LES CHRÉTIENS
tartarc ; il se signala par d'audacieuses entreprises. La ville de Canton s'étant soulevée, il en arma les remparts de ses canons et la défendit pendant une année. On ne peut imaginer tout ce que souffrirent, en ces temps cruels, les habitants des côtes de la Chine. Contraints un jour à subir les lois et l'habit tartares, ils étaient le lendemain châtiés de l'avoir fait. Le désordre alla si loin que, pour y mettre un terme, on dut, sous le règne suivant, affamer les pirates en faisant évacuer toutes les côtes. Tmih tmi-lKii traita avec les Européens, les protégea, les rançonna, leur lit sentir durement sa puissance. Élève, dit-on, et longtemps ami redouté des Hollandais, il leur fit la guerre, s'empara de Zelandia en 16G2, et les chassa à jamais de Formose.
Les chrétiens se trouvaient déjà compromis vis-à-vis des ïartares : ils n'avaient pas cru d'abord à leur victoire et s'étaient montrés quelque temps zélés pour la défense des Min. Un chrétien, nommé Léon, natif de Tmô-kyah, homme instruit, traducteur d Euclide et fort bien en cour, avait fait rappeler à Pékin les missionnaires bannis depuis quelque temps, en promettant le concours de leur savoir pour la guerre contre les Tartares. Ils se rendirent utiles ; les Chinois obtinrent même par eux quelque artillerie.
Macao, d'accord avec les missionnaires, avait fait offrir, par Goncalvez Teixeira, des troupes européennes : c'est ainsi que jadis les Lacédémonicns s oiïraicnt au roi de Perse. Deux compagnies, d'environ cent soldats chacune, étaient parties de Canton. Le capitaine de l'une d'elles s'appelait Pierre Cordier : ce nom ferait supposer qu'il était Français de naissance ou d'origine. Cette troupe d'élite, bien pourvue, bien armée, et la première que la Chine ait paru accepter de l'Europe, ne dépassa pas le Kyan-si. Les marchands de Canton achetèrent à Pékin son renvoi. Désireux de garder leur courtage, ils ne voulaient point que des rapports plus directs pussent s'établir entre les Européens et l'intérieur de l'empire.
J'ai parlé d'une révolte qui avait éclaté dans le Kwah-si. Les principales autorités de ce pays étaient chrétiennes ; elles avaient soulevé le peuple et proclamé , à Ulao-kin, un Min chrétien aussi, que les missionnaires appelaient le nouveau Constantin et qui avait reconnu la suzeraineté du pape. Les Tartares avaient été battus d'abord; mais cette rébellion avait hni comme toutes les autres. Dans cette intervention active du christianisme, il y avait plus que le prétexte d'une persécution. Macao voyant le Sud réduit et se sentant serrée de près, incertaine cependant du résultat final, se réfugiait dans une neutralité peu bienveillante. Les Tartares toutefois, quand leur victoire fut complète, ne lui en gardèrent point rancune : ils confirmèrent ses privilèges. Grâce à l'influence personnelle d'Adam Scliall , qui gagna rapidement l'estime et la confiance de mun-tmi, les missionnaires ne furent point inquiétés; et lorsque plus tard, sous Kan-mi , les progrès des pirates curent contraint
le gouvernement à faire évacuer toutes les côtes, Adam Schall put obtenir que Macao fût exceptée du décret.
Les Tartares ne se montrèrent généreux qu'avec les Européens : la résistance énergique que leur opposèrent les Chinois ne saurait faire excuser leurs violences : des villes nombreuses furent détruites, des provinces ravagées, des populations exterminées ou transportées au loin. Celles de Nankin et de Pékin, déportées en masse, furent remplacées par des Mantchous. Plusieurs milliers d'individus (1) appartennnl à la maison régnante furent massacrés: on en immolait encore un siècle après la conquête.
Il avait déjà été fait divers dénombrements du peuple : ces dénombrements ne résistent guère à l'examen. On en fit de nouveaux, sinon avec plus de soin, du moins avec plus de force. Les Chinois durent pendre à leurs portes des écriteaux portant le nombre et les noms de ceux de leur famille. C'est ce que la Terreur imposa depuis aux Parisiens. Le peuple conquis fut compté comme un vil troupeau et frappé d'une capitation assez élevée, impôt inique dans son essence, puisqu'il ne porte point sur la richesse, seule base vérilal)le de la répartition des charges sociales, mais, au point de vue asiatique , naturel après la compête , imposé aux Chinois par les Tartares, comme aux Grecs par d'autres Tartares, en rachat d'une vie qui appartenait au sabre.
Kah-mi déclara plus tard que cet impôt exécré du peuple ne serait jamais augmenté; et son successeur, Ybù-tmen. eut la sagesse de rabolir. Les recensements faits depuis n'ayant aucun objet sérieux, impopulaires et difficiles à effectuer, fallacieusement grossis pour plaire au prince, ne sauraient servir à prouver, comme on l'a prétendu, que la population de la Chine se soit accrue depuis trois cents ans dans des proportions excessives : toutefois, bien qu'on ne puisse, pour déterminer la population de la Chine à diverses époques, s'appuyer d'aucun document certain, il est plus que probable que cette population , comme celle de la plupart des États, a constamment augmenté. Elle devait être déjà considérable quand les Min tombèrent. Il y avait eu quelque émigration vers la Corée, Formose, les Philippines; le commerce seul avait abordé l'Indo-Chine; la conciuète mantchoue, les mœurs nouvelles imposées à la Chine, l'horreur qu'elle en ressentait, les violences qu'elle dut subir, imprimèrent à son peuple ce mouvement d'expansion qui jusque-là n'était que pressenti.
Ceux ([ui émigrèrent le plus furent les peuples du Fo-kyen et du Kwan-tbn. Plus irréconciliables que les autres , ceux du Fo-kyen avaient pris le turban pour cacher
(I) On en a porlc le iiomlirc ;i iiiialro-viiigl niillo.
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au moins la tresse que les Mautclious leur imposaient. Vingt-cinq mille d'entre eux abordèrent àFormose : ils ne contribuèrent pas peu, plus tard, à livrer cette île aux pirates, des mains desquels elle fit retour à la Cliine. Formose a reçu depuis des millions deCliinois, et, dans cinquante ans peut-être, sa race aborigène aura disparu devant les envahisseurs.
Les Philippines, de leur côté, donnèrent asile à des émigrés nombreux. Aussi, quand Formose tomba, Manille, sommée de se l'endre, courut-elle de grands périls. Elle dut expulser les Chinois, qui. même avant la grande révolution de l'empire, s'y étaient montrés turbulents et quil avait fallu combattre, qu'on avait eu le tort de massacrer en 1003 et 1639. Un siècle plus tard, en 1757 et 1702, il fallut encore les expulser ou les massacrer. Sans doute les émigrants appartenaient au rebut de la population chinoise : c'étaient des mendiants, des voleurs, des pirates ou leurs fils: ils venaient du Fo-kyen et du KAvan-t«ri, pays de mœurs relâchées et féroces: sans doute ils étaient affiliés à ces sociétés secrètes qui depuis ont agité Batavia et Singapour : je n'en crois pas moins que la cause principale de tant de soulèvements dangereux et de tant de répressions sauvages doit éti'c cherchée dans le fanatisme des moines qui gouvernent Manille et la docile cruauté des Espagnols qui leur obéissent. Européens, nous sommes, dans l'extrême Orient, tous solidaires les uns des autres; mais il y a peu de temps que nous sommes vraiment dignes de conduire le monde : nous étions, dans ces derniers siècles, aussi méchants que les autres peuples. Regardons en face le mal que nous avons fait, afin de ne point renouveler nos fautes ou recommencer nos crimes. Et pour nous, Anglais, Américains, Français, triumvirat du commerce, et par usage ou tradition de la liberté, n'excusons point le passé; tâchons, au contraire, que Tavenir soit plus digne de notre nom.
La Cochinchine et les Étals voisins, effrayés de la puissance tartare, avaient mal accueilli les premiers émigrés, l'eu à peu cependant les Chinois méridionaux s'étendirent aussi sur ces contrées, qu'ils remplissent presque aujourd'hui. Les Malais, venus au treizième siècle de Sumatra ou de quelque lieu plus éloigné, avaient colonisé Malacca, occupé seuls quelque temps les îles de la Sonde, les Moluques, les Philippines; devenus musulmans et fameux pirates, ils avaient, ■en 1015, porté l'islamisme jusque dans les Célèbes : ils bornèrent de ce côté la Chine pa'ienne , qui se déverse aujourd'hui sur l'Australie comme sur l'Amérique.
Le petit peuple inantchou n'avait pu conquérir la Chine sans évacuer complètement son propre territoire : les Chinois du Ulan-tb-fi, du Tiui-li, du Ulan-si et du Ulen-si y vinrent prendre sa place, quelques-uns transportés, d'autres cherchant une terre gratuite.
Kafi-mi avait permis, Ybn-tuicn favorisa ce mouvement. Cette portion de la Tartarie est aujourd'lmi chinoise, comme le sont plus ou moins toutes les autres. Administrativement même , les provinces chinoises que la grande muraille bornait au temps des Min s'étendent aujourd'hui bien au delà; et peut-être trouve-t-on plus de Tartares dans le district de Pékin qu'on n'en pourrait trouver dans ce que de vieilles cartes appellent encore des provinces tartares.
Quelques modifications furent apportées au gouvernement et à l'administration de l'empire : les empereurs Tsin, comme les princes des autres dynasties, choisirent parmi leurs enfants leurs successeurs; mais autour de la famille il y eut le clan impérial, ou ce qu'on appelle les trois tribus, parmi lesquelles on distingua huit familles principales. Les princes du sang ne reçurent point un rang héréditaire; mais, en raison de leur grand nombre, leurs descendants durent, pendant cinq générations, perdre un degré de noblesse à chaque génération, pour s'arrêter au rang peu élevé que constate le simple droit de porter la ceinture jaune et le sabre. Les plus proches de l'empereur furent richement entretenus; les autres tombèrent de plus en plus, comme tous les déclassés, dans l'oisiveté, le vice et la misère. On trouve, dans la Gaicttc de Pchin, l'exemple d'un homme à ceinture jaune condamné à la déportation avec surveillance pour avoir frappé de son sabre un marchand qui refusait d'accepter de lui un billet faux de la valeur d'un sou. On croit qu'il existe aujourd'hui environ six mille de ces princes, vivant dans l'enceinte du palais.
La cour fut administrée par un conseil composé d'un président et de six membres ; elle eut dix grands officiers. On y compte ordinairement cinq mille eunuques, dont le premier est gardien des présents et jouit seulement du quatrième rang de la hiérarchie chinoise. En outre des sept femmes principales, on y compte un grand nombre de concubines levées sur les Tartares par une sorte de conscription, et environ cinq mille femmes en tout.
L'armée chinoise fut réduite à l'état de milice et rarement appelée; toutes les villes reçurent des garnisons tartares, ou plutôt des villes tartares furent entées sur toutes les villes chinoises. En outre de certains emplois réservés aux Tartares et de la part considérable qu'on leur lit dans les autres, plusieurs situations importantes furent remplies à la fois par un Chinois et un Tarlare, chargés de se surveiller l'un l'autre. Au Japon, les choses vont plus loin : dans cet État à la fois féodal, despotique et théocralique, une méfiance plus que vénitienne a dédoublé toutes les magistratures et a fait de l'espionnage et de la dénonciation l'attribut de chacune d'elles.
Malgré l'établissement de la capitation. on liC saurait dire que le cliilTre des contributions publiques ait été notablement augmenté. Les stalisliciues des Min (Min xwci-tien ) porlaient les reveims de l'enqjire, en argent, à iO millions d'onces, soit
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320 millions de francs, et en grains à une valeur à peu près égale (i). Ce revenu était alors suffisant, puisque, sous les Tsin, il fut souvenl fait remise clc l'annuilé d'un impôt. Peu à peu, toutefois, l'argent baissa de valeur, ce qui affecta une partie notable du revenu : le tribut en grains ne s'élève pas aujourd'bui à plus de GG millions, et la perception totale ne dépasse pas 3iO millions. On a dû dès lors, pour subvenir aux besoins croissants de l'État, surtout pendant les difficultés qu'ont traversées les derniers règnes, non pas augmenter les impôts, ce qui eût été dangereux, mais recourir à des expédients, tels que la vente des grades littéraires et des emplois publics cjui en sont la conséquence. Les douanes sur le commerce européen produisent aujourd'bui beaucoup; elles produiront davantage dans quelques années : notre commerce si redouté d'un gouvernement aveugle sera ainsi sa ressource et son salut.
Amavang, le régent de l'empire, le maître de Nankin, mourut : lilun-tmi, âgé de quatorze ans, se déclara majeur. Mécontent d'avoir été dominé jusque-là, menacé peut-être par l'ambition de celui c{ui venait de mourir ou par celle des siens, peut-être aussi , comme d'autres rois, incapable de pardonner le don de plus de royaumes que ses pères ne lui en avaient laissé, il poursuivit avec acbarnement la mémoire et la maison d' Amavang.
IlIun-tmi n'avait pas cette chasteté qui, d'après Pe-ycn, assure le succès des entreprises : il irrita les Mantchous par le meui tre d'un cbef dont il convoitait la fenmie. Cette passion désordonnée l'entraîna à d'autres folies. On vit renaître la puissance de ces eunuques qui avaient perdu la dynastie des Xan orientaux, celle des Tan et tant d'autres : êtres vils, aussi faibles que les femmes, mais, par leur faiblesse même et leur avilissement, armés pour le renversement et la destruction de tout ce qui parait le plus fort et le plus élevé. Ulun-tiui mourut en IGGi . Kaii-mi lui succéda.
L'expulsion de quatre mille eunuques expia les désordres de lUun-luii. Le nouvel empereur était un enfant. Il commençait, comme Louis XIV son contemporain, un règne long et glorieux : les débuts de ce règne aussi devaient être agités. san-kwey, qui avait appelé les Tartares sur l'empire et en avait reçu la vice -royauté de Yunkwey, se reprochait depuis longtemps « d'avoir fait venir ces lions pour chasser des chiens. » Il se révolta et se proclama empereur. Le Fo-kyen, le Kwan-tîifi, se soule-
(I) Le père Magnlliacs évaUuiit le revenu en argent à 18 600 000 écus; le père Martini, à GO millions. Les conlribnlions payées en nature se seraient élevées, d'après Martini, à une valeur clc 90 millions d'écns. Si l'écu dont il est question est le môme que celui de l'évèque Palafox, qui traitait à la môme époque les mêmes questions, il valait 3 livres. La relation de Nieulioff ne parle que d'impôts en nature : le tribut en grains se serait alors élevé à 32 millions de tan (soit à peu près autant d'hectolitres). Si le tan valait 10 francs, ce serait 320 millions de francs : il y a toutefois lieu de supposer qu'il valait moins.
KAN-IIIL
vèrent avec lui. Ces provinces furent soumises et leurs agitateurs mis à mort. En 1083, Formose fut rendue à Kan-mi par le fils de Tmin tmi-kKil. La rébellion du Yun-kwei dura longtemps. î> san-kvvey étant mort, son fils lui succéda; vaincu, il dut se suicider, et la vengeance tartare poursuivit jusqu'aux ossements de son père.
A treize ans, l'empereur s'empara des rênes du gouvernement, et fit expier aux régents soit l'excès de leur domination , soit l'usurpation qu'ils en eussent voulu faire sortir. Énergique, intelligent, actif, il partagea dès lors sa vie entre le travail qu'exigeaient les affaires de l'État d'une part , l'acquisition des sciences de l'Europe de l'autre, et ces exercices violents du cheval et de l'arc si chers aux Mantchous. Les
princes de son sang. Lien que conquis par la mollesse chinoise, ont gardé quelque chose de ces mâles habitudes : chaque année, presque, ils vont chasser sur les prairies, domaine de leurs aïeux. Là, séparés de l'appareil de leur grandeur, ils oublient les soucis et les vanités du trône : mêlés à ceux de leur race, et vivant au grand air, ils se retrouvent chefs de clan et redeviennent des hommes.
Je donne ici la reproduction exacte d'un portrait authentique de Kan-mi à Fàge de trente-deux ans. La physionomie belle, ouverte et intelligente de ce prince ne rappelle en aucune façon le ridicule assemblage de traits qualifié de type tartare. Je ne connais point de portraits des derniers empereurs, et je doute qu'aucun Européen les ait vus de près; mais je suis porté à croire que. par l'effet de diverses circonstances,
L E.Ml'EilEtR KAN-CllI.
le type de la famille est devenu moins beau en même temps que sa santé devenait moins robuste. Il est probable que les Mantcbous, qui sont un peuple du Nord, sont frappés, en Chine, d'une dégénérescence analogue à celle qui a atteint, en Egypte, les maisons macédoniennes de Ptolémée et de Méhémet-Ali, dégénérescence si rapide pour notre race entre les tropiques ou dans leur voisinage, et qui ramène, comme par un effort incessant, vers la barbarie les contrées que nous tentons de civiliser.
Au connnencement du règne de Kan-iui, Adam Scliall, d'abord en crédit, avait fini par être persécuté, puis gracié. Le calendrier avait ressenti le contre-coup de cette persécution. On rendit le bureau astronomique à Verbiest, C{ui, plus tard, fut remplacé par Grimaldi. En 1688, cinq missionnaires français arrivèrent en Chine, envoyés par Colbert : honorés de la faveur de Louis NIV, ils le furent bientôt aussi de celle de Kan-mi. Ces Français furent suivis par d'autres. On les chargea, en 1708, de dresser la carte des provinces de la Chine et de toute la Tartarie. Ce travail immense fut accompli par eux en quelques années, dans les limites d'une exactitude qui suffit à la pratique ordinaire du gouvernement et du commerce. Ces géographes furent les pères Bouvet, Régis, Jartoux, Fridelli, Cardoso, de Tartre, de Mailla et Bonjour. Plus tard, sous Kycn-lbh, les pères Benoit et Hallerstein ajoutèrent à leur travail et le rendirent plus parfait. La marine anglaise, quelques Américains, quelques Français, ont depuis levé les côtes de la Chine, l'embouchure, le cours même de ses principaux fieuves. Ces travaux excellents ont complété notre connaissance géographique de ce pays, mais ne doivent pas faire oublier l'œuvre des missionnaires, cpuvre plus difficile, plus étendue, et qui ne paraît encore susceptible que de corrections peu importantes.
Les ambassades européeimes avaient commencé, sous LLIun-tmi, à devenir fréquentes : il y en avait eu du grand-duc de Moscovie et des Hollandais ; il y en eut des Portugais, coimnc plus tard des Anglais et d'autres peuples. Il serait injuste de ne pas leur savoir gré de ce qu'elles ont ajouté à nos connaissances. Au point de vue politique, toutefois, elles furent de peu de conséquence. Des gentilshommes endimanchés, promenés en carrosse au milieu de l'inconnu, peuvent divertir la foule et amuser l'impertinence d'une cour asiatique. Si cette cérémonie, d'un goût souvent douteux, est l'objet de la diplomatie, ce sont là des ambassades ; mais si l'objet de la diplomatie est la création de rapports intimes et utiles, on peut dire que les seuls ambassadeurs (pir l'Europe eût alors en Chine étaient les missionnaires de Pékin, et que le seul nii ipii y fui vraiment représenté fut Louis NIV. assez sage pour n'y pas envoyer (ranihass.-'.de de cour. Ce (pie je viens de dire me dispense de doinier la liste de ces missions, célèbies surtout par les dîners qu'on leui' olïrit et les égards qu'on leur refusa. Les curieux Irouveiont facilement celte liste copiée de livre en livre : elle
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est sans intérêt véritable pour l'iiistoire de la Chine, comme pour celle des États européens.
Un évêque anglican, traitant de lliistoire de l'Église, arrivé à l'aurore de la réforme, montre cette grande puissance du pontificat chrétien enracinée dans tant de siècles ; les rois et les peuples impuissants à la vaincre ; elle seule capable de prévaloir contre elle-même, elle seule acharnée à sa ruine.
Cette vitalité suprême de l'Église et ce pouvoir redoutable qu'elle a contre ellemême éclatèrent en Chine et au .lapon comme au sein de l'Europe moderne. Ce n'est point des temples de l'idolâtrie, mais des couvents de Saint-Dominique que sortit la guerre contre les Églises du Japon et de la Chine. Ce n'était pas non plus d'une mosquée ou d'une synagogue, mais d'un couvent augustin et d'une paroisse catholique que la protestation avait surgi. Les Dominicains accusèrent les successeurs de Ricci d'impiété ; le sang versé pour la croix ne leur fut point une excuse. En vain Kan-mi, qui les aimait, prit la peine d'expliquer le sens des mots ou des cérémonies qu'on disait idolâtres, Rome n'accepta point ce témoignage sans pareil d'un empereur philosophe et savant. Les jésuites furent condamnés; l'empereur, offensé par leurs adversaires et leur maître, leur proposa le schisme : c'était leur offrir presque la Chine. La Chine eût eu son christianisme, comme l'Europe le sien, et les jésuites eussent bientôt possédé son âme et son esprit.
Quel plus beau rêve firent jamais des intrigants ambitieux? Quelle occasion plus belle rencontrèrent jamais des prêtres infidèles, des hypocrites affamés de puissance et de richesse? Les jésuites, cependant, avec une simple grandeur, repoussèrent la tentation d'un royaume de la terre. Fidèles au maître qui les reniait, qui les châtiait si durement de tant de sacrifices, ils prirent, avec une sereine résignation, le chemin de l'exil, ou, dispersés dans les provinces, attendirent les bourreaux ; et s'il n'y avait dans toute leur histoire que ce trait, il suffirait encoie à couvrir bien des fautes, à confondre bien des calomnies. Ennemi moi-même de la domination des prêtres, comme de toute autre usurpation , je me sens heureux quand je puis rendre à leur vertu l'hommage de la vérité : c'est le devoir des âmes libres de louer tout ce qui est grand, comme c'est le métier des autres d'adorer tout ce qui est fort.
Les Mongous si nombreux, riches d'un si grand passé, commençaient à s'agiter. Galdan, roi des Éleuts, avait obtenu l'hommage de presque toutes les tribus et la consécration du pontife thibétain, le Dalaï-Lama. Il avait arraché aux musulmans le Turkestan et pris, dit-on, douze cents villes. Enflé de ses victoires, il marchait sur la Chine. Un peuple, cependant, ne s'était point soumis : c'était le peuple des Yuen , les Khalkhas; réfugiés à l'occident, sur l'aile droite et les derrières des Éleuts, ils les tenaient en échec. Kan-mi les encouragea, les soutint, et, quand ils succombèrent,
entreprit contre les Éleuts deux campagnes : la première terminée par une paix douteuse; la seconde, en 1697, par la défaite de l'ennemi, dont le chef, sommé de se rendre, mourut naturellement peut-être, comme pour échapper à la honte ou au supplice. Cette victoire sauva la dynastie mantchoue du plus grand péril ciu'elle ait encore couru, et la Chine d'une nouvelle invasion et de nouveaux massacres.
L'Europe et l'Asie s'étaient accrues d'un empire : des Slaves inconnus devenaient une nation. Pierre le Grand, par ses ambassadeurs et Téclat de ses innovations, avait révélé le nom russe aux peuples de l Orient comme à ceux de l'Occident. Du côté de l'ouest et du nord, la frontière chinoise, imparfaitement déterminée, s'étendait fort loin. Le voisinage d'un grand empire exigeait une frontière plus nette : elle fut tracée en 1G88; les jésuites Gerbillon et Pereira représentèrent la Chine en cette occasion. Cette frontière a depuis été fort modifiée : la Russie a pacifiquement conciuis de vastes étendues de sol tartare et olficiellement chinois. Elle a dernièrement passé le cours inférieur de rAmour, et s'est étendue sur les provinces ciui bornent au nord la Corée et regardent la portion septentrionale du Japon. Sans doute, elle doit à I habileté de ses agents une partie de ce succès: mais la Chine était peut-être indifférente, peut-être même était-elle intéressée à laisser à d autres la police d'une moitié des prairies : elle a remplacé, par le fait, des voisins turbulents et parfois dangereux par des voisins plus forts, mais aussi plus sages, soumis au droit des gens, fidèles aux traités, désireux de la paix.
Kan-mi mourut en 1723, dans un de ses voyages en Tartarie, après avoir régné soixante et un ans. Il faut remonter trente-deux siècles pour trouver dans l'histoire de la Chine un règne aussi long.
Ybn-tmen, l'un de ses fils, succéda au grand empereur. On le dit usurpateur ; il versa le sang de ses frères, assez pour qu'on pût croire qu il les avait dépouillés. Il ne fil, dans un règne assez court, rien de bien grand; mais il était studieux comme Julien. Comme Julien, il aunait les sentences. On lit encore sur plusieurs édifices publics les lignes suivantes de sa composition : « Ta paye et ton revenu sont la chair et le sang du peuple. Il est aisé d'opprimer les petits, impossible de tromper Dieu. » Connue Julien, il combattit le christianisme, il le proscrivit même en 1724; mais comme il n'avait point été chrétien lui-même, les prêtres lui pardonnèrent; ils louèrent même sa mémoire. Ils espéraient mieux de son successeur Kyen-lKii ; ils n'en furent, toutefois, pas mieux traités. Le christianisme resta proscrit : on se servit souvent des missiomiaii-es, mais sans accepter leur nnssion. La tolérance de leur apostohit on sa persécution, assez indilîérentes an fond au maître de la Chine, furent laissées à la discrétion des autorités locales, qui en usèreiil plnlol pour obtenir de l'argenl (|ue pour oidonucr des supplices. Le christianisme, délaissé jiar les gens de
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cour et les riches, continua d'être, et, sans faire de progrès comme sans perdre beaucoup de terrain, a végété jusqu'à nos jours. On assure qu'il est en progrès : il serait impossible d'établir le contraire; mais il y a des raisons assez fortes de douter de cette assertion, que les missionnaires ont intérêt à produire.
Kyen-lbTi était monté sur le trône en 1736. Son règne fut égal par sa durée et presciue égal par sa grandeur à celui de Kan-mi. Comme son aïeul, il eut à combattre les Ëleuts; mais cette nation n'était iiliis si forte. 11 ne se contenta pas de la réduire, il la transporta ou la détruisit. Son chef fugitif était mort sur une terre russe : Kyen-lyfi réclama ses os, misérable jouet d une stérile et lâche vengeance; les Russes les tirent voir, mais ne les livrèrent poiiil. Le Turkestan fut alors soumis ou dominé. Le Thiljet, ayant imploré la protection impériale contre les populations du Népaul, fut, entre 1789 et 1791, débarrassé de ses ennemis et occupé par des troupes chinoises. Depuis ce temps, gouverné par des prêtres comblés d'honneurs et en apparence indépendants de la Cliine. il est placé sous la surveillance et la toutepuissante tutelle d'un résident chinois du rang le plus élevé.
Kyen-lKfi renouvela dans la péninsule indo-ciiiiioise les tentatives toujours infructueuses des Min : ses armées, battues, durent évacuer la Birmanie. C'est vers la fin de son règne, en 1789, que la dynastie dite de Yuen, expulsée plus tard, puis rétablie, commença à régner en Cochinchine. Cette fannlle envoie en Chine des triliuts triennaux.
Le règne de ce prince, bien que paisible si on le compare à d'autres, l'ut marqué par plus d'une insurrection : il dut soumettre la province montagneuse de Kweitmes et File non moins difficile de Formose.
Les contrées méridionales de l'Asie recèlent encore dans leurs montagnes quelques tribus bronzées et presque sauvages, dernier vestige de nations vaincues, bannies des plaines et presque entièrement éteintes. On assure que l'Inde compte seize millions de sauvages de cette espèce; l'Indo-Cliinc en compte probablement plus ■encore. Le savant missionnaire et sinologue Bridgman a donné, dans le numéro 3 du Journal of the N. C. Branch of Ihc R. A. S., la traduction de quatre-vingt-deux notices relatives aux sauvages chinois appelés Myao-tso. Ces sauvages occupent les sommets du Kwei-tnieK, du Xb -nan, du Kwafi-si, du Yun-nan et du Sso-tmuen. Soumis à de petits tributs, ils vivent à peu près indépendants des Chinois, avec lesquels ils n'entretiennent que peu de relations. L'oppression de peuplades si faibles ne pouvait ajouter beaucoup à la gloire de Kyen-h.n. Il résolut cependant de soumettre les Myao-tsï) dits de Kin-tniuen ou de la rivière d'Or, du nom de quelque ruisseau qui arrosait la vallée montagneuse où ils s'étaient retranchés. De telles entreprises sont moins faciles à mener à bien qu'elles ne le paraissent. Ces pauvi'cs
sauvages se défendirent avec plus d'énergie et de persévérance que ne le font les plus grands empires amollis par le despotisme. Ils furent vaincus enfin ; leurs chefs capitulèrent, et, conduits à Pékin, furent, contrairement à tout droit, à toute justice, sans l'excuse même de la nécessité politique, soumis à un supplice ignominieux et cruel. Les jésuites ont noté cet événement: ils ont oublié que c'était un crime, et qu'ils devaient le condamner. La faveur des princes est bien malsaine si elle corrompt ainsi jusqu'à des apôtres.
De 1770 à 1773, trois cent mille Tourgouts et deux cent mille Éleuts, réfugiés en Russie ou sur les frontières russes et mécontents du nouveau joug, furent autorisés à regagner le pays de leurs ancêtres. Ces émigrations de peuples soumis à la Russie, Tartares, Circassiens, Polonais, ne s'expliquent pas toutes par le fanatisme religieux : on conçoit qu'un peuple transporté en Russie rêve de plus doux climats, qu'un peuple nomade change de place et de maitre : mais il reste des faits qui ne peuvent s'expliquer que par un vice profond du gouvernement russe, trop dur, trop militaire, trop imitateur de la méticuleuse et tracassière Allemagne. La Russie est bien jeune et bien grande pour son âge : il lui reste des progrès à faire. Elle a des iirinces honnêtes et plus doux que ses lois, un peuple patriote et religieux ; elle peut sans crainte marcher par des chemins plus larges vers un régime meilleur.
En 1793, la Chine reçut l'ambassade anglaise de lord Macartney. Lord Macartney était un homme distingué et considérable. Il avait été gouverneur général de l'Inde, comme le furent plus tard, avant ou après leur ambassade, lord Amherst et lord Elgin. Son andjassade, très-magnifique, coûta aux Chinois près de 5 millions. Elle eut pour résultat de faire inscrire parmi les tributaires les Anglais, qui ne le demandaient point. Elle ne fut cependant pas stérile : les relations qui en furent faites, les travaux éminents de Staunton et de Rarrow qui l'accompagnaient, exercèrent une action très - heureuse sur l'esprit public en Angleterre et dans le reste de l'Europe.
Kyen-lb'u descendit volontairement du trône en 179G, appelant Kya-kin, l'un de ses fils, à le remplacer. Kycn-lbfi lui laissait un ministre du nom de Xo-kwan, qui. quatre ans plus tard, était mis en jugement et se suicidait, laissant une fortune de 500 millions due à la concussion. Le règne de Kya-kin, prince médiocre et vicieux , iiil iiiai i|ué, comme celui de ses deux successeurs, par des conspirations, des révoltes, des désordres de tout genre. En 1813, l'empereur Kya-kin faillit être massacré dans son jialais : un de ses (ils lui sauva la vie jiar son courage. Ce jeune prince, peu capable d'ailleurs et de chétive apparence, grâce à cet événement . fut plus tard désigni' pour le liôiie par son père.
LES ANGLAIS. Oa
Deux pirates, maîtres de six cents navires, inquiétèrent, de 1800 à 1810, les cùles méridionales de la Chine, et, dominant la rivière de Canton , en ruinèrent le commerce. Avec l'aide des Portugais de Macao, et grâce à la dissension des deux bandits, on finit par les réduire à l'impuissance et les amener à se soumettre.
En 1816 eut lieu l'ambassade de lord Amherst. Cette ambassade eut un insuccès complet : ayant refusé nettement l'hommage d'une prosternation que l'Europe ne doit qu'à Dieu, elle fut éconduite. Elle se rappelle par les travaux d EUis, d'Abel. de Davis, de Morrisson. C'est ce Morrisson, le Ricci du protestantisme, c]ui publia, aux frais de la Compagnie des Indes, le meilleur dictionnaire chinois que nous ayons encore (1).
En 1821, Tao-kwah monta sur le trône.
En 1828, le Turkestan se souleva : un chef musulman, Jehanghir, lutta quelque temps avec succès contre les troupes chinoises. La trahison procura à la Chine une victoire que sa cruauté acheva de souiller.
En 1830 leKwah-tb'h, en 1830 et 1834 Formose, pays ingouvernables, se révoltèrent encore et furent de nouveau conquis.
En 1840, enfin, éclata la première guerre sérieuse que la Chine ait dù soutenir contre l'Europe : ce sont les Anglais qui furent alors les champions de rOccident. Les Français n'avaient pas poussé leurs navigations ou leurs conquêtes aussi loin (lue des peuples plus faibles : ils avaient tenu cependant une partie de l'Inde : ils y avaient vaillamment combattu l'Angleterre. Une dynastie fatiguée avait laissé de nobles efforts s'épuiser en vain; une révolution sans pareille, au moins dans son histoire, avait ensuite agité la France; l'Europe, armée contre elle, l'avait contrainte à resserrer ses forces : elle dut abandonner à peu près les mers et ses domaines lointains. Désorganisée, sans crédit, elle repoussa le choc de toute l'Europe, avec cette énergie que les peuples affranchis possèdent et que quinze ans de despotisme pouvaient seuls lui ôter. Ce despotisme stérile ne lui rendit pas sa place au soleil de l'Asie; il associa seulement à ses échecs les peuples qu'elle opprimait, et tant qu'elle les opprima. Les Anglais ne virent plus dans l'extrême Asie d'ennemis qu'ils pussent redouter. Ils avaient déjà, en 1762, aidés par les Chinois, toujours hosliles aux Espagnols, occupé Manille; Formose avait vu leurs comptoirs succéder à ceux des Hollandais; en 1785, ils avaient pris Poulo-Pinang; en 1795, Malacca, Ils avaient contre la France, en 1802 et 1808, tenu garnison à Macao; puis, en 1811 , annexé les Indes hollandaises, tombées avec la Hollande sous le joug français. En 1816, ils
(1) On poiirrail en imat;incr nn plus coni|)lol. Ce serait peut-être au tour du gouvernement français de s'en occuper. 11 trouverait, sans sortir de Paris, l'honinie le plus capable de mener à bien cet immense travail.
les rendirent h leurs vrais maîtres: mais, en 1818, ils fondaient Singapour sur un Ilot qui ne comptait alors que deux cents habitants, et faisaient, en 1825, reconnaître celte possession par la Hollande et par un prince malai.
Les progrès des Anglais dans l ïnde avaient inquiété les Chinois, Leurs établissements à 31alacca leur paraissaient une entreprise ou tout au moins une menace contre l'empire. Les Chinois, toutefois, montraient une grande prudence dès quïl s'agissait de rinde ou des États voisins.
En 1815, les Anglais ayant envahi le Népaul, le rajah ou roi de Gorkha implora contre eux le secours de la Chine, dont il était tributaire. Il s'adressa aux autorités chinoises du Thibet, leur représentant qu'après avoir envahi le Népaul la Compagnie s'attaquerait au Thibet. Une correspondance cauteleuse et craintive de la part des Chinois s'ensuivit. Les Anglais s'expliquèrent nettement. Des envoyés gorkhas furent reçus dans le Thibet avec hauteur, et renvoyés sans secours. On demanda cependant aux Anglais de retirer du Népaul le résident qu'ils y avaient établi : ils s'y refusèrent, mais ne paraissent point avoir contesté la suzeraineté de la Chine sur cette partie de ITnde.
Les Anglais, c'est-à-dire la compagnie qui, jusqu'en 1834, coiiserva le monopole du commerce anglais en Chine, avaient élevé des factoreries à Amoy, à Fii-tme^ (Foochow), à Canton. C'est à Canton que se fit surtout un commerce que les maîtres de la Chine voulaient reléguer aux extrémités de leur empire. Le monopole de la Compagnie rencontrait là le monopole de ces marchands, qualifiés de Hongs par les Européens, riue le gouvernement autorisait seuls à commercer avec l'Europe, les rendant responsables, d'ailleurs, de tout ce que les Européens pourraient faire. Pendant quelque temps on n'avait même autorisé qu'un seul de ces marchands, comme en 1725 on avait limité à vingt-cinq le nondjre des navires (jue le port de Macao (levait recevoir chaque aniK'e. Entre ces monopoles, il y avait place pour peu de progrès : le connnerce ne coinmenca vraiment à se développer que (piand le monopole de la Compagnie d'abord, celui des Hongs ensuite, eurent fait place à la liberté des transactions.
Après 183 'i . lord Napier. sir J.-F. Davis, sir G.-B. Uobinson, se succédèrent en Chine. Le commerce et la politique soulevaient dans ce pays deux grandes Cjuestions : celle de l'opium, particulière aux Anglais; celle de l'application des lois ou plutôt de l'illégalité chinoise aux Européens, commune à toutes nos nations. La Compagnie anglaise, en raison de ses traités avec la l"i-aiice et de la réserve prudente des Hollandais et des Espagnols, avait seule de I Opium à vendre. Cet opium ramenait dans rinde. et de là en Angleterre, l'argent (|ue la (]biiie souliie à l'Europe en échange de la soie. Le gouvernemcid rliinois voyant l'argenl dispai'aili'e . remplacé