‹ La Chine et les puissances chrétiennes (volume 2)Chapitre 23 sur 59 · II · texte numérisé non relu

II

a Pour ce qui concerne la province de Kouang-toung^ qui, jusqu'à présent, a été renommée pour sa loyauté et son patriotisme, et qui, dans une occasion précédente, reçut de feu Sa Majesté l'inscription monumentale: a Récompense d'un roi au dévouement d'un peuple I » et * un édit spécial dans lequel l'empereur exprimait k cette province une haute approbation de sa conduite et la satisfaction qu'il en avait ressentie, je m'en remets à ces grands ministres Lo-Tung-yen et autres (c'est-a-dire les trois membres du comité de guerre de Kouang-toung) pour exécuter mes désirs. C'est sur eux que repose le devoir de faire en secret tous les arrangements nécessaires, d*organiser les populations rurales sans attirer Fattention, d'établir partout des compagnies de milice, et en formant entre elles des ligues aussi bien qu'en les excitant à agir et à conserver leurs moyens de communication partout complets, de faire en sorte qu'elles présentent aux barbares du dehors un déploiement des forces de la Chine tel, qu'il leur fera abandonner les positions qu'ils ont prises.

(( Afin d'assurer le secret de leurs mesures et pour empêcher toute intelligence de ces desseins de se répandre, les autorités ne doivent pas plus longtemps paraître agir d'une manière hostile (envers les étrangers), mais doi-^ vent simplement ordonner au peuple de leur faire de l'opposition ; et il n'est pas besoin qu'aucune communi-^ cation à ce sujet soit adressée aux fonctionnaires locaux, ni même au gouverneur général ou au gouverneur de la. province.

a De cette sorte, si la victoire nous accompagne, nou» pouvons être certains que nous faisons ce que demanda le ciel ; mais, si nous sommes vaincus, nous éviterons toujours d'être entraînés dans une guerre. Et il n'est pa& impossible que nous voyions, comme résultat de ce système, la paix prendre peu à peu la place de ces troubles et de ces attaques des étrangers que nous éprouvons

lepuis quelques années \ et que nous puissions voir un terme mis aux empiétements barbares, et la gloire des* cendre encore sur la civilisation de Hea (la Chine).

« Que vos efforts a vous, mes ministres (les membres du

comité de guerre), soient dirigés vers ce but, et ne trom*

pez pas les espérances de votre souverain. Quand vous

aurez reçu cet édit secret, hâtez-vous de préparer un ex*

posé minutieux des mesures que vous croyez, nécessaires

pour l'exécution de ces projets, et envoyez-le-nous par un

exprè* volant (qui doit voler) ; qu'il n'y ait aucun retard et

que cet édit important, qui est pour l'instruction (des

membres du comité), leur soit porté par un exprès faisant

six cents lis par jour. »

Lord Elgin avait exigé, depuis le commencement d'octobre, que le vice-roi Houang fût rappelé de Canton, et que le comité de guerre fût dissous ainsi que les corps de volontaires. Il avait déclaré aux commissaires impériaux qu'il n'entrerait avec eux ni dans l'arrangement de la question des tarifs ni d'aucune autre affaire, tant que ces demandes ne seraient pas satisfaites. Les commissaires lui avaient exprimé leur indignation contre la conduite de Houang et promis qu'ils demanderaient avec instance U'erapereur son rappel. Sur ces promesses, lord Elgin entra en négociations pour le nouveau tarif, qui fut arrangé d'accord avec les réprésentants de la France et des Etats-Unis. Les points injportants de ce tarif furent la 'égalisation de l'introduction de l'opium, moyennant le droit de 30 dollars par caisse, et la fixation d'un maxi- ^ro de 2 1/2 pour 100 pour les droits a percevoir dans les douanes intérieures de l'empire sur les articles étrangers.

L'arrangement du nouveau tarif touchant à son terme, ïes commissaires impériaux ouvrirent la bataille pour «quelle ils étaient venus a Chang-hai*. Leur mission est "ien expliquée dans la lettre qu'on va lire, et qui fut

trouvée dans un des villages environnant Canton, lors des expéditions militaires dont j'ai parlé.

C'était évidemment une communication écrite par un agent envoyé k Cliang-haï par Houang (le vice-roi de Canton), afin d'être informé de ce qui s'y passait. La lettre était adressée à un mandarin supérieur, mais ce supérieur n'était pas le vice-roi lui-même, à ce que les interprètes ont assuré. •

a Les administrateurs des affaires barbares dans la capitale sont les trois princes Houi, Koung etChing (*)•

« Lorsque les quatre commissaires impériaux (**) eurent leur audience de congé, Sa Majesté leursignifia que c'était son bon plaisir de ne pas permettre que la paix fût faite de cette façon (***), et que tous les cinquante-six articles du traité de Tien-tsin devaient être annulés. Ho, gouverneur général des deux Kiang, les reçut k Chang-chôu, dans la huitième lune (août, septembre), et maintint résolument qu'il ne fallait parler d'aucun changement. Ils restèrent donc indécis jusqu'à leur arrivée a Chang-hai, où, grâce au chaleureux appui que le trésorier Wang donna aux représentations de Ho, les commissaires commencèrent k pencher vers un compromis. Plusieurs mémoires, au nom de tous les cinq, furent adressés au trône, en réponse k chacun desquels ils continuèrent a recevoir les injonctions péremptoires de Sa Majesté (de persister dans la conduite prescrite), jusqu'k ce que, dans son dernier décret. Sa Majesté déclara que son bon plaisir était que

(*) Le prince Houl est Mlen-yû, seul frère vivant de feu rempereur; Koung c'est Yili-su, frère du présent empereur; Ching eti un prince du second ordre de la noblesse impériale.

f *) Koueiliang, Houashana, Mingsheu et Taou Ching-shih.

(*") Littéralement; un tel mode de paix ou de telles mesures àô

SECONDE GUERBE. IftT

si la paix èt^it faite avec les barbares, on devait insister sur quatre conditions :

« 1* Il ne permettrait, en aucune manière, le commerce depuis Han-kôu jusqu'à Nankin.

« 2** (Cette condition est omise, sans doute par erreur, car le texte montre plus bas qu'il était question de la résidence d'un ministre à Pékin.)

« 3* Il ne permettrait pas (aux étrangers) de circuler dans les différentes provinces.

« 4" Il voulait que le chef-lieu de province, Canton, fût évacué à une date très-peu éloignée.

« A la réception des ordres ci-dessus de Sa Majesté, les commissaires eurent avec les barbares plusieurs consultations. Ceux-ci, hélas I ne voulurent céder que sur un point, à savoir l'évacuation de Canton ; sur les trois autres points, ils tinrent pour ce qui avait été proposé à Tien-tsin.

« Les commissaires et le gouverneur général Ho dressèrent (*) en conséquence un autre mémoire a cet effet : que les barbares avaient promis d'évacuer Canton ; que pour ce qui concernait l'admission dans Pékin, il ne leur serait pas permis d'aller et venir en grand nombre, ni d'y bâtir des églises, mais qu'on ne devait pas refuser l'admission de quatre ou cinq étrangers quand ils auraient des affaires importantes à traiter dans quelque occasion future. Quant a la circulation dans les provinces, personne ne devrait voyager si ce n'est avec un passe-port livré sous les sceaux des autorités locales et des consuls barbares; de sorte que, comme il serait toujours dans le pouvoir des autorités locales, quand l'occasion se présenterait (**), de donner ou de refuser un passe-port, ce point pouvait, a leur avis, être concédé. Il ne restait que 1^ question de la navigation du fleuve jusqu'à Han-kôu où

n Dressèrent, brassèrent; quelque fraude est signifiée. (**) Quand une demande serait faite.

il serait réellement difficile d'empêcher les barbares d'arriver.

« A ces représentations ils reçurent pour réponse de l'empereur : «Essayez de nouveau de toutes vos forces, et vous réussirez encore. »

« Les commissaires et Ho, après avoir reçu cette réponse, mirent encore leurs sceaux aux traités, et, ceux-ci conclus, firent un échange des copies, et il fut convenu que pendant la troisième lune [avril, mai), les barbares entre-^ raient dans la capitale pour échanger de nouveaa des lettres nationales (lettres entre les gouvernements). Le gouverneur général Ho retourna le même jour à Sou* chaou ; le trésorier Wang y retourna aussi le 5. Le chef anglais, Elgîn, était parti le 3, remontant le grand fleuve avec cinq bateaux à vapeur, pour Han-kôu. Avant son départ il dit : « Pourvu que les autorités provinciales se conduisent bien a mon égard, je n'insisterai pas sur de Targent comptant (ou un payement immédiat) (*) àChanghaï, et j'écrirai à Canton, que je ferai évacuer sur-lechamp ; mais si des hostilités ont lieu encore pendant mon voyage, il me faudra ajourner toute action (sur ces points). » Les commissaires répondirent: a Nous écrirons pour empêcher que personne ne vous donne sujet d'offfense; mais en même temps il y a plusieurs points sur votre chemin qui sont entre les mains des rebelles, et nous ne sommes responsables d'aucun embarras qu'ils peuvent vous causer ; et ce ne sera pas non plus notre affaire si vos vaisseaux viennent à s'endommager en s'engravant sur les nombreux bas-fonds du grand fleuve. — Cela ne vous regarde pas, évidemment, dit-il, je puis prendre soin de moi-même. » Ainsi donc il partit Le lendemain il échoua près de Vu-shan, et après avoir, le 5, transbordé ses canons, etc., sur un vaisseau plus petit.

(*) Un payement immédiat, à savoir : de Tindemnité.

SECONDE GUERRE. lit

8, grâce a de grands efforts, il remit son bâtiment à t, et Von rapportait qu'il avait passé Nankin le 11. « Il fut dit aussi que les hommes a longues chevelures îbelles) avaient tiré sur lui, quoique cela ne soit pas »n&taté. Le 10, cependant, un certain nombre de démons urent rapportés atteints, disaient les barbares, de la pète vérole, mais selon le peuple, blessés par les rebelles, tuelle est la vérité? Je n'en sais rien. «Enfin, je puis remarquer que tout ce qui a rapport aux larbares est tenu tellement secret, qu'il est difficile de safoii*a quoi s'en tenir. Pour en donner un exemple : délais que les commissaires sont arrivés ici, toutes lescon- (êrences qu'ils ont eues avec les chefs pour discuter les ^aestions d'affaires ont été tenues soit a bord d'un bateau a vapeur, soit dans quelque endroit retiré, et, leurs arrangements convenus (les personnes qui ont assisté a la conférence), ils sont retournés chez eux les mettre a exécution. Tout cela, c'est par crainte d'être entendus par les domestiques indigènes, employés dans les différentes musons de commerce et qui comprennent la langue des démons.

«On a engagé l'empereur à abolir les restrictions sur l'opium, et à l'admettre dans les ports a un droit d'entrée de 30 taels par picul, et dans l'intérieur à un droit de transit de 15 taels. Le tarif est réglé, toutes les marchandises payent 5 p. 100 de leur valeur. Cela est proposé comme droit d'entrée. Si des barbares vont dans l'intérieur vendre des marchandises , ils devront payer 2 1/2 p. 100 (comme droit de transit), soit qu'ils passent huit ou dix barrières. Les règlements sont déjà formulés, et aussitôt que le sceau y aura été apposé, on vous en enverra copie.

« Quant au payement a faire aux barbares (aux Anglais), 6 millions de dollars, et aux Américains 600,000; ces barbares ont plusieurs fois pressé les commissaires, de toutes leurs forces, à dénoncer le gouverneur général

im) LA CfflNE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

(Houang), et les troift messieurs Lo, Lung et Su (les membres du comité de guerre), comme condition de paix (ou avant de vouloir traiter la paix)

« Les commissaires, je le suppose humblement, ne peuvent guère avoir été assez stupides pour céder de celte manière sur tous les points (*). Peut-être emploient-ils un UA langage comme moyen de tenirles barbares en échec(**). Il est impossible de le savoir. S'ils avaient persuadé Fem» pereur, comme on le proposait. Sa Majesté sacrée n*aurait certainement pas accepté leurs vues sur ce point. Jamais, depuis le commencement du monde, il n'y a eu de doctrine admettant que le fonctionnaire, au lieu de punir le voleur de son vol, doive chercher à lui complaire en faisant tout ce que sa méchanceté peut lui dicter contre It personne qu'il a volée (***). (Mes remarques, je lesens,8ont présomptueuses.) Comment un employé d'un rang aussi infime et de talents si bornés que les miens pourrait-il s'aventurer à faire des propositions au hasard ? Il est de notre devoir d'attendre la décision de Sa Majesté.

« Un autre rapport dit que Ho presse fortement la demande à l'empereur de transférer de Canton à Kiang-sou le sceau du grand commissaire des cinq ports, et que les commissaires vont bientôt présenter a l'empereur une adresse a cet effet. Après son retour à Sou-tchaou, le gouverneur général Ho a adressé successivement à l'empereur deux mémoires exposant: combien il était difficile de négocier la paix ; qu'après toutes les peines du monde il

{*) Littéralement : mille consentements et cent complaisances- (**} Plus littéralement : emploient ce (langage) dans le detseiD de leur mettre des entraves (expression favorite de Ki-ying et autres en parlant de la manière de gouverner les étrangers.)

(*•*) Le barbare est le voleur ; Houang, gouverneur général àeê deux Kouang, est le maitre de la maison, auquel le voleur a toi* tort; le gouvernement s'oubliera-t-il jusqu'à transiger avec lebaf' bare en persécutant Houang ?

ivait pas pu en faire davantage; que les barbares, land ils avaient un pied, voulaient toujours un pouce ) plus; qu'ils étaient tout prêts k ajouter aux cinquante- X articles qu'ils avaient déjà, mais ne voulaient en renncher une seule lettre. De plus, il a dit qu'il savait que i direction générale était entre les mains des trois prines, et si Sa Majesté ne voulait consentir (à ce que lui Ho ecommandait), il lui faudrait prier Sa Majeté d'envoyer es trois princes pour arranger eux-mêmes les affaires. ^ cela l'empereur répondit dans son rescrit (*) autographe : « En vérité, aucune chance ne peut accompagner une telle perversité et une telle opiniâtreté (**). »

«Le trésorier Wang reçut, en même temps, l'ordre de menir en toute hâte à Sou-chaou ; l'empereur ne voulait pas lui permettre de rester à Chang-haï, s'immiscer dans les affaires barbares.

( Il fut ensuite affirmé que le gouverneur général Ho ayait été dépouillé de son bouton, et que cinq commissaires avaient reçu l'ordre de quitter la capitale pour se rendre à Tsing-kiang-pu (***), mais il n'était pas sûr que ce fût pour cette affaire ou quelque autre. Ces deux der^

n Les dépêches à l'empereur sont^renvoyées aux grands employés^ autorisés à les adresser, avec quelque légère observation ^te à l'encre rouge par Tempereur. Si sa réponse est d'une Snuide longueur ou demande de la réflexion, il écrit simplement : Notre réponse sera donnée séparément. Dans ce dernier cas il ^voie ce que nous appelons un décret impérial au grand conseil 9Qi le transmet à l'employé ou aux employés intéressés.

n Littéralement : où il y a un penchant et un amour de son opinion si résolus il n'y a en effet pas de mot tel que bonheur (on chance).

{***) Ville près du fleuve Jaune, où le gouverneur général Ho ferait rencontrer les commissaires venant de Pékin. La rumeur i laquelle on fait ici allusion est probablement un renouvellement Moelle mentionnée plus haut, et qui était en circulation pendant Iw mois d'août et septembre.

niers rapports ne sont que des bruits dpnt je n'affirmerais pas, n'ayant pas vu les documents, la vérité. J'ai l'intention, dès que j'aurai dépêché cette lettre (*) (littéralement pétition), d'aller moi-même à Sou-tchaou pour voir le trésorier Wang et tirer (**) de lui la vérité. Je lai demanderai des copies de quelques-unes des dépêches^ et je vous les expédierai sous un autre pli.

« Les Français étaient le mois dernier au Japon et dam l'Annam. Ils n'étaient pas présents aux négociations de l'Angleterre et de l'autre nation. Depuis son retour k Chang-liaï leur chef voulut aller à Pékin pour y bâtir des églises, — proposition qui causa beaucoup de discussions sans résultat satisfaisant ('*'*'*'). Les marchands (ou Chinois commerçants) sont d'avis qu'il n'en viendra pas de mal; que c'est une nécessité pour eux (les Français) de parler ainsi, et que, au retour (****) du chef anglais, tout, en général et en particulier, sera réglé.

(( Les Eusses ne sont pas à Chang-hai et n'ont pris au* cune part (à ce qui s'est passé).

c( Les commissaires reçoivent tous les jours, ou posent pour leurs portraits (*****)., ou rendent des visites aux dénions, se donnant du plaisir a cœur joie avec rien du tout k faire.

a Pwan-si-cbing (Pontinqua) arriva le 12 de cette lune à Hang-tcheou, mais il n'est pas encore parvenu jusqu'ici.

(*) Forme suivant laquelle le fonctionnaire s'adresse à son supérieur.

(**) Plutôt, découvrir.

C"^) Le baron Gros ne signa le tarif, etc., que quelques Jean après le départ de lord Elgin pour Han kôu. Son Excellence et lei commissaires discutaient, disait-on, quelque question concemaDt les missionnaires.

f *") A son retour de Han-kôu.

(**"**) Les commissaires se laissèrent photographier plusieon fois au consulat britannique par Thonorable N. Jocelyn.

homme qu'il faudrait réellement aux commissaires et fli^ barbares, c'est Howqua (*). Que Pontinqua vienne Il non, leur est parfaitement indifférent; à son arrivée , î mHmagine qu'il ne lui restera plus rien à faire.

« Une autre rumeur est que le commandant en chef rang a repris Nang-king (**). Le préfet Wu prétend qu'il i mandé à Chang, leHan-lin (***), des détails circonstanciés de tout ce qui est rapporté dans cette lettre, et me donne conséquemment à entendre que je n'ai pas besoin de vous en fatiguer les oreilles par une répétition.

a rai donc l'honneur de vous transmettre ce sommaire, »

Les commissaires impériaux avaient retardé, sous différents prétextes, pendant plus de tpois mois, leur arrivée à Chang-hai; c'était évidemment pour donner le temps aux troupes alliées de se retirer de la Chine, et pour laisser passer l'époque où les opérations militaires au Peï-ho sont possibles. Ils avaient sans doute l'intention de contenter l'empereur et de revenir sur les concessloDg faites; mais ils furent découragés par le ton ferme et roide de lord Elgin à propos des affaires de Canton : Sa Seigneurie parla plusieurs fois de faire revenir les troupes vers Tien-tsin. Les commissaires n'osèrent toucher, du moins pour commencer, à d'autre article qu'à celui delà résidence d'un ministre a Pékin,

r) Howqoa et quelques autres ex-membres do Hong avaient été attendus à Sou-tchaou pour conseiller les commissaires sur la T«forme du tarif.

n Cette rumeur doit probablement son origine à la rencontre des rebelles de Nan-kin avec Tescadre servant d'escorte ^ iord Elgin , de l'approche duquel» à en juger par les apparences, Itt troupes impériales s'efforcèrent de tirer quelque avantage.

(***) 11 y a dans Canton plus d'un docteur Han-lin de ce nom.

16i LA CHINE ET LES PUISSANCES CHBÉTIENNES.

Le â^ octobre, îlg adressèrent a lord Elgin la dépèche suivante :

a L'objet d*un traité est de maintenir la paix entre deux nations par un mutuel échange de bons procédés, de telle sorte que l'une des parties ne soit pas avantagée au détriment de l'autre : h cette condition, la bonne harmonie est durable.

« Lorsque nous avons conclu a Tien-tsin un traité avec Votre Excellence , des navires de guerre anglais étaient mouillés dans le port ; nous étions sous la pression de la force et en pn^ie aux plus vives alarmes. Il fallait signer le traité sur l'heure, sans le moindre délai. Il n'y avait pas h, délibérer; nous n'avions qu'à accepter les conditions qui nous étaient imposées. Dans le nombre, il s'en trouvait quelques-unes qui causaient à la Chine un tort réel, et que le gouvernement de Votre Excellence aurait pu abandonner sans inconvénient; mais, pressés comme nous l'étions alors, nous n'avons point eu l'occasion favorable pour nous en expliquer franchement

a A notre retour dans la capitale, l'empereur nous a ordonné de venir a Chang-hai pour nous entendre avec vous et discuter mûrement une question qui intéresse les

deux pays

Il fait ici l'énumération des grandes difficultés que produirait la résidence d'un ministre à Pékin et puisil continue:

« Chacun des articles du traité vous confère des avantages considérables, et l'empressement avec lequel Sa Majesté l'empereur a donné son assentiment atteste un extrême désir de bienveillance. Parmi ces articles, il en est un, concernant la résidence à Pékin, qui est très-

énible pour la Chine, et comme il s'agit d'un privilège ai n'a ètè accordé ni aux Français ni aux Américains, et ui n'est concédé qu'à votre pays, nous venons prier Votre excellence d'examiner avec nous un mode de transaction [oi permette de ne point exécuter cette clause. Si vous iccaeillez notre ouverture, l'empereur déléguera l'un des prineipaux secrétaires d'Etat ou un ministre pour résider dans les provinces, au lieu qu'il plaira au représentant de votre gouvernement de choisir pour résidence habituelle. Lorsque Nankin sera repris sur les rebelles, votre ambassadeur pourra, s'il le désire, faire choix de cette TiUe. Les différentes dispositions du traité doivent être fidèlement et à toujours observées ; en cas de violation de l'une d'elles, votre ambassadeur irait s'établir a titre permanent dans la capitale. »

Les commissaires impériaux écrivaient de nouveau les 88 octobre :

« La justice et la droiture de Votre Excellence, ses intentions bienveillantes et amicales nous inspirent l'entière conviction qu'en exigeant la résidence de l'ambassadeur anglais k Pékin, vous n'avez nullement songé k porter préjudice a la Chine; cependant nous répétons que ^ résidence permanente des ministres étrangers éans la Vitale aurait pour la Chine des conséquences tellement désastreuses, que les expressions nous manquent pour les qualifier En résumé, dans l'état de trouble et de crise où se trouve aujourd'hui plongé notre pays, l'exécution de cette clause aurait pour résultat, nous le craignons, de faire perdre au gouvernement le respect du peuple, résultat dont nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire de signaler avec plus de détails l'extrême grar Vïté. Nous insistons donc de nouveau, et par note spé- ^ale, sur ce sujet... Votre souveraine ne voudrait pas, en ^ montrant trop exigeante sur un point qui nous lèse si

166 LA CHJNË ET LÈS PUISSANCES GHRÉtlENNl

durement, augmenter nos embarras, et la C serait très-reconnaissante de sa modération.

« Nous sommes animés de la plus entière boni) s*il existe un moyen quelconque par Jequel no sions, selon vous, marquer particulièrement not rite, nous prions Votre Excellence de vouloir bi l'indiquer franchement : il n'est point de tw équitable a laquelle nous ne soyons prêts à sousci

Lord Elgin fut touché cette fois, et promît aux saires impériaux que si le ministre britannique à Pékin pour la ratification du traité, était bie la cour et si toutes ses clauses étaient exécutée ment, lui (lord Elgin) prierait Sa Majesté Brii d'ordonner a son représentant en Chine de fixai dence ailleurs qu'à Pékin. (Quelques mois plus savoir aux commissaires que la reine d'Angletei accédé k ses prières.)

Il partit alors (le 8 novembre) avec cinq bi vapeur par le fleuve Yang-se-kiang jusqu'à Hi (à six cents milles de la mer), un des nouvea ouverts au commerce étranger parle traité de T et fut de retour à Chang-haï le T' janvier 1859.

Aussitôt après son arrivée, il demanda aux saires impériaux si Houang, le vice-roi de Cant été destitué, selon leurs promesses. Les comi lui envoyèrent (13 janvier 1859) copie d'un d ^empereur daté du 21 octobre, dans lequel Sî disait que le comité de guerre avait agi d'aprè structions pour anéantir les rebelles et les brig que quant à Houang, il n'avait pas besoin des (des cinq commissaires résidant à Chang-haï avaient demandé de le destituer). Houang resta sa place.

C) Traduction de M. de Lavollco.

SECONDE GUEiٌ. i67

Lord Elgin adressa aux commissaires copie du décret wret qu'on lui avait envoyé de Canton. Il lui fut répondu [ue c'était faux. Plus tard un décret parut dans la Gazette e Pêkin^ désavouant Houang et lui retirant les pleins ouvoirs (pour traiter avec les étrangers), lesquels étaient inférés à Ho-kouei-sing, vice-roi des deux provinces iang. En même temps mention était faite du décret seirf qu'on avait/or^ré, et ordre donné k Houang de découirles faussaires et de les punir.

11 est pourtant permis de croire qu'il n'y avait ici en alité qu'une manœuvre pour tromper les Européens les induire k retirer leurs forces des côtes de l'empire, i ne peut qu'être frappé de la coïncidence des faits avec i paroles du décret secret; et dans tous les cas il est ident que des instructions dans l'esprit de ce décret lient parties de la cour pour les autorités de la province i Canton.

Le traité fut enfin publié k Canton par les autorités iinoises, et les corps de volontaires déjk disparus, lord Igin s'embarqua pour l'Angleterre le 4 mars (1869). Le u:on Gros quitta aussi la Chine;

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