‹ La Chine et les puissances chrétiennes (volume 2)Chapitre 22 sur 59 · II · texte numérisé non relu

II

Le baron Gros partît de Chang-haï le 6 septembre revint le 25 octobre, après avoir conclu au Japoi traité semblable à celui obtenu par lord Elgîn.

Un des articles du traité signé à Tien-tsîn le 26 ; stipulait que le mot i (barbare) ne serait plus emj pour désigner un Européen. Dans la Gazette de Péki 25 juillet, un décret de l'empereur parut, dans le Farrivée et le départ de Tien-tsin des forces anglo^ çaises était ainsi raconté : « les barbares étaient me avec leurs vaisseaux jusqu'à Tien-tsîn ; maïs à la i des ordres que Kouei-lîang et son collègue leur cou niquèrent avec une affectueuse sévérité, ils leyl Tancfe et s'en allèrent dans la haute mer. »

LordElgIn se plaignit de ce que l'encre du traité à| sèche, l'empereur violait l'article 51 qui abolissait ] toujours l'usage du mot barbare. Il ne devait pas ta à apprendre que le gouvernement chinois, en accei le traité de Tien-tsin, n'avait eu en vue que d'élolghe escadres et les troupes européennes qui menaçaiei capitale.

Les cinq hauts commissaires impériaux arrivé enfin à Chang-haï le 4 octobre, avec une grande suite : se composait d'au moins six cents personnes.

Lord Elgin écrivait k son gouvernement que le chol si grands personnages pour régler le tarif était unepn de la résolution de l'empereur d'exécuter toutes les cla du traité ; il devait pourtant savoir ce qui se passait au de l'empire.

J'ai déjà dit qu'après la prise de Canton et aussitôt le gros des forces anglo-françaises quittèrent le sud [ se diriger vers Tien-tsin, un comité de guerre compos trois mandarins entreprit l'organisation d'une garde tionale mobilisée dans les 96 villages du district de Cai et imposa des taxes et des souscriptions volontaires ou cécs, pour pai'cr aux frais de ces armements. 'L empcri flans un de ses décrets communiqués à lord Eigii

reconnu que ce comité agissait d*après ses ordres, pottr détruire les rebelles). Il publia plusieurs proclamations contre les Européens, et offrit une somme cl*argent pour leurs létes. Houang, le nouveau vice-roi nommé en remplacement de Yé, n'entra jamais k Canton, et dans ses édits il soutint le comité. Voici quelques passages d'un de ces édits:

« Les Anglais en ont profité (des troubles causés par les rebelles) pour se livrer aux plus grandes violences sous un prétexte imaginaire et des plus frivoles (l'affaire de la lorcha Arrow) ^ ne prenant en aucune considération le» bienfaits que nous leur avons accordés en leur permettant d'habiter parmi nous.

«En dépit du traité d'amitié qu'ils ont fait avec nous et du respect qu'ils doivent & notre autorité, ils sont entrés par violence dans ma ville, détruit mes forteresses et massacré mes habitants, divisant les familles et portant le deuil et la désolation partout.

« Les paroles sont impuissantes poul* en faire la description. L'aspect seul de la ville de Canton a rempli mon âme de tristesse ; depuis ce temps le sommeil a abandonné mes pàupièfeS) et je ne saurais prendre la moindre nourriture i * . . .

«Pourquoi ne commercent-ils pas en paix, pour pouvoir bû retirer le gain et la nourriture dont ils ont tous besoin?

Qu'avaient-ils besoin de faire un traité d'amitié avec nous pour avoir recours aussitôt après k la violence? Ils ont été jusqu'à en concevoir de l'orgueil, et, s'étant cru enno-

Ws, ils se sont vantés d'avoir été victorieux . •

«Les demandes de ces Anglais n'ont jamais de fin; • . ;

et toutes n'ont pas d'autres résultats que celui

d« nous tromper. Il n'y a ni Dieux ni hommes qui n'aient

ces gens en exécration 1

6ienplu8,nous sommes les maîtres et eux les hôtes ; leur

nombre est très-limité, tandis que nous sommes innon brables. Il leur faut aussi, pour arriver jusqu'à nous,tn verser des mers de plusieurs milliers de lieues d'étendu ce qui les empècbe de venir en grand nombre chez non

« De vrais Européens, combien en est-il entré dans Cai ton?... Quelques milliers à peine. (Il fait allusion aa cipayes, que les mandarins ne mettent pas au niveau dfl Européens, et qui sont en majorité.)

« Nos routes, à nous, sont bordées de villes et de fil lages; au premier appel, cent voix répondront aussitôt,! des milliers d'habitants accourront même si le besoin ^a fait sentir. Il leur sera alors bien aisé de faire la difTérene de rhôte et du maître.

« Pourquoi ces étrangers n'ont-ils pas été choisir de prè férence des parages plus tranquilles, plutôt que de venii dans notre ville s'entourer de dangers de toute espèce, (ri ils vivent dans la plus grande inquiétude et trembleir pour leurs jours?

« Ils devaient bien savoir qu'ils ont bien peu à compte) sur l'appui de ceux qui ont embrassé leur cause, et qu'il» les abandonneront aussitôt qu'ils n'auront plusrieBi espérer d'eux. Tout le monde, depuis le plus stupidc connaît leur méchanceté incurable.

« Anciennement ils étaient les plus grands ennemii des Français. Voulant obtenir leur aide pour entrer daw Canton, ils se sont réconciliés avec eux. Maintenant qu'il» ont obtenu ce qu'ils désiraient, ils renieront tous les engagements qu'ils ont pris vis-à-vis d'eux.

« Jusqu'à présent même, les Français ne se sontp»^ aperçus qu'ils ont été grossièrement trompés.

« Combien il est à regretter que je ne puisse faire comprendre à ces Anglais la différence qu'il y a entre Icdroi^ et la violence, la propriété et le vol !

SEG(K<n>E GUERRE. 149

«En Tenant ici, j'avais reçu Tordre de Tempereur de rassembler les plus braves de nos troupes et de les diriger joar et nuit sur Canton, afin que les Anglais, à la nouvelle seule de leur approche, fussent saisis de crainte et vinssent faire leur soumission- Et si, en changeant de conduite, ils avaient aussi purifié leur cœur, nous aurions encore pu, k ces conditions, oublier le passé et les laisser continuer k commercer.

cHais puisque depuis le commencement jusqu'k la fin ib ont été si pervers, que la force imposante de Canton et ma présence même au milieu de vous ne les a pas fait changer de conduite, je les exterminerai tous en expiation de leur faute; j'irai avec mon peuple les anéantir, etnous reviendrons ensuite prendre notre repas du matin.

t Après avoir montré la puissance de l'empereur, je veux encore que les barbares lui fassent acte de soumission.

« Maintenant il sera tenu une liste exacte de tous ceux qui auront souscrit au fonds patriotique ou auront levé des soldats. Cette liste sera présentée k l'empereur, pour quH les récompense

« Si quelqu'un de vous parvient aussi k tuer un des rebelles étrangers, il sera de même récompensé et son nom présenté k l'empereur

« La première chose que je veux faire k présent, c'est que j'entre dans Canton, c'est de chasser les barbares ; car je 1* regarde comme la plus importante, pour que mon P^nple puisse jouir de la paix.

« C'est dans ce but que j'ai publié le présent édit, afin qoe les nobles et les habitants de la province de Canton soient avertis.

« Qu'à partir du présent édit, les habitants de chaque fetrict se préparent aussi de leur côté k l'attaque et me ^ennent en aide : car la peau de la main tient k celle des

* Unissez vos forces et vos ressources, montrez votre

courage en ne faisant pas de quartier, afin que les ré« compenses qui vous attendent égalent votre valeur.

a Réfléchissez aussi que Hien-foung est entouré danssoD palais des plus grands ministres du royaume qui tous ordonnent, dans le plus grand secret, d'unir toutes vos forces pour combattre, afin que votre courage seul puisse servir de rempart à vos villes. »

Dans une proclamation qui portait sa signature et son sceau, Houang offrit 30,000 piastres (près de 170,000 fir.) pour la tête du consul britannique M. Parkes. Depuis le mois d'avril, le général qui commandait la garnison de Canton en avait fait fermer les portes a Texception de trois, et ordonné la destruction de plusieurs maisons voisines des remparts, qui obstruaient les défenses, ùè fouillait tous les indigènes qui entraient dans la ville, et Ton prit d'autres mesures de précaution. On s'attendait à une attaque de la part des gardes nationaux des quatre-vingt-seize villages, et Pik-ouei lui-même, le gouverneur chinois, avoua que les rassemblements de troupes hors de la ville n'avaient pas d'autre but. Voici ce qui est rapporté dans le China mail du 5 juillet 1838 :

« L'état de Canton empire de jour en jour; toutes le^ nuits des fusées sont lancées dans les positions des alliée-» et tous les faubourgs sont remplis de braves (volontaire^) dont un grand nombre, à ce que l'on croit, rôde tout a"»^ plus à quelques centaines de yards de nos sentinelles. U^ ville, même dans les rues principales et pendant le jour'« est peu sûre pour les étrangers, si ce n'est en bander^ armées. Lundi passé, M. Lowis, missionnaire allemand* fut attaqué en descendant la rue du Nord-Est ; il reçm* une blessure a la tète, mais se sauva en courant. La nui ^ précédente une patrouille anglaise, composée de sî^ hommes de police, fut attaquée en dehors k peine de 13

SECONDE GUERRE. Iftl

porte do TEst. Deux sacs de poudre et un pot h feu la mèche allumée leur furent lancés, mais aucune blessure ne leur fut faite ; et les braves s'enfuirent immédiatement, Les corps sans tètes de deux d'entre les trois étrangers sûsis près de Whampou, ont été trouvés flottant dans la rivière. Mardi dernier, dans les faubourgs occidentaux, deux hommes que Ton suppose être des matelots étrangers, ont été abattus à coups de sabre, puis emportés par les braver. Plusieurs Chinois furent fusillés parla colonne sortie a la poursuite des braves^ et les Chinois quittent les foubourgs en foule emportant avec eux leurs effets. On espère que cette fusillade fera du bien ; mais de tels actes occasionnels de sévérité ne font qu'irriter et effrayer les Chinois, et ne leur persuaderont pas que la proclamation des chefs alliés, avec toutes ses menaces, ne soit pas de l'exagération. Des affiches hostiles remplies du plus violent langage contre les démons étrangers sont continuellement placardées partout; une d'elles était particulièrement dirigée contre le barbare à cheveux roux, Hany Parkes, et une autre recommande aux barbares amis de retourner chez eux jusqu'à ce que l'extermination soit complète, après quoi ils recevront la permission de revenir.

«L'authenticité de la proclamation de Houang saisie par la police est à présent hors de doute. »

Plusieurs soldats furent assassinés ou emportés ; il y fiutmême des assassinats dans l'intérieur de la ville. Il •ïe fut plus possible de sortir hors des portes, excepté en grands détachements. Toutes les familles riches indigènes quittèrent la ville. Les fusées incendiaires tombaient dans les quartiers des Anglo-Français lancées de dehors et par-dessus les murs. Cet état de choses empêcha l'amiral Seymour, obligé d'aller au secours de Canton, d'accompagner lord Elgin au Japon. Même à la date du 23 août (cinquante-huit jours après la signature du

traité de paix), le vice-roi Houang publiait une proclamation pour appuyer une demunde de fonds.

Il disait que, nonobstant qu'un traité eût été signé à Tien-tsin, il n'en avait pas reçu communication, et qu'H était plus urgent que jamais de se préparer contre les rebelles brigands et contre les étrangers. Encore au commencement de janvier (1859), des détachements européens, sortis hors des murs pour faire l'exercice, eurent à souffrir le feu des volontaires indigènes. En conséquence, la garnison étant augmentée par les troupes arrivées de Tien-tsin, les Anglo-Français firent plusieurs expéditions armées dans l'intérieur de la province, surtout vers les villages où il y avait des dépôts de volontaires. La dernière de ces expéditions fut faite au mois d'avril.

Cet état de choses au Sud, pendant que la paix était signée k Tien-tsin, s'explique par le décret secret de l'empereur dont je donne ici traduction :

« Jetant les yeux sur les événements passés depui3 notre avènement au trône, en un temps où nous étions encore jeune, nous rappelons a notre esprit nos craintes continuelles que, malgré notre sollicitude incessantes pour les affaires d'État, nous manquions a remplir le devoir à nous confié par notre illustre prédécesseur.

« Contrairement a toute attente, depuis le commence— ment de mon règne, il y a maintenant huit ans, les rebelles à longs cheveux ont continué, sur les deux rive» du fleuve (Yang-tsze) leurs excès extravagants, et dan* les provinces de l'Est et de l'Ouest de Yueh (Kouang-toung' et Kouang-si), les voleurs a turbans rouges ne cessent de causer des troubles, l'empire tout entier est dans la con* fusion, et les brigands se montrent de tous côtés.

« Et au moment même où quelque amélioration avait lieu dans l'état des choses, et où nous commencions à être témoins d'un rétablissement partiel de l'ordre dans

î pays, les barbares anglais se révoltèrent encore subiement, prirent possession de la capitale de la Yueh orienaie (Canton), attaquèrent et détruisirent les forts de [ien-tsin, et même osèrent pénétrer dans l'intérieur du pays. Leur violence éveille Tindignation et des Dieux et des hommes, la terre elle-même élève la voix contre eux pour les maux qu'ils occasionnent. Des myriades suffi- TMent-ellespour compter les maisons qu'ils ont détruites? lyes millions suffiraient-ils pour couvrir le montant des revenus qu'ils ont fait dépenser inutilement ?

« En recherchant l'origine de ces troubles, nous voyons d'une manière concluante qu'ils ont été causés par l'emploi que nous avons fait d'hommes impropres à leurs charges, incapables soit de guider, soit d'entraver les actions (des étrangers), et qui ont ainsi amené la ruine sur le pays. Nos larmes coulent au récit de ces malheurs.

« Pourquoi donc avons-nous cédé aux circonstances, et avons-nous souffert qu'on acceptât des conditions de paix de ces barbares? Ce n'a été, en effet, que parce que la guerre avait atteint les barrières de nos domaines impériaux ; l'ennemi était aux portes de notre capitale, et dans le cortège de la guerre suivent toujours l'alarme et le désordre ; le peuple est dispersé et rendu sans asile. Comment pouvions-nous supporter que notre peuple fût dans la souffrance? Notre repos était troublé, et nous ne pouvions manger en paix. Aucun autre moyen ne se présentait donc a nous, pour mettre fin a la détresse dumoment, que de concéder ce qu'ils demandaient.

«Maintenant, toutefois, nous avons commandé à Leang- Tung-sin de se rendre en toute diligence a Toung-cho et d'acheter une grande provision de pieux, qu'il doit fixer solidement a Tien-tsin ou sur les côtes voisines, dans les positions qu'il jugera convenables, afin de préparer une défense si sûre, une barrière si efficace, que les vaisseaux barbares ne pourront plus jamais entrer dans les eaux intérieures. C'est là une mesure de la plus haute impor-

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