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CHAPITRE PREMIER

Commencer l'étude de la chimie par celle de ses applications semblera peut-être pour beaucoup une faute de plan des plus graves ; mais ce volume est loin de correspondre à un programme d'études ; il n'a d'autre but que d'intéresser le plus grand nombre de nos lecteurs à une science peu connue, de la leur rendre familière, de la leur faire concevoir dans sa beauté et son universalité.

Quoi de plus simple que d'entreprendre ce voyage rapide dans le, domaine de la chimie par l'étude de ce que Ton voit chaque jour ; la fabrication des objets usuels qui nous servent dans la construction de nos habitations et dans la préparation de nos vêtements, voire même pour notre entretien personnel et pour notre nourriture, nous paraît digne de fixer un instant notre attention.

Pour préparer la plupart de ces objets, nous devrons nous servir de matières premières, que nous mettrons en œuvre, d'appareils et d'outils qui nous serviront à tranformer ces éléments, en les chauffant, les brûlant ou les calcinant.

Telle sera donc notre première excursion en pays chimique.

Nous avons dit que la transformation des matériaux se faisait par chauffage, grillage ou combustion; notre premier point sera donc le chauffage industriel.

Puis, nous passerons en revue les différentes matières premières, les produits fondamentaux qui servent partout et pour tout ; c'est la grande industrie chimique.

Enfin, la préparation des métaux, la métallurgie, terminera ce chapitre où l'abondance du sujet ne lé cède qu'à sa diversité.

| i er . — Le Chauffage.

C'est une réaction chimique bien connue qui nous fournit toutes les élévations de température dont nous avons besoin. Personne, de nos jours, n'ignore plus que l'air atmosphérique qui nous entoure est composé, entre autres éléments, de deux gaz principaux, l'azote et l'oxygène*

Le premier ne présente que peu d'intérêt au

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point de vue pratique. C'est lui cependant qui domine dans l'air, mais il n'entretient directement ni la vie, ni la combustion ; c'est un corps généralement inerte qui ne joue guère, à première vue, que le rôle de diluant de l'oxygène ; il modère donc l'action de ce dernier.

L'oxygène, en effet, a une importance toute autre ; il entre pour i/5 dans la constitution de l'air et pour i/3 dans celle de l'eau. On le trouve combiné dans presque tous les corps composés, et c'est peut-être, de tous les éléments, le plus répandu dans la nature. Les Egyptiens le connaissaient, puisqu'ils avaient observé qu'un charbon enflammé brûle avec une grande intensité au-dessus d'un bain de salpêtre fondu.

Or, le salpêtre, nous le savons aujourd'hui

fournit dans ces conditions une assez grande

quantité d'oxygène. Quelques alchimistes l'ont

entrevu; Lavoisier et Scheele l'isolèrent.

Ses propriétés sont fondamentales; il est

essentiel et nécessaire dans la nature telle que

nous la concevons.

C'est ainsi que l'oxygène peut se combiner au

carbone pour former un corps nouveau, le gaz

acide carbonique.

Le carbone, lui aussi, est bien connu; c'est le

corps qui, pur et cristallisé, constitue le diamant.

Moins pur et affectant une autre forme, c'est le

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graphite. L'anthracite, les houilles sont composés en grande partie de carbone. Le bois, le papier, toutes les matières organiques en contiennent.

Brûlez du sucre, calcinez de la viande, il restera du charbon. Ce carbone, sous quelque état qu'il se présente, possédera toujours la propriété de fournir de Pacide carbonique et de dégager dé là chaleur et de la lumière, en se combinant à l'oxygène de l'air.

C'est à la combustion du carbone que nous empruntons la chaleur dont nous avons besoin l'hiver dans les appareils de chauffage si divers dont nous nous servons : une grille de coke ou de charbon de terre, une salamandre ou un poêle, enfin un foyer quelconque. De la masse incandescente, des petites flammes bleues s'élèvent, qui semblent voltiger autour du centre en igniiion; une chaleur intense rayonne, réchauffant l'atmosphère, les murs, les meubles mêmes; la température de toute la pièce s'élève. Le phénomène qui se passe dans la cheminée est donc un fait brutal, rapide. Le carbone en grande masse se combine à l'oxygène ; cette combinaison est accompagnée d'un dégagement considérable de chaleur et de lumière. C'est ce que Ton appelle une combustion vive.

Des phénomènes analogues se passent chez

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l'individu vivant. L'organisme contient du carbone en grande quantité, d'ailleurs dissimulé dans des combinaisons fort complexes. Toutes celles-ci, calcinées, donnent, en effet, du charbon.

L'oxygène est absorbé dans les poumons ; grâce au sang, véhicule qui le charrie, il pénètre dans tout l'organisme; et partout, grâce à la vie, un phénomène très modéré, très calme, se produit : le carbone se transforme encore en acide carbonique; s'il n'y a plus dégagement de lumière, il y a encore dégagement de chaleur et la température de notre corps témoigne de Pintensité des actions qui s'y produisent.

Cependant la modération de l'un, contrastant avec la vivacité de l'autre, a fait donner au second phénomène le nom de combustion lente.

Combustion vive ou combustion lente, le fait dans son essence n'est nullement changé ; c'est la combinaison de l'oxygène et du charbon, leur transformation en un seul corps, un gaz, l'acide carbonique; transformation effectuée avec un dégagement de chaleur considérable.

Autrefois, on n'employait guère que le bois comme combustible. En Catalogne, les minerais de fer sont encore traités dans des forges chatiffées au bois. Certaines industries de luxe, telles que la porcelainerie de Sèvres, chauffent encore

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leurs fours avec du bois dont la combustion est facile à régler.

De nos jours, la houille et ses dérivés, parfois le charbon de bois, quelques liquides comme le pétrole, sont universellement adoptés.

Les origines de la houille sont bien connues. Des débris végétaux des forêts primaires et secondaires se sont accumulés en amas considérables; des agglomérations de fougères arborescentes cl i le cycadées géantes ont été ensevelies sous des couches de plus en plus épaisses de (erre et de matériaux, et transformées peu à peu sous la double action de la chaleur et de la pression en une matière noire, compacte et brillante. Ces maUères organiques, lentement métamorphïséeSj sont devenues, suivant les conditions où H les se sont trouvées et suivant leur âge, de ['anthracite* de la houille ou de la tourbe.

L'anthracite, très compact, très dur, brûlant lentement, est le charbon que Ton emploie le plus fréquemment dans le chauffage des appartements, cette préférence étant tout naturellement indiquée par la faible quantité de cendres que fournil la combustion.

La tombe est du charbon en voie d'évolution:

ce n'est plus du bois, ce n'est pas encore de la houille. Végétaux enfouis dans des endroits marécageux, lentement putréfiés sous l'action

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