‹ La Chine et les Chinois (volume 2)Chapitre 10 sur 27 · HOSPICES · texte numérisé non relu

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les Romains ne défendaienl d'exposer que la première; le Coran a dû défendre aux Arabes de les tuer, et le peuple des campagnes, en Fiance et ailleurs, voil toujours dans ces naissances une défaveur du ciel. Les Chinois pauvres exposent les enfants dont ils veulent se débarrasser, comme leurs enfants morts avant l'âge <|iii comporte une cérémonie funèbre, sous des sortes d'auvents ou dans de petites tourelles destinées à cela et où on va les prendre. Il va sans dire qu'on a exagéré l'infanticide chinois; la pudeur publique en est, en Europe, presque l'unique agenl : il ne s'expliquerait pas aussi bien dans un pays où la femme esl plus gardée, et en même temps le vice plus libre. Il est vrai que la tolérance des lois peut, en Chine, contribuera l'extension de ce crime. Il peut y avoir, à Chang-hai, deux cents enfants recueillis el assistés. On dit que quelques grandes villes en comptent un millier; cela n'a rien d'excessif. Ou donne ces enfants à des nourrices qui en prennent deux ou trois, el reçoivent, à Chang-hai, pour chacun d'eux, soixante-six tsyen par jour, soit environ sept sous, somme qui me parait très-suffisante à leur entretien.

Beaucoup de ces enfants et d'enfants plus âgés, achetés à des parents vicieux ou misérables, sont élevés pour le théâtre, la prostitution, ou revendus à des bateleurs et aux soldats. Quelques-uns, achetés par des gens aisés ou riches, entrent dans leur famille, comme, en Turquie, non-seulement les enfants tcherkesses, géorgiens cl abases, importés par Trébizonde, mais encore beaucoup d'enfants kurdes, grecs et d'autre nation.

THÉÂTRE

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Théâtre. — Genres. — Comédiens. — Pièces.

C'est la crainte des dieux, commencemenl de la sagesse, qui cira ces théâtres, pères de la folie, que les prêtres condamnent de nos jours. Les portes sacrés des Grecs consacrèrent le théâtre aux dieux: les Romains l'ouvrirent à l'issue d'une peste, pour apaiser le ciel irrité; nous-mêmes nous y jouâmes d'abord les mystères de notre religion. Tout, cependant, dégénère : les saints hymnes et les pieux spectacles ont fait place, en Europe, à la comédie relâchée, au drame à sensation; en Asie, au dialogue obscène, à la provocation du vice élionté.

En Chine, on représenta d'abord les dieux et les héros. On leur faisait sans doute parler un noble langage, et le chaut dominait le dialogue. On joue encore des pièces de ce genre: le midi de la Chine les a surtout conservées : on y trouve un théâtre dont le domaine s'étend sur l'Inde au delà du ('.ange, dont le type et les formes sont anciens, el qui n'apparaît dans le nord de la Chine que rarement et que dans les temples.

Le théâtre historique a un domaine plus vaste; il se montre aussi dans les temples,

où d'autres choses encore se n trent en payant. Il a sans doute quelques drames

anciens, et l'on y trouverait de belles scènes, un certain génie manié avec peu d'art. Comme notre tragédie copiée sur l'antique ramène au milieu de nous Oreste et Iphigénie, Cléopâtre et César, la tragédie chinoise fait surgir de la tombe les héros des trois royaumes, les princes des vieilles dynasties de Xan, de Lean. de S>.n el de Tan. Clle ne montre point ces hommes faibles que le drame de la vie découvre : elle divise

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ses personnages en héros sans reproche cl en scélérats sans remords : toul y esl excessif; le mal et le bien y luttent sans se confondre. Telle esl la conception première des hommes; l'expérience les conduil ailleurs : elle éclaire les combats terribles que se livrent à eux-mêmes les héros du théâtre grec; elle montre à Shakspeare, à Victor Hugo, l'homme bon e! méchant, vil et courageux, chancelanl el conduil à la

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D'après une gravure chinoise.

chaîne du destin vers le crime ou le sacrifice, récompensé du mal, puni du bien, maudissant ce monde impie et saluant le Dieu qui seul esl juste.

La comédie et la farce, la farce grossière du tréteau, la farce mimée encore plus obscène, sont très-goùtées en Chine, surtout dans le Nord : c'est de là qu'elles semblent être venues. Les Tartares, sans doute, avaient, comme leurs frères turcs, un penchant extrême pour la grosse plaisanterie et le propos graveleux; leur esprit s'élevait, sans en déliasser le niveau, à cette littérature qui a sa plus haute expression dans les aventures du khodja Nasr-ed-Din.

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Le jeu de mots, d'ailleurs, esl facile au Chinois et a envahi tout le théâtre; il n'est pas inconnu dans nos drames, le vieil Euripide s'en esl même permis; niais peu de peuples l'ont poussé aussi loin que les Chinois et l'ont l'ait si obscène. Les poésies vénérables du temps passé en sont pleines: les héros de la tragédie louent la vertu en calembours que l'Europe ne pourrait traduire si elle les comprenait, mais qui charmenl un parterre de polissons et de prostituées.

La comédie et la farce prennent leurs types dans la vie moderne et dans la vie réelle; la tragédie a quelques personnages qui reparaissent souvent et dont une certaine tradition a déterminé le masque et le costume.

on sait par l'ollux que les anciens avaient au moins vingt-cinq masques tragiques et quarante-trois masques comiques. Les Chinois ont un théâtre très-varié : leurs acteurs n'ont point le masque antique, mais ils se barbouillent comme les premiers tragiques grecs; ils se tatouent de noir, de rouge, de blanc, pour représenter des traîtres, des héros, des eunuques ou des femmes. A Ss-tuies, les femmes paraissent sur la scène: en général, cependant, ce sont de jeunes garçons qui en remplissent le rôle. Lue parole chevrotante, une marche chancelante, th^ regards langoureux et des allures timidement lascives suffisent à l'illusion des spectateurs. en même temps que l'absence des femmes satisfait une morale toute romaine.

Il va sans dire que le théâtre et la prostitution se louchent de fort près. Ceux de nos soldats qui ont passé l'hiver à Tyen-lsin ont vu beaucoup de choses dont le chaste papier ne saurait accepter la confidence. On assure néanmoins, en Chine, que le théâtre est l'école de ces mœurs devenues si [unes à Rome sous le joueur de flûte Néron: et dès que Ions les soldais, tous les artisans et tous les laboureurs chinois auront reçu des honneurs officiels, je ne doute pas que les comédiens n'aient leur tour.

Il y a des troupes de comédiens qui résident dans les grandes villes : presque toujours, cependant, ces troupes sont ambulantes; elles vont de cité en cité, de village en village, de temple en temple et de maison en maison, jouer leur répertoire. On les loue pour une fête religieuse, pour une l'été civile, pour une réunion d'amis ou pour eu régaler le public Quand le spectacle se donne dans un temple, le petit peuple ne paye pas: ceux qui se placent dans les galeries ou dans les loges doivent, si le spectacle esl donné par les prêtres, leur faire quelque aumône. Ils peuvent toujours en offrir une aux comédiens, dont le salaire esl plus que modique. Une troupe de trente individus reçoit, pour une représentation du malin et une représentation du soir, de cent à cent cinquante francs seulement. Ils ont cependant à se fournir de costumes, d'instruments de musique et de divers objets. .1 ai eu moi-même le désir de donner i\c> spectacles : diverses circonstances m'en

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