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$m LA CHINE ET LES PUISSANCES CHBÉTIENNES.
anciens par de bons souvorainK pour éviter les mti que pourraient occasionner le despotisme ou 1 inepi des mauvais princes.
L'empereur se présente tous les jours, excepté en c d'indisposition ou d'occupation particulière, vers les ne heures du matiei dans son salon d'audience. La»e re^ dent tous c^eux qui désirent lui parler; mais ceux-là seu pcuventenlrerqui ontun boulon bleu transparent, Ava de passer outre, je dirai, pour ceux qui rîgnorent, qi touÉ employé du gouvernement chinois, civil ou mil taire, porte au haut de son chapeau ou bonnet d*iiii forme une petite boule de la grosseur d'une noiï qi marque le rang de la personne, Yoiei Tordre de ces bouler première^ rubis ou rotige transparent; deuxième, cora ou rouge opaque-, troisième, saphir ou bleu transpareai quatrième, bleu opaque ; cinquième, blanc transparenJ sixième, blanc opaque; septième, huitième et neiivièmi doré uni et ciselé.
Tous ceux qui vont a l'audience se placent autour di salon ; si l'empereur en connaît quelqu'un particulièrement et veut lui faire honneur, il l'appelle pour qu'il n'attende pas ; les autres s'approchent chacun à leur toor, exécutent le A*o^M(qui consiste à faire trois fois trois prosternations); ils disent ce qu'ils désirent et donnent leurpéli" tion, qu'ils portent toujours écrite. Cette pièce passe des mains de l'empereur a celles des ministres et de ceux-ci à quelqu'un des principaux bureaux de l'administratioa, pour être examinée et renvoyée à la décision du sourerain avec les éclaircissements néces6aires.
Le cabinet se compose de quatre ministres principani et de deux de second ordre ; la moitié d'outre eux sont Tartares. Au-dessous des ministres il y a six grands bureaw généraux analogues à ceux de nos ministères. 11 y a en outre un bureau pour les colonies et les affaires extérieures (Lifan-yueii); le censorat (Tu-chah-yucn) ; une cour d'appel a rcmpereur (Tung-ching-t/) et une cour suprême drjus-
SYSTÈME ADMiNISTtUÎJF OË LA CHiNË. Si7
tice (Ta-li-tz). L'Académie impériale est aussi un rouage du gouvernement. L'empereur a en outre un grand conseil d'État. Le nombre de ses membres n'est pas fixe ; on y voit différents princes de la maison impériale, d'ancienjs vice-rois et des ministres, etc. Ils délibèrent souvent sous la présidence du souverain.
De ces bureaux généraux mentionnés ci-dessus, l'un représente l'empereur dans les appels que l'on suppose adressés directement à sa personne, appels qui s'effectuent en frappant sur un tambour. Cette cérémonie se pratique en mémoire de l'empereur Yao, qui avait dans son palais une tablette k côté d'un tambour. Le premier venu allait y écrire ce qu'il désirait, puis, en partant, il donnait un coup sur le tambour, et à ce bruit l'empereur allait voir ce qu'on avait écrit. Un autre de ces bureaux, c'est le censorat: il est chargé de surveiller les opérations des autres bureaux généraux, la conduite de tous les employés de la maison impériale et celle du souverain luimême. Les censeurs lui adressent souvent séparément des représentations qui, en des termes plus ou moins explicites, blâment les actes de sa vie publique ou privée; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que ces documents Ou du moins une partie s'impriment dans la publication que les Européens appellent la Gazette de Pékin^ et parviennent ainsi à la connaissance du public.
En 1822, deux censeurs firent conjointement à l'empei*eur des représentations sur l'abus de vendre les charges pour subvenir aux besoins de l'État, et cela au préjudice d'une foule de gradués des universités qui se trouvaient sans emploi, en lui faisant toucher du doigt les grands ïïiauxquien résultaient ; et ils lui suggérèrent, comme ïnoyen d'y remédier, une réduction dans les dépenses de U maison impériale* Dans les différents articles qu'ils citent figurent 100,000 taels d'argent (le tael vaut à peu près 6 francs 50 c.) pour des fleurs et du fard consommés parles fenimes du harem; 120,000 pour le salaire des
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enfants voués au servicfî de la maison; SOO.OOO aTaient été employés dans les jardins de Yueu-ming, et près d'un demi-million de taels dans le domaine de Je*ho] ; et les salaires des domestiques avec les présents faits aux femmes de Yueu-ming en avaient coûté 400,000, « Si Ton supprimait ces dépenses, disaient les censeurs^ on économiserait plus de l million de taels qui se gaspillent inutilement, lo talent serait employé au bénéfice du pays, et la richesse du peuple garantie, m 11 y a à Pékin de quarante a cinquante censeurs qui ont le droit de faire des représentations directes à lempereur toutes les fois qu'ils le jugent opportun; et il est d'usage que S» M. ne se présente jamais en cérémonie sans être accompagnée de quelques-uns d'entre eux. Les censeurs terminent ordinairement leurs observations écrites a Tempereur en le priant de les faire décapiter ou ècurteler s'ils n'ont pas raison; et Ton sait en effet qu'en plus d'une occasion h haute prérogative dont ils sont en possession leur i coôlè cher. Aucun empereur n'a osé cependant, et il serait difficile de l'oser sans se perdre, détruire ces iûstilutiûDa, œuvre de leurs ancêtres, et justement sanctifiées parles siècles. Il faudrait pour cela sur le trône un homme rc- Tolutionnaire doué de grandes qualités personnelles.
La Chin^ proprement dite est divisée en dix-huit provinces, dont chacune a un gouverneur; chaque province est divisée en différents. départements, et chaque département en plusieurs districts, chacun avec son chef. Les dix-huit provinces se réduisent à huit vice-royaulé>, avec autant de chefs supérieurs appelés sun-io.
Chacun de ces chefs supérieurs communique directetement avec l'empereur ou avec ses ministres. Outre ces dix-huit provinces dont l'administration est très-centralisée, le vaste empire de la Chine possède la Mandcbourie, la Mongolie, FYli, le Khoukhou-noor, le Thibet, etc.,^«vcrnés en dehors de la centralisation et par des princes particuliers qui en général reçoivent de Tempereur des
SYSTÈME ADMINISTRATIF DE LA CHINE. 5i9
honoraires fixes. De là il est facile de comprendre que les dix-huit provinces, formant la Chine ancienne et véritable, sont celles qui fournissent les ressources pécuniaires indispensables pour gouverner.
Bien que Ton connaisse en Chine certains titres honorifiques et héréditaires que Ton confère à des princes et à de grands dignitaires, titres que Ton compare chez nous à ceux de duc, comte, marquis et baron, et quoique l'on y confère aussi d'autres distinctions semblables à nos ordres et décorations, ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucun de ces honneurs n'est attaché à la propriété ou à tout autre espèce de richesse. Il n'y a pas la moindre idée des majorats, ni par conséquent d'aristocratie à la manière d'Europe, excepté dans la maison impériale ; et encore dans celle-ci il n'y a pas de succession en ligne directe et forcée, car le successeur est celui qui est nommé par élection libre ou par testament du dernier empereur.
Qu'on ne croie pas cependant qu'il n'existe point d'aristocratie en Chine; il y en a une, très-fière. Les serviteurs du gouvernement ou les mandarins, comme nous les appelons, forment la classe noble. Le mandarin ne se marie qu'avec la fille d'un autre mandarin, et n'a de relations privéesqu'avec ses pareils. En effet,unelignetrès-marquée sépare en Chine ceux qui obéissent de ceux qui commandent. Il ne viendrait jamais à l'idée d'aucun de ceux qui obéissent d'aller, par exemple, faire une visite particulière à celui qui copamande : s'il a besoin de le voir, il doit aller à son bureau, au salon d'audience ; ce qui est, en petit, une représentation de la réception que fait l'empeur, et dont nous avons parlé. Pour riche que soit un particulier, et pour si petit que soit un mandarin, le premier doit, en s'approchant du second, commencer par mettre les genoux enterre. Aussi les Chinois s'étonnentils de voir que les ministres et les consuls d'Europe, qui ont dans cet empire la juridiction civile et criminelle, ^
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vivent faniilîèrcment avec les négociante. Plus dnn m% adressé ces questions: — « Vous êtes ici le chef des Ei^ pagnols? — Oui, monsieur, — Et vous pouvci ksniettn en prison, les forcer à payer une dette, ou statuer dûM un procès ou une dispute qui éclate entre eu3t ? — Oui monsieur. — Et cependant vous leur serrez la niain, vom fumez, dînez et plaisantez avec eux; vous Jes recerei familièrement chez vous, cl vous allc7. chez eux ! Yoili une chose que je ne comprends guère, n \
Mais ou n'entra pas dans le cadre des employés dfl gouvernement aussi facilement qu'en Europe. Il y i quatre grades universitaires appelés siut-sai^ kujin, tsinz ci hamlin^ que l'on pourrait traduire par bachelier, UcenrièT docteur et professeur; il est indispensable pom occuper un emploi public d'être kujui au moins. Les ex* meus pour obtenir ces *g rade s sont, en Chine, uneatfaifi trés-ini portante ; il y a de;^ individus qui ne s occupent d'autre chose pendant toute leur vie, et ce ne sont pal seulement des jeunes gens, mais aussi des hommes mtin et même d'un âge avancé, qui se présentent.
Il n'y a point d'universités semblables aux nôtres; chacun étudie seul ou avec des maîtres particuliers. Quand arrive l'époque des examens, tous les aspirants se rendent au chef-lieu du district, dans un vaste local destiné a cet objet. A la porte, on les fouille rigoureusement pour qu'ils n'apportent pas de livres dans leurs poches; et pour le même motif, il est défendu aux imprimeurs de faire des éditions des auteurs classiques en petits caractères. On leur donne des sujets tirés de ces auteurs et sur lesquels ils font leurs compositions, qu'ils remettent immédiatement aux censeurs. Cet exercice se répète trois fois, après quoi ceux qui ont le mieux réussi sont admis et les autres éliminés. Les premiers font d'autres exercices semblables aux précédents, et par suite de cette seconde épreuve on réduit le nombre de ceux qui sont admis ou déclarés aptes a se rendre au chef-lieu du département
pour soutenir un troisième concours devant le chef de la province, lequel a cet efiTet, assisté de quelques manda^ rins d'un talent supérieur, parcourt tous les trois ans les divers départements de son ressort. Ceux qui sont admis après ce troisième concours reçoivent le titre de siut-sai et le diplôme correspondant. '
Le plus grand mérite que puisse avoir une de ces compositions que présentent les aspirants aux titres universitaires, est celui de contenir le plus grand. nombre possible de citations des auteurs réputés classiques. Celui qui en sait de longs morceaux par cœur est un savant. Au fait, il n'y a guère d'autre science a apprendre en Chine. Aussi les citations sont indispensables à tout écrit de quelque prétention. Aii mois de septembre 1860, quand Pékin était en grande consternation et que la cour se sauvait en Tartarie, les plus hauts dignitaires de Tempire adressaient à Sa Majesté, en ces moments critiques, des mémoires tout àfait exceptionnels; mais pourtant de nombreuses citations n'y manquaient pas.
J'étais a Ning-po, chef-lieu de département, à l'époque où se faisaient les examens ; il se présenta plus de trois mille aspirants, et trente-sept seulement obtinrent le grade. Je me trouvais un jour dans une pagode bouddhiste, quaje visitais souvent, quand j'entendis un grand bruit et vis venir beaucoup de monde : on conduisait un hon^me bien vêtu qui s'était jeté dans le fleuve pour se ûoyer, at que Ton en avait retiré avant qu'il eût pu consommer son suicide. C'était un des aspirants refusés qui, d'après ce qu'il me dit lui-même, avait déjà éprouvé le ïDéme sort dans sept examens consécutifs ; il était profondément affligé, mais il ne m'exprima aucune plainte contre la justice des censeurs ; il avait de trente-cinq à quarante ans ; on le porta au temple, parce qu'il y demeu- ^&H. (Les bonzes ainsi que les religieuses bouddhistes ont presque toujours des appartements qu'ils louent ; de sorte
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que les pagodes sont des espèces d'hûtels pour les per* gonDes aisées.)
Ceux qui sont déjà siut^mi peuvent se présenter à U capitale de la province pour obtenir le grade de %i«. Les examens ne diffèrent pas beaucoup des précédents et s'en distinguent principalement par une plus grande sévérité* Chaque aspirant est enfermé et séquestré dans une petite chambre de trois pieds de large sur quatre de long^ et là on lui donne ses thèmes. Les èdîtices où ces épreuves ont liéti sont très-vastes et bâtis exprès. ïls contiennent de six mille jusqua dix mille petites chambres. Bans les cours on pîace des surveillants et des sol* dats, afin que nul ne sorte de sa cellule.
Les A-iy'îW peuvent aspirer au grade de isins^ qui s'obtient à Pékin, et les tsiaz k celui de hamiin. Les litres universitaires^ depuis celui de ^«/m jusqu'aux plus élevés, donnent aux Chinois la capacité d'entrer dans le service public, mais ne donnent pas le droit à remploi. Le gradué obtient une place s'il a des protections ou s'il fait de3lJl^ gesses. Une fois admis dans la carrière du commandement, on n'a pas besoin pour monter aux postes les plus élevés d'être tsinz ou hamlin; mais il est certain aussi qu'à celui qui se trouve revêtu de ces hauts titres on ne donnera jamais une position qui ne soit de quelque importance.
Il serait long d'énumérer les précautions que l'on a imaginées pour assurer la légalité des examens et la justice des censeurs. Entre autres, les examinateurs sont changés à chaque exercice, et dans un examen quelconque l'aspirant peut perdre tous les avantages acquis par les épreuves antérieures : par exemple, si, en se présentaot au grade de tsinz^ qui se confère à Pékin, il donne des preuves d'incapacité et d'ignorance, non-seulement il n'obtient pas le titre auquel il prétendait, mais encore oo lui retire les diplômes de kujin et de siut-sai qu'il avait gagnés précédemment. Toutefois, il paraît que l'on obtient
assez de titres de shU-^ai et quelques-uns de kujin par la ruse et la corruption. Mais je pense quej'abus n^est pas aussi fréquent que certaines personnes le prétendent; car, dans ce cas, il n'y aurait pas un aussi grand nombre d étudiants qui perdissent leur temps à se rendre à ces rigoureux examens. En persévérant, les jeunes gens doués d'un véritable talent réussissent toujours, malgré leur pauvreté.
Un bon nombre de gradués attendent constamment pour être employés. Ceux qui sont ouvres se livrent à l'enseignement, au barreau et au service particulier des mandarins. Ces gradués, vraie pépinière d'où sort la haute aristocratie du pays, forment une espèce de noblesse dans toutes les villes, et dirigent l'opinion publique par l'influence qu'ils exercent sur les mandarins et par le respect qu'ils inspirent au peuple. Dans une circonstance, je m'entretenais avec un Chinois d'un riche propriétaire que nous connaissions tous deux, et il me disait que la plus grande partie des biens-fonds qu'il possédait avaient été usurpés sur des mineurs. Je lui demandai où étaient ces mineurs. Il me dit qu'ils avaient grandi et se trouvaient dans la plus triste misère. Je lui demandai encore pour quel motif ils ne réclamaient pas contre l'usurpateur; et il me répondit: a Hélas I monsieur, il n'y a pas de remède, il a un fils kujinî » C'est-à-dire que le riche propriétaire n'était pas puissant par ses biens, mais parce que son fils se trouvait apte a être mandarin.
J'ai déjà dit qu'on ne connaît pas dans ce pays de carrières spéciales; chaque mandarin peut occuper n'importe quelle place de l'administration. Ce système a un seul bon côté: tous les employés connaissent lés lois du pays.
Il existe un Code criminel, mais pas un Code civil. Les lois civiles ainsi que celles de procédure se trouvent entremêlées dans le Code criminel et aussi dans les statuts de V empire.
531 LA CHLNE ET LES PUISSANCES CHBÉTiEKKES.
Il n'y a ni avocats ui notaires. Chacun plaide pour soi-même. Naturellement celui qui n*a pas la connaissance pratique des bureays se proeure les conseils cl l'aide d'un lettré.
Dans les procès criminels Taccusè écoute les dépositions des témoins : les réponses ou observations qu'il fait nonslittient sa défense. Il peut se présenter au tribunal accompagné d'un parent ou d'un ami auquel il est permis de parler,
Quelques riche%propriètaires ou négociants payent au gouvernemeot une somme assez considérable pour obtenir le rang de maudaria et le droit de porter lei^ boules d'uniforme dont nous avons parle ; mais cela leur donne seulement cet avantage que, s'ils viennent^ avoir afTaire à la justice, ils ne peuvent être jugés que par un man* darin d'un bouton supérieur* J'ai connu a Chang-hai un jeune propriétaire qui avait un bout&n bleu transparent; on disait qu'il l'avait payé plus de 600,000 francs; mais il ne jouissait pas d'une grande considération, et quand oo le nommait on disait : monsieur Lou^ comme on aurait dit d'un particulier quelconque, et l'on ne disait pas: le^eigneur Lou ou le grand seigiieur Lou^ comme on Tauraît dit d'un véritable mandarin de son rang.
La manière de donner l'argent en pareille circonstance consiste à souscrire volontairement pour la construction de quelques travaux d'utilité publique, ou pour subvenir aux dépenses de la guerre, quoique la somme se règle d'avance et qu'il y ait une espèce de tarif établi.
Dans ces dernières années, on a acheté ces honneurs pour très-peu de chose, par suite des désastreuses circonstances toutes spéciales qui ont accablé le gouvernement
On obtient aussi par le même moyen sus-mentionné de véritables emplois, ce qui entraîne de grands inconvénients, parce que celui qui a payé une forte somme dans ce but doit bientôt la rattraper sur le pays où il commande. Les deux censeurs qui, en i822, firent des repr^
sentations k Tempereur contre cet abus, disaient que par l'argent on avait vu arrivai à la dignité de mandarin des prêtres (bonzes) et des voleurs de grand chemin; qu*il y avait plus de 5,000 tsinz et plus de 27.000 kujins qui attendaient des places, et que quelques-uns d'entre eux avaient obtenu leurs grades depuis plus de trente ans. En effet, cette pratique produit des résultats funestes, et a contribué probablement à Tétat d'anarchie où se trouve aujourd'hui cet empire. N'oublions pas cependant que celui qui entre dans le service public en donnant une forte somme appartient à une famille riche, et ne rabaisse pas toujours la hauteur aristocratique du corps des employés.
Cette aristocratie, nous l'avons dit, est beaucoup plus hautaine et poindilleuse que celle d'Europe; mais il faut observer qu'elle est ouverte au peuple. Il y a peu d'années que l'on vit un sun-^o (vice-roi de deux ou trois provinces) qui était fils d'un portefaix.
En Chine le gouvernement est toujours, et sans exception, entre les mains des employés civils; les officiers et chefs militaires n ont d'autorité que sur leurs inférieurs et sur les soldats. Les troupes sont généralement cantonnées loin de$ grandes villes, et elles accourent seulement quand elles sont appelées par le mandarin civil du pays où elles sont. Dans aucune des villes de la Chine où je suis allé je n'ai vu de soldats, pas même aux pgrtes de la ville ni au palais du gouverneur. Quand un mandarin sort dans les rues, il est escorté de bourreaux et de gens armés de haches et de lances de différentes formes ; mais toutes ces armes sont de bois peint el doré. Il est dans un palanquin, porté par quatre ou six hommes, et suivi de différents secrétaires ou commis, portés aussi en palanquin.
I>evant toute cette escorte marche un homme portant une grande plaque de cuivre ronde et concave, et avec un maillet il frappe de temps en temps cinq coups, ou sept, ou *
S3fi LA cnJNE ET LES PUISSANTES CHBÉTIEWïES.
neuf, etc. , indiquant ainsi le rang du mandarin. Le peu ne le voit jamais que dans c^liappareil ou dans son fia officiel d'audience. Quand il passe dans une rue, ceux sDnt assis se lèvent, ceux qui marchent ou travaiUent s rjlentetosenlk peine leregarder.En un mot.il imposes (Comparaison plus de respect qu'un souverain d'Eure SU arrivait h un mandarin dé paraître seul et à pied d les rues, on croirait assurément qu'il a perdu la rais
Il est vrai que les employés du gouvernement ne s pas, à beaucoup près, aussi nombreux qu'en Eure Il y a, par exemple, nn gouverneur, ou un magist ou un trésorier; et celui-ci a besoin de commis, n il se les procure, les paye et les renvoie comme il convient ou comme il hii plaît Et voila pourquû n^ ^ pas de mandarin , si peu élevé qu'M soit, qui ne çoive légalement au moins 5 ou 6,000 francs par an, ce représente plus de 20 ou 25,000 francs à Paris* Le gou' neur d'une seule province ne touche pas légalemeiït ml de 300,000 francs, et chacun des huit jwn-^o^ {chefs de d ou trois provinces) 500,000 francs.
Il y a aussi une grande centralisation dans les di rentes branches de radministnation, à laquelle contri le défaut de carrières civiles spéciales; de manière tel qui est aujourd'hui magistrat est le lendemain ] cepteur, un autre jour directeur de quelque travail blic, ou tout cela en même temps. Par exemple, à Chi haï et à Ning-po, où se trouvent des douanes importan il n'y a aucun employé salarié du trésor impérial pou douane. Le tautai lui-même, autrement dit gouvem du département, en est le chef.
Dans toute la ville de Chang-hai, qui renferme pluf 300,000 âmes, et est Fun des ports ouverts aux étrang< il n'y avait k l'époque où je la visitai que le tautai et di autres mandarins; il est vrai qu'ils occupaient des c ployés particuliers dont le nombre montait peut-étr deux ou trois cents.
De cette manière, le fonctionnaire public> possédant le triple prestige de la science (de celle que l'on connaît en Chine) f de la richesse et dn commandement, complètement isolé de la population qui obéit, a rarement besoin de recourir k la force pour exercer son autorité.
Pour donner d'un seul trait une idée tle ce qu'elle peut, je vais raconter un fait dont je puis presque garantir l'exactitude :
Vers Tannée 1843, un navire portugais fit naufrage sur la côte de Fîle de Hai-nan ; il y avait dans ce navire trois Européens, quelques Américains du Sud, un Chinois et des naturels de Macao. On les transporta sur le continent, et là, comme dans la capitale de l'île, on leur refusa la nourriture jusqu'à ce qu'ils se fussent mis àgenoux devant les mandarins. On les envoya par terre à Canton. Ils employèrent dans ce voyage quarante-cinq jours, traversant un pays que n'avait vu aucune des ambassades qui étaient allées à Pékin. Un jour ils rencontrèrent sur la grande route un homme vêtu de rouge qui marchait seul d'un air triste. Son costume excita leur attention, et, à la première ville où ils firent halte, ils demandèrent de quel pays il venait. On leur dit que c'était un condamné à mort, et qu'il se rendait, pour y avoir la tète tranchée, dans la localité où il avait commis ses crimes. Les naufragés répondirent qu'il ne pouvait en être ainsi de l'individu objet de leur question, puisqu'il marchait seul et les mains et les pieds libres. Il ne voyageait pas seul, dirent les Chinois, mais il devait être accompagné d'un soldat. Alors les naufragés se rappelèrent qu'en effet, a un mille à peu près de l'homme vêtu de rouge, ils avaient rencontré un soldat qui probablement était resté en arrière, retenu par quelque nécessité. Le criminel savait bien que, par le seul fait de porter le costume que dans ce pays on met aux condamnés, il ne trouverait d'asile nulle part, et que tout essai d'évasion était complètement inutile; par conséquent il suivait seul le grand chemin pour aller se faire trancher
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k télé. Ce fait me fut aflirraé par un capitaine marchand nommé Cucuno, hùmm^ sérieux et dVsprit exact 11 faisait partie des naufi-agés, *
Bans un empiro aussi vaste que la Chine, la premicr« nécessité est Tordre, et le gnuvernouient de Pékin nonseulement donne à ses agents toute la force morale possible, mais encore il fait en porte qu'ils aient aussi uo intérêt pergonnel au maintien delà tranquillité publîqae. Dans ce but, on observe la règle suivante : Lorsque sur uo point quelconque vient a éclater un mouvement popth laire, le chef qui y commande doit pour toujours renoncer à sa carrière. Dans ces circonstanccSi le gouvernement suprême raisonne ainsi : Le peuple est naturellement paisible, cl il ne se soulève pas sans de graves motifs. Ce gouverneur doit avoir commis des extorsions, des injusticeSf qui auront exaspéré ses administrés^ et quelle que soit d'ailleurs la cause de leur mécontentement, le gou* ver ne ur devait savoir ce qui se préparait et devait Tèviter En tout cas, cet homme n'est pas bon pour le commandement.
Quand j'étais a Ning-p6, il survint des troubles dans une localité du département^ a cause des extorsioDs commises par les employés du monopole du sel ; deux gardes y perdirent Ja vie. Le gouverneur du département parvint à arranger l'affaire a l'amiable, sans arrêter ni punir personne. Gomme j'en exprimais mon étonnement k quelques habitants du pays, ils médirent: « Monsieur, s'il est forcé de faire un rapport a ses supérieurs, il est perdu. — Comment cela pieut-il être, leur dis-je, puisqu'il n'est pas coupable de ce que faisaient les employés de la régie dans cette localité? — Sans doute, me répondirent-ils, mais le fait s'est passé dans les limites de.son gouvernement, et si la nouvelle en arrive à Pékin il est perdu k jamais. Pour le momeut, il calme tout bonnement les choses, mais le jour viendra où il trouvera l'occasion de punir ceux qui ont tué les deux gardes. »
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Et qu'on ne croie pas que les gouverneurs soient indépendants dans leurs actes; au contraire, ils en doivent un compte minutieux qui se transmet à Pékin même. Dans aucun pays du monde il n'y a de centralisation aussi exagérée qu'en Chine : c'est une conséquence forcée de la nécessité de maintenir l'ordre (*). Je rapporterai, pour plus de précision, un fait dont j'ai été témoin, et qui arriva sous le même gouverneur de Ning-po dont je viens de parler.
De 1842 à 4843, il y eut quatre navires caboteurs du Japon qui, entraînés par les vents alizés, furent jetés sur la côte sud de l'Amérique. Leurs équipages se rendirent, k mesure qu'ils le purent, à Manille ou en Chine, afin de passera Ghapu, port destiné aux Japonais pour le commerce. M. Thom, consul anglais à Ning-po, avait pour intendant l'un des premiers arrivés de ces marins japonais. Vers la fin de 4844, deux d'entre eux vinrent à Ningpo, se présentèrent au gouverneur, lui disant qu'ils désiraient être renvoyés dans leur patrie; celui-ci leur ordonna d'attendre l'époque où il y aurait les moyens de le faire. Ces gens, ayant appris qu'un de leurs compatriotes était intendant dans la maison du consul, s'y rendirent et y demeurèrent jusqu'à ce que le gouverneur les fît appeler pour les envoyer k Chapu. L'un d'eux avait déjà changé d'avis et dit qu'il ne voulait pas partir, préférant
[*) Il y a bien dans les villages, en Chine, certaines autorités municipales élues par les chefs de famille, mais on ne saurait voir dans cette institution une émancipation du gouvernement central ; ce sont, pour le Tchi-hien (gouverneur) du district^ des moyens de distribuer les impôts et de faire la police. De telles municipalités ont toujours existé en Turquie^ en Espagne, aux époques du plus fort despotisme, et elles existent aujourd'hui à Cuba et aux Iles l^liillppines. Dans ce dernier pays le système des municipalités res< i^mblo assez aa système chinois, avec cette différence ^ae dans ^ eoloidé espagnole les élections sont annuelles.
5tO LA CHIM: et les puissances CHRETIENNES*
rester avec M. Tbora* Le gouverneur alla voir exprès le cûiisul et lui fit connaître qu'il avait transmis au vice-roî la demande du marin japonais, que k vice-roi Tavail transmise a Pékin , d'où était venu Tordre d'envoyer ce maria dans sa patrie par Chapa; que maintenant c'ètaU un ordre de rempereiir et qu^on ne pouvait se dispepser de rexécuter* M. Thom eut avec lui une longue altercation, et finit parlai dire que cet homme était sous la protection du pavillon britannique, qu'il ne le livrerait pas, et qu'il en informât le vice-roi. Le hasard fit que, peu de jours après , un navire anglais arriva de Hong-kong. Il amenait quatre Japonais de plus, portant de vieux habits européens et parlant espagnol j tous désiraient retourner dans leur patrie. Alors M. Thom se rendit chez le gouver* neur et lui dit : « J'ai arrangé l'atTaire du laponais* — Comment cela? — Vous vouliez un Japonais, je vais veai en envoyer quatre* — Je ne comprends pas, — Il vient darriver un navire qui ma apporté quatre Japonais, et Tun d'eux peut remplacer Lâburo. — Cela ne nou.ç lire pas de difficulté, parce qu'il faudrait qu'à la place ai Lâburo J'en misse un autre qui s'appelât, par exemple, Lebeski, ce qui serait tromper fempereur. Lâburo c^i Ldburo, et Lebeski est Lebeski. » Alors M. Thom lui répondit qu'il fît comme il voudrait, mais qu'il &e livrertit pas cet homme {'^}.
[*) Des écrWniDs ont soupçonné que de TiDmbrcusei migrai iû^> dti Japoa avaieat peuplé, à û^s épD<]u es reculées, rÀmérîtjtieilii Sud. Celte opinion est corroborée par le fait de ces quatre nartra entfiilnéa dans un si court espace de temps par les mou wons tfîi le» côies de eette région-là. Je citerai à ce propos une circoQ-^ti^^ curieuse. L'usage du tabaCj ainsi que le mot labacof nous est teiti
dû TAmérlque. Eh bien, tahaco Q /\^ ^k était le b<«*
qu'on employait anclennemcot en Cblee pour exprimer l'idée àt tabac. Où le trouve écrit ainsi dans un Urre qui eiiste depuit P^ti'
On sali cependant que dans les affaires qui concernent les Européens ils ont souvent déguisé la vérité, et ils y étaient du reste forcés par le caractère orgueilleux du gouvernement de Pékin. En ia50, un commodore anglais, allant à la recherche d*une escadre de pirates, invita un commodore chinois à l'accompagner; ce que fit celui-ci avec quatre ou cinq misérables jonques. On trouva les pirates, ils furent promptement détruits par les steamers anglais. Le commodore chinois, qui n'avait rien fait, annonça à ses supérieurs la grande, victoire remportée par sa division; le commodore anglais ne fut pas même remercié officiellement. Un indigène intelligent à qui je parlais de ce fait me dit : « N'en soyez pas surpris; s'il eût fait un rapport exact en racontant avec franchise et simplicité ce qui était arrivé, il eût été dégradé. »
Mais revenons k notre sujet. Je répète que tout conspire pour que le mandarin exerce sur le peuple une force physique et morale dont on n'a point d'idée en Europe. 11 est presque à Tabri de toute poursuite, même dans ses injustices, parce que hors de Pékin il n'y a pas, comme chez nous, de tribunaux composés de différentes personnes. Contre la sentence d'un homme on fait appel à un autre homme, à moins de recourir à la cour ; et les mandarins ont organisé un système de présents, d'inférieur à supérieur, particulièrement pour le premier jour de l'an. C'est
de mille ans, et le passage où se trouve le mot tabaeo a été copié dans un recneil de morceaux littéraires^ dont le titre est ^^ ^^
Dans la Tartarle jnongole, aujourd'hui^ il n'y a pas d'autre manière de nonuner le tabac. Je n'ai pas eu l'occasion de vérifier s'il en est de même au Japon, comme je le crois. De nos jours les Chinois appellent le tabac fum^é, m
5tt LA CntNE ET LES PUISSANCES CHRÉTÏENMÊS.
un des plus longs chapitres du budget des dépenses i petits mandarins et du budget des recettes des gratlï La corruption des juges paraît y èlre très-fréquenlep
D'après tout ce que je viens d'indiquer sommairemej je pense que Von me croira, quand j'assurerai que 1 Êentimeuis d iniuiitiè et de mépris que le peuple de Ci ton a toujours niauifeétés a Vègard des Anglais et i Européens en général, proviennent seulement (commi Tai dit plusieurs fois] de la politique des mandarins 4| lui inspirent ces idées. Ils soupçonnent toujours q nous cachons le projet de continuer les conquêtes ^ nous avons déjà faites dans rinde^ dans les détroits Malacca, à Java, dans les îles Philippines, Hariannea Macao et a Oong'kong, Us sont effrayés parla perspecti de voir les Européens entrer, ne fût-ce que pour li commerce, dans la Chine, et la parcourir librement si manifester pour les autorités locales celte vénérati qu'ils regardent comme indispensable pour gouverm
Quant al a race chinoise elle-même, il est incontestaj qu'elle n'éprouve aucune antipathie envers les Eui péens (*). Les habitants de la côte du Nord, malgré guerre de 1840, qui leur fit tant de mal, ne montrent a cune mauvaise volonté, soit dans les villes, soit dansl environs, quand on y fait quelque partie de chasse ou plaisir. Moi-même je suis allé, accompagné de mes d mestiques, en quelques endroits jusqu'à trente ou quarar milles dans l'intérieur, vêtus de notre costume europée Je me suis arrêté pour causer avec différentes personn dans la campagne ou avec des passants quelquefois, sa que personne sût qui j'étais, et je n'ai jamais reconnu moindre signe de mauvaise volonté. A Canton , le peuple (
f ) Tout ce chapitre tel qu*il est maintenant fut publié en itt dans mon livre L'Angleterre^ la Chine et l'Inde, Les fait^ sarrens depuis ^ors prouvent que je n'étais pas dans Terreur.
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tous les degrés n'a retiré que des avantages de son commerce avec les Européens, surtout jusqu'à la guerre de i840, et par conséquent cette hostilité serait inconcevable, si on ne l'expliquait par la politique des mandarins et par la facilité qu'ils ont de faire que le peuple n'agisse et ne respire que d'après leurs inspirations. Il est entièrement faux que le peuple de Canton s'oppose par lui-même à l'entrée des Européens. Si les mandarins n'eussent point travaillé à inspirer cette hostilité, elle n'existerait point, et aujourd'hui même, s'ils le voulaient, elle disparaîtrait bientôt complètement. Les mandarins, après avoir toléré ou provoqué les manifestations hostiles de la populace et les placards furibonds dont on ignore Vorigine^ ont adressé des communications aux représentants européens, déclarant publiquement qu'il ne leur était pas possible d'observer le traité de Nankin, relativement à l'entrée à Canton, parce que le peuple s'y opposait, et qu'ils ne pouvaient le dominer. Jamais un mandarin chinois ne dirait cela sérieusement sans se regarder comme dégradé et perdu. C'est comme si chez nous un directeur général des douanes avouait publiquement qu'il est incapable de remplir la place qui lui est confiée et qu'il ignore même les premières règles de l'arithmétique. Pour moi, le seul fait d'un tel aveu en prouve la fausseté; ce- qui m'étonne, c'est que des personnes qui Oût approché des Chinois, et qui pourraient les connaître, croient qu'ils sont sincères en disant cela. Ce n'est pas seulement la logique qui me fait parler ainsi, mais des faits et des actes qui ne laissent aucun doute.
Les vice-rois de Canton n'ont jamais voulu recevoir les Représentants de l'Angleterre dans leur palais, bien qu'il ^6 trouve très-près des portes de la ville, et qu'ils puissent conduire avec eux une bonne escorte de troupes et ^^ soldats de marine, qui,*jointsk la garnison chinoise, *Qt*mcraient une force si imposante quil est ridicule et absurde de croire que le peuple désarmé de Canton son- ^^âtmême k s'opposer k l'entrevue.
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Le consul général à Canton, le docteur Bowring, ne put jamais obtenir du vice-roi qu'il le reçût dans une maison de campagne où d'autres Européens^ et parmi eux k consul français, comte de Ratti-Mentoti, avaknl été reçus. Il est clair que dans cette cireonstance ca n*étaîtpas le peuple de Canton qui s'opposaît à Vm~ trevue.
En 1849^ les Anglais semblaient se disposer h eijgcr Fexécutîon de Tarticle du traité de Nankin et celle d'uoe conYention particulière qui les autorisait à entrer dans Canton.
A cette occa<<iîou on organisa et on arma dans cette fille une espèce de milice ou garde nationale dont le nombre monta, dlsaif-on, à 90,DÛ0 hommes. Je demande si uti tel fait aurait pu avoir lien sans Je consentement dei antoritês* *
Maïs ce que je vais raconter est plus concluant encore, Je suis allé deux fois en Chine: la première, surtout, avec l'intention de visiter les nouveaui ports ouverts au commerce extérieur et d'en informer mon gouvernement; toutefois je n'étais pas convenablement pourvu pour me présenter aux autorités, et je voyageais comme simple particulier. J'arrivai à Chang-hai en 4844, et la première difficulté qui me survint fut celle de trouver une maison à louer. Il n'y avait alors que cinq ou six Européens, pauvrement et étroitement logés dans un faubourg de la ville. Pour chaque Européen nouvellement arrivé, c'était une grande affaire que de trouver une maison : en général il était obligé d'avoir recours au consul anglais, qui alors faisait des démarches auprès du gouvernement, lequel avait l'air de forcer quelque propriétaire à louer sa maison, en tout ou enpa^ tie, bien qu'on la lui payât pourtant huit ou dix fois plus qu'elle ne valait. C'est par ce même moyen que le consul s'était procuré celle qu'il occupait. Pour apprendre U langue du pays, j'avais avec moi un Chinois de Nankio,
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homme très-actif et fort adroit. Il se fit bientôt des amis dans la ville, et me Tînt dire qu'il avait trouvé une maison très-grande et a très-bon marché; j'allai la voirv elle me parut fort convenable. Cependant, prévoyant que je pourrais avoir des difficultés avec les mandarins (que je ne voulais pas voir), je fis part au consul anglais, major G. Balfour, de Foccasion qui s'offrait k moi de louer une maison dans l'intérieur de la ville, et je lui demandai si je pourrais avoir recours à lui dans le cas où les autorités Tiendraient à me molester. Il me répondit que c'était une question qui intéressait également tous les Européens, puisque nous avions tous le droit d'habiter dans l'intérieur de la ville, et que, si je parvenais à y pénétrer, il viendrait à mon aide dans le cas où on voudrait me tracasser.
Ce point assuré, je payai au propriétaire de la maison trois mois d'avance ; je pris son reçu, fis venir un nombre suffisant de portefaix pour mes bagages et c^ux de mes domestiques, et nous nous transportâmes d'un seul coup à ma nouvelle demeure. Le lendemain matin je vis arriver tout tremblant le vieux propriétaire de la maison, qui me dit que le mandarin le faisait appeler, que ce magistrat était fort irrité parce qu'il m'avait loué sa maison, qu'il n'osait se présenter lui-même et qu'il me suppliait d'y aller, car par ce moyen tout s'arrangerait. Je m'y refusai tout court, quoiqu'il revînt deux ou trois fois a la charge et qu'il m'envoyât d'autres personnes pour me persuader. Il me dit qu'ayant passé quelque temps a la campagne, il ignorait qu'un bruit avait couru dans la ville se rapportant a l'opposition que faisaient les autorités a ce que les Chinois louassent des maisons aux Européens : il était presque sûr qu'on allait l'arrêter. Je lui répondis que puisque l'autorité l'avait appelé il devait se présenter, et que si on l'arrêtaitje ferais alors les démarches pour le tirer d'embarras. U va sans dire qu'il m'offrit de me rendre l'argent el même de m'indemniser, si je voulais vider le local.
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Pour abréger, je dirai que le gouvi;rneur alla Iroum coDsul anglais, et lui dit qu'on Anglais appelù Mas un logement dans la ville et qu'il fallait que lui, col Ven fît sortir. Aussilôt le consul lui répondit que lai manifestation d'une telle prétention Téton naît, i: devait savoir que, d'après le Irai te , tous les Anglais av le droit de demeurer dans la ville* n Mais ce mons répliqua le gouverneur^ n'est pas Anglais, je crois, — autre chose, dit le major Balfour; en effel, il n'es Anglaiî?, mais Espagnol. — bans ce cas, répliqua le verneiir, je le chasserai moi-même, n Puis le dial continua à peu près de la manière suivante : t* Vous ferez rien, parce qu'alors ce sera à moi de le défendi vous n'aurez pas affaire avec lui, mais avec moi. — ( ment cela?, „ Puisqu'il n'est pas Anglais, que voua porte ?^ Parce qu'il s'agit d'un point qui intéressi Anglais, comme tous ks antres Européens, — Mais ^ autres Anglais, vous avez été en guerre avec lesEspagï — Nous avons eu des guerres contre toutes les nat du monde, mais cela n'a aucun rapport avec Taffaire nous occupe. — Voulez-vous me faire le plaisir de dire, en qualité d'ami, quel est cet Espagnol, s'il est né ciant, ou dans quel but il est venu ? — Ce n'est pas négociant, mais un agent de son gouvernement, qui chargé de lui fournir des informations sur le comiut et les autres particularités de ce port, ainsi que des très récemment ouverts au commerce étranger. — Do rester ici longtemps ? — Je crois que deux ou trois tt iui suffiront, et qu'ensuite il partira ; il me l'a dit moins. » En définitive le gouverneur se résigna à laisser dans l'intérieur de la ville, et il est clair qu signifia au maître de la maison de ne pas retomber d de pareilles fautes.
Après quelques semaines, quand je pus m'exprimcr peu en langue chinoise, je nouai des relations avec di renls habitants et d'autres personnes recommandabl
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et comme je n'étais ni négociant ni Anghtis, on me traitait avec considération et avec un certain degré de franchise et d'amitié. Quelques-uns d'entre eux me dirent : c Les difficultés que vous autres Européens trouvez k louer des maisons proviennent de l'opposition des mandarins; il est complètement faux que les propriétaires aient de la répugnance à vous les céder ; bien au contraire, nous aimerions mieux les louer aux Européens qu'aux Chinois, parce que vous les payez plus cher. »
Je ne veux pas dire toutefois qu'après les 6 millions de dollars payés pour la rançon de Canton en 1841, et surtout depuis que des bombes leur furent lancées à la fin de 1856 et de 4857, il n'y ait pas eu, dans une partie de la ville, des sentiments de haine et de vengeance contre les Anglais et les Français, ainsi que de malveillance contre les Européens. Mais, je le répète, si lé^ mandarins le voulaient, les habitants de Canton ne bougeraient pas le moins du monde, quoiqu'il n'y eût dans la ville aucun soldat allié; il serait facile aux mandarins de leur faire bientôt comprendre que les Anglais n'ont pas provoqué les hostilités, qu'ils ne nourrissent aucun projet de conquête, qu'ils désirent seulement continuer le commerce, et que nul n'en retire plus de bénéfice que la population même de Canton, qui serait ruinée le jour où ce commerce viendrait à cesser.