‹ La Chine et les puissances chrétiennes (volume 2)Chapitre 40 sur 59 · II · texte numérisé non relu

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Ssé LA CHINE Et LES PUISSANCE^ CHRÉTIENNES.

gulier qu'il ait espéré convaincre le commissaire impérial au moyen d'un argument qui ne convaincrait pas un enfant.

Le docteur Benjamin Hobson, ancien résident a Canton et auteur de divers articles dans le Chinese Repository^ est un des individus k qui sir J. Bowring remit le mémoire du comité anti-opiste de Londres, afin qu'il fût procédé k une enquête par ordre du gouvernement supérieur. Le docteur Hobson, après avoir exprimé son opinion sur la question de l'opium, dit en 'postcriptum ce qui suit :

« P. S, Ci-incluse la traduction d'un de ces opuscules chinois contre l'opium que l'on publie ici de temps en temps. Cet écrit exprime les idées que plusieurs personnes ont sur cette question, notamment sur la grande quantité d'argent exporté du pays, afin de se procurer une jouissance inutile. »

Voici quelques passages de cet écrit, qui a pour tilrc Discours pour réveiller une génération stupide ;

« L'argrnt diminue chaque jour, le prix des marchandises s'abaisse, et le cultivateur, l'ouvrier et le marchand éprouvent des pertes pécuniaires ; autour de nous nous le voyons) des familles ruinées, au loin la misère sV'tcml sur tout Tenipire.

a L'opium porte atteinte à notre richesse. Examine/ l'ôtat du connnerce pendant les dernières années : la monnaie de cuivre est k prime, les marchandises k ba? prix, les transactions stagnantes; l'opium seul est trèsdemande. Quelle en est la cause? c'est que l'argent du pays est échangé contre de l'opium, et qu'en mèmetenipî^ qu'il diminue en quantité il s'élève en valeur. L'opium.

dont rimportation annuelle s'élève maintenant a plus de &0,000 caisses, est échangé contre de l'argent pour une somme d^environ 20 millions de dollars. Calculez le résultat d'un pareil commerce pendant quelques dizaines d'années, et vous trouverez qu'il sera sorti de l'argent du pays pour plusieurs centaine^ de millions de dollars; et tout cet argent est transporté dans un pays d'où il ne revient plus. Il en résulte que dans le commerce légitime il y a pénurie d'argent, et que le prix des marchandises en baisse nécessairement.

.« Autrefois le peuple chinois et les peuple^ étrangers qui commerçaient entre eux échangeaient leurs marchandises avec un mutuel profit. L'Angleterre, l'Amérique, la France et les autres pays nous apportaient leurs draperies, leurs camelots, leurs pendules, leurs montres, leur coton tissé ou .en fil, etc. La Chine donnait en échange du thé, de la soie, des satins, de la gaze, de la rhubarbe et d'autres articles, ce qui augmentait notre richesse nationale et notre propriété ; et les étrangers qui recevaient nos produits en tiraient des bénéfices. Ce commerce ^égal était avantageux sous tous les rapports, les droits perçus étaient suffisants, et les diverses branches du Commerce dans un état prospère. Comment donc expliquer maintenant la pauvreté croissante du peuple et ^'abaissement du prix des marchandises? Il faut l'attribuer nécessairement à l'extension qu'a prise la vente de î'opium. Il est donc évident que la conséquence est la Sortie de l'argent chinois hors du pays jusqu'à épuisement, et rien ne pouvant être échangé contre nos denrées ^t notre monnaie de cuivre, il s'ensuit qu'elles diminuent également de valeur chaque jour; et depuis qu'elles sont ^ si bas prix, toutes les branches dû commerce d'importation et d'exportation, tous les banquiers et négociants, Supportent également des pertes. Mais ce ne sont pas Seulement les marchands qui souffrent; plusieurs articles 4e fabrique et de subsistance sont produits par le culti-

valeur et l'ouvrier ; les prix de ces articles étant trop bas, l'agriculture et les manufactures cessent de donner des profits. Ainsi les conséquences désastreuses de cet état de choses sont d*une étendue illimitée. Et si les fumeurs d'opium n'abandoiinent point spontanément leur habitude, le commerce de Topium ne cessera pas, la richesse du pays sera épuisée, et toutes les branches do commerce fort embarrassées, les revenus impériaux seront en déficit, les officiers du gouvernement com* promis....

« Hélas I qui aurait pu prévoir que l'opium, dont on n'usait d'abord que pour occuper une heure oisive, nons aurait conduits à un tel état, premièrement en ruiuaflt les familles particulières, ensuite en appauvrissant l'empire tout entier? C'est véritablement la plus désastreuse calamité possible !

« Je le demande au fumeur d'opium, désirez-vous conduire votre famille à la mendicité, votre pays à la ruine, exposer vos enfants à souffrir de la faim et du froid ? »

L'habitude de fumer l'opium fut communiquée aux Chinois par un peuple voisin, les habitants du royaume d'Asam, chez qui cet usage existait depuis un temps immémoriaL Ce furent d'abord les Portugais de Macao qui leur fournirent cet article. On ne sait pas précisément à quelle époque cette colonie commença à Hroporter, mais il est constant qu*en 1767 la consommation annuelle s'élevait déjà k 1,000 caisses. La caisse de Malwa' contient 116 livres anglaises, et celle de Patnaou de Bénarès de 135 à 140. Lorsque l'opium a reçu la préparation nécessaire pour le mettre en état d'être fumé, son poids se trouve réduit de moitié. Cette branche de commerce exploitée par les Portugais ayant attiré l'attention de la Compagnie anglaise des Indes, celle^i

envoya pour la première fois, en 4773, a la côte de Chine une partie d'opium. Nous devons donc constater, pour l'honneur de la vérité et de la justice, que lorsque les Anglais commepcèrent à apporter de Topium aux Chinois, il y avait quarante et même cinquante ans que ceux-ci avaient, spontanément et à l'exemple d'autres peuples d'Asie, contracté l'habitude de le fumer. En 1800, la consommation avait atteint le chiffre de 5,000 caisses ; alors l'empereur rendit un édit par lequel il défendait l'introduction de l'opium, disant que c'était une occasion de perle de temps, et que ses sujets échangeaient leur argent et leurs biens contre là vile ordure des étrangers. Cela semble indiquer que déjà à cette époque on avait commencé à exporter de l'argent, au moins pour l'Inde. Cette prohibition resta sans effet, et ne servit qu'à procurer aux mandarins des présents. Ce ne fut qu'en 1820 que la chose devint sérieuse. A cette époque la consommation avait augmenté, et le prix s'était élevé ; il monta encore, et en 1822 la caisse valait environ 1,800 dollars. Du reste, malgré tout ce qu'on put faire, la contrebande de l'opium, grâce à la corruption des mandarins, continua et alla croissant. L'entrepôt était à Macao, où la douane portugaise admettait cette denrée moyennant un droit ; mais elle voulut porter ce droit à un chiffre si élevé, que Les spéculateurs qui s'occupaient de ce trafic prirent le parti de s'établir avec des vaisseaux fixes auprès de l'îlot àe Lintin, et ils continuèrent ainsi jusqu'en 1839, où cette affaire commença à préoccuper vivement la cour.

La rareté toujours croissante de l'argent amena une grande dépréciation dans la valeur de toutes choses, spécialement des terres et de leurs productions, et comme le principal revenu de l'État consiste dans l'impôt territorial, les recettes du trésor diminuèrent notablement, tandis que les appointements des employés et les autres dépenses se maintenaient sur l'ancien pied, ce qui occasionna un déficit considérable. Le gouvernement ne tarda

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