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Tant de livres ont été écrits sur la Chine, qu'en en voyant paraître un nouveau il est permis de se demander pourquoi on le publie et quelles choses nouvelles on y peut apprendre.
Répondant à cette question, je dirai d'abord que ce livre ne sera point un journal de voyage : les détails de ma vie m'intéressent peu moi-même ; je n'oserais espérer qu'ils intéressassent les autres. Je présenterai seulement en quelques pages ceux de mes souvenirs qui, par eux-mêmes, peuvent avoir de l'intérêt et faire comprendre mieux le peuple et le pays auxquels nous avons porté la guerre et le progrès.
Je n'entreprends pas non plus un tableau complet de la Chine : la compilation n'est pas mon fait, et le temps m'a manqué de tout apprendre ; l'heure même n'est peut-être pas venue d'entreprendre un si grand ouvrage.
Les matériaux d'une telle encyclopédie gisent épars dans bien des livres : il serait long de nommer tous les hommes savants et dévoués qui les ont amassés pour nous. Il serait injuste cependant de ne pas rappeler au moins quelques-uns de ces noms. J'aurai plus d'une fois, dans mon livre, la satisfaction de pouvoir le faire. Ici, laissant de côté pour un instant un grand nombre d'ouvrages importants publiés en Asie et en Europe par des auteurs isolés, je rappellerai seulement deux œuvres collectives immenses , excellentes , et qui sont les deux grandes sources de notre savoir sur la Chine.
La première de ces œuvres est celle des jésuites, hommes de science, écrivains habiles, naturalisés à la Chine à ce point d'avoir ajouté à ses livres classiques, chargés de dresser les cartes de tout l'empire, répandus sur tous les points, en contact avec toutes les classes, en crédit à la cour, estimés de tous et voyant tout. Cette œuvre comprend les Lettres édifiantes; divers ouvrages historiques; l'Atlas des provinces
de la Chine, l'ouvrage le plus considérable en ce genre qu'on ait jamais entrepris, dit d'Anville : enfin un grand nombre de travaux de toute espèce.
La seconde œuvre collective est le Chinese Repository, publication mensuelle poursuivie à Canton, pendant vingt années, par des agents, des missionnaires, des interprètes et des négociants anglais, américains, et d'autres nations (1).
Le travail des jésuites est élégant, plein de détails précieux, mais souvent superficiel ; il est de son époque, du dix-septième et du dix-huitième siècle.
Le travail des Anglais, entrepris dans des conditions moins favorables, mais poursuivi avec une remarquable ténacité, est souvent plus substantiel et plus profond; c'est l'œuvre d'un temps plus sérieux, le dix-neuvième siècle.
Le public aborde rarement ces deux collections. La seconde, détruite en partie par divers accidents, est déjà devenue rare; des exemplaires incomplets se vendent de 800 à 900 francs. Beaucoup de ceux qui ont écrit sur la Chine, même parmi ceux qui y sont allés, même parmi ceux qui y ont longtemps vécu, se sont aperçus de l'ignorance du public, et, avec plus d'habileté que d'honnêteté littéraire, se sont hâtés d'en profiter pour publier à nouveau, sous leur nom, tout ce que d'autres avaient publié déjà. Les ciseaux français se sont promenés sur les Lettres édifiantes, et les jésuites ont eu de nos jours de nouveaux triomphes au profit et sous le nom d'hommes qui n'apportaient à la connaissance de la Chine ni un seul fait, ni une seule idée nouvelle (2).
Des Anglais ont saigné de même le Chinese Repository. Quelques Français ou Anglais,
(1) Cette publication vient d'être reprise, à Londres, sous la direction savante du professeur Summers. Le premier numéro du nouveau recueil, intitulé Chinese and japanese Repository, a paru le 1 1 juillet 1863. Il porte nue devise chinoise dont le sens est que c'est dans l'élude des faits bien constatés qu'il faut chercher la vérité.
(2) Je ne saurais parler d'opuscules dans lesquels on cite des empereurs tels que Qua-tche-si, qui n'a pas encore existé, ou qui font de Canton la capitale du Chan-loung, bien que cette ville et celte province ne soient pas moins éloignées l'une de l'autre que Barcelone ne l'esl de la Hollande; mais je dois dire un mot d'un ouvrage tout autre, exact dans ses jugements, écrit avec esprit, et qui a obtenu le plus grand succès non-seulement en Europe, mais môme à Macao, auprès de quelques lecteurs moins versés encore que le public européen dans la bibliographie chinoise. Je veux parler du livre de M. Hue. Deux extraits pris au hasard montreront la manière de cet auteur. M. Hue avait visité Pékin ; il nous donne sur cette ville le détail suivant, dans un chapitre consacré, comme le dixième livre de l'ouvrage de l'abbé Grosier, à combattre les assertions de quelques missionnaires au sujet des infanticides; il va sans dire qu'il ne cite pas l'abbé Grosier, et que les guillemets sont de moi.
« A Pékin, tous les jours avant l'aurore, cinq tombe- » reaux, traînés chacun par un bœuf, parcourent les cinq » quartiers qui divisent la ville, c'est-à-dire les quartiers » du nord, du midi, de l'est, de l'ouest et du centre. On » est averti , à certains signes , du passage de ces tombe-
« Pour ne parler que de Pékin , chaque jour, » avant l'aurore, cinq tombereaux, traînés chacun » par un bœuf, parcourent les cinq quartiers qui » partagent cette capitale. On connaît à certains » signaux quand ces tombereaux passent, et ceux
plus avisés que les autres, ont puisé dans le recueil étranger les matériaux de leur compilation : la source de leur savoir s'est trouvée mieux cachée, et ils ont passé pour plus savants encore que les autres. On en cite même un qui s'est contenté de traduire un livre récent et d'y mettre son nom : cet acte hardi a fait sa fortune. Ainsi de viles contrefaçons, parce qu'elles revenaient de Chine, ont été saluées par une faveur injuste, tandis que des œuvres magistrales, poursuivies en Europe ou en Asie par des savants modestes, restaient sans écho dans le public.
Il y a dans les Lettres édifiantes, le Chinese Repository, et les autres travaux sérieux publiés sur la Chine, tels que ceux de Klaproth et de Rémusat, pour ne citer que les morts, un nombre considérable de mémoires excellents traitant des sujets les plus variés. On peut dire cependant qu'il n'y a pas tout; que plus d'un sujet n'est qu'à peine effleuré ; que quelques sujets mêmes n'ont encore été abordés par personne. On peut dire encore que la Chine a quelque peu changé depuis les jésuites, et que de récents événements ont ajouté à ce que les rédacteurs du Chinese Repository, Klaproth, Rémusat et d'autres, avaient pu nous en apprendre.
Combler quelques-unes des principales lacunes laissées dans de précédents tra-
»reaux, et ceux qui ont des enfants morts ou vivants » à leur livrer les remettent au conducteur, etc., etc. » (Une, chapitre IX.)
» qui ont des enfants vivants ou morts à leur livrer « les remettent au conducteur, etc., etc. » (Grosier, livre X, 3e édition; 1829.)
Les renseignements qu'il nous fournit sur l'industrie des Chinois ne présentent pas plus de nouveauté : c'est dans Balbi que le hasard m'en a fait trouver la source.
« L'industrie des Chinois est merveilleuse en tout ce ii qui concerne les choses usuelles et les commodités de la » vie. L'origine de plusieurs arts se perd chez eux dans la » nuit des temps, et l'invention en est attribuée à des » personnages dont l'existence historique a souvent été » mise en doute par les annalistes. Ils ont toujours su pré- « parer la soie et fabriquer des étoffes qui ont attiré chez » eux les marchands d'une grande partie de l'Asie; la fait bricalion de la porcelaine a été portée à un degré de "perfection qui, sous le rapport de l'élégance, n'a été » dépassé , en Europe , que depuis bien peu d'années , et » qu'on n'y égale pas encore sous le rapport de la solidité » et du bon marché ; le bambou leur sert à faire des milii liers d'ouvrages de toute espèce ; leurs toiles de coton , « le nankin, sont renommés dans le monde entier, etc. » ( Hue , chapitre IV.)
« L'industrie des Chinois est merveilleuse en » tout Ce qui concerne les aisances et les commo- « dités de la vie. L'origine de plusieurs arts se perd » chez eux dans la nuit des temps, et l'invention » en est attribuée à des personnages dont l'exis- » tence historique a souvent été mise en doute. Ils « ont toujours su préparer la soie et fabriquer des » étoffes qui ont attiré chez eux les marchands » d'une grande partie de l'Asie. La fabrication de » la porcelaine a été portée chez eux à un degré « de perfection qui n'a été dépassé en Europe » que depuis peu d'années. Le bambou leur sert » à faire des milliers d'ouvrages de toute espèce, u Leurs toiles de coton sont renommées dans le » monde entier, etc. , etc. » (A. Dalbi, Abrégé de géographie, 3e édition; 1844.)
vaux, voilà ce que je me suis proposé de faire; et, sans sortir de ce cadre, j'ai pu aborder la géographie historique, étudier l'administration, décrire la théogonie de la Chine; enfin, j'ai cru devoir aussi traiter sous une forme entièrement neuve, et en les accompagnant de considérations nouvelles , de la chronologie , de la langue et de quelques autres sujets.
J'ai cherché à rendre simples et faciles des choses qui paraissaient obscures, parce qu'on les avait mal expliquées; j'ai cherché à faire comprendre la Chine, et à donner à ceux qui déjà la connaissent quelques-uns des détails qui leur manquaient encore. Si les savants nombreux qui, soit en Chine, soit en Europe, poursuivent les mêmes études, jugent mon travail digne d'être regardé comme un supplément des Lettres édifiantes et du Chinese Repository, je me trouverai suffisamment payé de mes fatigues, et je me sentirai fier d'être compté au nombre de ces hommes qui , depuis trois siècles, ont si puissamment et si généreusement servi la science et la civilisation.
J'espère , d'ailleurs, que ce qu'il y aura d'utile et de nouveau dans ce livre me fera pardonner les erreurs qu'on ne manquera pas d'y trouver. Il y a des confusions grossières et parfois inévitables; je n'en citerai qu'un exemple. Dans un excellent ouvrage sur la géographie générale, le gouverneur chinois Su, tout en donnant de l'état de Rhode-Island une bonne description, ne laisse pas que de le confondre avec l'île de Rhodes, et reproche à un écrivain jésuite la crédulité ou la mauvaise foi dont il a fait preuve en publiant la description du fameux colosse, dans lequel Su ne veut voir qu'un phare de construction monumentale.
Il n'y a , sans doute , point lieu de reprocher à un Chinois cette confusion , entraînée par la similitude des noms, et qui aurait pu aller plus loin s'il eût mieux connu notre histoire ancienne, et qu'il eût appliqué aux Cartilages, aux Memphis, aux Romes du nouveau monde ce que nos historiens racontent de la Carthage , de la Memphis , de la Rome de l'ancien monde; mais ce quiproquo nous fait sentir à quoi nous sommes exposés nous-mêmes, nous montre combien nous devons être attentifs quand nous écrivons, méfiants quand nous lisons, indulgents quand nous découvrons et corrigeons quelque faute.
J'ignore quel accueil le public français fera à ce livre, mais je ne solliciterai pour lui ni encouragements, ni souscriptions de l'État : ce qui est utile et bon doit pouvoir s'en passer ; ce qui est inutile et mauvais ne saurait avoir de droits sur le trésor public. Les barbouillages d'un écolier allemand, publiés comme l'histoire d'un peuple américain, condamnent assez ce mécénisme aussi stérile pour la science que dangereux pour sa dignité.
Plus je vis, plus je vois, plus les lois de l'histoire arrivent à se formuler dans mon
esprit, et plus la liberté me devient chère. Je regrette de ne pouvoir la nommer (pie dans un livre écrit sur l'Asie , c'est-à-dire dans un souterrain à l'entrée duquel peu de Français écoutent.
Le fabuliste instruit les hommes en faisant parler les bétes; le philosophe et l'historien montrent des hommes au lieu de montrer des bétes, et leur apologue n'en est que plus instructif. D'autres ont raconté ou raconteront comment la république des Scipions et des Gracques vint s'éteindre dans l'Italie des empereurs et des papes, et comment ni le génie, ni l'audace, ni le dévouement, n'ont pu ranimer encore ces froides cendres. D'autres pourront dire comment, il y a trois siècles, l'Espagne remplissait le monde, dominant la France, supérieure elle-même à l'Angleterre, et comment, par le despotisme intronisé d'une part et brisé de l'autre, c'est-à-dire par l'esprit humain enchaîné au delà des Pyrénées, affranchi et responsable devant luimême de l'autre côté du détroit, ce rapport s'est si fort changé que l'Espagne a tout perdu et l'Angleterre tout conquis.
Pour moi, je n'ai que la Chine à montrer; mais nous y trouverons encore quelques leçons; nous y verrons bien des choses qui ne nous sont pas inconnues, et, par les fruits qu'elles ont portés, nous devinerons ce qui nous menace.
Nous y verrons une doctrine, une philosophie, une littérature officielles, de fallacieux honneurs rendus aux lettres asservies, ces concours et ces examens inconnus dans le pays de Fulton et de Morse, promettant la puissance au seul mérite, et, comme résultat, l'imbécillité triomphante et la décadence précipitée.
Nous y verrons l'égalité sans l'éducation du peuple, le niveau dans l'abîme; le pauvre consolé seulement de sa bastonnade par la bastonnade que reçoit le riche.
Nous y trouverons une administration innombrable, présente partout, gênante partout, véritable atelier national au profit de la médiocrité paresseuse et servile.
Nous y trouverons un ministre de la musique et point de musiciens, comme d'autre part la première agriculture du monde sans ministre et sans primes.
Ainsi, que nous regardions l'occident ou l'orient, l'oracle nous répond toujours par une même leçon : Rien dans le monde ne vit ou ne se développe que par la liberté.
Avant d'aborder des sujets plus importants , je dirai quelques mots de la campagne de Chine , de ma captivité , de mes études et de mes projets. Je m'y sens encouragé par cette généreuse sympathie que m'ont témoignée l'armée de Chine et mes concitoyens, et dont le souvenir survit chez moi à la mémoire de quelques heures difficiles et de quelques blessures fermées.
Je traiterai ensuite, dans des mémoires qui plus tard seront réunis en volume, mais
devront d'abord être publiés isolément , el chacun d'eux dès que les gravures et les cartes qui s'y rattachent seront prêtes :
De la géographie ancienne, de la chronologie , et des monnaies anciennes.
De la géographie moderne et administrative; de la langue chinoise, de sa transcription , de sa transmission télégraphique , de son enseignement.
Du gouvernement, de l'administration, des finances, de l'art militaire.
De la religion, des dieux, des prêtres, des fêtes.
De l'industrie, de l'agriculture, des productions diverses de chaque district. Des mœurs, des cérémonies et divertissements.
S'il m'est donné plus tard de revoir la Chine, ou si j'ai l'occasion de continuer utilement, en Europe , mes éludes chinoises, je publierai de nouveaux mémoires qui formeront la suite et le complément du travail actuel.
J'ai joint à ce travail beaucoup de cartes, dont les unes sont copiées ou réduites et traduites de cartes chinoises, et dont les autres ont été dressées par moi à l'aide des documents chinois les plus dignes de confiance. Parmi les gravures qui accompagnent le texte, les unes sont le fac-similé de gravures chinoises empruntées à divers ouvrages; les autres sont la reproduction, souvent réduite, de tableaux en ma possession, et de peintures dont j'ai fait surveiller l'exécution au point de vue de l'exactitude des détails de la vie chinoise. Je regrette de n'avoir pas trouvé en Chine des artistes plus habiles et de m'être vu contraint de reculer devant les frais considérables d une reproduction en couleur, qui eût cependant présenté de grands avantages (1).
J'aurais voulu éviter complètement l'emploi de mots barbares auxquels l'ignorance attribue une certaine couleur locale, mais qui sont étrangers à la langue chinoise, et inintelligibles pour les Chinois encore plus que pour nous-mêmes : tels sont nonseulement les mots de mandarin, sapèque, pagode, tael, mais encore ceux de gong, jonque, et bien d'autres dont l'origine est plus cachée et dont l'apparence est plus chinoise. Je pourrai cependant être contraint parfois d'en faire usage, sous peine de n'être point entendu; je serai de même contraint, pour me conformer à l'usage établi, d'appeler Canton, Pékin, Chang-hai, Hong-kong, Macao, des villes que les Chinois appellent Kwan-tuieK (Kouang-tcheou), Pei-kin, LLIan-xae, fflyan-kah (Chiang-kang) et Nnao-mon (Ngao-men). C'est ainsi que nous appelons Regensburg Ratisbonne, et que les Italiens appellent Paris Par'uji.
J 'éviterai cet autre jargon que des maîtres ont laissé se glisser dans la science, et dont
(I) Il existe un magnifique album photographique de la dernière campagne publié par M. Beato, attaché à l'armée anglaise comme, photographe. La vue de Pei-lan (Pch-tang) y présente un développement de '2 mètres.
ceux qui feignent de résoudre l'insoluble éblouissent les profanes. Platon et Montesquieu parlèrent le clair langage de leur pays et de leur temps. Ge qui regarde la philosophie n'a rien de tellement nouveau qu'il faille une langue nouvelle pour en parler.
Les caractères chinois dont l'imprimerie Impériale dispose ne sont pas dignes d'un tel établissement, et, malgré le zèle d'un personnel très-capable, la mise en œuvre de ces caractères est entourée de difficultés et de complications très-grandes. L'industrie privée m'aurait offert plus de ressources; mais, après quelque hésitation, je me suis décidé à réduire dans mon travail le nombre des caractères chinois et à les faire graver.
J'ai adopté une transcription nouvelle des mots chinois, basée sur l'étude phonétique expérimentale d'un grand nombre de langues, plus simple, plus vraie que les transcriptions en usage. Le kwan-xwa (kouan-hoa) , ou langue générale et politique de la Chine, ne se prononce point comme il y a un siècle : on parlait alors, même à Pékin, le dialecte du Kyan-nan (Kyang-nan), qu'on pourrait appeler le dialecte de Wk (Wou) : on parle aujourd'hui le dialecte de Wey ou celui de Yen.
Les mots que les anciens jésuites écrivaient avec une h, conformément à la prononciation du temps, qui est encore celle de Chang-hai, ho, hien, se prononcent aujourd'hui, le premier avec une jota espagnole, et l'autre avec un ch français. On peul contester l'existence des consonnes emphatiques th, kh, etc. Ces articulations appartenaient surtout au dialecte de Nankin ; mais il y a quelquefois des combinaisons bizarres, celle de p et de j espagnole, par exemple, dans le mot qui signifie canon, et que j'écris pxao. Morrisson dans son Dictionnaire, et Robert Thom dans ses Dialogues, ont omis avec raison les lettres aspirées th, kh, etc. Tch et ky, devant i ou u, se prennent souvent l'un pour l'autre. On prononce Lyes et Leao-lbîi, Fo-kyen et F>;tmei; ; Lyes et Leao d'une part, Fo et Fk de l'autre, étant le même caractère avec la même valeur. Il existe incontestablement un accent dont la valeur et la position varient suivant les lieux et suivant la position des mots premiers, qui sont loin d'être toujours des monosyllabes (1). Ainsi, l'on prononce peï xo, le fleuve du Nord, trois syllabes avec l'accent sur Fé de pei (prononcez peï), et xo pey, le nord du fleuve, deux syllabes avec l'accent sur l'o (prononcez pey, comme le mot français paye, peille). La prononciation d'un même caractère varie souvent un peu d'après ses associations ou son rôle dans le discours.
(I) Le consul Robert Thom, qui paraît avoir parfaitement saisi la véritable forme du kwan-xwa, s'exprime ainsi clans la préface de son Chinese speaker :
« Altho' the four tones may safely be passed over as a stumbling block that lias stood in the way of many a » beginner's progress, yet the studenl cannot fait to observe as ne reails along, that many words are dissyl- » labiés, and not a few potysyllables ; that some are accented on the ultimate, olhers on the penult, and olhers
La théorie des tons, que je crois une mauvaise explication de celle des accents (1), a pris naissance et fleuri à Canton; elle n'est d'aucun usage, au moins pour le kwanxwa tel qu'on le parle aujourd'hui.
On trouve dans le kwan-xwa les articulations et modulations simples, représentées en français par les lettres F, J (2), K , L, M, N, P, S, T, A, E, 0, I, U.
On pourrait y ajouter Z, apparent dans la combinaison transcrite ordinairement SZ ; mais SS paraît plus correct que SZ (3), et une S emphatique serait peut-être encore préférable;
Et les articulations et modulations simples que je représente par III, X, r, N, Y, W, 0, S, Et qui ne sont autres que :
III russe; en français, ch; en anglais, sh; en portugais, x, ch; sch allemand. X grec dur, russe et espagnol ; ^ arabe ; ch dur allemand, hollandais, écossais ; j espagnole.
r grec et russe; gh irlandais; ^ arabe; r grasseyée; g dur allemand. N espagnole; en français, gn; en portugais, nh et m finale, accompagné dans d'autres langues du son de Yi ou de celui du g. Y, W, consonnes comme en anglais.
Ô allemand; en français, eu, e muet.
î> moldave; en français, ou; en anglais, oo; en portugais, u; u espagnol, italien, etc.
Les voyelles A, E, 0, Ô, peuvent être, comme nous disons en français, ouvertes, fermées ou nasales.
» again on the antepenult, etc., etc., etc. It was the compiler's intention to have marked al! thèse, but he » was prevented by a paucily of properly accentuated letters. »
J'ai eu, pour ne pas marquer l'accent, deux motifs de plus que lui : le premier, que j'étais moins habile ; le second, que mon but n'était pas l'enseignement de la langue chinoise.
(1) Quand on veut faire sentir les tons, on prononce autrement que quand on cause ; on redouble la voyelle de plusieurs monosyllabes, afin de pouvoir placer l'accent sur la première ou la seconde voyelle ainsi obtenue. Les quatre tons peuvent être traduits par —, v^, — et w— ; il y en a d'autres encore, tels que — v;n>, mais .j'en parlerai ailleurs.
(2) Ne pas confondre j français et portugais avec / anglais (dj) , allemand, hollandais (y) ou italien (i) ; ; se rend en anglais par si dans le mot division (divijôn).
(3) On rencontre aussi la combinaison DZ ; elle est toutefois rare et peut être regardée comme vicieuse, ainsi que l'emploi des articulations V, B, II, etc. La voyelle Ô dans tirL est emphatique et longue comme les voyelles affectées en arabe de l'aïn dans les mots alim, okma, Uni, omar. Le portugais et d'autres langues présentent des exemples de cet emphatisme. On remarque quelquefois aussi à la fin des mots, dits du ton rentrant, l'aspiration saccadée et brève par laquelle les Florentins rendent le c dur et quelques Égyptiens le C'est la faible de Yh aspirée ou ^- arabe. Je n'ai pas cru nécessaire de la noter dans mes transcriptions.
Ouvertes, comme dans les mots fiançais : ma, mets, mort, je; Et anglais : man, mcn, more, but.
Fermées, comme dans les mots français : mat, mai, maux, jeu;
Et anglais : water, way, home; allemand : Gœthe.
Nasales, comme dans les mots français : pan, pain, pont, un.
Les voyelles A et 0 sont nasales ou ouvertes et affectées d'une nasalité particulière et traînante, que peuvent recevoir aussi les voyelles I, 0 et lorsqu'elles sont suivies d'une N. Elles sont toujours nasales lorsqu'elles sont suivies de N.
E est nasal dans le mot ILIên (Chen), de Chen-si, nom de province. On prononce Chain-n-si.
Lorsque deux des quatre voyelles que je viens de citer se suivent, la première est généralement ouverte et la seconde fermée. Les voyelles isolées E, 0, Ô, sont ouvertes ou fermées; A est fermé. Les voyelles redoublées sont habituellement prononcées l'une comme l'autre. Les voyelles suivies de Y, I, î>, sont généralement ouvertes. Je distinguerai, lorsque cela me paraîtra indispensable, les voyelles ouvertes, fermées et nasales, à l'aide des accents aigu, grave et circonflexe.
Parmi plusieurs combinaisons, on doit remarquer NN, convertie quelquefois en W et en F, et TL analogue à FL (L barrée) polonaise; le mot chinois ÔTL, fils, se prononce à peu près comme le mol turc Jjj^, (on,), qui a le même sens; à peu près aussi comme le mot anglais earl (eurl, orl).
Quelques exemples feront comprendre mon système, et montreront en même temps à quelle prononciation correspondent aujourd'hui les lettres employées le plus communément par les transcripteurs français, anglais, portugais.
j'écris :
français ,