JUSTICE ET POLICE
sur le meurtre jui'icliqnc d'un grand noml)rc de ses partisans les plus fidèles, coupables seulement de sèlre réfugiés sous la protection de ses troupes ou de ses magistrats après avoir été pillés par les reljelles. On devrait découper, lin-mo, les rebelles, non précisément en tirant au hasard d'un panier des couteaux portant le nom des parties du corps à mutiler successivement, mais en arrachant d'aliord la peau du front, puis la chair des bras, puis celle des jambes, etc. On devrait appliquer aux parricides le même supplice. Dans la pratique, ce supplice n'existe guère ; mais, afin de ne point paraître mépriser une ancienne règle, on décapite les rebelles et les parricides avant d'avoir complètement instruit leur procès et démontré le crime qui entraînerait un supplice plus l)arbare.
Ce n'est pas que les autres supplices soient très-doux; les bourreaux, qui souvent sont des soldats, paraissent jouer avec l'agonie de leurs victimes. Les têtes coupées ou sciées sont exposées dans des paniers au-dessus des portes des villes, et s'y putréfient en l'honneur de la morale publique. Les prisons sont hideuses ; les malheureux c^ui y sont entassés, à la merci de geôliers cupides et des plus scélérats d'entre eux, n'y sont nourris que par la charité de leurs proches; s'ils n'en ont pas, ils meurent de faim. On ne nourrit les prisonniers qu'à Pékin, et on les y nourrit bien peu si je m'en lie à mes souvenirs. Les plus favorisés sont ceux qu'on laisse errer enchaînés ou chargés d'une pièce de bois trouée appelée kya, connue des Européens sous le nom de cangue. Personne n'est à l'abri de poursuites criminelles; les riches y sont particulièrement exposés : l'innocence est une cpestion d'argent, et le condamné pauvre livre sa chair au sauvage amusement de gens plus criminels que lui-même. En résumé, le spectacle de cette justice est afnigeant et honteux; mais dans la barbarie tout se tient : des juges sans police ne peuvent rien apprendre que de la torture; comme le crime leur échappe souvent, ils doivent, lorsqu'ils l'atteignent, en faire quelque exemple effroyable; enfin, exploités par ceux qui les dominent, rarement payés, dépendant d'un caprice, il est naturel qu'ils vendent ce qu'on leur confie, et volent les voleurs comme à main armée.