‹ La Chine en folieChapitre 9 sur 26 · L£ CONSULAT DE FRANCE EST MOMENTANÉMENT TRANSPORTE · texte numérisé non relu

L£ CONSULAT DE FRANCE EST MOMENTANÉMENT TRANSPORTE

A HARBIN

Tout va ! Garde soigneusement la maison, vieux Chinois ! Surtout veille au feu ! ! A la rigueur la France peut se passer d'un consul, mais d'un consulat! Tu sens la responsabilité qui pèse sur ta calotte de soie, j'espère?

Le Chinois m'encensait de profondes révérences.

— Ici, mon ami, tu es la France, tu m'entends. En m'inclinant devant ta casaque crasseuse, c'est le Quai d'Orsay que je salue. Au revoir! Bonjour à tes . femmes !

Mais Tsasg-Tso-lm ? Allons, trouve une idée, me dis-je. On ne te paye que pour cela et tu n'en as jamais!

Au cours de ma promenade avec le coolie, que j'aurais bien voulu étrangler, j'avais aperçu, au loin, le clocher d'une église catholique :

— Cocher, chez Messieurs les Missionnaires!

L'église était close, le bon Dieu sous clef. Peutêtre 1* avait-on, lui aussi, transporté à Harbin?

Je me mis à faire du boucan. Ce n'est pas un pays, criaîs-je à la ronde, c'est un cimetière» vous frappez aux portes et personne ne vous répond. Jusqu'aux curés qui sont Dieu seul sait où*

— Les curés? les voici, que leur voulez-vous? C en était un. C'en était même un beau. Son

accueil était si franc que Ton eût pu croire qu'il avait étalé son âme sur sa barbe,

— Mon Père» je suis un oiseau qui vient de France.

Le Père à qui cela rappelait un vieil air chanta, la main tendue : « Qui vient de Fran-an-ce ! »

— Renvoyez la voiture, me dit-il, je n'ai pas besoin de ce pucier devant chez moi.

— Soyez sans crainte, la voiture n'a plus de puces, je les ai toutes attrapées. Mon Père, lui dis-je, je n'ai pas de métier, alors je fais ce que je peux. Je voyage pour les journaux,

— Vous payènt-ils au moins ?

— Quand ils me voient, c'est pourquoi ils m'expédient au loin. Donc je viens ici pour Tsang-Tsolia. Je veux voir ce bandit.

— C'est un de nos amis.

— Je le pensais bien.

— Monseigneur vous introduira chez Tsang.

Le bandit n'a rien à lui refuser. Venez chez Monseigneur.

II y avait un évêque, j'étais sauvé.

Nous entrâmes dans la maison. Monseigneur était sur sa porte,

— Tsang-Tso-lin* Monsieur, me dit Sa Grandeur.., Mais voulez-vous vous asseoir ou préférez- Vous marcher?

— Si je m'assois je ne pourrai m'empêcher de gratter mes puces, Monseigneur.

— Promenons-nous. Tsang-Tso-lin est à l'heure actuelle le maître de la Chine. Il ne règne que sur la Mandchourie, mais il terrorise jusqu'à Pékin.

— C'est le roi des brigands, in ter rompis- je.

— Si vous le voulez bien, nous tournerons la difficulté en disant que ce n'est pas ce que Ton fait de mieux comme saint-homme* Néanmoins, les moeurs de son Excellence se sont visiblement améliorées. Ainsi, n*exécute-t-il plus de sa propre main. Grâce à Dieu, il a des bourreaux, et vous ne manquerez pas de mesurer de l'œil, le chemin parcouru par M. le maréchal Tsang quand vous saurez que, ses bourreaux, il les méprise.

— Assassinerait-il toujours^

— Je dois avouer que mon éminent ami a

conservé un goût très vif pour la décollation. On; ne peut dire toutefois qu'il soit féroce mais il est rapide. D'autre part, il préfère sacrifier vingt innocents que rater un coupable. Mais quel gentil garçon! Il est païen et il me comble. Sont-ce nos barbes qui le séduisent? Il nous aime. J'exprime un désir, aussitôt le roi s'empresse. Il n'a pas oublié que jadis, alors qu'il n'était que bandit de troisième classe, nos missions l'ont sauvé du sabre justicier. C'est un homme de cœur. Je ne lui donnerais pas l'absolution, mais il a toute mon amitié.

Là-dessus l'évêque appela un catéchumène et lui parla en bon chinois.

— C'est pour vous. Je dis à ce futur chrétien de courir au palais de Monsieur le maréchal Tsang-Tso-lin. Vous aurez l'audience.

— Merci, Monseigneur, je m'y rendrai avec mon revolver.

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