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pas à reconnaître dans l'usage de Topium une cause d'appauvrissement pour le pays; c'est ce qu indique déjà le décret de prohibition de Fan 1800, et bien que les décrets et édits postérieurs attribuent a l'opium des effet» vénéneux et mettent en avant la sollicitude du gouvernement pour la santé publique, ils laissent apercevoir assez clairement le véritable motif, qui est d'empêcher l'exportation de l'argent ; exportation qui, en effet, produisit de très-fâcheux résultats (*). Il est incontestable
n Je vais reproduire ici ce que je disais il y a dix-sept tns.dans un mémoire sur le commerce de Ning-po, qui fut publié dans les journaux de Manille, et que traduisit en anglais an joumtl de Hong-kong. Aujourd'hui, après les difficultés qu*a fait ni^tre en Angleterre et en France la sortie de l'argent pendant la guerre de Crimée, mes idées, je crois^ ne paraîtront pas dénuées de fondement : « En disant que Texportation des métaux précieux vt appauvrissant de jour en jour la Chine, je ne veux pas qu'on suppose que j'ignore les théories émises par J.-B. Say et par d'autres célèbres auteurs d'économie politique. Je sais parfaitement qu'ils regardent comme un préjugé le principe de la balance du commerce, et quelques uns ne craignent pas de pousser les applications de leurs principes jusqu'à affirmer qu'une nation qui exporte pour 10 millions et importe pour 20 gagne 10 millions. Un pareil raisonnement est une véritable et évidente aberration ; car il est clair que la nation qui, recevant des marchandises pour 20 millions, n'a pour les payer que 10 millions de marchandises, doit les 10 autres millions en espèce. Si nom accordons que l'or et l'argent soient une marchandise comme toufe autre, il en résultera que la nation en question a reçu, par exemple, des soieries, des draps, des tissus de coton et de la quincaillerie, pour 20 millions; qu'elle a donné, par exemple, des laines,, des vins, des fruits pour 10 millions, et de la marchandise appelée or ou argent pour dix autres millions; dans ce cas, je ne vols pas où peut être le bénéfice. Mais cette théorie que l'or et l'argent sont, en eux-mêmes et dans leurs résultats, une marchandise comme toute autre, me semble complètement fausse, quelle que puisse être la réputation de ses auteurs. Qu'une bouteille de Champagne vaille,
que la Chine a perdu de l'argent depuis le commencement du siècle jusqu'en 1853. On sait que pendant nombre d'années l'exportation n'est pas descendue au-dessous du chiffre de 15 millions de dollars. En prenant seulement la moitié de ce chiffre^ nous trouverons pour cinquante^ quatre ans l'énorme total de 406 millions de dollars, c'est-k-dire plus de 12,000 tonnes d'argent. En 1844» un négociant indigène, âgé de plus de soixante ans, médisait que lorsqu'il était encore enfant une piastre espagnole s'échangeait contre 600 sapèques (monnaie de cuivre, la seule que l'on frappe en Chine) ; or, à l'époque où nous étions alors, on en donnait 1,300 et même davantage. Je lui demandai d'où provenait ce changemeut. — De ce que, me répondit-il, l'argent est plus cher aujourd'hui qu'alors. — Et pourquoi est-il plus cher ? — Parce
par exemple, 2 dollars (c^est-à-dire deux onces d'argent) ; tant qu'elle sera entière et eh bon état, ce sera la même chose de posséder, soit cette bouteille, soit les deux onces d'argent ; mais 11 y a cette différence essentielle que le vin se boit et qu'alors sa valeur est détruite^ ce qui ne peut avoir lieu par rapport à l'argent i et quoiqu'on dise qu'il revient au même de boire le vin et de dé* penser les deux onces du précieux métal, il y a encore cette différence essentielle, que celui qui dépense l'argent reçoit en échange nn objet d'une valeur égale, tandis que celui qui boit le vin en consomme la Taleur sans rien acquérir comme compensation* Un millier d'oranges peuvent en ce moment valoir 5 dollars ; mais, avant un an, il faudra les consommer ou les jeter comme inuUles, tandis que les cinq dollars existeront durant des siècles. Si donc, chaque année, on introduit en Chine un nombre de caisses d'opium valant 22 millions de dollars, quoiqu'il soit certain qu'en arrivant sur la côte ces caisses sont égales comme propriété à 22 millions de dollars, ou à environ 14,000 quintaux d'argent, il n'en est pas moins positif et incontestable qu'au bout d'une année tout l'opium se sera évanoui en fumée, sans être remplacé par rien, et que le capital social de la Chine se trouvera diminué de 14,000 quintaux d'argent.»
qu'il y en a moins. — Et pourquoi y en a-t-il moins ? — Parce que vous l'emportez.
Il faut remarquer qu'on a retiré de la Chine non-seulement de l'argent, mais aussi une grande quantité de monnaie de cuivre, qui a cours à Soulou, Bali, Tongking, etc. J'ai vu envoyer dans ces différents lieux des chargements entiers de sapèques, surtout lorsqu'il entre en Chine beaucoup de riz de ces provenances. Si Ton n'eût exporté, en même temps que de l'argent^ beaucoup de cuivre monnayé, la piastre espagnole aurait certainement fini par valoir 2,000 sapèques et davantage.
L'opium étant devenu pour la Chine une véritable cala* mité, plusieurs étrangers, hommes de cœur, s'élevèrent contre le commerce et même contre la culture de cette substance; mais quelques-uns ont montré dans leurs opinions beaucoup d'exagération et de*viotence, répétant souvent tout ce qu'ils avaient entendu dire, sans prendre la peine d'étudier eux-mêmes la matière. Le plus remarquable de ces adversaires de l'opium a été le comte de Shaftesbury, président d'un comité organisé h Londres pour anéantir ce commerce. Je n'ai certes pas le moindre doute sur les bonnes intentions et l'excellent cœur du noble lord. Il y a de la grandeur, de la générosité à combattre, pour le bien-être d'une nation étrangère et éloignée, contre les intérêts de ses propres compatriotes et de sa propre patrie. J'admire sincèrement les hommes de celte trempe et le pays qui les produit; mais je regrette que le comte de Shaftesbury n'ait pas agi avpc plus.de sagesse, et qu'avant d'intervenir dans cette question il ne l'ait pas étudiée; je regrette surtout qu'il n'ait pas employé un langage plus modéré et de meilleure compagnie. Il se serait épargné le tort de publier un écrit que déparent des fautes grossières de statistique, dont quelques-unes choquent le sens commun ; et d'injurier gratuitement bien des personnes qui ne le méritent pas.
Il avance dans sop exposé au gouvernement de la reine
que Topium tue annuellement en Chine deux millions de fumeurs. Gomment le noble comte a-t-il pu parvenir à se persuader qu'il y ait chaque année deux millions de créatures humaines qui se tuent volontairement^ sans être poussées par le désespoir ni par aucune des causes qui mènent au suicide, deux millions de personnes adultes qui, au contraire, se tuent pour jouir d'un plaisir? Comment Sa Seigneurie n'a-t-elle pas été frappée de ce que présente d'absurde cette antithèse 'plaisir et mort? Auraitil cru qu'en Chine la nature humaine est tout autre qu'en Europe? Est-il permis en bonne logique de jeter au public des assertions aussi étranges, sans avoir la moindre donnée, la moindre preuve à l'appui ?
Si nous en venons aux accusations formulées contre les marchands et les producteurs d'opium, nous ne trouverons ni plus d'exactitude ni plus de justice. C'est une erreur de croire que les Anglais seuls font le trafic de l'opium; car tous les étrangers indistinctement, et spécialement les Américains, l'introduisent et le vçndent.
C'est encore une erreur de regarder le commerce de l'opium comme une infraction au traité de Nankin. Ce traité ne fait pas la moindre mention de l'opium, qui n'est pas non plus compris dans le tarif : d'où l'on devait conclure qu'il faisait partie des articles non spécifiés, qui sont tenus de payer un droit d'entrée de 5 pour 400. Cela est si vrai, que dans le principe quelques commerçants voulurent le présenter à la douane, réclamant son introduction moyennant le droit sus-mentionné de 5 pour 100. Les vaisseaux portant de l'opium n'entraient point dans les ports et n'étaient point contrôlés par les consuls; mais ils stationnaient aux embouchures des rivières des cinq ports ouverts au commerce, ou sur d'autres points de la côte, où les mandarins le toléraient moyennant des gratifications.
C'est une autre erreur de penser que si le gouvernement britannique défendait aux vaisseaux anglais d'apporter
de Topium en Chine, l'importalion de cette substance cesserait ; en efifet, elle serait importée par les vaisseaux des autres nations. Cela est d'autant plus évident que les premiers introducteurs de l'opium, comme je Tai déjà dit, furent les Portugais, et que les sujets de la Grande-Bretagne ne firent que profiter d'un commerce lucratif qui était déjà inauguré depuis longtemps.
C'est une autre erreur d'imaginer que si aucun vaisseau étranger n'apportait de l'opium en Chine, l'usage de cette substance cesserait. En effet, les jonques connaissent fort bien la route de l'Inde, et si elles ne vont pas maintenant y chercher l'opium, c'est que les Chinois trouvent plus d'avantage a le recevoir par l'intermédiaire des clippers anglais.
C'est une autre erreur d'admettre que si le gouvernement des Indes interdisait la culture de l'opium dans ses domaines, cette substance disparaîtrait. Le pavot croît trèsbien depuis la ligne jusqu'à une latitude de 30 k 40 degrés, et il produit beaucoup a Java, aux Philippines, à Bornéo, en Egypte, etc., et jusque dans la Chine ellemême, où depuis plusieurs années on en récolte quelques milliers de caisses. Peut-être l'opium de Java, par exemple, aurait-il un goût différent de celui de Malwa ou de Bénarès et paraîtrait-il d'abord de qualité moins parfaite; mais le consommateur ne tarderait pas k s'y habituer, et sans doute finirait-il par le préférer. Celui qui est accoutumé a fumer des cigares de la Havane trouve mauvais ceux de Manille, et celui qui fume habituellement des cigares de Manille n'aime point ceux de la Havane. Actuellement on ne cultive point l'opium dans d'autres pays, vu que celui de l'Inde reviCht a très-bon marché. Aui Philippines, cette culture a été prohibée parce qu'on a craint, ainsi que je l'ai observé, que les indigènes ne s'accoutument k le fumer, et par suite ne deviennent plus paresseux encore qu'ils ne le sont. Je crois qu'en cela on se trompe, car la paresse chez les naturels des Philip-
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pines provient de ce qu'ils n'ont pas de besoins ; s'ils se créaient celui de fumer de l'opium, ils seraient obligés de travailler pour se procurer de quoi en acheter.
Enfin c*est une autre erreur de se persuader que les mandarins ont eu fort à cœur d'èmpècher l'introduction de l'opium. Plusieurs le fument; la plupart, sinon absolument tous, recevaient des présents pour en tolérer la contrebande. Si Ton excepte le fameux Lin-tsi-suet un petit nombre qui résident à la cour, je crois que tous les autres, peut-être Ki-ying lui-même, ont participé aux bénéfices de ce trafic illicite. Sir J. F. Davis, lorsqu'il était en Chine comme ministre plénipotentiaire, lui dénonça plusieurs fois les abus de la contrebande, favorisée par des officiers corrompus. Voici quelques passages de ses dépêches h. ce sujet :
« J'ai déjà adressé a Votre Excellence une note où je lui exposais que, tandis que les contrebandiers, qui font le trafic de l'opium à l'extérieur du port, forment des établissements à Namoa et à Cumsingmoon sur le territoire chinois, y bâtissent des maisons et y ouvrent des routes, les Anglais honnêtes qui entrent avec autorisation dans le port sont exposés a toutes sortes de mauvais traitements et d'outrages dont les auteurs ne sont pas punis .
« L'établissement (contrebandiste) de Cumsingmoon a été formé dans ces derniers six mois à la suite de l'ordre que je donnai aux navires de se retirer à Wampou ; mais celui de Namoa existe depuis un bon nombre d'années. Aussitôt après mon arrivée Votre Excellence appela mon attention sur ce fait. En conséquence je publiai un édit où je déclarais que ces gens-la agissaient contrairement aux stipulations des traités, et que je ne les protégerais point. Cependant depuis lors ils sont demeurés la sans avoir été inquiétés *
« Non- seulement ces contrebandiers ont osé. bâtir àet maisons et établir des routes, mais ils ont à terre de chevaux, dont ils se servent pour aller dans toutes le directions. »
Ki-ying, probablement sans agir contre ces contreban diers, répondait froidement :
a Quant à la violation de la loi a Namoa et k CuJmsing moon par la contrebande d'opium et la connivence de mandarins au moyen de présents corrupteurs, des inves tigations rigoureuses seront faites, et j'ai déjà donné aie autorités Tordre d'examiner sérieusement Taffaire.
« Quant a vous, honorable envoyé, en ne protégean point ces contrebandiers, et en me donnant avis de cet faits, vous montrez suffisamment que dans ces affaires qui nous concernent mutuellement, vous agissez avec II plus grande justice et sincérité, ce dont je vous suis obligé.
« Taou-kwang, 26* année, 2* mois, 4* jour (mars 1846). »
Quel est donc en définitive le reproche qu'on adresse au gouvernement des Indes? Qu'il autorise ou qu'il encourage la culture de l'opium, dont il retire un produit net de 4 ou 5 millions de livres sterling? On veut donc qu'il interdise cette culture pour en laisser le bénéfice à d'autres pays, et qu'il fasse payer aux habitants de l'Inde les 5 millions que lui donne maintenant l'opium ? Moi qui ai visité l'Inde, tant supérieure qu'inférieure, et qui croi» la connaître un peu, je suis convaincu que cette Golonie est déjà trop surchargée, et que lui imposer une nouvelle contribution capable de produire 5 millions de livres siserait une affaire d'une extrême gravité (*). Et en faveur
(") Voyrz la note D, à la fin de ce volume.
de qui ferait-on ce sacrifice ? En faveur des fumeurs de là Chine ? Non certainement, car ils n'en fumeraient pas moins. Ce sacrifice n'aurait d'autre résultat que de favoriser les pays qui entreprendraient la culture de l'opium pour approvisionner le marché de la Chine.
Qu'a-t-on k reprocher aux commerçants ? Ne sont-ce pas les Chinois qui demandent l'opium et qui l'achètent volontairement, quoique aucun étranger ne les excite par son exemple à en faire usage? Ne sont-ce pas les Chinois qui venaient chercher l'opium en dehors des ports, k bord des receiving-ships? La nation chinoise serait-elle composée d'enfants et de sauvages ne sachant pas ce qu'ils font? Prétendrait-on, par hasard, que la reine d'Angleterre entreprît de corriger la Chine de ses habitudes ou, si l'on veut, de ses vices, et même de réformer son administration des douanes en faisant la police sur ses côtes? Et de quel droit le gouvernement anglais ou tout autre pourrait-il prendre de semblables mesures? Si ce n'est pas Ik ce qu'on demande, que veut-on donc? Contre'quoi ou contre qui déclame-t-on?
L'opium aurait pu entrer légalement avec un grand bénéfice pour le trésor impérial. Mais il a été bien difficile de décider l'empereur k adopter ce système (*). Après avoir, dans plusieurs décrets, déclaré que l'opium est un poison et une calamité pour le peuple, il ne croyait pas qu'il fût de la dignité de sa couronne d'en autoriser l'introduction dans le but d'en retirer un bénéfice. Je comprends ce sentiment, et je le respecte ; mais voudrait-on exiger du gouvernement anglais que, par le moyen de ses Commodores, il empêchât ses propres sujets de faire un commerce avantageux, tandis que les Américains, les Hollandais, les Danois, les Suédois^ les Portugais contiïiueraient k le faire librement, et profiteraient de l'éloië^nement des Anglais?
(*) Ceci a été enfin obtenu par un article du traité de Tien-tsin. II. 2S
S9d LA CHINE ET LES PlISSANCES CHnÉTlExNiNES.
Lord Shaftesbury, en parlant de la valeur de l'opium introduit, dit que les négociants volent (rob) aux Chinois cette somme. Je ne sais ce qui doit paraître ici plus étrange, ou la pensée du noble lord ou l'expression dont il se sert pour la rendre. Je puis affirmer à Sa Seigneurie que parmi les négociants qui font le commerce de l'opium il y a des hommes éminemment honorables, des gentlemen accomplis, qui non-seulement sont incapables de voler quoi que ce soit, mais qui ne le cèdent à personne en sentiments de justice et en actes de bienfaisance et de charité.
Que l'abus de l'opium soit cause du malheur et de la ruine de quelques individus, de quelques familles, je ne le contesterai pas ; mais je ne vois a cela d'autre remède que celui qui sortira du mal lui-même. Si l'opium est réellement nuisible, il est impossible "qu'à la longue on ne finisse pas par le prendre en horreur; après tout, le plaisir qu'il procure n'est pas assez séduisant pour avoir plus de force que l'amour de la vie, que l'instinct de la conservation. J'ai déjà fait observer que ni los négociants ni les matelots étrangers, qui ont sans cesse ropiura sous la main, n'aiment a le fumer, parce qu'ils n'y sont point accoutumés, et ils n'en prennent point l'habitude, parce que, parmi nous, ce n'est pas la mode. Interdire la culture et la vente de l'opium parce que quelque? débauchés en font un abus pernicieux, ce serait comme si l'on défendait les liqueurs parce qu'il y a des ivrognes, ou les rasoirs parce qu'il y a des gens qui s'en servent pour se couper le cou, ou la poudre parce qu'il arrive que des individus se brûlent la cervelle.
En France, pays florissant, il y a tous les ans en>iroD 3,000 suicides, sur lesquels un dixième au moins, Cl'^t• adiré 300-, se donnent la mort au moyen de la poudre. La population de la France étant de 35,000,000 d'habitante, il y a un suicide au moyen de la poudre par 166,666 habitants. Si en Chine, il mourait des gens par l'opium dans
la même proportion, le nombre des victimes devrait s'élever chaque année a plus de 3,500, ce qui certainement n'a pas lieu. Je suis donc convaincu que le nonftre des individus qui, en France et dans le reste de l'Europe, meurent par le moyen de la poudre, est proportionnellement plus grand que celui des victimes que l'opium peut faire en Chine ; et pourtant on ne songe point à interdire la vente de cet article, qui sert pour la chasse, pour la composition des feux d'artifice et pour d'autres usages innocents.
Le côté réellement grave de la question de l'opium se trouve dans la circonstance qui lui a donné tant d'importance aux yeux du gouvernement chinois. Je veux dire dans l'exportation des métaux précieux. Chaque fois que cette exportation aura lieu, la cour de Pékin regardera le commence avec les étrangers comme une calamité, et sa politique aura pour objet de le ruiner ou du moins de lui mettre toutes les entraves possibles. La manière de raisonner des mandarins et même des simples particuliers animés de sentiments patriotiques sera celle-ci : « Les Anglais viennent nous apporter leurs marchandises et leur opium pour nous enlever notre argent, et quand nous voulons mettre un terme aux préjudices qu'ils nous occasionnent, ils arrivent avec leurs vaisseaux à vapeur et leurs soldats pour nous forcer.de continuer un commerce qui nous est si funeste et continuer eux-mêmes à nous enlever notre argent. »
On a pensé que le gouvernement finirait par autoriser publiquement la culture de l'opium en Chine ; mais il résulterait de là que, d'immenses terrains employés maintenant a produire du riz recevant une autre destination, il faudrait faire venir du riz de l'étranger, en sorte que le pays dépendrait de l'étranger pour sa subsistance. Dans une de mes dépêches au gouverneur de Manille, je calculai la quantité de riz que peut fournir un terrain produisant un nombre donné de caisses d'opium,. et les cen-
i^ LA CHINE ET LES P i [ENMES.
laines de cargaisons de riz qu f; introduire (en
plus que la quantité introduite prcovui^u«^ut), dans le cas de faiif produire, aux terres de la Chine Topiumquecet Empire reçoit maintenant du dehors.
Puisqu'on sait la quantité d'opium que consomme en moyenne chaque fumeur, il n est pas difficile de calculer le nombre de personnes ont cette habitude; on t troui^é qu'il est de 2 à 3 millions. La population delà Chine étant de 400 millions au moins, si Ton jréduit ce nombre d'un tiers pour les enfants et les jeunes gens de moins de vingt ans, on arrivera k ce résultat qu'îl y s à peine un fumeur ou deux sur cent individus. Dès ion, quel effraysint accroissement peut prendre encore la consommation de l'opium!
L'argent ayant commencé k entrer de nouveau en Chine, depuis 1853, au lieu d'en sortir, le gouvernement impérial n'a plus parlé des effets empoisonnants de To* pium. Depuis quelques années les chefs des provinces avaient pris sur leur responsabilité de laisser passer cet article moyennant un droit d'importation, et il a été enfin légalisé par le traité de Tien-tsin et mis au tarif des douanes pour 30 dollars par caisse.