COTES DE LA CHINE
Dans une mer tranquille, le limon se dépose lentement à l'embouchure du fleuve qui l'a porté; si le fleuve est endigué, ses atterrissements suivent d'ordinaire une ligne droite. D'après M. Élie de Beaumont, le delta du Mississipi s'allonge ainsi de près de 1 200 pieds par an.
Soulevé par de fortes marées, le limon est étendu sur de plus vastes espaces ; enfin les grands courants maritimes peuvent l'entraîner au loin : c'est ainsi que les apports de l'Amazone sont portés jusqu'à l'Orénoque. On peut habituellement regarder l'eau des fleuves limoneux comme chargée d'une quantité de limon égale à 7200 son poids, et l'on peut admettre que le niveau des particules de ce limon s'abaisse en eau calme d'environ 2 pieds par heure; la mer en est encore chargée à 30 lieues de Tembouchure du Gange et à 100 lieues de celle de l'Amazone.
Enfin, on regarde l'élévation des terres arrosées par le Nil comme égale à 4 pouces par siècle pour la partie supérieure du cours de ce fleuve, et à 2 pouces pour le delta, et l'on attribue au Gange le transport annuel de 180 millions de tonneaux de terre (supposée sèche) qui s'étalent dans le fond du golfe du Bengale ou se perdent dans sa partie la plus profonde. J'ai cru devoir rappeler ces données afin de faire mieux apprécier l'importance des atterrissements qui se font dans le voisinage des fleuves et sur le littoral de la Chine , atterrissements que je suis porté à croire plus considérables que ceux dont d'autres régions du globe sont aujourd'hui le théâtre.
On pourrait diviser les eaux qui baignent les côtes de la Chine et reçoivent les apports de ses fleuves en deux bassins, dont l'un serait au nord et l'autre au sud du Ulan-tKÎi : le premier serait constitué par le golfe de Tmi-li et de Leao-tb-n, ou simplement du Pei-xo, auquel on pourrait rattacher le golfe voisin du Ya-lK kyan; le second comprendrait la mer Jaune et la partie septentrionale de ce que les Chinois appellent la mer orientale.
Le golfe du Pei-xo reçoit encore aujourd'hui le Leao ou Lye« (1), le Pei-tah-xo, le Pei-xo, le grand et le petit Tsin, ainsi qu'un grand nombre de cours d'eau moins importants. Nous avons vu qu'à une époque reculée il recevait toutes les eaux du fleuve Jaune, et que plus tard il continua longtemps encore à en recevoir une partie. L'examen hydrographique de ce golfe vient encore ici à l'appui de la tradition chinoise. Le golfe du Pei-xo se développe du sud-ouest au nord-est sur une longueur d'environ 250 milles de 60 au degré ; de Ta-kK ou de l'embouchure du Pei-xo aux îles Myao, c'est-à-dire dans une direction à peu près perpendiculaire à la première, il mesure environ 150 milles. Ce golfe, cependant, ne présente presque nulle part une profondeur de plus de 20 brasses; à 7 ou 8 milles de Pei-tan. il n'en a pas plus
(1) Ce nom esl susceptible de ces ileux prononciations.
de 4: il n'en a pas plus de 10, à 55 milles des embouchures du grand et du petit Tsin, et l'on ne saurait évaluer sa profondeur moyenne à plus de 14 ou 15 brasses.
M. Élie de Beaumont a montré que le Mississipi ne saurait combler le golfe du Mexique ; mais ce golfe est seize fois plus grand que celui du Pei-xo, et sa profondeur moyenne est de 500 brasses. Ce rapprochement fait voir qu'on peut entrevoir le comblement absolu, dans une époque fort éloignée, il est vrai, du golfe de Tmi-li et de Leao-tbû.
Le golfe voisin dans lequel se jette le fleuve Ya-lK n'a qu'une profondeur à peu près double, et toute la côte septentrionale du lUan-tbh est bordée de hauts-fonds. L'eau du golfe du Pei-xo, qui a des marées de 9 à 10 pieds, est fort chargée de vase; il en est de même de celle de la mer située au sud du Ulan-t^h, et appelée pour cela, par les Chinois mêmes, mer Jaune. Le fleuve Jaune, qui s'y décharge, est trop rapide pour être navigable. Près du lac XbTi-tsi, à Tsin-kiah p^, il a, d'après Barrovv, une largeur de trois quarts de mille et une profondeur de 5 brasses. Son limon est transporté au loin ; les marées qu'il rencontre doivent s'élever, comme à l'embouchure du Kyan, à une hauteur d'environ 10 pieds.
Le Kyah, ciui débouche dans un estuaire, et qui depuis quekiues siècles a formé à l'est de la rivière de Wv-s«n d'immenses atterrissements , en même temps qu'il élevait File de TsKh-min, longue de 32 milles et large de 5 à 10, a été remonté plusieurs fois par des officiers de la marine anglaise. M. le capitaine de vaisseau John ^Yard. commandant YActc'on, qui l'explorait à l'époque des basses eaux, l'a trouvé profond encore de 9 brasses sous les murs de Wb-tman, c'est-à-dire au centre même de la Chine, et vers le milieu du cours du Kyan sa vitesse variait de 1 72 ^ nœuds; mais elle atteint en été 5 à 7 nœuds, ce qui constitue un courant que les navires européens remonteraient difficilement.
Barrow attribue à ce fleuve le transport de 2000000 de pieds cubes de terre sèche par heure, soit de 496000000 de mètres cubes ou tonneaux (de volume) par an : ce serait plus de deux fois et demie et près de trois fois l'apport du Gange. Barrow, supposant à la mer Jaune une profondeur de 25 brasses, la considère comme devant se combler par ces atterrissements dans un espace de vingt-quatre mille ans; mais, en réalité, la mer Jaune est plus profonde que ne le croyait Barrow. Les cartes de l'amirauté lui donnent déjà 30 brasses à 120 milles du fond de la baie de Xan-tmcK et de l'ancienne embouchure du Tmo-kyah , qui est indiquée par un banc très-considérable. Entre le Kyah et le Xwan-xo, les fonds paraissent être plus grands, comme cela doit être si l'importance de ces grandes embouchures est toute moderne : il y a toutefois, entre les deux fleuves, un grand nombre d'îlots et de bancs qui, sur quelques points, s'étendent à GO milles de la côte, et sont coupés de petits canaux dans