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Au début des Xan, sous Kao-tsb-, on retrouve une monnaie analogue à la précédente, et appelée le^-pan. Bien qu'elle portât en exergue les mots Pan-léan, elle pesait moins d'une demi-once. Les Xan orientaux émirent le leK-sye^, sur lequel on lisait les mots Wb-tiuu, dénomination dont le sens est difficile à saisir.
Sous la dynastie des Tsin, postérieurs aux Xan, on remarque une monnaie dont l'exergue se lit Xb^o-tsyen, soit objet monnaie.
Le fondateur de la dynastie des Tan émit une monnaie dont l'exergue se lit : Kaiyuan tKÎi-pao, plus facile à entendre qu'à traduire, qu'on pourrait peut-être rendre par[î.'oie de la fortune ou accès des trésors.
Les premières monnaies des SbTi étaient pareilles, sauf que le premier mot de l'exergue était remplacé par le mot Sun, nom de cette dynastie. Les dernières monnaies émises sous cette famille étaient d'une forme allongée ; on les appelait tbùkwa-pey, ou feuillets portatifs de cuivre. 11 y en avait de deux dimensions : les
grandes avaient 3 tsun de longueur sur 1 tsun de largeur ; les petites avaient 2 tsun de longueur. L'exergue des grandes, dont je donne la figure, porte : Lifi-nnan h men-yun, soit : usage courant (cuirency) de Lin-nnan fb-, et Tmun b paé-Aven mon, soit : valant cinq centaines (de 70) de mon (=350 mon). Sur l'exergue des petites on lisait trois cents au lieu de cinq cents. Sous les Mongous Yuen, la monnaie portait : ïmi-yuen tbn-pao.
Sur celle des Min, on lisait : Ta-tnn.n tbn-pao, ou, avec un nom de prince : X^Ei-Wb Ibfi-pao, etc., et sur le revers un chiffre indicatif de la valeur, soit 10, 5, 3, 2, 1 (Isycn), et un caractère qui constituait la mai(|ue du fondeur.
Je crois inutile de parler ici des monnaies de la dynastie actuelle. Les personnes que ce sujet pourrait intéresser en trouveraient une description très-savante et trèsdctaillée dans le premier numéro du Journal of the Shonghai Ukranj and scienttfic Society, travail qui est dû à M. A. Wylie.
Fleuves chinois. — Déviations du Xo. — Bouclies du Kvafi. — Côtes de la Chine.
Parmi les cours d'eau qui traversent et arrosent la Chine , il en est deux sur lesquels l'attention se porte tout d'abord : le Xwan-xo, ou le fleuve Jaune, et le Yan-tso Kyafi; connu je ne sais pourquoi, en Europe, sous le nom de fleuve Bleu. Les Chinois l'appellent aussi Ta-kyan ou le grand fleuve, et simplement Kyari ou le fleuve; ils désignent souvent aussi le Xwan-xo par la seule appellation de Xo : ce mot a le même sens que celui de Kyan. Peut-être ces mots sont-ils les représentants de deux anciens idiomes monosyllabiques fondus dans la langue chinoise actuelle : ils s'appliquent l'un ou l'autre à presque tous les cours d'eau de la Chine; mais, employés seuls, ils désignent essentiellement les deux grands fleuves de l'empire , comme le seul mot latin Urbs servait à rappeler la ville de Romulus, devenue la capitale des Césars.
Le plus renommé de ces deux fleuves, c'est le fleuve Jaune : c'est, en effet, sur ses rives que, vingt-deux siècles avant le Christ, Yu le Grand, souverain d'un petit État, fonda la dynastie, plus célèbre que puissante, avec laquelle on fait aujourd'hui commencer l'histoire de l'empire. Le Kyan était alors presque la limite des peuplades chinoises , et les provinces méridionales de l'empire actuel n'étaient point connues.
Une inondation terrible avait précédé le règne de Yu le Grand ; ce fleuve rapide et redoutable, dont Yu colonisait les bords, et qu'il s'efforçait de contenir, y avait eu la plus grande part sans doute. Ce grand désastre, l'histoire de ses déplacements et de ses fureurs, est l'histoire même de la Chine, et les ruines qu'il a faites l'ont rendu plus célèbre que le Kyan n'a pu le devenir par la seule vertu de ses bienfaits.
Les géographes attribuent au fleuve Jaune un développement total de 2200 milles de 60 au degré. Ce fleuve, supérieur au Danube, à l'Indus et au Gange, égale donc à peu près le Volga ou le Nil. Le Kyan, plus digne d ètre comparé à ce Nil ferlilisateur. atteint une longueur de 2800 milles ; plus grand que le Yenissei , quatre fois Itlus grand que le Rhin , inférieur seulement au Mississipi et à l'Amazone, il n'a pas de rival dans l'ancien monde.
Les grands fleuves, dans la partie inférieure de leur cours, traversent ordinairement des plaines qu'ils ont formées, que de temps à autre ils inondent, que constamment ils déchirent pour se frayer de nouvelles routes. A peu de distance de la mer, les eaux fluviales, plus lentes, s'étendent et se ramitient: l'importance de leurs canaux varie incessamment comme leur nombre : toutefois . ceux qui se sont le plus creusés s'emparent peu à peu de toutes les eaux , et il semble que pour les fleuves le nombre des bouches aille en diminuant. C'est ainsi que le Rhône et le Nil en ont compté sept, et n'en comptent plus (jue deux ; la branche orientale du Nil va même aujourd'hui se comblant, et l'on peut entrevoir l'époque où il n'aboutira plus à la mer que par un seul canal.
Égaux aux plus grands fleuves de la terre , les fleuves chinois ont subi des vicissitudes pareilles; l'analogie suffirait à le faire admettre, l'histoire chinoise le démontre. Les détails dans lesquels je vais entrer, liien qu'assez nouveaux pour l'Europe, sont familiers aux Chinois instruits. Si les sciences positives ont peu progressé dans ce pays , l'étude de ses antiquités s'y est poursuivie toujours avec zèle et avec fruit. Les résultats obtenus par l'érudition cliinoise peuvent être admis en Europe ; ils doivent même y être préférés toujours à ceux auxquels nous arrivoiis nous-mêmes par l'étude de textes difficiles à entendre, et auxquels les Chinois peuvent joindre les traditions locales et l'examen direct du pays. C'est ainsi que, malgré des recherches très-laborieuses et très-savantes sur le sujet même que je vais aborder, Edouard Riot n'en avait saisi que peu de traits. Il n'est que trop souvent en désaccord avec la géographie générale publiée par le gouvernement chinois. Il a eu la gloire d'ouvrir à la science des routes très-nouvelles, mais il n'a souvent rencontré (jue des documents imparfaits.
Voici ce que nous apprend sur le fleuve Jaune la géographie hislori(iue chinoise. Après la grande inondation, au temps de Yu le Grand . le Xwan-xo se dirigeait, à partir d'un point situé au nord de remplacemeiil ;i( luel de Xo-nan fj. (ville fort ancienne d'ailleurs, et dont on fait la capitale de Fî.-nii . personnage anté- historique et cssenliellemenl fabuleux), sur les points actuellement occupés par WK-tiui et Tiiian-t(». Arrivé un [)eu au sud de Tiiian-tn . il formait deux l)ras, dont la direction moyenne était le nord-esl, et ipii tous deux se jetaient dans le golfe de Tiiii-li. Le plus
DÉVIATIONS DU XO. 111
septentrional, appelé le Xo, suivait, entre les positions actuelles de Tyen-tsin et de Ta-ki;, la direction du Pei-xo actuel; un peu plus au sud, il donnait naissance à un embranchement secondaire dirigé de l'ouest à l'est et appelé Illi-xwan. Le bras méridional, cpii aboutissait au sud du llli-xwan, portait le nom de Ta (nom qu'il ne faut pas confondre avec Ta, grand). Plus au sud coulait le Tsi, dont les eaux ne se mêlaient point avec celles du Xwan-xo (planche 1). Sous la dynastie des Illan, le bras principal ou septentrional suivait la même direction; il n'est plus cjuestion ni du Uli-XAvan, ni du Ta. Un bras méridional , parti de près de Wb-tuii , se dirigeait sur Tsi-nin et se confondait avec le Tsi , pour atteindre la mer. Le Tsi doit être identifié avec
Planche I .
le fleuve actuellement appelé Ta-Tsifi ou le grand Tsiù, par opposition au petit Tsin qui en est voisin.
Au temps de Gonfucius (planche 2), le bras septentrional se divisait pour former une île allongée, comprenant les villes le \Y>.-kyan, Kao-lah et Syun ; du point de division partait un embranchement moins important , ciui était le Ta , à peu près parallèle au Tsi , plus méridional enfin ciue le Tsi , et partant du sommet du grand delta, près de l'emplacement actuel de Wb-tmi; un embranchement peu considérable peut-être se dirigeait vers l'est et allait se jeter dans une rivière qui, se dirigeant vers le sud-est, portait ses eaux au Xway; le Xway lui-même communiquait avec le grand Kyah par un canal naturel appelé Tsyen-kK. Ainsi, dès ces temps reculés, le canal impérial, dont l'établissement est attribué à la dynastie des Yuen , existait déjà en partie ; il est possible, toutefois, qu'il ne fût ni navigable, ni constamment alimenté. Au temps des Xan, c'est-à-dire vers le temps du Christ (planche 3), les deux bras du fleuve étaient les mêmes qu'au temps de la dynastie des Ulan. Le bras septentrional donnait
Planche 2.
DÉVIATIONS DU XO. 113
naissance à deux embranchements secondaires qui aboutissaient entre les embouchures des deux bras principaux , et portaient les noms de Tmun-tmi du nord et de Tmun-tmi du sud.
Planche 3.
Vers les troisième et quatrième siècles de notre ère , le fleuve Jaune suivait exclusivement la direction du Tsi, qui passait un peu plus au nord de Tsi-nan. Sous les Sb'û (planche 4), vers le onzième siècle de notre ère, le fleuve Jaune
Planche 4.
arrivait encore par deux bras, appelés simplement du nord et du sud, dans le golfe de Tmi-li ; le bras septentrional paraît avoir subi peu de déplacement.
De ces deux bras, celui du sud subsistait seul au temps des Kin, dynastie tartare établie au nord du Kyah , tandis que les derniers S«n occupaient le midi de la Chine.
D'un point situé un peu à l'ouest de Tbn-pin fs partait alors un embranchement dont le canal impérial suit aujourd'hui la direction (planche 5).
Enfin, sous les Yuen, le fleuve Jaune avait pris la direction actuelle et venait confondre ses eaux avec celles du Xway : il a depuis varié quelcjuefois encore ; il y a peu d'années même, et, je crois, en la première année du règne du dernier empereur, c'est-à-dire il y a environ treize ans, il a repris sa course sur le Tsih par l'ancien Tsi, mais sans pour cela abandonner complètement le Xway, dans le lit duquel je crois même qu'il est entièrement revenu en ce moment. ;
Planche 5.
Le Kyan, bien que moins rapide, a eu aussi ses variations; l'histoire s'est moins attachée à en conserver le souvenir. Toutefois, le IllK-kin parle de trois Kyan ou de trois bouches du fleuve actuel, à savoir : celle du nord, celle du milieu, et la principale située au sud des deux autres. Le savant M. Edkins a publié sur cette question, dans le Journal of Ihe north China brandi of the R. A. S., cahier de septembre 18G0, un mémoire du plus haut intérêt. Il considère comme la branche principale, vers le temps desXan, c'est-à-dire vers l'époque de la venue du Christ, le Tmo-kyan, indiqué comme tel par l'auteur de l'ancien dictionnaire intitulé Illwo-Aven, qui place son embouchure près de Kwei-tiui, aujourd'hui Ulao-kin, ville située entre Xafi-tmeK, capilale de la province nommée, d'après l'ancien fleuve, Tmô-kyan, et le port de Niîi-po.
BOUCHES DU KYAN. 115
M. Edkins pense que c'est à tort que quelques modernes ont regardé la rivière de Xan-tmeK, appelée Tsyen kyan, comme l'ancien Tmo kyan. Le lac Tai formait autrefois, comme l'indiquait alors son nom, cinq lacs : le Tmo, venu de près de Tmi-tmey actuel, par les positions actuelles de Nin-kwo et Kw^in-to, traversait la partie méridionale de cet ensemble lacustre, tournait vers le sud, passait près des points actuels de Uli-môn et de Tan-si, et se jetait dans la mer à Yu-yao. ■
Le bras du centre, parti du lieu actuel de Wb-xv, se dirigeait sur la partie septentrionale des cinq lacs par le point auquel se trouve I-iiiin, et formait deux bras,
Planche 6.
dont l'un, appelé Lycb-, débouchait au-dessus du Wb--SKn actuel, et l'autre, se portant vers le sud, aboutissait à Kan-py, qui est vraisemblablement le Kan-f« des voyageurs arabes. On sait que la lettre P manque à l'alphabet arabe.
Quant à la branche septentrionale, elle constitue le cours actuel du Kyan. .l'ai cherché à exprimer, à l'aide d'une petite esquisse (planche 6), les idées qui ressortent du mémoire de M. Edkins, mémoire qui n'est pas accompagné de carte. .le n'ai appuyé les opinions que je viens de présenter relativement aux cours anciens des deux grands fleuves de la Chine que sur les résultats de la critique chinoise ; mais les fleuves écrivent eux-mêmes leur histoire, et c'est l'étude même du sol qui nous fera le mieux apprécier le degré de confiance que mérite la tradition chinoise. La tradition nous a montré le fleuve Jaune se portant tour à tour au nord et au sud du lllan-t>;n.
s'unissant même au Kyan par un canal naturel, analogue au Casiquiare qui lie l Orénoque à l'Amazone.
L'étude du sol, loin de contredire cette donnée, la confirme singulièrement : la partie rocheuse de la péninsule du Ulan-tb-fi, en effet, s'élève isolée entre une mer à demi comblée et de vastes plaines d'alluvion qui la bornent au nord-ouest, à l'ouest, au sud. et la séparent entièrement des autres massifs montagneux de la Chine; on peut admettre même que, dans des temps plus anciens que l'histoire, la chaîne granitique du Ulan-tbh ou du mont Tai s'élevait seule du sein des mers et formait une île que de lentes alluvions ont réunie au continent. Les immenses apports reçus par le golfe de ïmi-li, comme l'absence de grands atterrissements à l'embouchure actuelle du fleuve Jaune, confirment encore les témoignages écrits, et des faits du même ordre doivent porter à admettre l'existence et l'importance ancienne du Tmô kyan, auquel seraient dus les grands atterrissements qui bornent le golfe de Xan-tmeb , le delta du Lyeb et du Kan-py kyan. démontrés par l'empiétement des terrains qui séparent ces deux canaux secondaires: enfin, le peu d'importance dans l'anticiuité du bras septentrional qui se déverse encore dans une sorte d'estuaire, et n'a pas donné naissance depuis plus de trois siècles à l'île de Tsbh-min , qui est comme le rudiment de son délia maritime. Dans aucune région de la terre, peut-être, la C|uestion si importante des atterrissements ne pourrait être étudiée avec plus de fruit qu'en Chine. Cette étude est facile à ceux mêmes qui ne peuvent connaître de ce pays que ses côtes; des circonstances malheureuses ne m'ont point permis de m'y livrer comme je le désirais. Puissent des observateurs plus habiles et plus autorisés cjue je ne l'étais entrer dans la voie féconde de ces recherches !
La surface du globe que nous habitons paraît l'éternel jouet des deux forces constamment en lutte : les feux de la terre qui élèvent les montagnes, les eaux du ciel qui refont des plaines. Les roches de fusion ignée, qui forment les cimes les plus hautes, sont comme le squelette et le support de nos continents, vont se décomposant sans cesse sous l'action du nuage humide, du torrent impétueux ou du glacier pesant et irrésistible; leurs débris roulent dans la plaine, et, charriés par les eaux, se réduisent et s'ai'rondissent de plus en plus. Les éléments dont ils se composaient se séparent bientôt : le sable quartzeux, plus pesant, s'arrête d'abord; l'argile légère, suspendue au milieu des eaux, continue à se mouvoir jusqu'à- ce que l'action lente de son faible poids ou le choc des flots (h? la mer la contraigne à se précipiter à son lour. Ainsi les plus petits fleuves roulent des galets; les fleuves moins petits portent du sable: les grands fleuves charrient cet épais limon dont se bâtissent les delta et tant d'îles, et à la surface duquel l'homme cullive ses champs les plus féconds, élève ses plus riches cités.