‹ La Chine et les Chinois (volume 3)Chapitre 43 sur 45 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Leur attention doit tout particulièrement se porter sur les opérations relatives à l'engagement ou au transport de Chinois dans les colonies. L'émigration chinoise est, en effet, d'une immense importance, d'une part, pour les colonies, auxquelles elle fournit des bras, el dans lesquelles elle tend à introduire la petite culture; de l'autre, pour la Chine, agitée par les convulsions d'une population surabondante. Elle pourra servir à combler un jour le vide que la tyrannie turque a fait dans l'ouest de l'Asie; elle y ramènera le travail, et son vigoureux développement ne laissera plus de place au fanatisme. 11 faut en surveiller le présent, afin d'en ménager l'avenir. Le premier essai tenté par des Français, vers 1820, sous le ministère de mon aïeul maternel le baron Portai, échoua par le mauvais choix des émigrants, qu'on ne choisit pas toujours beaucoup mieux aujourd'hui. Il n'y a rien que d'honorable à engager et transporter des travailleurs: mais des hommes sans conscience peuvent trouver dans cette entreprise l'occasion de crimes profitables. On a dit souvent, et, malheureusement, la population chinoise croit que des hommes ont été enlevés de vive force. On a pu exagérer le mal; on a pu forger des calomnies dans le but de soulever l'esprit public; mais il y a des faits qui ne sont que trop certains : l'enlèvement, par exemple, de Chinois et de Polynésiens pour l'exploitation des guanos qui appartiennent au Pérou. Un sujet anglais, mort depuis, m'a cyniquement déclaré avoir trempé dans des crimes pareils. Je regrettai beaucoup, comme je le lui dis alors, que la nature de mes attributions ne me donnât pas le droit de le faire pendre. Il est évident que l'émigration doit être encouragée; mais, en même temps, elle doit être surveillée de près, et les écarts constatés doivent être l'objet d'une répression sévère, immédiate, dont l'éclat puisse rassurer les populations, en leur montrant que nous voulons le bien et que nous savons être justes.

Enfin, je dirai que s'il est difficile d'obtenir, et s'il n'est pas nécessaire que les commerçants, les missionnaires et la diplomatie soient toujours du môme avis et poursuivent toujours un même but, il est absolument indispensable que la politique de notre gouvernement soit toujours une , qu'elle soit représentée par une seule personne, le ministre de France. Il serait étrange que des actes de répression armée pussent s'accomplir, hors le cas de nécessité absolue, ou que des négociations politiques pussent être engagées autrement que sur l'ordre ou par les soins du représentant politique accrédité de la France.

J'ai terminé ce que j'avais à dire sur la question chinoise. Je reviendrai peut-être, ailleurs, sur quelques-uns des points que j'ai touchés.

Pour me résumer ici en quelques mots, je dirai :

Que nous devons, dans l'extrême Orient, développer notre commerce et maintenir notre rang;

Que l'indépendance et la neutralité des États de l'extrême Orient nous intéressent particulièrement ;

Que le développement de la civilisation et celui de la puissance publique, dans ces États, étant des garanties de paix et de conservation, nous devons concourir autant que nous le pouvons à ces légitimes progrès;

Que nous devons chercher à conclure des traités, et veiller à ce qu'ils soient fidèlement exécutés: et que si nous sommes, dans ce but, contraints à recourir à quelque manifestation militaire, aucune occupation permanente ne saurait en résulter, l'imposition d'une indemnité de guerre pouvant suffire à couvrir nos frais, comme à châtier l'ennemi ;

Que nous ne devons compromettre les missions ni par une protection bruyante, ni en réclamant d'elles des services faciles à obtenir d'autre part; et que nous devons, autant que possible, repousser toute ingérence dans les affaires religieuses ou politiques des États de l'extrême Orient;

Que cette politique modérée et loyale est clairement celle des États-Unis; que l'Angleterre et la Russie sont assez éclairées et assez sages pour la suivre aussi longtemps que le fâcheux exemple d'une politique opposée ne provoquera point chez elles l'explosion de convoitises qui, dans l'extrême Orient, auraient à leur service des moyens d'action plus puissants que les nôtres.

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