‹ La Chimie dans l'industrie, dans la vie et dans la natureChapitre 1 sur 48 · LIBRAIRIE G. REINWALD · texte numérisé non relu

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DEGRÀND FUND *

Bien avant de se rendre compte des phénomènes qui l'entourent, l'homme en observe les conséquences et en subit les effets.. La science inconsciemment prend naissance le jour où l'homme observe et applique ce qu'il voit.

L'art, parallèlement et indissolublement lié à la science, se manifeste ce même jour où l'homme a observé, où il a admiré.

Depuis le moment où la personnalité humaine s'est manifestée sur la terre, depuis la lointaine époque à laquelle remontent les premiers vesti-

pes retrouvés de son existence, cette personnalité û'a cessé de se développer par une lente évoliition dans la voie du progrès et par un accroissement continu de connaissances acquises.

L'histoire de l'homme, c'est l'histoire des sciences; — placée peut-être à un point de vue plus élevé ne donnant pas une place essentielle ii la date d'une découverte, mais tenant surtout compte de l'état des connaissances générales et dé la éôûceptîon des phénomènes de la nature.

I jn "il est intéressant de suivre l'homme pas à jiîis dans sa marche ascendante, de retracer à grands traita la vie de l'humanité et d'imaginer ses principales conquêtes!

La première découverte de l'homme fut prok* Me ment le feu qui lui servit pour cuire ses aliments, pour se préserver du froid et pour éloigner les betes féroces qui venaient rôder la nuit autour de la caverne lui servant de gîte.

Avec des pierres éclatées, plus tard polies, il obtint des armes qui, à la chasse, lui permirent de lutler contre les animaux dont il faisait sa pâture.

L'homme ne fut pas seulement chasseur : il chercha à obtenir facilement les produits comestibles do règne végétal. Les graines des grami-

IiNTRODUGTION

nées lui fournirent la farine, qui, malaxée avec de l'eau et cuite, produisit un pain lourd et grossier. Puis, il mélangea de la pâte de la veille à celle qu'il venait de préparer, et son pain leva.

Il observe que les fruits dont il se nourrissait, le raisin, la pomme, la prunelle, la pêche, laissent couler un jus sucré; abandonné à lui-même, ce liquide fermente, et la nouvelle boisson excitante et enivrante qu'il a ainsi obtenue lui plaît, le ravit. Il a ainsi créé inconsciemment une chimie primordiale.

La découverte des métaux est un fait considérable dans l'histoire de l'industrie humaine. Quelques-uns d'entre eux trouvés natifs dans le sol, l'or, l'argent, le cuivre furent tout d'abord exploités; puis on recueillit avec soin les quelques fragments de fer que l'on put rencontrer. Enfin la métallurgie prit naissance lorsque, par des traitements grossiers, on obtint des masses métalliques plus ou moins malléables, formées de bronze, de cuivre ou de fer.

Avec l'usage des métaux, nous pénétrons déjà dans les périodes historiques; les progrès vont devenir de plus en plus rapides — chaque découverte est féconde et en amène de nouvelles. — On cuit les aliments dans des vases d'argile ; on

construit des maisons en briques séchées et calcinées ; on tisse des vêtements avec les fibres textiles de certains végétaux; on se sert, pour s'éclairer et pour se chauffer, des huiles et des graisses; on trouve le verre et on imagine les glaces. On observe que certains Sucs végétaux amènent dans l'organisme des troubles néfastes, souvent mortels; d'autres, au contraire, peuvent ranimer un malade, donner une vie nouvelle à un moribond : on fonde ainsi les deux sciences si unies des médicaments et des poisons.

Le fait le plus remarquable de l'histoire de l'esprit humain semble alors se manifester : non seulement on connaît un grand nombre de phénomènes, non seulement on les applique journellement, mais on cherche encore à les expliquer et à les relier les uns aux autres.

Il faudrait Lucrèce pour reprendre et développer toutes les théories de la Grèce antique; il faudrait Aristote pour exposer toutes les théories et tous les systèmes, imaginés pour expliquer l'ensemble des phénomènes connus.

Le poème de la nature a constamment attiré Thomme; aussi a-t-il cherché sans cesse à en pénétrer les mystères et à en résoudre les problèmes. Le but suprême de sa curiosité inassou-

vie fut toujours de chercher la cause première et finale du monde qui l'entourait.

Thaïes, Anaximène, Heraclite invoquent un principe unique et primordial; — Empédocle imagine quatre éléments fondamentaux; — Leucippe et Démocrite conçoivent l'existence de particules extrêmement petites., d'atomes dont la réunion et la juxtaposition formeraient tous les corps matériels.

Enfin, les Épicuriens entrevoient la loi fondamentale qui régit tous les phénomènes de la nature : « Rien ne se perd, rien ne se crée. » Il y a deux mille ans que cette loi fut entrevue — il y a un siècle qu'elle fut appliquée, tant il faut de temps à l'esprit humain pour mûrir une pensée, en embrasser toute la portée, en envisager toutes les conséquences.

Le moyen âge fut encore plus fécond peutêtre en théories et en découvertes. Les Arabes rapportent en Europe toutes les connaissances de la Grèce et de l'Egypte et leurs recherches personnelles augmentent singulièrement le domaine de la science. Puis toutes les idées semblent converger vers la seule pensée du Grand Œuvre, vers la recherche de la transmutation des métaux et de l'élixir de longue vie.

On croit à l'unité de la matière; on croit que les métaux peuvent se transformer les uns dans les autres, peuvent mûrir, évoluant lentement vers le plus parfait de tous, vers l'or inaltérable, symbole du soleil, symbole de puissance, symbole de richesse. — Et si Ton recherche la pierre philosophate, le ferment qui doit produire l'or, on veut aussi trouver l'élixir qui prolongera la vie et qui permettra par conséquent de jouir plus longtemps de la fortune et du bonheur.

Cependant les lentes et patientes recherches des alchimistes restèrent de ce côté sans résultat : la pierre philosophale fut introuvable. L'élixir de longue vie resta un mythe et une fiction.

Que de découvertes néanmoins couronnèrent leurs recherches. L'un trouve l'alcool et l'autre l'ammoniaque; on connaît l'eau régale; on s'empare du phosphore; chaque pas en avant entraîne à sa suite des progrès incessants. Cependant toutes ces recherches sont hésitantes; ces découvertes sont décousues. Le hasard est pour beaucoup dans le succès des chercheurs : nulle voie pour 'es conduire, nulle base pour les soutenir, nul phare pour les diriger.

Des théories reposant sur une observation

incomplète servent de fondement à une science incertaine.

Bêcher et Stahl, pour ne citer que ceux-là, observent que les oxydes métalliques, tels que l'oxyde de fer, traités par le charbon, se transforment en métaux, en acquérant des propriétés nouvelles. Ils disent que le cuivre et le fer possèdent quelque chose de plus que leurs oxydes respectifs. Nous avons appris, en nous servant delà balance, que, au contraire, les oxydes proviennent de la combinaison de l'oxygène et du métal, et sont par conséquent des corps beaucoup plus complexes que les métaux qui leur ont donné naissance.

Il était réservé à Lavoisier de déblayer ce chaos et de frayer une voie nouvelle et sûre aux savants de l'avenir. Il montra le premier que, si Ton combine un poids déterminé de métal à un poids correspondant d'oxygène, le poids d'oxyde formé est égal à la somme des poids de l'oxygène et du métal. Il trouve donc cette loi si simple et pourtant fondamentale :

Le poids du composé est égal à la somme des poids des composants. Cette loi, qui nous paraît évidente aujourd'hui, a soulevé pourtant bien des polémiques et bien des controverses.

Avec Lavoisier, commence la science véritable. L'étude de la matière — la Chimie — n'est plus un ensemble de connaissances diffuses et éparses que Ton trouve partout, sans lien, sans cohésion; elle repose désormais sur des principes nets et définis.

C'est la science qui s'occupe de l'action des corps matériels les uns sur les autres et des lois qui régissent leurs combinaisons. — C'est l'étude de la constitution de l'air, de l'eau, des éléments du sol. — C'est la recherche des propriétés de ces éléments et du rôle qu'ils jouent les uns par rapport aux autres.

De cette connaissance va découler toute l'industrie humaine que nous avons vue éclore et grandir à travers la suite des siècles. C'est d'une part, la métallurgie, de l'autre, la préparation des produits chimiques. — Acides sulfurique et chlorhydrique. — Chlore. — Soude et potasse.' — Engrais. — Bases essentielles et fondamentales de toutes les branches de l'activité humaine.

L'alimentation et les besoins de l'économie domestique donneront] naissance à une infinité de produits qui se renouvelleront et se transformeront incessamment.

Si nous sortons maintenant du domaine de

l'humanité, si nous considérons l'univers tout entier, nous constatons qu'un mystérieux travail s'y produit sans cesse. La nature nous paraît en proie à une activité intense. Autour de nous, tout s'agite et tout se transforme; nous-mêmes, nous vivons et nous respirons.

La vie est donc une manifestation de très grande force et de très grande puissance dont la cause a attiré sages et philosophes et que les religions ont tenté d'expliquer. Quel que soit le spectacle qui nous entoure, quelle que soit la diversité des circonstances, toujours les manifestations vitales ne sont que des formes d'énergie dont la source se trouve dans les transformations de la matière.

Au bord de l'Océan frémissant, alors que le Soleil est à son déclin, que le ciel empourpré baigne la Terre d'une chaude et lumineuse atmosphère et que la mer au loin, accumulant ses vagues, vient ensuite les briser contre la falaise escarpée, nous sentons que tout vit, que tout s'agite et que ce monde entier se transforme et évolue. Au pied de la montagne couronnée de neige, le troupeau rentre à l'étable; dans la vallée, la moisson dorée ondoie à la brise du soir; la rivière déroule son ruban argenté entre les

peupliers et les saules se mirant dans son onde, et de partout semble s'élever cette même sensation suprême d énergie, de force, de vie. Dans le ciel azuré où l'étoile scintille, jetant un pâle reflet sur la Terre endormie, la matière sans cesse en travail semble se régénérer dans ces soleils lointains, creusets géants où des réactions d'une puissance inconnue manifestent leur intensité par un rayonnement prodigieux de chaleur et de lumière.

Le Monde est ainsi l'immense laboratoire où la nature sans cesse remanie et transforme les corps.

Toutes les forces ne sont que les manifestations de ces réactions .

L'art sacré, la Science d'Hermès, va donc s'étendre partout, englobant dans son sein toutes les vies des êtres animés et toutes les transformations des corps matériels.

Rassembler les connaissances que chacun possède, en former un tout unique — montrer que ce tout résume les faits que nous venons d'énuroérer, en faire la science qui s'en occupe, c'est-à-dire la chimie, la rendre saisissable à tous, tel est le but que nous poursuivons.

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