‹ La Chine et les ChinoisChapitre 25 sur 49 · LE JAPON · texte numérisé non relu

LE JAPON

et confondus plus qu'ils ne l'avaient fait en Chine. Une place restait encore ouverte à tous les dieux étrangers, et le christianisme, rapidement propagé, semblait devoir bientôt remporter un triomphe complet, remplir seul tous les temples et substituer sa puissance au pontificat japonais comme au pontihcal césarien.

Un certain mouvement d'échanges avait existé de tout temps entre la Chine et le Japon : la Chine livrait surtout de la soie; le Japon donnait surtout de l'argent. Mais ces relations entre deux Etats despotiques, exclusifs, barbares, étaient mal garanties et presque toujours irrégulières. Des pirates japonais s'étaient établis, dès le début de la dynastie des Min, sous Xbh-WK, sur File de Tsbn-min; ils avaient, en se soumettant à un tribut, obtenu qu'on les y laissât, et longtemps ils avaient possédé le monopole du commerce avec leur ancienne patrie. En 1539, une ambassade japonaise s'était présentée àNin-po; l'insolence des oiTiciers de la douane avait amené une lutte à la suite de laquelle il avait été convenu que trois navires japonais seraient admis en Chine chaque année. Une contrebande considérable se fit alors par Chusan; le siogoun, peut-être le daïri, y envoyait des navires.

Dans les derniers temps, le commerce licite ou illicite de la Chine était surtout aux mains du prince de Satsuma, et se faisait en grande partie par les îles de Lycb-kyeb-, qui lui appartenaient et que visitaient les navires chinois. Ce prince trèspuissant, dont les revenus dépassaient treize millions, avait accueilli favorablement les Portugais, espérant en faire les intermédiaires de ses échanges; il les vit avec peine s'établir à Firando, et lorsque, en 1565, ils quittèrent ce second point pour Omura, le prince de Firando en éprouva une vive irritation. Plutarque, dans la Vie de Thémistocle, nous montre les trente tyrans opposés au commerce, qu'ils regardaient comme amenant la démocratie. Ce sentiment existe sans doute aujourd'hui chez plus d un oligarque japonais, mais il est combattu par l'appât des prolits que nos relations assurent; et quand ces relations commencèrent, loin de repousser les Européens, les Japonais cherchaient à les attirer : leurs chefs les appelaient tous, chacun d eux cherchait à les fixer près de lui et à se les associer pour monopoliser le commerce de la Chine. Ce commerce, dégagé de ses risques principaux par l'intervention européenne, était considérable. 11 serait difficile d'en déterminer le chiffre : on sait toutefois c|ue Macao expédiait habituellement au Japon 1 GOO balles de soie chac^ue année, et qu'elle en reçut, en 1640, de l argent pour une valeur de quatre millions d'écus ou douze millions de livres. A cette dernière époque, Macao recevait, par Manille, un million d'écus au plus de provenance mexicaine, et expédiait sur Manille pour l'Amérique et sur l'Europe divers produits chinois et japonais.

Le Portugal avait ouvert les routes de la Chine; l'Espagne le suivit de près. Elle était alors la seconde patrie des héros : le Portugais Magalhaes, soldat d Albuquerque.

mécontent de son roi. y vint, comme le Génois Colomb, demander des navires. Par Serrano il connaissait les Moluques : il offrit à Charles-Quint de s'y rendre en tournant l Amérique; son offre fut accueillie. De tels chefs ne trouvent guère des compagnons dignes d'eux : abandonné des uns, insulté des autres, Magalhaes dut, conime Colomb, vaincre non-seulement la nature, mais encore la redoutable lâcheté des hommes. En 1520 il franchit le détroit qui porte son nom, traversa le Pacifique, et, manquant les Moluques, atteignit d'abord Zebu, Tune des îles que l'on a plus tard appelées Philippines. Là, comme aux Moluques, comme à Formose, comme partout dans ces mers, les musulmans avaient devancé l'Europe, et leur règne commençait où cessait celui de la Chine. Magalhaes baptisa, annexa, guerroya et fut tué. L'un de ses lieutenants, Cano, rapporta en 1522 ses découvertes à l'Espagne, en passant par le cap de Bonne-Espérance. Si tous les navires à peu près qui visitent l'Australie doublent aujourd'hui les deux continents, c'est que des héros ont ouvert cette route au vulgaire. Cano fut le premier circumnavigateur, et sur ses armoiries, autour d'un globe, il put écrire avec orgueil : Primus circumdcdil me.

De nouvelles expéditions se firent, éprouvées par les naufrages et les épidémies, combattues par les Portugais, repoussées, trahies, et par l'effort d'une indomptable vertu militaire enfin couronnées de succès. Cortez était entré au Mexique en 1519, Pizarre au Pérou en 152i. Le .Mexique conquis devenait une base nouvelle des opérations militaires, l'entrepôt ou le marché du commerce espagnol dans le Pacifique. C'est envoyé par l'Espagne, mais aidé par le Mexique, (]ue Legaspi conquit l ile de Luçon, vue en 1521, et y fonda en 1571 la ville de Manille (1). La Chine avait été maîtresse de Luçon, que ses émigrants lui avaient donnée ; elle l'avait perdue sous l'effort peut-être des musulmans : je ne parle, bien entendu, ici, que des côtes et des ports; le reste était et est encore, comme à Bornéo, comme à Formose, occupé par des peuplades à demi sauvages. Les Espagnols ayant sauvé à Mindoro des naufragés chinois, des relations s'établirent avec la Chine. Manille recevait l'argent du Mexique, y expédiait des épices et cherchait à s'entremettre dans le commerce de la Chine avec le Japon. Macao avait introduit au Japon des jésuites; Manille y amena d'autres religieux : on distinguait parmi eux ces dominicains célèbres par leurs bûchers, et qui ont fait en Asie plus de mal à l'Église qu'ils n'en avaient pu en Europe faire à ses ennemis. Les deux villes marchandes et les deux missions furent toujours rivales; l union des deux couronnes d'Espagne et de Portugal, en 1G80, n'arrêta

(t) L'Histoire dos .Miil rncorite que les I-:s|i;iunols se firent céder, ;i LiK^on , le terrain ([ue pourrait enserrer une peau de bœuf, et (|u'iis ronpèrcnt cette iienii en minces lanières. Ce conte cartliaginois, réédité en Asie où les jésuites l avaient sans doute porté, montre ce ([ne valent les traditions de la plupart des peuples.

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