui est destinée à proléger le nez. = * La remise du baudrier passe pour l'un des rites les plus importants de l'adoubement chevaleresque, à tel point qu'au lieu de dire : Miles fieri, on dit volontiers : Cinijulo mililùe decorari (Pierre de lilois, epist. iciv, Maxima liibliolhcca Patrum, XXIV, 1012; Jean de Salislmry. Policralicm, lib. VI, cap. x.) Mais, comme nous l'avons dit plus haut, il ne faut voir dans cette périphrase qu'une expression savante et « cléricale ». Dans nos vieut poèmes, ce n'est pas le baudrier, mais l'épée qui joue toujours le fiuuiieu kole.

de Charlemagne à Aix (soyez assuré que je ne l'ai jamais vu) et où s'ébrécha Courtain, la fameuse épée d'Ogier de Danemark. Je pourrais enfin vous raconter là-dessus une longue histoire, un peu terrible, et vous faire croire que je l'ai conquise sur un émir sarrasin, dans une lointaine et superbe aventure. Je préfère, sans façon, vous dire la vérité. Cette bonne épée, c'est moi qui l'ai fait forger tout simplement, et je l'ai longtemps portée. Un jour (c'était près de Jérusalem, lors de notre dernier pèlerinage au Saint Sépulcre), je fus attaqué par vingt païens qui m'arrachèrent toutes mes armes et me mirent en mauvais point. Soudain parut quelqu'un, qui leur reprit vaillamment l'épée des mains, en tua deux, dispersa les autres et me sauva. Vous connaissez mon sauveur : c'était votre père. Ressemblez-lui, et tout ira bien. » L'enfant jette alors un long regard sur son épée, et baise avec respect le pommeau qui est creux et renferme d'augustes reliques. Il y a là quelques cheveux de ce saint Bernard qu'a connu le père de notre chevalier et un petit morceau de la robe que portait l'archevêque de Cantorbery, Thomas Becket, lorsqu'il fut lâchement assassiné en défendant les droits de Dieu et la liberté de l'Église. Il existe, certes, des reliques plus célèbres, mais il n'en est pas de plus authentiques ni de plus éloquentes. L'enfant en est fier, et relève enfin la tête1.

Ce n'est plus son seigneur : c'est son père, son père lui-même qui est devant lui, et qui lui dit tout bas : « Courbe la tête; je te « vais donner la colée. »

Nous voici en effet arrivés au rite le plus brutal de toute la solennité et à l'instant fatal que redoutait le plus la mère de notre adoubé. Elle eût préféré le rituel anglais « sans paumée » au cérémonial de France qui a précisément la paumée pour caractère distinctif. Mais, devant l'inexorable volonté de son baron, elle a dû se résigner, et aitend.

1 L'épée qui a été le plus usitée au xiie siècle est l'épée dite normande. Elle est courte ; large du talon. La pointe, comme nous le verrons plus loin, « est formée par une diminution insensible, et elle est allégée par une gorge d'évidement qui, partant du talon, la parcourt presque dans toute sa longueur. La croix de la poignée, les quittons sont droits, quelquefois recourbés vers la pointe, ou enroulés à leur extrémité. Le pommeau est plat et circulaire ». (G. Demay, Le Costume d'après les sceaux, p. 149.) Une autre épée (celle qui est représentée dans notre fig. 43) est à tranchants presque parallèles, recoupés du bout pour former la pointe. Au lieu de la gorge d'évidement, une arête médiane, formée par la rencontre des deux tranchants, règne sur toute la longueur de la

Le père du nouveau chevalier est un peu rude et fort épris des brutalités du vieux temps. Ce n'est donc pas un petit coup léger et presque caressant qu'il assène sur la nuque, sur le haterel de son fils'; mais un formidable coup de sa paume droite. Il y met toute sa force, qui est encore terrible, et l'enfant chancelle. Un peu plus il tombait* : « Ah! dit-il en frémissant, si ce n'était pas mon « père5! » La mère, elle, n'a pas osé regarder, et il faut que sa voisine lui dise que tout est fini. Le père, en effet, s'est dépouillé de sa rigueur et embrasse maintenant son fils, qui est militairement devenu son pair : « Sois brave et sois bon. Rappelle-toi que « tu es d'un lignage qui ne doit pas fausser. Honore les chevaliers, « donne aux pauvres, aime Dieu. Et que le Seigneur, qui fut mis en « croix, te défende lui-même contre tous tes ennemis. Va4. » L'enfant, d'une voix assurée, repond à son père : « Je vous remercie, « beau sire, et puisse Dieu vous entendre. Que je le serve et qu'il « m'aime*. «C'est tout son discours, et il en vaut de plus longs. Et il se dit en lui-même : « J'aime mieux encore recevoir la colée du bras « vivant de mon père que, comme Galien, du bras mort de Roland. »

lame. (G. Demay, Le Costume de guerre et d'apparat, p 33.) Le pommeau de l'une et l'autre épée est creux et renferme des reliques. (Roland, t. 2345 et ss.; Gaydon, v. 1307 etss.; Mainet, v.326,327, etc.) = 'Lors a li Rois le bras amont levé, — El' haterel a Ogier assené.

— Ainsi le fait chevalier ordené (Enfances Ogier, v. 1181.) Etc., etc. = * La paume hauce Bueves li aloses: — Tele li donne que tous est cancelés. (Bueves d'Hanstonne, Bibl. nat., fr. 12548, f* 190) Li vieus li çaint l'espée à son senestre lés. — Il a hauciet le paume, «eli done un cop tel — Por un poi ne l'abat et ne P fist enverser(£Ii>rfe Saint-Gilles, v. 104). Une paumée ens el' col li assist — Por un petit que il ne l'abatist. — Voit le Rigaus, à pou n'enrage vis; — 11 met la main au bon bran acerin, — Fors le sacha un grant pié et demi

— Qu'il en voloit le bon vassal ferir. — Hervis le voit ; pas ne li abeli : — « Que vues-tu f faire, enraigés, maufès vis. — Il est costume, et on le fait ensi. » — Et dist Rigaus : « Maie costume ad ci. — Mal dehès ait qui primerains la mist. » (Garins li Loherains, II, 181.= *Et quant le voit li enfes, le sens quida derver; — II dist entre ses dens coiement à chelé :

— « Dan vieus, moût estes faus et gangars et enflés. — Se l'eûst fait un autre, jal'eûst comf peré. — Mais vous estes mes pères, ne m'en doi aïrer. (Elie de Saint-Gilles, v. 106—1 H). Cf. le vers du Chevalier au Cygne : La collée li donne ef non (Cacordemcnl (v. 1204). =: * Chevaliers soies, dist li pères, biaiisfix, — Et corageus envers tes anemis (Ogier, v. 7515, 7316). Très f doui enfant, fait ele, pensés dou bien ouvrer; — Or soies si preudome que Diex vous veuille amer. — Vous estes dou lignage qui ne doit pas fauser. (Bueves de Commarchis, v. 65 et ss.) Or vous convient des espérons ferir — Et ben requerra vos morteus anemis, — Et alever et parens et amis, — Et honorer vos chevaliers de pris. — Doués as povres et le vair et le gris... — Nus avers princes ne puet monter en pris. (Ogier, v. 7531 et suiv.) Que Damedex qui en la crois fu mis — Tedoinst povoir contre tes anemis. (Auberi, cité par Ducange au mot Adobare.) Etc., etc. = » Ce li a dit : Soies preudom, It;iinier. — « Grant mercis, sire, ce dist li frans guerrier. — Si serai-je, se Deus me vuet aidier. »(Girar.i de Viane, p. 21.) « Dex tos oie, sire,» se dist Gantiers. (Raoul de Cambrai, p. 14'J.) « Dex vos oie, sire, » dist Auberis. jlufceri,citt''par Ducange au mot adobare.) Et Renaus li respont: « Dexm'i Iaist si ovrer — Que

Durant les siècles qui vont suivre, les choses ne se passeront pas aussi brièvement. Avant la consécration définitive du nouveau chevalier, il aura à subir tout un interrogatoire, et comme un véritable examen : « Que venez-vous faire dans l'ordre de la Cheva- « lerie? » Et encore : « Ne visez-vous qu'au bien et à l'honneur de « la Religion1? » On ira jusqu'à lui imposer le serment*; mais il est aisé, au flair, de sentir que ces rites n'ont pas le parfum antique. Ce sont là d'évidentes additions et des embellissements modernes. Au xne siècle, le jeune adoubé se contente de se consacrer mentalement au service de l'Église (c'est ce qu'il a fait ce matin durant la messe)3 et de faire parfois, en lui-même, quelque vœu semblable à celui de l'enfant Vivien dans un de nos plus vieux poèmes : « Je jure de ne jamais reculer d'un pas devant les Sarrasins*. » L'Église n'eût pas approuvé la témérité d'un tel vœu.

Cependant les quinze compagnons de notre jeune baron sont adoubés après lui sur le même tapis, avec la même solennité et les mêmes rites. La cérémonie nous semblerait aujourd'hui un peu longue ; mais il ne faudrait point juger nos pères d'après nos idées qui sont molles et nos goûts qui sont raffinés. Je n'ai jamais vu qu'on se soit plaint au xne siècle de la durée de ces adoubements. Plus la famille du nouveau chevalier était puissante et noble, plus on armait de chevaliers avec lui. Telle était la règle, et les exemples abondent5.

Mais quelle est cette animation soudaine dans la foule des spectateurs? Pourquoi ce bruit, cet effarement, ces cris? On se recule, on s'écarte, on fait la haie. Qu'arrive-t-il?

Un hennissement clair se fait entendre. C'est l'entrée des chevaux.

je P doive servir et il me puist amer. (Renaus de Montauban, p. 48, v. 55, 56.) Etc., etc. = ' Sainte-Palaye, Mémoires, etc. I, pp. 70 et 121 = ' Ibid., p. 71. = 5 Inolevit consuetiulo solemnis ut, eo die, quo quisque militari cingulo decoratur,... quasi celebri professione facta, se ipsum obsequio altaris devoveat et gladii, id est officii sui jugem Deo spondeat famulatum (Jean de Salisbury, Policraticus, lib. VI, cap. x). ==* Par tel covent l'espée me donez — Quege promet, voiant vos, Damedé, — Que ne fuirai en trestot mon aé — Por Sarrazin, por Tur ne por Escler. (Covenans Vivien, v. 15-19.) A Deu vouai.... Que ne fuiroie por Turc ne por Escler. (Aliscans, v. 909, 910, etc.) =:5 C'est parfois le nouvel adoubé lui-même qui adoube sur-le-champ d'autres chevaliers. (Hervis de Slciz , Bibl. nat., fr. 19100, f°47.)Mais le plus souvent c'est le même, ou ce sont les mêmes consécrateurs. Ici, les textes sont innombrables et nous ne pouvons citer que leS plus « typiques » : Là adoba Kallemaiune son fil... — Puis en adobe plus de soissante et dix, — Tos fix à contes, à dux et à marchis. (Ogier, v. 7507, 7517, 7518.) Cent chcvalieis jist li liait adouber (le jour de l'adoubement de son fils) — Qui il a armes et garnemens donés. (Bueie

En vérité ils manquaient à la fête, et l'on ne conçoit guère que l'on puisse faire un chevalier sans un cheval.

Ce sont des bêtes énormes, des bêtes superbes. Pas une seule jument : rien que des chevaux. Ces jeunes gens qui les amènent sont des écuyers qui seront bientôt chevaliers à leur tour: j'aperçois parmi eux le frère du nouvel adoubé, qui se montre tout joyeux de la joie de son aîné, et est rouge de bonheur.

Le cheval de notre baron est un présent de son seigneur. La bête est jeune, mais de race. Quand il a fallu lui donner un nom, l'enfant a longtemps hésité entre « Vefllantif » et « Marchegai »; mais c'est le premier de ces noms qu'il a décidément choisi. Ainsi s'appelait le cheval de Roland, et il aime tant Roland! Il a déjà essayé Veillantif; il l'a monté ces jours derniers; ils se connaissent. Dès que le cheval parait, il l'embrasse d'un regard. C'est en vain que l'animal se cabre et bat la terre du pied ; c'est en vain que l'écume lui monte au mors, toute blanche: c'est en vain que des frissons de révolte et de jeunesse courent sur son beau poil noir. 11 a trouvé son maître. Dans tout l'auditoire on chuchotte, non sans quelque anxiété : «Est-il bon cavalier? En viendra-t-il à bout? « Comment va-t-il monter? » Mais l'inquiétude et la curiosité ne sont pas de longue durée. Un cri, un seul cri se fait bientôt entendre, qui sort à la fois de toutes les poitrines et trahit l'admiration universelle. Après avoir donné à la bête fringante quelques tapes amicales sur le cou, l'enfant s'est éloigné de quelques pas: puis, d'un bond, s'est mis en selle, sans toucher l'étrier. « Il n'a « pas touché l'étrier », disent les barons ravis. Et les femmes répètent : « Il n'a pas touché l'étrier. » L'heureuse nouvelle fait alors le tour de toute l'assemblée, et sera demain colportée dans tout le pays. Sans étrier1!

dllantlonne, Bibl. nat., fr. 12548, f- 190.) En même temps que Guillaume, l'Empereur adoube soixante damoiseaux. [Enfancet Guillaume, Bibl. nat., fr. 1118, P 83, 84.) Guil-

laurnes ot Vivien adoubé — Par seue amor en a cent adoubez. (Covenant Vivien, v. 9

et 11.) Quand le roi d'Angleterre adoube Witasse, fils du comte de Boulogne : En dona à trente armes poramor de 1' mescliin. (Godefroi de Bouillon , v. 1609 et suiv.) — Les textes des historiens sont ici, comme partout, en pariait accord avec ceux de nos poètes, et, à ce point de vue, Lambert d'Ardres est particulièrement précieux. Quand Arnoult II est fait chevalier par son père en 1181, son père confère en même temps la chevalerie à plusieurs antres damoiseaux. (Duchesne, Preuve* de la maison de Couru , p. 247, etc.) = ' De plaine terre taillit tut Fromondint; = Fi*t un estai, arrières s'en revint. Ifiarint li Lointains, II,

Lui, modeste et calme, se tient sur Veillantif au repos. 11 attend qu'on lui apporte ses deux dernières armes, celles qu'on ne donne

Pig. 45, 46, 47 Ecu vu à l'envers, écu vu de côté, d'après les dessins de Viollet-Ie-Duc {Dtclioyinuire du mobilier, Y, p. sis(

reproduits avec l'autorisation de l'édileur). — Lance et gonTanon, d'après le sceau de Raoul,

comte de Vcrniandois (1116).

qu'au cavalier en selle : l'immense écu cambré, qui couvre un

147.) De plaine terre est es ardions &aillis ; — Fist un eslais, arière est revertis ; — Urte du coûte duc Namon le flori, — Si que porpoi qe il ne l'abati. (Ogier, v. 7323-7520.) Li quens Raoul, qui molt fist à loer — A l'endemain fist Bernier adouber — Des millors armes que il pot recouvrer : — El' dos li vest l'auberc tenant et cler — Et lace Pelme qui fu à or parez — Et çainst l'espée c'on li fist présenter : — Son bon destrier Bernier i va monter. — Dès que Bernier fu el' destrier montez, — A grant merveille par fu bien adoubez. — L'escu saisi qui fu à or bendez — Et prent l'espieu qui bien fu acerez, — Le confanon à chic clox d'or fermez. — Fait un estais, si s'en est retornez. — Emmi la place fut molt grant li barnez. — Dist l'uns à l'autre. « Cis est molt bien armez. » (Raoul de Cambrai, p. 23-24.) On lui amainne un auferrant destrier. — Gautiers i saut qu'estrier n't voit baillier. — Lors, li baillièrent son escu de quartier.... — Hante ot moût roide... — Faitun eslais, si s'en retourne arier. — Dist l'uns à l'autre : « Ci a bel chevalier. » (Ibid., p. 14'J, 150.) On li amoine un auferrant destrier. — Il i monta par le senestre eslrier. — A col li pendent un escu de quartier — Et en son poing un roit espié d'acier. — Fist un eslcs sor l'aulerrant corsier. — Qui le veïst des espérons brochier — Et par la cort guenchir et eslascier — Et son escu lever et embrascier, — Et son espié brandir etpamoier... — Dist l'uns à l'autre : «Ci a boin chevalier. y>(Girursdv Viane, p. 21, 22.) On voit par ce dernier exemple que le nouvel adoubé daignait parfois se servir de l'étrier et, en second lieu, que l'on montait à cheval par le senestre lé. (Cf. Jourdains de Blahies, v. 893.

L' i:\TIiEE DANS LA CIIEVALEH1E.

homme tout entier1, et la lance qui a huit pieds de haut*. Sur l'écu à fond d'azur sont peints deux lions d'or; au haut de la lance flotte un étroit et long gonfanon rouge, à trois langues, et dont les pointes descendent jusque sur le heaume du jeune chevalier. Rien ne lui manque plus , et il ne lui reste qu'à prouver à toute cette foule qu'il est vraiment un cavalier accompli. Monter i cheval, c'est fort bien; mais comment trotte-t-il, et sait-il galoper? Allons, allons, un temps de galop !

Ce temps de galop s'appelle Y estais, et il est un des éléments les plus obligatoires, les plus officiels, de ce long rituel de l'adoubement chevaleresque. L'enfant s'y soumet très volontiers, donne de l'éperon

et part comme un orage. Les cris redou- d-.Pré..«ta

Fit; W Le dicta 1er à clieval avec l'écu, la lance et le gonranon.

•ceau de Robert de Vitré (II5»-II«1>

blent; l'admiration est à son comble. Il s'amuse de cet enthousiasme, caracole et fait peur aux gens avec son gros cheval5. Les dames frissonnent un peu et jettent de petits cris d'effroi; les barons rient de leur peur et les rassurent; Yeslais est fini.

Guide Bourgogne, v. 2266, Anlioche, II, 155); mais le saut en selle sans le secours de l'étrier a toujours été considéré comme le fait d'un cavalier émérite. C'est ce que fait encore Godeiroi déjà vieux, sous les murs de Jérusalem : Li Rois saut en la sele qu'àestrief ne sol gré. [Jérusalem, v. 6(>96.) C'est ce que fait aussi le vieux Doon, sexagénaire et père de douze enfants : Puis sailli es ardions, que n'i bailla estrier. (Gaufrey, v. 225.) Tout ce qui concerne le cheval et son harnais trouvera naturellement sa place dans le chapitre consacré à la vie militaire. = ' L'écu du xn* siècle est de forme oblongue, cambré, voutU, pointu par en bas. Ses proportions sont énormes (dans la tapisserie de Bayeux, environ 1",50 de long et 56* de large). On le fabrique avec des planches recouvertes de cuir, et l'on assujettit ce cuir sur le bois au moyen de bandes de fer qui deviendront un jour l'une des origines du blason. Sur l'écu ainsi composé, des peintres spéciaux figurent des animaux ou des fleurons. Au centre de l'écu est une proéminence nommée dans l'antiquité umlo et au moyen âge boucle (qui a donné son nom à IVcii bouclier, puis au bouclier). Quand on ne se bal pas, on porte l'écu suspendu à son cou par une courroie nommée guige; quand on se bat, on passe son bras gauche dans les énormes, qui sont des espèces d'anses disposées à l'intérieur du i bouclier ». On trouvera dans noire chapitre sur la a Vie militaire du chevalier », des Notices beaucoup plus détaillées sur chacune des pièces de l'armure défensive et offensive au xu* siècle. = * L'élément principal de la lance est le fût, hanste ou bois, qui est de frêne, de pommier ou de charme. Cette nantie (qui est alors unie et toute droite) se termine à sa partie inférieure par une pointe ferrée que l'on nomme artstuel, et à sa partie supérieure par un fer qui est généralement en forme de losange. Cest au-dessous de ce fer que l'on fixe, avec quelques clous, le gonfanon de forme rectangulaire, à trois ou quatre langues. Le gonfanon est de couleurs variées, et parfois orné de figures qui ne deviendront héraldiques qu'au xui« siècle. = s Fait un eslai, arrières s'en

Mais, après Yealais, reste la quintaine. C'est la dernière épreuve du nouveau chevalier, et le dernier plaisir, hélas! d'une aussi belle journée.

Notre jeune baron est bon cavalier, et vient d'en fournir la preuve. Mais est- il adroit? Est-il fort? Cette lance qu'il paumoie si fièrement entre ses jeunes doigts, cette longue lance en bois de

Fig W.Le chevalier acheva!, avec l'écu, l'épée, les étriers et les éperons (d'aprèa le sceau de Raoul de Fougères, liai G Deuiay, Le Costume de guerre et d'tipparat. pi. XII. fig. 53 )

frêne, sait-il s'enservir?Et s'il avait là un païen devant lui, sauraitil, du haut de son cheval, le viser au bon endroit, l'atteindre, le frapper, l'abattre? C'est ce qu'il s'agit maintenant de savoir1, et c'est ce que va démontrer la quintaine. A l'œuvre!

Pour un tel exercice, une longue étendue de terrain est rigoureusement nécessaire. Mais n'y a-t-il pas, près du château, cette immense prairie où l'on va se promener le dimanche1? Les quinze

revint ; — Hurte de coste dant Bernart de Naisil — Por un petit que il ne l'abati : — « Sire viellars, tout en riant li dit, — De ma mesnie serez, je le vous pri », etc. (Garnis li Loherains, 11, 147.) = * Verrai com ses tes armes manoier — Et ton cheval conduire et eslessier, etc. (Aliscans, éd. Jonckbloet, v. 7725, 77-26.) « Aies delivrement, la quintaine levés. —Si i ferons joster nos noviaus adobés : — Verrons com i ferront des espiés noelés. (Renaus de Monlauban, p. 49, v. 30-52.) Si i ferai un caup por mon cors esprover, — Savoir se mes poroie mes garnimens porter — Ne en ruiste bataille chevalier encontrer. (Aiol, v. 8610.) = * Une quintaine drecent là fors es preis. (Raoul de Cambrât, éd. Le Glay, p. 25.) Une quintaine

adoubés s'y dirigent, à la file, haut chantant à vois clere1, joyeux et le cœur en fête, sur leurs beaux chevaux tout frémissants et ruisselants de sueur. Toute l'assistance les y précède ou les y suit. Le pré se couvre de chevaliers et de dames* en bliauts de cendal, en manteaux d'hermine. C'est une mosaïque éclatante et un brouhaha joyeux sur l'herbe verte. Vêtus d'habits plus sombres, les gens de peu, les vilains s'empressent au second rang, et prennent leur petite parla cette grande fête. Le spectacle est tout à fait charmant.

Mais enfin qu'est-ce que la qmntaine?

La quintaine1 est une sorte de mannequin grossier que l'on dispose au haut d'un poteau (estache ou paisson) et qui se compose invariablement des deux éléments suivants : « un ou plusieurs hauberts, un ou plusieurs écus. » Les écus, naturellement, sont toujours placés sur les hauberts. Et cette poupée fort primitive représente, aux yeux de nos chevaliers, un de leurs ennemis, un infidèle, un païen.

A un signal du seigneur ou du roi, à ces mots : « Levez la quintaine », les sergents s'empressaient, et incitaient debout le poteau qui avait été préparé à l'avance et était étendu à terre.

a drecie ens es prés. (Beuvet d" llanslonne, Bibl. nat., fr. 12548, f' 190.) Une quintaine faites drechier es prés. (Aiol, y. 8659. Cf. t. 9922.) En mi ces prés, sor la rivière large, — Une quintaine métrai (Êliede Saint-GilUi, v. 69, 70). Etc., etc. = ' Buevet de Commarchis, y. 92. = * De maintes dames veûs et esgardez (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 26). = * La plupart des érudils nous paraissent s'être trompés sur la nature de la quintaine : Ducange, en sa vu" Dissertation sur CHitloire de lamt Louis, la définit ainsi qu'il suit : • Une espèce de buste, posé sur un plateau oii il tourne sur un pivot, en telle sorte que celui qui arec la lance n'adresse pas au milieu de la poitrine, mais aux extrémités, le fait tourner; et comme le buste tient dans la main droite un baston ou une espée cl de la gauche un bouclier, il en frappe celui qui a mal porté son coup. » Kicn n'est plus contraire qu'une telle description à tous les textes de nos vieux poèmes, où il n'est question ni de buste, ni de pivot. Même inexactitude dans cette note de Le Glay en son édition de Raoul de Cambrai (p 21) : « L'exercice de la quintaine consistait d'ordinaire à élever sur un pivot les pièces d'une armure. El le cavalier devait, la lance en arrêt, s'élancer à toute bride sur le pivot et le frapper en plein milieu, sous peine de voir la quintaine se déranger et les lourdes pièces de l'armure le frapper à la tète, aux cris et huées des assistants. » L'article de M. Viollet-lc-Duc'en son Dictionnaire du Mobilier est superficiel et sans précision. Quant aux représentations fournies par Strult (The Sports and Paslimes ofllic peuple of England, liv. III, c. I (éd. W. Howe, 1831, p. 113 et ss.), elles ne répondent en rien aux indications très précises de nos textes français, et ce sont d'autres quinlaines que les noires. (Cf. une note de P. Paris, Berte aux grenu pies, p. 245.) Les textes suivants, que nous sommes forcé de citer in extenso, sont de nature à justifier chacune de nos affirmations. !• Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, pp. 25, 26 : Une quintaine drecent, là fors es preiz, — De deus escus, de dtus haubert sa fret. — L'enfes llernier c'est en hautescriez: — « Sue Ileraul, envers f moi entendez... — En la quintaine. c'il vos plaist, me guiez. » — Et cil respont : « Vo-

Il s'agissait, pour les joueurs, de se précipiter alors au galop de leurs chevaux, la lance en arrêt, et de donner en passant un coup de lance contre la quintaine.

Et la victoire appartenait à l'heureux chevalier qui, d'un seul coup, arrivait à percer les écus de part en part, à démailler les hauberts, et enfin (c'était là le chef-d'œuvre du genre) à arracher de terre le poteau lui-même , qui ne faisait plus qu'un tas informe avec les écus troués et les hauberts en lambeaux.

Pour augmenter la difficulté du jeu et offrir plus de résistance aux coups des joueurs, on juxtaposait souvent, l'un devant l'autre, plusieurs de ces poteaux, munis ainsi d'écus et de hauberts. On n'allait guère au delà de deux paissons; mais enfin, il y avait cer-

« lentiers et de grez ». — Beraut le guie, Bernier fu desreez : — En la quintaine fu si grant cox donez, — Ja par bastart mais si grant ne verrez, — Que les escuz a ambedens trouez — El les haubert desmailliés et fauseiz. — Li uns des pex est fendus et troez — Que très par mi est li espiex passés. — Il fait son tor, si s'en est retornez ; — D'ambes deus pars est raervelles loez, — De maintes dames veûs et esgardez. 2" Elie de Saint-Gilles, v. 70 et ss. : Une quintaine métrai sor •//■ estaecs — Et si avra -n- escus de Navaire — Et un aubère dont tenant ert la maille, — Et s'i feras un cop par vaselage. — Se tu le perces et lu Vauberc desmailles, — Lonc le proeche le te ferai je auques... » — Il se traient arière, et li enfes s'aïre — Et fiert en la quintaine moul grant cop à délivre, — Les escus a perciés et les haubers deslice. — Les estaces abat et toutes les debrisse. o" Aiol, v. 9925 : La quintaine fout faire ens eF pré verdoiant. — Ce fu de quatre estaecs d'un fort escu tenant. — Aiols point le destrier c'on claime Pasavant... — Et fiert en la quintaine par son fier maltalent — Que l'escu fait percier sor la boucle à argent — Et les paissons tout quatre froisa de maintenant. — L'cscus et la quintaine edi de maintenant. 4° Aiol, ibid., v. 8638 et suiv. « Je vous pri et requier por sanite carité — Que vous une quintaine faites drechier es prés. — Si i ferai un caup por mon cors esprover... » — Elies point et broche et trespasse un fossé — El fiert en la quintaine un cop desmesuré — Que rés à rés la tere fist l'estache froer — Et si fisl la quintaine par devant lui verser. 5° Aliscans, éd. Jonckbloet, v. 7719 et suiv. « Renoart sire, dit Guillaume au vis fier. — Por vos ai fet la quintaine drecier — Sor .V. estaches, sor .V. haubers doublier — El .V. escus qui lot sont de quartier... » — François s'arengent, si se traient arrier — Et Renoars a hurté le destrier, — L'escu enbrace à loi de chevalier, — Brandist l'espié au fer tranchant d'acier,

— En la quintaine fiert grant cop et plenicr : — Les . V. escus fist toz fraindre et percier, — Les . V. haubers desrompre et desmaillier, — Les . V. estaecs et froer et brisier — Que en un mo[n}t a fet toi trebuchier; — Au tor françois est revenuz arrier. C° Renaus de Montauban (p. 49, v. 35; p, 50, v. 13). La quintaine ont levée par le commant Karlon... — Atant s'est eslaisiés Renaus, li fiuz Aimon, — Et a brocié Baïart qui li cort de randon — El a brandi 'l'espié qui fu agus en son — Et fiert en la quintaine par tel devision — Que l'escu a percié et l'estache deront, — De la terre esracha tôt voiant maint baron. — Tôt abat en un mont Renaus, cil de Dordon. — 7° Godefroi deRouillon, v. 1620 et ss. Une quintaine lievent sur deus estaus dolés; — Un hauberci ont mis qui à or fu saffrés — Et desore fu mis un fors escus listés. — Et Witasse li enfes i vint tos abrievés. — Un colp i vait ferir, quant il fu achesmés

— Que par desos l'escu fu li haubers fausés, — Par dedelés l'estache est li espiés passés — Enfresi que as poins li est outre colés. — D'autre part l'en traist fors ; puis est outre lornés.

— Ligonfanons de soie est en l'escu remés. Etc., etc.

L'ENTRÉE DAiXS LA CHEVALERIE. 333

tains cas exceptionnels où l'on avait à jeter bas quatre ou cinq entaches. C'est presque invraisemblable'.

Tel est pourtant le jeu qui a ravi et passionné toutes les générations de nos pères, moins difficiles et moins raffinés que nous ne sommes; telle est l'origine de tous les « carrousels » contemporains. Que le haubert antique ait été remplacé par une tète en carton, il importe peu. C'est le même exercice ou le même jeu, et les cavaliers de Saumur, en 1884, ne sont ici, sans le savoir, que les copistes des chevaliers du ni* siècle.

C'est à regret cependant que, pour nous faire mieux comprendre de notre lecteur, nous avons tout à l'heure assimilé la quintaine à un jeu. C'était plus qu'un jeu: c'était une épreuve. Que dis-je? c'était parfois l'épreuve suprême et décisive, et dont pouvait 'dépendre toute une vie chevaleresque. Pensez-y donc. Le vieux baron féodal s'était posé, toute sa vie, ce grand problème : « Mon « fils saura-t-il se battre? » Et voici l'instant venu où, grâce à un exercice un peu sauvage et puéril, il va enfin avoir la réponse à celte question qui l'inquiète et le dévore. Vous comprenez son anxiété. 11 ne faut pas se figurer, après tout, que l'horizon de la vie féodale fût très étendu, et il nous semble préférable de voir humblement les choses comme elles étaient. Tous ces barons étaient avant tout des soldats, et tous ces châteaux des écoles de cavalerie.

Au début d'une de nos plus curieuses chansons, nous assistons à une scène qui, dans sa rudesse sincèrement féodale, nous fait comprendre toute l'importance de la quintaine. Le vieux comte Julien de Saint-Gilles veut éprouver son fils Élie, dont il vient de faire un chevalier. Or c'est un baron de la vieille roche que ce Julien, et, lorsqu'il donne la paumée à son enfant, il lui détache un coup à assommer un bœuf. Mais il ne se tient pas pour satisfait, et attend avec fièvre l'heure de la quintaine : « iN'ouhlie pas, dit-il « à Élie, que si tu n'abats pas la quintaine, je te déshérite. Tu pour- « ras chercher ailleurs une autre terre ; tu n'auras pas la mienne. « Marche. » L'enfant obéit, en rongeant son frein, et ce n'est pas sans peine que ce Rodrigue subit les brutalités de ce Don Diègue. 11 se lance à corps perdu et, pour son coup d'essai qui vaut un

1 Deiï pieux (Elie de Saint-Gilles, v. 70; Godefroi de Bouillon, v. 1620, etc.), Quatre pieux (Aiol, t. 9921); cijq pieux (pour le géant Uenoart, Aliscans, v. 7721).

coup de maître, perce les écus, déchire les hauberts, met en miettes les poteaux. Oh alors! le vieux père se déride enfin, il exulte, il triomphe, il rit : « Je te donne ma terre, dit-il à Élie. « Elle est à toi. » Mais Élie n'a pas oublié les menaces paternelles, et c'est à son tour d'être fier. «Vous parlez follement, s'écrie-t-il. « Je n'en veux pas, de votre terre, et, pour rien au monde, je ne « consentirais à rester en ce château. Je pars. » Il dit adieu à son père, et court à ses aventures1.

Un beau coup de quintaine suffisait à faire la fortune d'un homme, tout comme aujourd'hui un bon livre ou un discours éloquent. Quand Renaud de Montauban, sous les yeux de Charlemagne, troue l'écu et brise le poteau, l'Empereur ravi laisse éclater son enthousiasme. Il n'y tient plus, et s'écrie : « Tu seras le Sénéchal de tout mon empire*. » Premier ministre! Pour un tour de force dont sont aujourd'hui capables les derniers écuyers de nos cirques ! Oui, certes, et cela n'étonnait aucunement nos pères. Encore un coup, il faut se mettre en leur place : la guerre était leur état normal et la condition de leur existence. Ce qu'ils estimaient le plus, c'était le bon guerrier, et le bon guerrier était, à leurs yeux, celui qui savait le mieux tuer son adversaire. De là l'importance et la vogue de la quintaine. Certains premiers ministres, en d'autres époques, sont arrivés au pouvoir par des moyens qui ne valaient peut-être pas ces coups de lance.

La « quintaine », d'ailleurs, ne figure pas que les païens : elle est encore le symbole visible des félons et des traîtres. Avec quelle joie on frappe dessus : «Tiens, Ganelon, tiens. » Dans ce « Robinson du moyen âge » que l'on peut si aisément composer avec la première partie de notre Doon de Maience, le vieux Gui, qui vit depuis longtemps caché au fond d'un bois, donne un jour les armes chevaleresques à son cher petit Doolin, qui a quinze ans. C'est un adoubement très rustique et incorrect. Le père n'a pas de lance à

1 Un quintaine métrai sor deux estaces... — Et s'i feras un cop par vaselage. — Se tu le perces et tu l'auberc desmailles, — Lonc le proeche te le ferai je auques. — Et se je voi que tu ensi le faciles — Qu'à honte tort n'a moi n'a mon lignage, — N'en porteras de V mien qui un seul denier vaille. — Moi et ma fille demorons en mes marées : — Quant je morai, sien* ert mes iretages, » Élie se tire victorieusement de l'épreuve, et le vieux Julien de s'écrier : « Biaus ficus, moût serés preus, li cors Dé vous garisse. — Dès or vous doins « ma tere, si Tarés toute quite. — Sire, clie dist li enfes, vous parlés de folie. — Gène me i remanroie por à perdre la vie. » (Élie de Saint-Gilles, v. 70 et ss., v. 139 et ss.) =sSenes-

donner à son fils : « Prends cette perche. » Il n'a pas sous la main les éléments d'une vraie quintaine, mais il sait s'en passer : « Tu vois ce hêtre, lui dit-il. Cours dessus au galop, et que je sache « si tu es vraiment adroit à cheval pommelé. » Le jeune Doon ne se le fait point dire deux fois : il pique sa bête, atteint le hêtre du premier coup, et met sa perche en morceaux. « Bien, très bien, « s'écrie le père. — Ah ! dit l'enfant qui a saisi son épée et s'est « mis à pourfendre le fau, il ne faut pas vous étonner, mon père. « Je me suis figuré que cet arbre était le traître Herchenbaut, « mon persécuteur et celui de ma mère. Voilà pourquoi j'ai visé « si bien et frappé si dur*. »

Le jeune baron dont nous écrivons l'histoire n'a pas encore, comme Doolin de Mayence, rencontré des traîtres sur son chemin. Il n'en veut qu'aux Sarrasins, et c'est aux Turcs qu'il pense lorsqu'il met sa lance en arrêt et enfonce ses éperons dans les lianes de. Veillantif. Un grand silence se fait soudain dans la prairie. Tous les yeux des hommes sont fixés sur la quintaine, et tous ceux des dames sur le « quintainier ». Que va-t-il arriver? Vous le devinez sans peine. Cinq minutes s'écoulent. Un coup sec retentit; puis, un bruit de ferraille et de bois brisé. On s'élance du côté de ce bruit, et les dames font cercle autour d'un petit monticule où l'on distingue deux écus qui sont à jour, deux hauberts déchirés comme un habit de pauvre, et un poteau fendu par le milieu. Le gonfanon de la lance a été perdu dans la bagarre; mais enfin la quintaine est à bas, et le nouveau chevalier est décidément vainqueur. C'est à qui lui fera fête, lorsqu'avec son brave Veillantif il revient à reculons, en arrière, au tor françois*. Il fait le salut de l'épée, descend de cheval, se laisse embrasser par les dames1, répond à sa mère qu'il n'est aucunement fatigué, boit un plein hanap de vin qu'on lui présente1... et essaye d'être modeste.

N'allez pas croire cependant que tout soit terminé. Ces hommes étaient de fer, et l'on était homme de bonne heure. Notre enfant remonte à cheval : car il lui faut maintenant behourder un peu avec

chai vos ferai de ma grant région, (lienaus de Monlauban, \>. 50, v. 23.) = ' Doon de Maience, y. 2538-2077. = * Au tor françois est revenuz arrier. [Alùcant, éd. Jonckbloet, v. 77-41.) = îCortoisement a tret le bratit d'acier... — Dame Guiborc l'est alée enbracier (/£«/., v. 7745, 7749, etc.) =*Repairiésont, quant il ont bebordé, — A l'oslel Dogue ont le vin demandé

ses amis, voire avec les écuyers et les damoiseaux. Behourder, c'esl se battre pour rire, et le behourd, c'est de l'escrime à cheval. Le jeune baron est d'autant mieux disposé à accepter cette nouvelle fatigue que plusieurs de ses compagnons n'ont pas été heureux à la quintaine1 et espèrent prendre leur revanche au behourd. Donc, on se dispose dans le pré; on s'apparie deux par deux; on se délie; on se jette l'un sur l'autre; on fait tourner les destriers sur eux-mêmes; on les lance, on les arrête court, et l'on brise joyeusement sa lance contre l'écu de son adversaire1. Autour de chaque paire de combattants, un cercle s'est formé, et ce ne sont partout que cris et battements de mains. Un beau soleil jette ses clartés sur cette petite guerre qui menace parfois de devenir plus sérieuse qu'on ne voudrait. Plusieurs valets sont déjà blessés, et il faut que le père du nouvel adoubé intervienne enfin, avec sa grosse voix, pour mettre fin à un plaisir qui se change en danger. Li cuens a fait le jeu laissier Qu'il ne se blecent as lances abaissierz. Mais, ici encore, le héros du jour, c'est notre jeune baron : « 11 n'y a pas, dit un jongleur fort applaudi, « il n'y a pas de plus bel homme en cinquante cités. La targe « enluminée lui sied à merveille, et ceux qui le regardent se « disent qu'il a dû naître avec cet écu. S'il vit par ac, quel baron « ce sera ! » Et un second jongleur approprie à la situation le couplet suivant de Garin le Loherain :

Le Roi tint cour dans la cité de Langres — Où les barons sont venus de mille lieux divers. — C'est là que Garin fut adoubé chevalier — Avec Fromont, Guil-

— Et il lor fu volentiers présenté. (Garins li Loherains, I, 66.) = ' Assés i ont féru et Norment et Breton, — Mes ne l'ont empirié la monte d'un boton. (Renaus de Montauban, p. 50, v. 11, 12.) = s Li Borguignon ont Aubri adoubé... — Quaiit mangié orent et midis fu passés, — Chevaus demandent, on lor a amené. — Les escus prennent, behorder vont as prés. (Garins li Loherains, I, 86.) Le behourd, que l'on vient de mentionner, n'est pas précédé d'une quintaine; mais il n'en pas de même dans Aliscans, le jour de l'adoubement de Renoart, et c'est après la quintaine que le behourd commence : « Por Renoart ennorer et prisier,

— Ont bouhorilé vallet et chevalier. — La veïssiez essaier maint destrier. — Et trestorner, et poindre, et eslessier; — Maint forte lance i veïssiez brisier — Sorles escus qui sont peint à or inier. (Aliscans, éd. Jonckbloct, v. 7752 et suiv.) =s Aliscans, 1. 1., v. 7759, 7700. Cf. le beau début de Girart de Roussillon . Ce fut à la Pentecôte, au gai printemps. 11 y avait maintes personnes au cœur l'rane. Le Pape vint et prêcha. La messe dite, Charles monte au palais jonché de fleurs. Au dehors, Girart et sa mesnie bâtissent des quiiitaines et se livrent à maint exercice. Le Roi l'apprend, et le leur défend. // craint que des jeuxon n'en vienneaux </îs/H<tes.(Trad.P.Meyer, p. 1, § 1.)

laume, Begon le vaillant — Et maint prud'homme dont je tais les noms. — Belle est la fête et les nouveaux chevaliers l'ont bien célébrée. — Après le repas ils sont sortis du palais — Et ont été à leurs maisons où ils sont montés à cheval. — Ils ont pris leurs écus et ont jouté. — Begon est monté sur le bon cheval Baucent — Qui fut très beau et lui avait été donné par le Roi. — Begon était preux, il était de grande noblesse — Et, tenant bellement l'écu enluminé, — 11 chevauche aussi droit que faucon empenné. — Et tout le baronnage de France le contemple'.

Ainsi chantent les jongleurs, et ils ne sont que l'écho de toute l'assemblée.

La nuit approche, l'ombre descend sur les prés, et il faut songer à revenir au château. Nouveau repas ; nouvelle séance de musique ; nouvelle et dernière distribution de présents superbes à toute l'assistance. Les jongleurs remettent dans leurs étuis leurs psaltérions, leurs aphonies et leurs vielles ; les convives, un peu alourdis, prennent congé et s'éloignent. Ce château, si bruyant tout à l'heure, devient peu à peu silencieux et désert. Le nouveau chevalier dit adieu à sa mère, se désarme, se jette sur son lit et doit.

Retiré dans sa chambre, le père ne dort pas, et suppute, en homme d'ordre, ce qu'a bien pu lui coûter cette terrible journée. Certes la fête a été belle, et l'on croit qu'il n'y est guère venu moins de cent chevaliers et de deux cents damoiseaux'. Mais que de dépenses, juste ciel, que de dépenses*! Et comme ils ont été bien inspirés, ces législateurs inconnus qui ont accordé au seigneur le droit de recevoir une aide pécuniaire de tous ses vassaux « pour l'adoubement de son lils aîné >. il n'y a pas, non, il n'y a pas de meilleure coutume. Trois autres aides du même genre lui sont encore dues : « le jour de son départ pour la Croisade, » mais il en revient; « le jour où il est fait prisonnier, » mais il l'a déjà été (rois ans en Terre Sainte, et « le jour enfin où il mariera sa lille aînée, » mais elle n'a encore que sept ans. Un adoubement de lils aîné, décidément c'est bien cher, et toutes les aides du monde ne couvri-

1 Garins li Loheraint, I, p. 63. = * Signor, franc chevalier, bien l'avés oî dire, — Quant bachelers s'adoube, jouene de barbe prime, — Por la joie de li li autre s'esbaudissent... — Tel* tel cent en i ol. {Elit de Sainl-GUlct, v. i 1 7.) = 3 Ces dépenses qui, connue le dit Lambert d'Ardres (cap. Lsxxvi,éd. du marquis Godefroy de Menilglaise, p. i9.ï), étaient parfois royales (lautioret quant regalet erpentœ), étaient ordinairement supportées par le consécrateur du nouveau chevalier, et c'était là une des formes du luxe des grands seigneurs. t'est ce que faisait Aubri de Bourgogne : Et HBorgoius list forment à proisier. — Uueques n'ot serjant ne chevalier [tic), — S'ilfusl frans honset d'armes ot mestier, — Que àsokcocst

ront pas de tels frais. Ah! ce soir il comprend, il approuve; il admire ceux qui restent damoiseaux toute leur vie pour ménager leur pauvre bourse, ou qui se contentent d'une petite paumée en . famille1, ou qui imitent ce personnage de Garin le Loherain, cette sorte de bohème, ce Rigaud qui professe un si magnifique dédain pour les riches fourrures dont on lui fait présent avant de lui ceindre l'épée chevaleresque1. Yoilà les vrais sages, les voilà !

Il ne veut pas s'endormir ce soir avant de s'être rendu, à première vue, un compte sommaire de tous ses déboursés. Ils sont énormes, et je me contente de transcrire ici les seuls titres des principales dépenses :

« Chevaux donnés aux nouveaux chevaliers (six chevaux liards, sept noirs, « deux sors').

« Faucons et éperviers donnés aux mêmes* « Robes et armes de mon fils5.

« Robes et armes de ses quinze compagnons6.

ne l' fâche chevalier. (Auberi, p. 248, v. 22.) C'est ce que fait encore Guillaume d'Orange, dans A liscans, pour son neveu Vivien qu'il adoube chevalier.il lui donne, comme nous le verrons tout à 1 heure, « cent heaumes, cent targes neuves, cent écus, et de la pourpre, et des manteaux, et des gonelles, et des selles, et des armes, tant que les siens en voulurent. » Parfois il arrivait que les frais se partagaient entre le nouvel adoubé, son père et le consécrateur : Multfu grande la feste eP palais seignoris. — Li Rois i done assés et du vairet du gris, — Et Aymes de Dordon palefrois et roncins — Et Renaus garnemens riches et de grans pris. (Renaus de Montauban, p. 50, v. 33.) Sur ces frais de la réception dans la Chevalerie, qui se compliquaient parfois de quelque donation considérable de charge ou de fief (Godefroi de Bouillon, v. 1533 et ss. etc.), voy. Sainte-Palaye, Mémoires, I, 63, et surtout Du Cange, au mot Miles de son Glossaire, IV, 399, etc. = ' « Plerique milites moderni temporis, patrimoniis intendentes, omissis sumptuosis solemnitatibus, saltem per infractum colaphum, militarem consequuntur dignitatem. » (Magnum Chronicon Belgii, ann. 1247.)= s Tout cet épisode de Rigaud, dans Garin le Loherain, est véritablement charmant. On lui persuade de prendre le bain chevaleresque : « Or vous alez baigner un seul petit — Et vous « arez et le vair et le gris ; » 11 répond qu'il n'en a pas besoin : « Ne sui cheû en gué ne en « larris. » Il refuse également le vair et le gris dont on veut l'affubler: « Je n'ai que faire ne de vair ne de gris ; — Trop de buriaus a mes pères Hervis. » Bon gré mal gré il faut qu'il revête un riche manteau et un pelisson hermin « qui li traîne demi pié acompli ». Mais il demande un couteau, et coupe un pied et demi de cette traîne qui l'embarrasse : « Or puis mieus courre et lever et sallir ». (Garins li Loherains, II, pp. 179-181.) = 5 Expensa miliiise comitis Atrebatensis anno 1237, Historiens de France, XXII, 580, 581 : « Equi novorum militum, etc. » Un cheval noir vaut alors 12 livres, un cheval liard 14 livres, un cheval « sor » 18 livres. A ses compagnons done... chevax et palefrois. {Godefroi de Bouillon, v. 887.) Si li dona l'ordre de chevalier. — Armes li done... et un riche destrier. (Auberi, p. 248, v. 20.) Aymes [i done assés] palefrois et roncins. (Renaus de Montauban, p. 50, v. 50.) = 4 A ses conpaignons done ostoirs et espreviers. (Godefroi de Bouillon, v. 887.) Li vaslés fait mener quatre chevax de pris. — Assés portent deners d'argent, et vair et gris, — Ostoirs et espreviers et griffax ademis. (Ibid., 770 et suiv.) =5 « Pro roba lingia Comitis et necessariis, etc. s (Expensa mililim comitis Atrebatensis, 1. 1., 580.) = 6 Expensa militiœ comitis

« Robes données à ma femme et aux dames invitées , fourrures, vair et gris, « hermine, martre, etc. '.

« Fermaulx, ceintures d'or, etc. :.

« Dîner*.

« Présents aux jongleurs *.

« Récoltes détruites dans la campagne par les chevaliers et valets , et qu'il « faudra payer aux vilains *.

« Largesses et aumônes ". »

La Summa totius expensae, le total est tellement effrayant que je renonce à l'idée de le faire connaître à mes lecteurs. Quant au vieux baron, il en est littéralement épouvanté et, pour l'oublier durant quelques heures, prend le parti héroïque de se coucher et de dormir.

Pendant ce temps, le nouveau chevalier rêve de sa chevalerie nouvelle. 11 va donc avoir le droit de porter l'épée au côté7; il va donc avoir le droit d'entrer, tout armé, à l'église' ; il va donc avoii

Atrebatensis,]. 1., 582 : « Pro quindecim paribus robarum escarlate, pro novis militibus. » p. 580 : • Robae sericae novorum mililum et cendatum ad easdem robas, et culcitrae pictae, » etc., etc. (Cf. Enfances Guillaume, Bibl. nat., fr. 1448, f" 85.) A ses compagnons doue garnement et conrois. (Godefroi de Bouillon, v. 887.) Li vaslés n'a mantel ne bliaut ne hermine — Que li ne doinst trestot. (Ibid., v. 868.) a Quant je à Ternies vos oi armes doné, — Por voslre amor i furent adoubé — Cent chevalier et d'armes conreé. t> (Aliscans, éd. Jonckbloet, t. 842-844.) L'édition Guessard et de Montaiglon, d'après le manuscrit de l'Arsenal, contient, avant celte laisse, un couplet de plus, où Guillaume rappelle, avec plus de détails. le souvenir de l'adoubem nt de Vivien : t Neveu Vivien, — Quand je t'adoubai chevalier, dans mon palais à Termes — Par amour pour toi je te donnai cent heaumes, — Cent larges neuves, cent escus — Et de la pourpre, et des manteaux et des gonelles, — Et des selles et des armes, tant que les tiens en voulurent. » = ' Expenta comitis Atrebaientis, 1. 1. 582 ; Vitlorient de France, XXII, p. 5 : Li Rois i done assés et du vair et du gris. (Renaut de Monlauban, p. 50, v. 3i.) =* Expenta mililix comitis Atrebalensis, 1. 1., p. 581 : « Pro uno fermallo quem Cornes habuit die suie militix ad collum suurn... Pro tribus emeraudis, etc. • = * a Diem solemnem in lautissimis et delicatissimis cibis et potibus peregerat. t (Lambert d'Ardres, cité par Duchesne en ses Preuves de la maison de Coucy, p. 234.) Ce fu à l'endemain que jors fu esclarcis — Que Korle tint sa cort, I'Emperere au fier vis; — De 1' vin servi Renaus et Aalars li marchis. — Guichart porta le pain et li preus Richardins. — Molt furent bien servi li chevalier de pris. — Chars ont et venoisons et cers de graisse pris — Et piment et claré ont assés à eslris. — Tuit beneissent Karle, le roi de Saint-Denis : — Car pièça mais ne furent nul jor si bien assis. (Renaus de ilontauban, p. 51 , v. 4 et ss. Cf. VExpenta de Robert d'Artois.) = * Expensa militiœ comitis Atrebatensis, 1. 1. 80: • Summa ministerellorum... Pro estivatore imperatoris... Pro trompatoribus... = 'Pro bladis destructisperequitantes. (Expenta pro militia Philippi, filii régis, 1267 , Historiens de France, XXI, 397.) = • Livraison fist as povres douer. (Godejroi de Bouillon, v. 805.) Par trestotes les rues fist li enfes huchier — Qu'il viegnent à sa cort qui or voira mengier. = Onques n'en ot la nuit à son ostel wissier. (Ibid., v. »02 et ss. = ' Quar nus ne ceignoit brant d'acier — Adonc, s'il n'estoit cheealici . (Blanchandrin, cité par Ducange, au mot Milet,l\, p. 401.) =* Car je vous di en vérité — Que li chevalier a pooir — De toutes ses armet avoir — Et en sainte église avorter, — Quant il vient le messe escouter, — Que nus mauves ne contredie — Le serviche le lill Marie. (OrJene de Chevalerie, éd. Méon,

L'EMllÉE DANS LA C II E VALERIE.

le droit de porter le vair et le gris1; il va donc avoir le droit de s'asseoir à la table des autres chevaliers' et le plaisir de voir tout le monde se lever devant lui5 ! Que d'honneurs ! Mais aussi que de devoirs ! A quand la prochaine guerre?

De même que Goethe disait en mourant : «. Lumière, lumière, » le nouveau chevalier, s'éveillant en sursaut, s'écrie : « Bataille, bataille. »

Et il se rendort.

v. 402 et ss.) = ' Or vous alez baigner... — Et vous arez et le vair et le gris. [Garint ULohcrains, H, p. 179.) Lire la note de P. Paris. =3 Ducange, au mol Miles, iO^. L'exemple cité n'est que du xiv" siècle. = 3 Et se doit on contre eus lever — De si loing c'on les voit venir. (Ordcne de Chevalerie, éd. Iléon, v. 458, 459.)

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Le roi Yon de Gascogne apprend a sa soeur Clarisse qu'il la Tout marier arec Renaud do Monlauban p. S55). Composition de Luc-Olivier Merton.

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