‹ La Chine et les puissances chrétiennes (volume 2)Chapitre 25 sur 59 · II · texte numérisé non relu

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a Maintenant Votre Majestè'préte Toreille aux arguments de ces hommes timides et faibles qui proposent d*arran« ger toutes les disputes avec les étrangers, disant que l'intérieur du pays est troublé par les rebelles, etc., etc. Mais je soutiens que ces hommes n'ont en vue que leurs propres intérêts; ils craignent pour leur argent, pour leurs femmes et pour leurs foyers ; ils n'ont pas à cœur les intérêts de la patrie.

a 7. Mais si Votre Majesté essaye d'arranger les affaires avec les étrangers, il lui faut accepter le traité (le traité avec l'Angleterre) qui leur donne le droit d'avoir un représentant à Pékin. Ils prétendent que ce représentant doit discuter et arranger les affaires avec les ministres. Mais la vérité est que ce représentant se mêlera de nos affaires intérieures, et il en résultera (comme k Chang* haï) qu'il devra être consulté sur tout, que sa décision sera suprême et le cabinet de Votre Majesté tout à fait inutile.

« Bien plus, en permettant aux étrangers de faire le commerce partout où ils voudront, ils acquerront toutes les bonnes sapèques,le bon argent et les biens du peuple, et laisseront les Chinois dans la plus grande pauvreté.

« Et encore il faut que la douane soit remise entre les mains des étrangers ; de sorte que leurs vaisseaux seront soustraits à l'examen des employés chinois. Des cartes de l'intérieur du pays seront dressées, des munitions de guerre introduites, et de là bien des dangers.

« En outre les étrangers insistent pour apporter leur religion, attirer les sots, convertir les coquins, bâtir des églises, etc. ; en sorte que les préceptes de Gonfucius pourraient un jour être méprisés et la foi haïssable des étrangers devenir triomphante. Les Chinois seront ainsi esclaves des étrangers.

« Et puis le roi des étrangers demande à être traité comme l'égal de l'empereur, rabaissant ainsi la dignité de Votre Majesté.

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c Breff les étrangers veulent abaisser les Chinois pour g'éleyer eux-mêmes.

c8. A présent les grands officiers deTempire ne font guère que manger et dormir, et si quelqu'un dit que les étrangers approchent, ils sont remplis de terreur et envoient immédiatement des pétitions à Tempereur pour tniter avec les étrangers, prouvant ainsi qu'ils n'ont k cœur que leurs propres intérêts, la sûreté de leurs femmes et de leur argent; et moi, Sang-ouang, je ne puis retenir l'indignation que de tels hommes éveillent en moi.

« Or j'apprends que Votre Majesté réunit journellement son conseil, et que ses conseillers lui recommandent tous de traiter avec les étrangers. Je pense pourtant que Votre Majesté, dans cette affaire, agit de ruse ; qu'elle ne goûte pas les avis du conseil, mais qu'elle craint d'inquiéter le peuple, et doute d'avoir assez de soldats et d'argent.

K Toutefois la crainte est inutile ; Kouei-liang n'est qu'un Uibleur. A mesure que les Chinois deviennent plus timides, les étrangers deviennent plus hardis; mais ils sont déjà trop audacieux : le moment est venu de les châtier. Donc, si Votre Majesté n'a pas d'argent, j'en ai et je le dépenserai pour sa cause. Si elle n'a pas de soldats, j'en ai et. ils comhrattront pour elle; et quand le peuple nous verra résister, il nous aidera ; ainsi sera épargnée à l'empire lahonte de voir son grand souverain s'humilier devant les étrangers.

« 9. Je prie donc l'empereur de ne pas prêter l'oreille à Kouei-liang et Houa-cha-na, mais de donner à tous les gouverneurs et à tous les officiers l'ordre de préparer les forts et les canons, et de se tenir prêts à résister aux étrangers.

^ 10, Je ne puis ni manger ni dormir dans cet état de ^lu>ses; c'est pourquoi j'adresse ma pétition, etc., etc. »

Le gouvernement impérial adopta pour règle deconduite

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un juste milieu : on résolut d'annuler par des moye indirects les clauses insupportables du traité de Tie tsin ; dans le cas de non-réussite, on ferait appel m armes. Encore, dans l'exécution des mesures de réd tance, agirait-on de manière à pouvoir désavouer, en c d'échec, les mandarins qui les auraient dirigées.

Dans un mémoire contre le système des concessioi adressé vers ce temps k l'empereur par l'un de ses ea seurs, et publié dans la Gazette de Pékin^ on troarel lignes suivantes, qui prouvent combien la cour détin se soustraire aux engagements des traités signés avec 1 Européens :

« Les conseillers de Votre Majesté offrent l'excuse qs n'y a d'autre moyen que de leur permettre, pour le m ment, de faire le commerce et de propager leur religkx jusqu'au jour où nos préparatifs militaires seront tem nés; et qu'alors nous pourrons commencer les opèratioi hostiles. »

M. Frédéric W. A. Bruce, frère de lord Elgin, fut nomn envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, poi aller a Pékin échanger les ratifications du traité de Tie tsin. 11 arriva èi Hong-kong le 1" mai 1859. M. Bourboi Ion fut nommé en la même qualité et pour le mèa objet, de la part de la France.

M. Bruce apprit, dès son arrivée, que les Cbino avaient rebâti les forts de Takou et barré la rivière. 0 lui assura qu'il ne serait pas reçu par l'empereur, à moii qu'il ne se soumît à la cérémonie du ko-tou (prostenu tion). Il dut s'arrêter quelques semaines à Hong-kong, cause de M. Bourbonien (tous les navires de guerre friB çais étant en Cochinchine), et il n'arriva a Chang-haï qu le 6 juin, un jour avant M. Bourboulon.

Les commissaires impériaux Kouei-liang et Houa-châ-n parurent à Chang-haï au lieu de se trouver à Pékin pou

l'échange des ratifications, qui devait avoir lieu le 26 du même mois. Ils écrivirent à M. Bruce qu'ils avaient plusieurs points a régler et demandaient une entrevue. Ils disaient avoir été convenu que la visite que les ministres alliés allaient faire à Pékin était exceptionnelle et ne de* vait plus se répéter.

Un des attachés à la commission impériale sonda Tinterprète, M. Lay, sur l'idée d'échanger les ratifications à Chang-haî; il désirait savoir si les ministres alliés se refuseraient a aller par terre à Pékin, en partant de Changhai. C'est la route des ambassades des Etats tributaires.

Il était évident que les commissaires avaient des instructions pour gagner du temps et pour revenir autant que possible sur le traité de Tien-tsin. MM. Bruce et Bourboulon leur répondirent, a propos de l'entrevue demandée, qu'ils n^avaient pas de temps a perdre, l'échange des ratifications devant se faire à Pékin le 26 du même mois; qu'ils n'avaient aucune affaire à traiter et ne pouvaient pas avoir d'entrevue. Les commissaires impériaux opposèrent que les ratifications ne s'échangeraient point sans leur présence, et que leur voyage jusqu'à Pékin ne saurait durer moins de deux mois. On leur répondit qu'ils n'avaient qu'à prendre un des bateaux à vapeur en rade et s'en aller par la voie de Tien-tsin ; mais ils répliquèrent qu'ils n'étaient pas autorisés par l'empereur à faire leur voyage par mer.

Les ministres alliés partirent pour le Peï-ho et se trouvèrent hors la barre de cette rivière le 20 juin (1859) avec une escadre de cinq ou six grands navires et onze petits bateaux à vapeur de quarante à soixante-dix chevaux.

L'amiral Hope avait devancé les ministres, et depuis le 17 il avait envoyé un officier à Ta-kou pour annoncer l'arrivée des représentants de France et d'Angleterre. Une populace armée vint sur le rivage et ne permit pas a l'officier de débarquer. On lui dit qu'il ne se trouvait là, ni dans les forts, aucune autorité; qu'ils étaient

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des volontaires auxquels la défense de la rivière était confiée ; qu'elle avait été barrée par la seule volonté et aux dépens du peuple, comme précaution contre les rebelles et les pirates. Sur les remparts des forts on ne voyait aucun drapeau, ni soldats ni canons* Les embrap sures étaient couvertes avec des nattes. Cependant l'indî» gène qui portait la parole se chargea d'une lettre pour le gouverneur de Tien-tsin et promit une réponse. 11 va sans dire qu'on demanda à ces gens d'ouvrir un passage pour les ministres qui devaient se rendre a Tien-tsin et à Pékin.

Ces efforts pacifiques ayant été renouvelés deux fois encore avec des résultats semblables, il fut résolu, le 24, de s'ouvrir un passage parla force, d'autant plus que ce liea paraissait complètement abandonné des autorités.

Il n'en était pourtant pas ainsi ; bien au contraire : lei cinq forts se trouvaient garnis par de nombreuses troupes d'élite commandées par le prince Sang-ko-lin-sin, qui s'était distingué en défendant Tien-tsin contre les rebelles. Le gouvernement de Pékin agissait de la sorte pour parer aux éventualités. En cas de revers, il aurait assuré que le peuple seul, et non les fonctionnaires publics, s'était opposé au passage des Européens.

On avait construit, là où sont situés les forts de Ta-kou, trois barrières à travers la rivière. La première que le» alliés avaient à franchir se composait de grosses poutres (reliées entre elles par une chaîne) enclouées dans le fond; les deux autres étaient composées de barres de fer, également rattachées par des chaînes.

Le 24 juin, les alliés travaillèrent a renverser la première barrière de poutres, et l'on parvint à y pratiquerun passage. Le lendemain 25, a deux heures après-midi, un bateau h vapeur s'avança jusqu'à la seconde barrière, s'attacha à deux ou trois des barres de fer, et, faisant force vapeur, les emporta avec lui. 11 revint ensuite suivi de deux autres steamers, et arriva jusqu'à la troisième bar-

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rière dans le but de faire la même opération. Mais, lorsqu'il allaitcommencer,un coup de canon fut tiré de l'un des forts sur le bateau k vapeur : ce fut le signal du combat.

Avant d*en faire la description, il faut rendre compte d'an incident important : dans la même journée du 25, un peu avant midi, M. Bruce reçut une dépêche datée du 83 et écrite par le gouverneur général de la province de Pi-chi-li. Il lui disait que Rouei-liang et Iloua-cha-na avaient reçu ordre de retourner k Pékin pour y faire l'éehangedes ratifications; qu'il fallait leur donner le temps d'arriver; que lui (le gouverneur général), était allé, par ordre de l'empereur, a Pé-tang (l'embouchure d'une petite rivière k dix milles de celle du Peï-ho) où M. Bruce devrait se rendre aussi pour y débarquer et aller par terre à Pékin, accompagné de lui (le gouverneur général). Il ajoutait qu'il allait renvoyer les troupes composant la garnison des forts de Pé-tang, et qu'aussitôt qu'elles seraient parties il irait lui-même prendre M. Bruce dans une jonque pour le conduire k Pé-tang.

Dans cette lettre le nom de la reine d'Angleterre n'était pas placé k la même hauteur que celui de l'empereur de Chine, et par cette raison elle fut renvoyée. M. Bruce se trouvait k bord de la Magicienne^ hors de la barre, et k neuf milles de l'amiral Hope; celui-ci avait déjk engagé le feu avec les forts avant d'avoir communication de la dépêche reçue par M. Bruce.

11 est remarquable que les ministres des États-Unis et de France se trouvaient en compagnie de M. Brucç, et que cependant il n'y eut que celui-ci qui reçut une dépêche du gouverneur général. Le représentant français n'avait avec lui qu'une corvette, et l'Américain un petit bateau k va- Péur; par conséquent on ne les craignait pas, oh ne se souciait pas d'eux.

J*aidit que les onze petits bateaux k vapeur anglais entraient par la brèche faite dans la seconde barrière et se dirigeaient vers la troisième, quand les forts ou\ rirent Ir

feu sur eux. Les bateaux, tout en souffrant immensément, ripostèrent, et, après deux courtes heures de combat, les batteries des forts parurent se taire. L'ordre fut alors donné pour débarquer et escalader les remparts. Quand les hommes sautèrent k terre, le feu des forts redevint plus terrible qu'il ne l'avait été auparavant Après de vains efforts, les alliés durent se retirer avec des pertes plus qu'ordinaires. Les hommes engagés, tantk terre qu*à bord de l'escadrille, ne dépassaient pas le nombre de treiie cents, et ils eurent près de cinq cents morts ou blessés. Voici la description du combat, d'après la lettre d'un témoin oculaire, publiée dans le China-Mail de Hongkong du 22 juillet (1859) :

« Ils n'y arrivèrent pas plutôt que tout k coup, et comme par enchantement, les nattes qui masquaient les canons de toutes les batteries rasantes furent enlevées en un clin d'œil, et tous les canons ouvrirent le feul Nos vaisseaux étant bien préparés, cependant, on riposta immédiatement et le combat devint général.

« 11 fut tout d'abord évident, néanmoins, que nous n'avions pas affaire a de l'artillerie chinoise ordinaire. Leur feu, tant pour le poids des projectiles que pour la précision du tir, était tel que peu d'hommes, et, j'en suis certain, aucun de ceux qui avaient fait les campagnes de la Chine, n'en avaient éprouvé un pareil auparavant. En très-peu de minutes YOpossum eut plusieurs hommes de son équipage tués ou blessés. Sur le Plover, l'amiral était grièvement blessé; son vaillant commandant, Rason, et le capitaine M' Kcnna, du 1" régiment d'infanterie [qui remplissait son service dans l'éiat-major de Tamiral , furent tués, et presque tous les hommes de l'équipage étaient hors de combat, tandis que le Haughty^ le Lee, le Kestrel et le Connorant avaient éprouvé de si graves avaries qu'ils étaient près de couler. Le I^e, en effet, aurait coulé tout de suite, si le lieutenant Hroad, sur le

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Haughiy^ n^eût volé k son secours, et ne Teût remorqué ï récart en essuyant un feu bien nourri. Néanmoins le bombardement continua avec la même vigueur, et en deux heures environ le feu de Fenncmi commença à se ralentir d'une manière sensible, et (bien qu'il appréciât si exactement la distance que presque tous ses coups portaient, tandis que les nôtres, quoique admirablement dirigés, ne faisaient comparativement que peu de dégâts dans ses murs de terre) il cessa presque entièrement un peu après quatre heures.

t Vers cinq heures environ, le signal attendu avec impatience de débarquer et de donner l'assaut fut fait aux troupes, qui y répondirent vivement , chacune des embarcations qui les contenaient s'efforçant d'arriver la première à la côte. Pas une âme dans l'escadre, je crois, ne doutait en ce moment que nous n'obtinssions une prompte victoire. Juste au moment où le premier canot touchait la côte, cependant, pan! un coup de canon partit encore des forts et fut immédiatement suivi d'une véritable tempête de boulets, d'obus, de balles de gingol et de fusées, tirés de toutes les batteries du Sud, qui firent tomber nos hommes par dizaines aussitôt qu'ils étaient débarqués. Néanmoins, ils sautaient tous des canots sans que leur ardeur en diminuât. (Beaucoup d'entre eux dans Me eau si profonde qu'ils devaient nager jusqu'à la côte, et se précipitaient en avant a travers la boue, tandis que les vaisseaux les protégeaient par un feu aussi bien nourri qu'il leur était possible.)

«LefeudeTennemi, cependant, continua a ètresimeur- Wer, et la boue se trouva si profonde (dans beaucoup d'endroits elle atteignit jusqu'aux genoux des hommes, souvent jusqu'à la ceinture), que sur mille hommes qui débarquèrent, cent seulement arrivèrent jusqu'au premier tïes trois fossés larges et profonds, qui, après une marche pénible de quelque dn\ cents pas dans la boue, se présentèrent devant le petit nombre de braves qui avaient pu II. 11

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parvenir jusque-là ; et de ce petit nombre, vingt avaient été capables de conserver k sec leurs f leurs munitions. Néanmoins, ils firent bardimen ces nouvelles difficultés, et une cinquantaine d*eni avec une foule d'officiers (parmi lesquels se Haisa marquer Tofficier commandant du contingent 1 Tricault, les commandants Gommerell et Heati marine royale, le major Parke et le lieutenant I des soldats de marine, le major Fisber et le lie Maitland, du génie), réussirent a atteindre jusqu* le plus reculé du troisième fossé, d'où ils aurai tainement fait un effort vigoureux pour escalader I 6^1 y avait eu des écbelles; mais toutes celles dèba excepté une seule, avaient été brisées par les boi s'étaient enfoncées dans la boue. Avec l'unique qui cependant, dix hommes dévoués s'élancèrent ei sur lesquels trois furent immédiatement tués balles et cinq grièvement blessés.

« Une décharge verticale de flèches, aussi bien constante fusillade, fut entretenue contre la tro lite, qui se blottit alors dans le fossé, attendant, vain, des renforts ; et c'est un miracle qu'aucun c ensuite échappé vivant.

« Voyant quelles insurmontables difficultés se taient, l'ordre fut enfin donné de se retirer; Tii commandant des troupes, le colonel Lenion, des de marine [qui avait été un des premiers dans le plus avancé), le capitaine Vansittart, de la Ma^ et le capitaine Shadwell, du Highflier^ ayant. 1 gravement blessés. Le dernier avait reçu une ba le pied peu après le débarquement^ mais était i rageusement en avant, jusqu'au fossé le plus

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narine, avaient tous été tués tandis qu'ils exciiTcment leurs hommes à marcher en avant ; et [uarts au moins des officiers qui étaient débarntplus Qu moins grièvement blessés. En effecatraite on perdit plus de monde, peut-être, qu'en , parce que les Ghinois, en allumait des feux de étaient à inème de reconnaître la position exacte »mmes chancelants alors et tout k fait épuisés, ibattre comme des oiseaux. Même lorsqu'on ar- >ord de l'eau, la position ne fut pas meilleure, [ue tant d'embarcations avaient été mises en ir les boulets qu'il n'en restait pas assez pour tous les survivants. Plusieurs se noyèrent en d'échapper, tandis que beaucoup durent rester 6 heure dans l'eau jusqu'au cou avant d'obtenir i dans un canot. Et même alors tout danger ne usé pour eux, car le feu des forts continuait à ', que plusieurs canots remplis de blessés furent ît coulés tandis qu'ils ramaient vers les vais-^ ! Coromandei fut transformé temporairement en hôpital, et la scène que présentait le second pont ment horrible. Une heure du matin allait sonner dernière embarcation chargée de blessés les lui t longtemps avant cette heure il était encombré s mutilés et de mourants. »

;e petits bateaux à vapeur anglais qui se battirent

forts souffrirent tous beaucoup, et trois d'entre

yrmorant^ le Lee et le Plover)^ durent être aban-

iix Chinois.

t bateau a vapeur des États-Unis qui avait porté

re de cette nation, M. Ward, remorqua plusieurs

s chargés de blessés qui se retiraient de l'assaut

et les conduisit k bord du navire anglais le Co-

1, sauvant ainsi beaucoup de vies.

;e désastre, les alliés n'eurent qu'à battre en re-

18i LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

traite sur Chang-haï et attendre les ordres et les renfi) d'Europe.

Les ministres de Pékin furent effrayés de leur trionpl Au lieu de harasser les Anglais dans les ports ouverfs commerce, ils cherchèrent h faire oublier Taffaire de 1 kou. Ifo, le vice-roi des deux provinces Kiang, écrifi M. Bourboulon une dépèche très-amicale dans laquel paraissant ignorer que des Français se trouvaient à d des Anglais le jour de l'assaut des forts, il Finvitait ài rendre àPé-tang pour être conduit k Pékin afin d'èdw ger les ratifications du traité. En même temps il prii M. Bourboulon de faire a M. Bruce la proposition de fil compagner dans le même but, rassurant que M. Bm serait très-bien reçu. Après quelques jours, Ho s'adrea directement à M. Bruce et lui proposa d'aller à Péid échanger les ratifications en même temps, que leminiili de France et M. Ward, représentant des États-Unis, leq» était déjà en route pour Pékin.

Non-seulement le commerce anglais continua à se ftii paisiblement dans les ports du littoral comme aupin vant, mais il obtint de plus une concession assez impoi tante. Voici les faits :

La mission américaine n'avait stipulé dans son tnil ni la résidence d'un ministre k Pékin, ni l'ouverture di Yang-tse-kiang, ni la liberté pour les Américains d'aile dans l'intérieur de l'empire avec des passe-ports ; mil elle avait obtenu que les navires de commerce, au liei de payer à la douane cinq maces d'argent par tonneti (d'accord avec le traité de Nankin), n'en payeraient qs quatre. M. Bruce réclama cet avantage pour les navire britanniques en s'appuyant sur l'article du traité deNa» kin qui assure à l'Angleterre tout ce qui serait accort k la nation la plus favorisée. Les autorités impériale mirent tout de suite le commerce anglais en possessiai de cette faveur.

Après le malheureux événement de Ta-kou, le minlstn

TBOISI&ME GUERRE 1$5

» Étets-Unis écrivit au gouverneur général des Riangs, l'il était venu pour échanger les ratifications du traité méricain et pour présenter a Tempereur une lettre du résident des États-Unis. Il lui fut répondu de se rendre

Pè-iang, d'où il serait conduit à Pékin. M. Ward se ionforma k ces dispositions. Ceci enhardit le gouverne- Dent chinois qui tâcha d'obtenir, comme je Fai déjà dit, [M les ministres de France et d'Angleterre imitassent 'ttemple de M. Ward.

On aurait cru qu'il serait reçu très-honorifiquement à Pékin, ne fût-ce que pour prouver que MM. Bruce et Bonrboulon avaient eu tort de ne pas vouloir se souowttre aux exigences des mandarins. Il en fut néanmoins lotrement. Je donne ici traduction d'une dépêche que i. Bruce écrivit à son gouvernement après s'être entretena avec M. Ward :

« M. Ward, le ministre américain, est revenu ici le 21 août; je vous envoie ci-inclus le récit, publié par les officiers américains qui l'ont accompagné, des principaux incidents qui ont marqué son voyage, et du traitement que la mission a éprouvé pendant les quinze jours de son séjour à Pékin.

« L'examen de ce récit montre que le gouvernement chinois est encore loin de reconnaître ou de respecter les droits des envoyés étrangers ; que, quelque concession apparente qu'il ait faite sur le papier, il refuse dans la pratique d'admettre les rapports diplomatiques sur un pied d'égalité nationale, et qu'une visite à la capitale n'est ici acceptée qu'autant qu'elle peut être convertie en un moyen de flatter l'orgueil de l'empereur de la Chine et de reconnaître sa supériorité.

« Jamais mission purement pacifique ne pouvait être allée à Pékin dans des circonstances plus favorables que celle de M. Ward. La peur des conséquences qui peuvent . résulter de la collision h, l'embouchure de la rivière Tien-

tsin, Toccasion favorable d'établir un précédent par 1 trevue personnelle avec Tempereur, au moyen de ni ciations, conduites avec un eiivoyé isolé et qa*aiM force n'appuie , et le poids qu'une telle réception ai donné k leurs remontrances sur la conduite de M Bourbonien et la mienne comme dure et arrogante^ : concourait k démontrer la convenance de faire une ception honorable et amicale à la mission amériea Mais loin de là, la comparaison avec ce qui eut lien ( de précédentes ambassades anglaises en Chine «lont que la position de l'envoyé américain a été notoiren inférieure ; qu'il y eut une intention méditée de im la visite si fatigante, physiquement, k cause desmo] de transports, et si accablante, moralement, par la i veillance et les restrictions imposées, que le détir d renouveler deviendrait improbable, et que, quand la meté de M. Ward eut déçu le gouvernement chinoise son espérance de lui extorquer des concessions sa question du cérémonial, il couronna son insultante! duite en exigeant de lui qu'il retournât a Pé-tang écl ger les traités, bien qu'il eût été invité, par un dé impérial, à accomplir cette cérémonie k Pékin. M. ^ m'a informé qu'il retourne plus convaincu que jai de la sagesse de notre détermination de nous dir vers Tien-tsin avec nos drapeaux, et de Texactitude informations que nous avions obtenues a Ghangaussi bien que de la déraison de la cour et de Tinfim que le parti anH-étrangcr a dans les conseils de Ten reur. Son opinion est que, a moins que le gouvernen impérial ne soit entièrement éclairé sur l'impossibili résister, il ne consentira pas a établir des relations le pied où, d'après mes instructions, je dois demai qu'elles soient placées. 11 décrit le contraste remarqui qui existe entre le ton de confiance k Pékin et les à mes des autorités de la côte, sur les conséquences d dernière collision.

TBOISIËIE GUERRE. ItT

« Pour continuer le récit de la visite de M. Ward, je rappelle k Votre Excellence, qu après un certain délai, Hing-fuh, gouverneur général de Ghi-li, lui écrivit, disant qu'il avait reçu le décret de Tempereur autorisant M. Ward a s'avancer, après le 19 de juillet, par la route de Pé-tang, vers la capitale, et là, d'y attendre les commissaires impériaux, à l'arrivée desquels les ratifications seraieiit échangées.

fFort de cette invitation, M. Ward débarqua à Pétaag le 20, et fut informé qu'il devait faire le voyage, jusqu'à un certain point situé dix milles au-dessus de Tien-tsin, dans un des véhicules couverts du pays. Ces Toitures sont tirées par un mulet, quelquefois accouplé avee un cheval, quelquefois avec un âne ; elles n'ont ni ressorts, la caisse reposant sur l'essieu, ni ouverture pour recevoir l'air, çt M. Ward a décrit les souffrances et l'époisement de cette manière de voyager comme intenses. En effet, une personne jouissant de la plus robuste santé pourrait seule supporter un tel voyage.

« Dans un pays où chaque détail de la vie est matière à un règlement précis, les moyens de transport qui servent à un voyageur indiquent son rang et sa position aux yeux de la population. Votre Excellence verra dans les extraits ci-inclus du récit fait par Staunton, de l'ambassade de lord Macartney, que des trois manières de voyager, en chaise, à cheval et en voiture, la dernière est la moins honorable. Lord Macartney lui-même et les trois principaux membres de sa suite voyagèrent en chaises, de Toung-cho à Pékin, les autres personnes, à cheval, avec des mandarins ; les serviteurs et les soldats de son escorte anglaise, dans des chars couverts. Des chaises furent pareillement fournies pour le service de l'ambassade de lord Amherst à son retour à Toung-cho, même après qu'il eut brusquement reçu son congé de l'empereur, irrité contre lui.

« Les autorités chinoises, en proposant à M. Ward ce

isa LA chine: et les puissances chrétiennes.

moyen de transport, avaient pour but de Fabaisseï que sa nation, aux yeux des populations; résuit ensemble agréable à la vanité personnelle des hau torités provinciales, et conséquent avec la politiqi noise. Je n'ai aucun doute que M. Ward aurait ref arrangement si l'intention des Chinois, en faisai proposition, lui avait été clairement expliquée; ma de telles matières, un ministre fraîchement an l'ouest est entièrement entre les mains de ceux < fait une étude du langage et des mœurs des Ghii est vrai, sans doute, comme on l'a affirmé, que c€ sieurs sont quelquefois, sans nécessité, susceptib certains points de l'étiquette ; mais leur éducation sive produit dans d'autres cas un effet exactement c et les dispose plutôt a consulter les préjugés chino: insister sur ce que leur propre dignité nationale e « En quittant la rivière a Toung-cho, des moj transport de la même espèce furent fournis, et h étant pavée en dalles de granit et n'étant point é entretenue, les cahots devinrent si intolérabl M. Ward fut oblige de descendre et de se mettre cher sous un soleil brûlant , des chevaux lui ay refusés pour faire cette dernière partie du voyage l'officier chinois qui commandait l'escorte mit pied et lui prêta son propre cheval; mais il le reprit en chant de Pékin, et en conséquence M. Ward renti la voiture. J'ai vu une lettre adressée aux missioi catholiques au sujet de l'effet produit, par son enti la foule chinoise amassée pour en être témoin lettre parle du cortège comme étant si modeste. Chinois ne croyaient pas que le ministre américi y être. « Humillime inti^avit^ » voila les mots lat décrivent cette entrée. Il fut logé dans un vaste bl appelé le Palais des Princes. On dit a M. Ward forte somme avait été allouée pour mettre ce pa état de le recevoir, bien qu'il ne lui ait pas serai

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l'argent eût été employé à sa destination légitime. Un grand nombre de soldats ou d'agents de police furent l^acés tout autour, comme marque d'honneur ; mais on s'aperçut bientôt que c'était aussi bien pour empêcher de sortir ceux qui étaient dedans que pour tenir en dehors les eurieux et les impertinents. M. Ward lui-même fut arrêté en voulant sortir dans la rue, et ce fut seulement en menaçant de ne plus s'occuper de transaction d'affaires qu'il obtint l'autorisation, pour les membres de sa mission, de sortir à pied. On lui refusa nettement sa demande de chevaux et de guides pour mettre ceux de sa suite en état de parcourir la ville et d'y trouver leur chemin. Un étranger k Pékin auquel on permet de sortir k pied, mais privé de chevaux et de guides, est tout k fait mi prisonnier, sauf le nom. Les autorités chinoises ayant su que le maître d'hôtel chinois (comprador) avait procuré aux Américains des éventails de papier sur lesquels le plan de la ville était imprimé, le menacèrent de la mort, dans le cas où il achèterait encore quelque chose à leur insu et sans leur permission.

« Quand on leur fit des remontrances sur cette contrainte, les Chinois répondirent qu'aussitôt que les affaires seraient conclues, les Américains pourraient aller librement où il leur plairait. Mais il semble que cette contrainte fut imposée, non-seulement comme un moyen d'amener les Américains à se prêter aux cérémonies du ko-tou, mais aussi pour les empêcher d'avoir aucune communication avec la mission russe. Il paraît qu'un officier russe essaya de forcer le passage jusqu'à leur résidence, mais sans succès; une lettre même fut retenue six jours avant d'être délivrée. En attendant, on faisait toutes sortes d'efforts, tantôt par des flatteries, tantôt par d'aigres remontrances, pour obtenir que M. Ward consentît à une entrevue avec l'empereur. L'espoir de l'amener a se prêter à une cérémonie, assez différente de celle qui a lieu quand des envoyés étrangers se présentent aux

leo LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

souverains européens, pour impliquer la reconnaissanci d'i^ne certaine supériorité dans l'empereur de Chine, aval été, je n'en doute pas, le motif qui avait déterminé le gouver nement chinois à l'admettre à Pékin. Car déçu dans cei espoir par la fermeté de M. Ward, Kouei-liang, sans tenu aucun compte de ce fait, que M. Ward était allé à Pékin en conséquence de Tinvitation de l'empereur à venii échanger les ratifications, écrivit à M. Ward pour lui demander pourquoi il était venu à Pékin, puisqu'il était» obstinément résolu a s'en tenir k sa propre opinion.

(( Dans sa réponse, M. W^ard rappela l'invitation qu'il avait reçue et fit mention de la lettre du président poui l'empereur de la Chine, dont il était chargé. Le gouve^ nement chinois, qui persiste à regarder les engagements qu'il prend avec des nations commerçantes comme af^ faires de commerce faites pour être arrangées par le commissaire chargé d'administrer les ports ouverts, mais ne tombant pas dans les attributions du cabinet impérial, saisit le prétexte donné par l'allusion de M. Ward à la lettre du président pour y voir la cause unique de la visite a. Pékin. Le gouvernement refusa cependant de l'accepter, à moins que M. Ward ne déclarât préalablement par écrit que son refus de se conformer à la cérémonie exigée ne venait d'aucun manque de respect de sa part, ni de celle du président envers l'empereur.

(( Après avoir écrit une dépêche dans ce sens, M. Ward fut informé par un décret impérial que le langage de ses lettres étant respectueux, il était autorisé a la présenter à Kouei-liang et k ses collègues. Quant k l'échange du traité, on lui dit qu'il aurait dû strictement retourner à Chang-haï et l'échanger dans cette ville, mais qu'en considération de son long voyage le sceau y serait apposé, et que Hung-fuh, gouverneur général de Chi-li le lui dt»livrerait en échange. M. Ward fut alors reconduit k Pétang, le point d'où il était parti , et la cérémonie de l'échange des ratifications fut faite par Hung. VotieKxcel-

TROISIÈME GUERRE. if f

lence se rappellera que lorsqu'il était dans leurs vues de 0008 retenir kChang-haï, Kouei-liang déclarait que lui et 8» collègues étaient les seules personnes par lesquelles réchange des ratifieations pût être effectué.

c Le gouyemement chinois, dans ce décret, lequel a ^depuis publié dans la Gazette de Pékin^ déclare pour la première fois qu'il y avait une ferme intention de sa part de ne pas me permettre de remonter la rivière, et qae Takou avait été fortifiée par les ordres de Temperear. Il affirme que cette décision avait été conmiuniquée aux envoyés étrangers par Kouei-liang et par Houa-cba- Da kChang-haï et qu'on leur avait dit qu'ils devaient aller par Pè-tang. Ces assertions sont positivement contraires k la vérité, bien que je ne croie pas impossible que les commissaires aient présenté l'affaire de cette manière h ranperèur. »

^rait de la relation dont parle M, Bruce^ dam la dé" pêche précédente^ publiée par des officiers américains îw accompagnaient M, Ward à Pékin*

«lia firent d'abord quarante-cinq milles k travers le pays dans des charrettes couvertes, et arrivèrent au Peï-ho, à un village appelé Pei-tsang, quelques milles audewus de Tien-tsin ; de Ik ils continuèrent leur voyage dans des jonques jusqu'à Toung-cho, a une distance de douze milles de Pékin, dont elle est le port. Ils prirent là <te nouveau des charrettes jusqu'à la capitale.

«Le voyage entier dura huit jours et demi, dont cinq fiirent passés sur la rivière. Ils franchirent non moins de 8»^ sept barrières entre Pei-tsang et Toung-cho; aucune d'elles néanmoins n'était en bon état ni défendue pw des forts. Les bateliers disaient que c'était en partie pour arrêter les Anglais, et en partie pour donner abri *wx jonques, lorsque la glace était en débâcle.

a Les membres de la légation restèrent k Pékin quinze jours, pendant lesquels ils furent confinés dans leurs logements ; non pas cependant comme prisonniers, car ils avaient la liberté de sortir à pied à toute heure. Mais les commissaires refusèrent des chevaux et des guides, laissant au choix de M. Ward de leur acorder la permission de sortir à pied ou non, comme il le jugerait convenablCL Ils auraient sans aucun doute fermé complètement les portes, si M. Ward n'avait pris une attitude ferme k li première entrevue, informant Rouei-liang qu'aussitôt que ses mouvements seraient le moins du monde coih traints, il cesserait toute négociation, et demanderait son escorte de congé.

« Il paraît que Fempereur était trèsniésireux de Toir M. Ward, mais quil insistait aussi pour qu'il accomplit le « ko-tou » ; cette cérémonie étant contre les principes de Son Excellence fut positivement refusée. Le résultat de ceci fut que le quatorzième jour du séjour de la mis» sion américaine, on décida enfin que Ton recevrait la lettre du président à Pékin et que l'on renverrait Son Excellence à Pé-tang échanger le traité; et le jour suivant ils s'^n retournèrent en effet.

« Pendant leur séjour à Pékin ils ne virent aucun des membres de l'ambassade russe, mais en reçurent plusieurs lettres. La première mit six jours à aller d'un bout à l'autre de la ville, ayant été évidemment détenue par les autorités.

« Quand ils furent arrivés k Pé-tang le 16, on échangea les traités, et un prisonnier anglais du nom de John Pawell fut rendu. »

La cour désirait que M. Ward se rendît k la présence de l'empereur comme question de dignité. On ne connaît dans ce pays d'autres ambassadeurs que ceux qui viennent offrir des tributs de la part des princes qui se reconnaissent inférieurs. Sous ce point de vue, l'empereur

TROISIÈME TîUERRE. 19S

n'e8t pas fôché de recevoir des ambassades lointaines. J'ai dit ailleurs que celle de lord Amherst eut son origine dans l'invitation des Chinois eux-mêmes, faite aux chefs de la compagnie anglaise de Canton. Tous les ambassadeurs européens ont été qualifiés de porteurs de tributs, dénomination à laquelle se prêtait la circonstance des présents dont les envoyés étaient chargés pour l'empereur.

M. Ward étant arrivé à Pékin, et n'allant pas présenter ses hommages au Fils du ciel, un commentaire général du public devait en être la suite, et l'empereur perdait son prestige. Aussi, sur le refus de M. Ward de se rendre a une audience de Sa Majesté, k moins d'être dispensé de la cérémonie du ko-tou, Rouei-liang lui demandait officiellement « pourquoi faire était-il donc venu k Pékin?»

Voici une partie d'un décret que l'empereur rendit à cette occasion :

« Nous avons lu aujourd'hui la réponse des barbares unéricains a la communication de Kouei-liang et de ses

« Elle montre que pour ce qui concerne leur présentation k la cour, on ne peut rien faire de plus pour les ramener k la raison (*). Du reste, en déclarant que leur respect pour Sa Majesté l'empereur est le même que eelui qu'ils ont pour leur Pih-li-si-tien-teh (président), ces barbares placent tout simplement la Chine de pair avecles barbares du Sud et de l'Est (**), ce qui est d'une ^ogance trop ridicule.

n LitU il ne peut plus y avoir de bons moyens de les rametier (dans le bon chemin).;Le8 arguments sont épuisés ; que la quesllon d« l'audience soit mise de côté

n Les Mivang, anciens barbares du Sud ; les I, barbares de TEst.

19i LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

(( La proposition faite hier, de leur accorder ud trevue avec les princes, ne peut pas être prise en i dération. »

Quoique M. Ward fût allé à Pékin du consenti des hauts mandarins, dans le seul but d'échanger I tifications du traité, n'ayant pas voulu se soumetii cérémonie du ko-tou, on Tobligea de retourner a P^ pour effectuer l'échange mentionné, et il y consen

A Pékin, Kouei-liang parla k M. Ward de Taffa Ta*kou ; il se plaignit amèrement de ce que, à Chani les ministres alliés n'avaient pas voulu le recevoir, second ministre de l'empereur. Il chercha a savc M. Ward ce que les Anglais allaient faire, et lui in d'offrir sa médiation.

J'ai dit que lors du désastreux engagement d kou, il n'y avait sur les remparts aucun drapeai bannières impériales n'y reparurent que cinq o jours après l'affaire. Peu a peu l'empereur reco dans des décrets publiés par la Gazette de Pékin^ q prince Sang-ko-lin-sin et plusieurs autres chefs é à Ta-kou le 25 juin, et qu'ils avaient empêché, pj ordres, le passage de l'escadrille anglo-française, la traduction de l'un de ces décrets :

« Sang-ko-lin-sin et ses collègues ont présenté rapport sur certains détails de la (dernière) actioi tails dont ils assurent avoir vérifié l'exactitude.

« Le 25 de la lune, les vaisseaux des barbares an ne tenant aucun compte des injonctions raisonn qui leur avaient été faites, ont forcé l'entrée de la ri et ont ouvert sur nos troupes un feu, auquel cel ont riposté.

« Les vaisseaux barbares, bien qu'endommagés, pas voulu se retirer, et ont continué le combat à 1

TBOlSIÊliE GUERRE. 195

de leur infanterie jusqu'à ce que nos soldats leur aient tué plusieurs centaines d'hommes et fait deux prisonniers. Alors le reste s'est enfui et caché dans leurs vaisseaux. Les bâtiments barbares entrés dans la rivière étaient au nombre de treize en tout; un seul a pu franchir la barre, mais les autres ont tellement eu a souffrir de notre feu qu'ils ont été mis hors de service. Le chef barbare Li (?) a été si grièvement blessé à la cuisse, qu'il lui était impossible de se remuer.

« Les barbares anglais, violents, rebelles et déraisonnables comme ils le sont, ont, dans cette occasion, reçu un châtiment qui ne manquera pas de leur faire comprendre le danger (littéralement, la difficulté) que Ton court k porter atteinte à l'honneur militaire de la Chine. Les officiers et les soldats, qui, avec un zèle égal, ont réuni leurs forces pour achever cette grande victoire, ont certainement montré un courage plus qu'ordinaire, et nous ordonnons k Sang-ko-lin-sin de s'assurer des noms de tous ceux qui se sont .signalés dans cette occasion et de les recommander à notre faveur. Nous l'autorisons, en même temps, à leur distribuer 5,000 taels, qu'il peut prendre sur les fonds de la souscription. Shih-Tung-chun, commandant en chef de l'armée chinoise de Chi-li, et le brigadier Lung-yu-yeîi, comman- 'Jant de Ta-kou, qui étaient en personne a la tète des troupes, ont vaillamment dédaigné de penser a leur propre sûreté, et ont été tués dans le bombardement : leur perte est vraiment regrettable. Que leurs noms soient portés au conseil dû, afin que des honneurs posthumes leur soient largement rendus et que des monuments leur soient élevés à Tien-tsin et dans leur ville natale. Que le major Tsitanpu, ainsi que Takshin, subal- ^rue des mousquetaires dans la division de la bannière Wanche, le lieutenant Wang Shi-yang et l'enseigne Chang Wan-ping, qui sont tombés en même temps, reçoivent chacun les honneurs posthumes auxquels les rè-

190 LA CHINE ET LES PUISSANCES GlfilETIENNES.

glements leur donnent droit, afin que leurs ftmes 1 en soient consolées !

<K Respectez ceci. »

Vers le mois d'août, les Anglais reçurent de Càx de Sou-tchaou des copies d'un décret impérial doo la traduction :

« Le 6 de la sixième lune de la neuvième année di fung (le 5 juillet 1859), a été reçu le décret suivant

« Dans un second mémoire présenté aujourdli Sang-ko-lin-sin et Tsai-hang (*), ils représcnten instance que les barbares anglais s*étant révoltés, les barbares français s'étant alliés avec eux pour se leurs mauvais desseins, le crime de ces deux peu] tel que la mort ne serait pas une punition suffisi qu'il faudrait profiter de l'occasion présente pour si notre dignité et tirer sur les rênes assez fort p4 primer efficacement leur perversité sauvage.

(( Depuis la vingt et unième année de Tao-kouanj ces barbares nous ont constamment cherché qu ils ont sans cesse méconnu la dignité du ciel {**).

tt Malgré cela. Sa feue Majesté, canonisée sous ] du « Parfait »•, n'a pas pu se décider (telle était dresse qu'il ressentait pour tous les hommes ve loin) à punir leurs infractions, conformément aux i exigences de la loi. 11 leur permit même de faire 1 jïierce dans cinq ports; il leur donna de l'argent trésor pour les calmer et les satisfaire (***). Les bi

(*) Un des proches parents de la famille impériale. On Mien la famille du dernier empereur. La famille actuelle ] nom de Tih. La famille qui vient après, prend celui d d'après une loi qui règle ces matières.

(*•) Le ciel, c'est-à-dire l'empire céleste, la Chine.

('**) Il fait ici allusion aux 37 millions de dollars payés

dont ces nations étrangères ont été ainsi comblées ne furent pas de peu de valeur. Et si elles avaient eu quelque conscience, elles auraient été sans aucun doute remplies de gratitude pour la bienveillance de Sa Majesté impériale; elles auraient poursuivi en paix leurs travaux et gagné leur vie, et si un sujet de mécontentement se fût élevé pendant qu'elles étaient ainsi occupées, rien ne les empêchait, dans ce cas, d'en référer aux autorités locales, et de s'arranger avec elles. Pourquoi donc cette insubordination, cette conduite féroce, cette constante parade de leurs prouesses guerrières?

Ces gens ont été un poison funeste pour notre peuple. Ils ont envahi séditieusement nos frontières, et par d'in* tolérables atrocités de tout genre ils ont montré leur extrême ingratitude. Si nous mettions nos forces en mouvement, qui empêcherait l'extermination immédiate de ces marionnettes? Toutefois, nous n'oublions pas que c'est par l'humanité et la droiture que nos ancêtres ont établi leur vaste empire ; que c'est par leur libéralité et leur bienveillance qu'ils ont adouci et enrichi les nations

« Si donc les chefs barbares changent de conduite et font de loyales avances pour une soumission pacifique , comme nous avons hérité des maximes de nos ancêtres, et de leur politique traditionnelle, avec leurs vastes doniaines, nous y conformant respectueusement, nous ne nous montrons rigoureux envers aucun homme ; mais s'ils s'obstinent dans leur perversité et s'ils insistent sur des demandes qu'ils n'ont pas le droit de faire, alors nous les anéantirons au même instant, et nous jurons que pas un rejeton de leur race ne restera.

« La loyauté et le courage des princes dont le mémoire, est sous nos yeux sont vraiment dignes d'éloges, et assu-

Slalflen 1842 poar la rançon de Canton et Tindemnité de Topium ^deg frais de la guerre.

198 LA CHINE ET LES PUISSANCES GHRÉTIEIfNES

rément il ne serait pas facile de trouyer parmi i nistres et nos serviteurs, daps la capitale on aillei zèle égal au leur pour la politique de FÉtat et 1 être du peuple. Nous en sommes hautement sati charmé, mais quant à ce qui concerne les mesure proposent pour la répression immédiate des barb leur serrant le. frein, nous sommes d*avis que o un tort de prendre l'initiative d'un acte de yi Nous ordonnons donc qu'on ne se règle pas pour i ce mémoire, mais qu'il soit rendu . Respectez cec

Par l'article 29 du traité américain, toléranci plète est stipulée pour la religion chrétienne, coi ou protestante. Eh bien ! trois mois après l'échange tifications, (près de Hang-cheu), un haut mandarin ] mesures violentes contre des chrétiens (6 décembn Des indigènes convertis furent arrêtés et condu tribunaux (31 déc.) dans le village de Hai-chii d'Amoy , sous de fausses accusations, pour des délit n'avaientpoint commis. Déjale il octobre (1859) 1( de Lon-ling, dans la province de Kiang-si, avait un édit furibond contre la religion chrétienne, nant aux indigènes qui suivent cette foi de se prés la Cour de justice et de marcher sur la croix afin i les punitions qu'il allait lancer contre eux. Il y tr vait copie de la loi de Kia-king qui porte la pi strangulation immédiate contre ceux qui prêchen doctrine.

Vers cette époque, parut dans la Gazette de Pé mémoire a l'empereur, de Yin-chaou-young, dans ce censeur blâmait les concessions accordées aux gers par les traités de Tien-tsin. On y trouve ces i quables paroles (que j'ai déjà citées a propos de h vaise foi des mandarins) : «Les ministres s'excus< « disant qu'ils ont seulement l'intention de leur « faire le commerce et propage leur religion ju«

«que nos préparatifs militaires soient finis, et qu'alors

< nous recommencerons les hostilités »

Aussitôt que la nouvelle du désastre de Ta-kou arriva en Europe, les cabinets de Londres et de Paris envoyèrent des forces en Chine, et firent partir de nouveau lord Elgin et le baron Gros.

Eo attendant, MM. Bruce et Bourboulon adressèrent au premier ministre de l'Empereur, en date de Ghang-haï 8 mars (4860), une réclamation à propos de Taffaire de Takou; M.Bruce exigeait comme ultimatum les concessions suivantes :

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