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CHAPITRE HUITIÈME

En 1625, a Singan-fu, dans la province de Chen-si, se rencontra une inscription qui établissait, sans laisser le moindre doute, que vers Tannée 500 quelques prêtres nestoriens entrèrent en Chine et y propagèrent la religion chrétienne. Cinquante ans après, quelques moines, venant de ce pays, portèrent a Constantinople de la semence de vers a soie. Deux Arabes écrivirent en 850 et 877 les voyages qu'ils y firent. Le dernier rend compte de la destruction de l'établissement de Kan-fou (dansla province de Tche-kiang), où il y avait occupés dans le commerce 120,000 individus, tant musulmans que juifs, chrétiens et Persans. Vers l'année 1274, cet empire fut visité par u 1.

deux négociants vénitiens, dont l'un était accompagné de son fils âgé de seize ans (plus tard le fameux Marco Polo). L'empereur Kublaï-khan exprima le désir que ce jeune homme restât près de lui, mais le père ne voulut point y consentir, dans la crainte que la mère ne crût qu'il était mort. Il promit toutefois qu'il reviendrait, ce qui en effet eut lieu. L'empereur le distingua au point de lui confier le gouvernement d'une de ses provinces qu'il conserva jusqu'au moment où il retourna dans son pays.

A cette époque, les voyageurs qui voulaient parcourir la Chine le pouvaient sans aucune difficulté. En 1328, elle fut visitée par un autre musulman nommé Ybn-Batuta, qui écrivit le journal de ses pérégrinations, où il raconte qu'il trouva dans différents ports un grand nombre de commerçants arabes. Divers missionnaires chrétiens allèrent aussi visiter la Chine sur l'ordre du pape. Le premier navire européen qui aborda en Chine, en 1516, fut un vaisseau portugais conduit par Raphaël Perestrello. L'année suivante arriva Ferdinand Andrade avec quatre navires portugais et quatre malais. Il jeta l'ancre près de Macao, dans fîle que nous nommons Saint-John, et y établit des relations pacifiques commerciales avec les autorités de Canton. Mais, un an après, parut son frère Simon Andrade, dont la conduite fut telle qu'il en vint à échanger des coups de canon avec les Chinois, qui le bloquèrent et le forcèrent de s'en aller. D'autres Portugais arrivèrent et formèrent successivement des établissements à Amoy, à Ning-p6, a Lampaçao et a Macao. Sur le second de ces points, ils se querellèrent avec les autorités, pour avoir couru, à ce qu'on raconte, après des femmes ; les habitants les assaillirent et exterminèrent les chrétiens au nombre de douze mille , parmi lesquels huit cents Portugais, et brûlèrent trente -cinq navires et deux jonques.

Les Espagnols découvrirent les Philippines en 1543 et

y rencontrèrent des navires chinois. Naturellement ils commencèrent aussitôt a établir des relations directes avec cet empire, auquel elles furent très-profitables, car les Espagnols y ont acheté annuellement, pendant plus de deux siècles, des produits manufacturés de toute espèce (pour une valeur de deux à trois millions de piastres fortes), qu'ils transportaient dans l'Amérique du Sud, d'où ils tiraient en échange de l'argent monnayé; et de la vient que, même aujourd'hui, sur toute la côte et particulièrement à Amoy, Ning-po et Chang-hai, la monnaie du pays est encore la piastre forte espagnole.

Les premiers Hollandais arrivèrent en Chine dans dixsept navires de guerre, et en 1622, Macao étant encore sous la domination du gouvernement espagnol , ils l'attaquèrent sans aucun succès, furent repoussés et perdirent dans l'action le général qui commandait les forces de débarquement. Plus tard ils s'emparèrent de l'île de Los Pescadores [des Pêcheurs), et de celle de Formose, où ils édifièrent le fort Zelandia.

Un nommé Widdell fut le premier Anglais qui arriva en Chine, en 1637, avec une escadrille, dans le but d'ouvrir des relations commerciales. Mais par suite des intrigues des Portugais qui prétendaient conserver le monopole du commerce de ces mers, ils furent mal reçus, et un coup de canon ayant été tiré d'une forteresse sur un canot, les Anglais firent feu contre elle, la prirent, en portèrent les pièces d'artillerie a leur bord, puis brûlèrent et démolirent tout ce qu'ils purent.

De sorte que ce fut par des hostilités que les Portugais, de même que les Hollandais et les Anglais, s'ouvrirent des relations dans cet empire.

Ajoutons que ces européens, de même que les Espagnols, avaient commencé et continuaient leurs conquêtes dans ces régions : les Anglais étaient dans llnde, les Hollandais à Java et a Formose, touchant ainsi à la côte de Foukien; les Portugais dans les détroits de Malacca et les

Moluques, et les Espagnols dans les Philippines et les Marianes. Et a tout cela il faut joindre le mauvais effet que devaient produire sur l'esprit des autorités chinoises les jalousies et les luttes acharnées qu'avaient entre eux ces étrangers turbulents et avides. Aussi, dès le principe, jugèrent- elles a propos de les tenir dans de certaines limites, et les laissaient-elles a peine sortir deMacao (*). Ce ne fut qu'après la guerre et le traité de Nankin qu'il a été permis aux femmes européennes de résider a Canton. Les mandarins jugeaient que, quoique les négociants eussent des comptoirs dans cette capitale, ils ne se considéraient pas comme y étant établis et domiciliés, aussi longtemps que leurs femmes et leurs familles ne vien-

(*) Thomas Pires partit pour Pékin en qualité d'ambassadeur du roi de Portugal. Il arriva dans cette capitale en 1531 , s' attendant à trouver la cour bien disposée en faveur de sa nation. Malheureusement il survint à celte époque même des événements qui firent évanouir toutes ses espérances et compromirent cette première ambassade. On apprit de Canton que Simon Andrade, frère de Fernand, y était venu de Malacca avec quatre vaisseaux , qu'il avait élevé une forteresse dans l'ile de Tamen , pillé les jonques chinoises , et qu'il s'élait abandonné sur la côte, avec ses matelots, à tous les excès du libertinage et de la piraterie. D'un autre côté, un ambassadeur musulman était arrivé à Nankin , de la part du roi de Bantam, pour représenter à l'empereur que son maitre avait été injustement dépouillé par les Portugais de la possession de Malacca, et pour demander qu'à titre de vassal de l'empire il pût être placé sous la protection chinoise. Le gouverneur de Nankin avait écouté ces plaintes, et il engageait l'empereur à ne souflrir aucune liaison avec ces Francs avides et entreprenants, dont l'unique affaire était , sous le prétexte du commerce, d'épier le côté faible des pays où ils étaient reçus, d'essayer d'y prendre pied comme marchands, en attendant qu'ils pussent s'en rendre maîtres. On voit que dès cette époque on connaissait assez bien dans les contrées orientales de l'Asie le caractère envahisseur des Européens. {Le Christianisme en Chine, par l'abbé Hue, vol. II, p. 30.)

ciraient point y vivre. Les dames chrétiennes n'ont commencé à résider a Canton que l'an 1845.

Voici ce que dit sir John Davis en parlant des Portugais : « Leur conduite dans les premiers temps ne fut point la plus propre a donner aux Chinois une idée favorable des Européens ; et lorsque, dans le cours du temps, ils furent devenus les compétiteurs des Hollandais et des Anglais, les contestations qu'engendra leur avarice mercantile eurent pour effet de les placer sous un jour encore plus défavorable. Jusqu'à présent le caractère des Européens est représenté dans ces parages comme celui d'une race d'hommes portés exclusivement vers le lucre du trafic commercial, et sans scrupule sur les moyens propres a atteindre leur but. Frappé des hostilités perpétuelles qui existaient parmi ces aventuriers étrangers (assimilésles uns aux autres, sous d'autres rapports, par l'étroite ressemblance que présentaient leurs costumes et leurs mœurs), le gouvernement de ce pays fut porté a les traiter avec une rigueur jalouse et exclusive qu'il n'avait pas jugé nécessaire de montrer envers leurs paisibles et réglés prédécesseurs les Arabes. )>

Les Hollandais occupant Formose, où ils furent attaqués par un pirate renommé, durent entreprendre dans ces eaux trois expéditions armées, et se virent à la fin contraints d'abandonner les forts qu'ils avaient construits dans cette île. En 1762 les Anglais attaquèrent et prirent Manille. En 1802, ils occupèrent Macao, de crainte que les Français ne vinssent l'attaquer. Les autorités chinoises réclamèrent ; les Anglais alors, ayant reçu la nouvelle que la paix avait été conclue, évacuèrent l'île. Ils y retournèrent toutefois en 1808 ; les Chinois se plaignirent aussitôt et exigèrent que les Anglais se retirassent. L'amiral anglais voulut remonter jusqu'à Canton avec des barques armées pour traiter avec le vice-roi, mais il fut repoussé, et voyant que le commerce serait interrompu s'il persistait à y rester, il rembarqua sa troupe et

ii LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

retourna à Calcutta (*). Mais ce qui a inspiré le plus de soupçons aux Chinois, c'a été la conquête de toute l'Inde et des détroits de Malacca ; et quand lord Macartney alla à Pékin, ils se montrèrent très-alarmôs en raison de la proximité dans laquelle les Anglais se trouvaient du Thibet, qui, comme on le sait, est un territoire feudataire de l'empire.

Les Portugais ont envoyé quatre ambassades a Pékin, et les Hollandais également. Il serait trop long d'entrer dans des détails a ce sujet; elles ne furent pas traitées toujours avec la même distinction, mais le résultat, en résumé, fut nul, car l'empereur de la Chine ne conçoit pas d'autre espèce d'ambassades que celles que lui envoient les États voisins pour lui offrir des tributs : les présents portés par les ambassadeurs chrétiens ont été toujours considérés comme tels. Tous les envoyés des gouvernements portugais et hollandais se soumirent a l'humiliante cérémonie du ko-tou, afin d'être présentés à l'empereur. Cette cérémonie consiste a s'agenouiller trois fois en touchant le sol de la tête, puis à faire quelques pas en avant et a recommencer le même exercice, puis enfin a refaire trois pas et a renouveler les trois génuflexions. Telle est la manière usitée pour s'approcher du céleste empereur. On a toujours remarqué que les Européens ont été traités d'autant plus mal dans cet empire, qu'ils ont montré plus d'humilité. Les membres de la dernière mission hollandaise, disposés à tout sacrifier a leur objet principal qui était l'obtention d'avantages commerciaux, souscrivirent sans hésiter à ce qu'on exigeait d'eux. Il en résulta qu'on leur fit faire non-seulement le ko-tou, mais encore diverses pirouettes ridicules et difficiles a exécuter, qui servaient d'amusement à l'empereur et à ses mandarins. Ils leur

C) Les autorités célébrèrent cette victoire, et, pour en conserver le souvenir, firent élever un monument et même un fort.

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donnaient à manger de la volaille déjà entamée et à laquelle il ne restait plus guère que les os ; telle enfin (comme le raconte un des individus faisant partie de cette ambassade) que ces aliments étaient faits plutôt pour être donnés aux chiens qu'à des êtres humains.

En 1792, le roi d'Angleterre envoya a Pékin, comme son ambassadeur, lord Macartney. Ce furent les Chinois de Canton eux-mêmes qui suggérèrent l'idée de cette mission. Ils indiquèrent aux directeurs de la Compagnie anglaise, qui monopolisait alors le commerce dans ce pays, qu'une ambassade du roi d'Angleterre, ayant pour objet de complimenter l'empereur le jour anniversaire de sa naissance, ne pouvait manquer de lui être agréable. En effet, lord Macartney arriva enfin avec sa suite au lieu où se trouvait l'empereur, et il lui présenta, en fléchissant le genou, la lettre du roi d'Angleterre, un jour de fête publique, en présence de beaucoup d'autres ambassades qui étaient venues offrir leurs tributs et de milliers de personnes. En un mot, cela ne servit qu'à augmenter la splendeur de l'anniversaire de la naissance de S. M. I., et à démontrer au peuple que les rois des nations les plus éloignées lui envoyaient des tributs. L'ambassadeur ne put entretenir l'empereur d'aucune sorte d'affaire, et au retour de sa mission il rapporta pour unique résultat quelques présents insignifiants et une lettre de cérémonie cachetée dont il ignorait le contenu. En 18Q|6, arriva en Chine une autre ambassade anglaise à la tête de laquelle était lord Amherst. Elle se composait d'une centaine de personnes. La grande question fut cette fois (comme toujours lorsqu'il s'agit d'une ambassade à Pékin) , la prosternation ou , autrement dit , le ko-tou. Il ne suffisait pas aux mandarins que lord Amherst fléchît le genou devant l'empereur, comme l'avait fait lord Macartney (*) ; ils voulaient qu'il se soumît

(") Dans cette occasion les mandarins soutinrent que lord Ma-

tfi LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

complètement a l'usage d'adorer l'empereur en exécutant le ko-tou. Il s'ensuivit que peu d'heures après être entré a Pékin, où il fut traité d'une manière grossière et indigne, il dut se retirer sans avoir vu l'empereur, et retourna a Canton. Les Anglais remarquèrent, lors de la première ambassade, de même qu'à l'époque où eut lieu celle de lord Macartney, que les barques qui les conduisaient étaient surmontées de bannières avec cette inscription : Porteurs de tribut.

Le roi d'Espagne, Philippe II, ordonna, également d'après les suggestions des Chinois, qu'une ambassade pour Pékin partît de Manille, et elle en sortit en effet; mais, par suite de divers contre-temps qu'il serait long de détailler, elle n'alla pas plus loin que la côte.

Les Français et les Américains n'ont pas envoyé non plus de tributs à Pékin.

Les Russes ont député en Chine plusieurs ambassades qui ont été traitées avec plus de considération que celles d'Angleterre, de Hollande et de Portugal, différence due probablement a la proximité de l'empire russe et à l'idée que l'on a en Chine de son étendue et de sa puissance. Le dernier de leurs envoyés obtint que quelques ecclésiastiques et laïques russes demeurassent a Pékin, afin d'y acquérir la connaissance de la langue chinoise, comme moyen de poursuivre les relations qui ne peuvent manquer d'exister entre deux pays limitrophes. En conséquence, le gouvernement russe est le seul qui ait eu depuis longtemps à Pékin une mission fixe.

Il serait fastidieux d'énumérer les incidents infinis qui ont eu lieu entre les Européens et les Chinois du jour où les Portugais abordèrent aux côtes de cet empire : en

cartney avait exécuté leko-lou bien complet; et aussi l'empereur régnant affirma dans un décret, qu'il se rappelait parfaitement d'avoir vu cet ambassadeur accomplir devant son père ladite cérémonie du prosternement. Qui croire?

général il y a toujours régné une grande méfiance do la part des autorités locales et une persistance à fermer le passage a ceux qui essayaient d'avoir de nouveaux marchés en dehors de celui de Canton; et la même nous n'avons été tolérés qu'à cause des bénéfices que les mandarins de cette capitale ont tirés légalement ou illégalement du commerce extérieur.

Tous les Chinois ne pouvaient pas être en rapport direct avec les étrangers ; le monopole de ce trafic était dans les mains de douze individus appelés hongs qui formaient une corporation ou compagnie : chacun d'eux, pourtant, achetait et vendait séparément pour son compte, et encore y avait-il entre eux concurrence.

Une compagnie anglaise possédait aussi elle seule le droit de faire le commerce en Chine, en vertu d'une concession de leur souverain, qui se termina en 1834. Depuis cette époque, chaque sujet britannique achetait ou vendait librement ; mais du côté des Chinois, leur système continua jusqu'à ce qu'en 4842 la guerre le détruisît.

Lorsque arrivait un navire chargé, il était obligé de se consigner à un de ces commerçants hongs, qui devenait responsable du montant des droits que devaient payer le vaisseau et son chargement, ainsi que de la conduite de féquipage. Il n'existait de communication entre les Européens et les autorités locales que par l'intermédiaire de ces commerçants hongs. Chaque fois qu'un mandarin avide leur extorquait de l'argent, ils se voyaient forcés pour s'indemniser d'acheter les articles européens à prix plus bas, ou de vendre les articles chinois plus cher, ou d'augmenter le compte des frais.

La position des négociants européens en Chine était très-difficile et très-désagréable. Pour en donner une idée, je copierai ici les paroles d'un témoin oculaire, M. S. Wells Williams , qui n'est ni Anglais ni négociant :

« L'iiistoire entière du commerce étranger en Chine jusqu'en 1840 est un triste et curieux chapitre des relations internationales; car, après tout, ce sont les intérêts d'un trafic quotidien et permanent, et non des traités et des ambassades qui constituent les manières de procéder respectives des nations avec un tel peuple. Les griefs dont on se plaignait avant cette époque étaient le retardement dans le chargement des navires et le pillage des marchandises dans leur transit vers Canton; les proclamations injurieuses publiées constamment par le gouvernement, et oii les étrangers étaient accusés de crimes horribles ; les extorsions des employés subalternes et la difficulté d'accès vers les autorités supérieures. Les marchands hongs, à raison de leur position comme commerçants et interprètes entre les deux parties , étaient a même de les tromper sur une très-grande échelle. Toutefois, comme ils étaient responsables des actes des étrangers et des sommes qu'ils avaient a payer, et ne pouvaient exercer sur eux qu'une surveillance incomplète , il s'en fallait de beaucoup que leur situation fût agréable.

« Les règles suivant lesquelles le gouvernement en agissait avec les étrangers ont été traduites par Prémare de la manière suivante : « Les barbares sont tels que des bêtes, et ne doivent pas être gouvernés d'après les mêmes principes que les citoyens. Essayer de les diriger par les grandes maximes de la raison, ce serait ne vouloir aboutir à autre chose qu'à la confusion. Les anciens rois comprenaient bien cela, et en conséquence ils gouvernaient les barbares par l'arbitraire. Donc, gouverner les barbares par l'arbitraire est la vraie et la meilleure manière de les gouverner. » La même règle relative aux négociants étrangers était applicable en Angleterre pendant le règne de Henri VII, et les idées que se forment les Chinois du pouvoir qu'ils ont sur ceux qui visitent leurs rivages ne diffèrent point de celles qui prévalaient en Europe avant la réforme. Les Chinois, d'abord, redoutèrent et

respectèrent ceux qui abordaient leurs tôtes, et qu'ils voyaient bien leur être supérieurs d#ns l'art de la guerre et dans leur esprit d'entreprise; et si Ton eût adopté les moyens dignes de la civilisation de leurs visiteurs pour les éclairer, on peut supposer que de tels efforts n'eussent été ni inutiles ni dédaignés. La crainte des Chinois se transforma par degrés en un orgueilleux mépris, et i^s résolurent de tirer tout ce qu'ils purent de ceux qui voulaient quand même trafiquer avec eux, et dont la puissance et l'état réel leur étaient peu, ou pas du tout connus.

« La conduite turbulente des marins fut la cause de nombreux différends entre les Chinois et les Anglais. La haine réciproque des marins français et des marins anglais àWampoa, en 1754, s'accrut à tel point, qu'ils ne pouvaient pas même, en Chine, faire leur commerce sans se quereller, et un Français ayant tué un marin anglais, les Chinois mirent empêchement au commerce des premiers jusqu'à ce qu'on leur eût livré le coupable.

« Un cas semblable eut lieu a Canton en 1780, lorsqu'un Français tua un marin portugais pendant la nuit, et se réfugia dans lademeure duconsul. Les Chinois demandèrent qu'on leur livrât le criminel, qui leur fut en effetlivré, etils l'étranglèrent en public. Il méritait sans doute cette punition, quoique ce fût la première fois qu'ils fussent intervenus dans une affaire de cette sorte entre étrangers, et leur réussite fut regardée comme établissant un mauvais précédent en matière d'intervention pour les cas qui se présenteraient ensuite. En 1784, un indigène fut tué a Wampoa par un boulet laissé dans un canon, lors d'un salut fait a bord du vaisseau anglais the Lady Hughes^ et les Chinois, d'après le principe qui veut qu'on donne vie pour vie, demandèrent qu'on leur livrât l'homme qui avait tiré le coup de canon. Sachant que les Anglais n'étaient pas disposés a le livrer, la police fit saisir M. Smith, le subrécargue du vaisseau, et le fit conduire

m prison dans la ville, après avoir endormi les soupçons des Anglais en prot^tant qu'ils ne voulaient pas autre chose que l'examiner relativement à l'affaire. Lors de la saisie du subrécargue, Tordre fut donné que les barques du vaisseau avec leur équipage armé partissent de Wampoa pour aller défendre les factoreries ; mais les autorités chinoises dépêchèrent un messager pour faire savoir que leur intention, en prenant M. Smith, avait été tout bonnement de lui adresser quelques questions; ce messager, de la part de M. Smith, requit le capitaine de lui envoyer le canonnier ou quelque autre homme du vaisseau, afin qu'on l'interrogeât, ce qui eut lieu conformément a la demande. Se fiant trop aux promesses des Chinois, on laissa partir le marin, qui entra dans la ville sans être accompagné d'aucun de ses compatriotes. M. Smith fut mis aussitôt en liberté, et l'homme fut étranglé sur les ordres directs de l'empereur, après avoir été enfermé pendant six semaines. Cet homme, probablement, ne fut soumis à aucune forme de procès qu'il pût comprendre, et sa condamnation a été la plus injuste, le Code chinois, section CCXCII, lui donnant le droit de se racheter au moyen d'une amende d'environ 20 piastres.

(( Le fâcheux résultat de cette affaire eut pour effet de servir d'avertissement et de gouverne dans les relations ultérieures avec les autorités locales, car les officiers chinois regardaient comme leur incombant, dans tous les cas de ce genre, autant qu'ils le pouvaient, d'appliquer la règle de : vie pour vie.

(( En 1822, un détachement de marins du vaisseau de Sa Majesté Britannique Topaz^ étant allé pour faire de l'eau à Lintin, fut attaqué par un grand nombre d'indigènes, et dans la mêlée deux Chinois furent tués et il y eut beaucoup de blessés de part et d'autre. Les autorités de Canton demandèrent que deux Anglais fussent livrés, ce que le capitaine refusa, expliquant en même temps l'affaire, et démontrant que les habitants de l'île étaient seuls blâ-

mables. Il s'ensuivit entre la Compagnie et les autorités locales une longue discussion qui se termina par Tinterpuption du commerce, d'après les ordres du comité des directeurs, et se retirant de la rivière pour aller a Macao, jusqu'au moment où le gouverneur consentit a les décharger, en leur qualité de marchands, de toute participation et de responsabilité relativement aux actes des navires de guerre anglais. Tout se termina enfin, et le commerce reprit son cours.

(c L'ardeur que montrèrent les Chinois dans cette affaire du Topaz, fut sans aucun doute accrue par le succès qu'ils avaient eu l'année d'avant dans un cas d'homicide commis a bord du vaisseau américain Emiiy, dans un moment d'emportement par un marin nommé Francis Terranova, lequel lança contre une femme une cruche qui la renversa par-dessus le bord; bien qu'il eût été reconnu qu'elle était tombée à l'eau en partie par suite de la précipitation qu'elle avait mise a fuir ou de son manque de précaution, le magistrat du district de Pwangu vint dans le navire avec lesmarehands hongs et les interprètes, et ouvrit a ce sujet un procès contre lequel le comité des marchands américains protesta, le regardant comme une injustice et une pure moquerie, en tant que le magistrat refusa d'accepter les offres de service que lui faisait le docteur Morisson comme interprète, et se contenta de l'entremise de ses mauvais interprètes à lui pour conduire le procès. La faute des Américains consistait d'abord en ce qu'ils avaient permis que le procès s'ouvrît sans l'aide d'un interprète capable, et, en second lieu, en ce qu'ils avaient permis que le marin eût été enlevé du navire avant d'avoir subi un procès régulier.

« On rapporte qu'ils dirent à Howqua : « Nous sommes obligés de nous soumettre a vos lois, quelque injustes qu'elles soient, tant que nous demeurerons dans a os eaux; nous n'avons point l'intention de leur résister. »

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Et ce fut d'après ce principe qu'ils souffrirent, sans aucune opposition , que Ton conduisît à Canton le marin, dont le crime n'avait' pas été prouvé. Il fut étranglé peu de temps après avoir été mis entre les mains des Chinois, qui passèrent par-dessus les délais et les formes que stipulent même leurs propres lois, aucun étranger n'ayant assisté au procès. Le gouvernement de Washington non-seulement ne fit ni démonstration ni remontrance à propos de cette tragique affaire, mais encore il laissa le commerce, les personnes et les propriétés des citoyens américains en Chine sans protection et a la merci de ses gouvernants.

« Ces différents cas ont été rapportés ici dans le but de mettre au jour la position anormale qui était faite en Chine aux étrangers avant la guerre (de 1842). Ils formaient par eux-mêmes une communauté, relevantprincipalemen t des sentiments d'honneur qu'ils apportaient dans leurs procédés ; mais leurs rapports avec les Chinois ressemblaient a ce que les légistes nomment « l'état de nature. » Le changement d'un gouverneur général, ou d'unpercepteur d'impôts, ou d'un vieux marchand hong, entraînait l'introduction d'un nouveau système de police commerciale, suivant le caractère particulier de ces fonctionnaires. Le comité directeur de la Compagnie des Indes orientales avait un pouvoir considérable sur les sujets anglais, spécialement sur ceux qui demeuraient à Canton, et il pouvait même les renvoyer, si cela lui convenait; mais les consuls des autres nations avaient peu ou point d'autorité sur leurs compatriotes. Les choses du commerce étaient aussi peu déterminées que celles de la juridiction. Le manque d'un tarif reconnu encourageait la contrebande et entretenait constamment un esprit de résistance et de mécontentement entre les indigènes et les marchands étrangers, chaque partie s'efforcant d'obtenir des avantages autant qu'il lui était possible. Et il n'y avait aucun moyen de communication

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entre eux, car les consuls, n'étant pas accrédités par le gouvernement chinois, allaient et venaient, hissaient ou amenaient leurs pavillons sans que les autorités locales y fissent la moindre attention.

« La mort de l'infortuné canonnier en 1784, et les dettes énormes contractées par les marchands hongs envers les Anglais et dont le payement ne semblait pas probable, portèrent le gouvernement britannique a tourner son attention sur la situation des sujets du roi en Chine, dans le but de rétablir leurs relations sur un meilleur pied. La conduite infâme d'un capitaine, M. Clary, qui saisit un navire hollandais à Wampou, en 4781, ce que Davis raconte, et l'impuissance de la Compagnie à empêcher de tels procédés, contribuèrent a décider la couronne à envoyer une ambassade à Pékin. »

Tant que le commerce anglais en Chine fut entre les mains de la Compagnie des Indes orientales, les sujets de la Grande-Bretagne étaient sous l'autorité du conseil de direction (sélect committee), ou plutôt de son président. Mais, le privilège de la Compagnie étant expiré en 1834, le gouvernement anglais envoya lord Napier avec le titre de surintendant général (chief superintendent) du commerce britannique; il arriva en Chine avec tout un personnel d'employés, dont les appointements s'élevaient a 18,200 livres sterling, et, après avoir écrit au vice-roi de Canton, il se rendit dans cette capitale, où il reçut, par l'intermédiaire des commerçants hongs, un édit dont voici quelques passages : « Dans cette circonstance, Yœil (le surintendant) des barbares, lord Napier, est venu a Canton, sans s'être arrêté a Macao pour y attendre des ordres, et sans avoir ni reçu ni même demandé l'autorisation du chef de la douane, mais il s'est avancé en toute hâte jusqu'à Canton: grave infraction aux lois établies! Les employés de la douane ou autres, qui ont pris sur eux de le laisser entrer, ont été envoyés avec une communi-

■n LÀ CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

cation demandant leur jugement. Toutefois, par bienveillance et considération pour le susdit œil (inspecteur) des barbares, qui, étant nouvellement arrivé, ne connaît pas les lois et ordonnances du Céleste Empire, je ne pousserai pas l'enquête avec rigueur.... Sa venue à Canton a pour objet les affaires du commerce. Or le Céleste Empire établit deux sortes de fonctionnaires, les uns civils pour le gouvernement du peuple, les autres militaires pour la terreur des méchants. Quant aux affaires ordinaires du commerce, elles doivent être réglées par les marchands eux-mêmes ; les fonctionnaires n'ont à s'en occuper en aucune sorte.... S'il survient quelque affaire nouvelle, il est indispensable d'attendre qu'un respectueux mémoire ait clairement exposé la chose au grand empereur, et que ses ordres soient arrivés. Les grands officiers du Céleste Empire ne sont autorisés a avoir aucun rapport par lettres avec les barbares du dehors. Si le susdit œil (surintendant) des barbares ose écrire des lettres, moi, le gouverneur, je ne les recevrai point, je n'y jetterai même pas les yeux. Les factoreries de la Compagnie, situées en dehors des murs de la ville, sont un lieu de résidence temporaire pour les étrangers que le commerce attire a Canton; il leur est permis d'y manger, d'y dormir, dy acheter et d'y vendre ; mais ils ne doivent ni sortir de ces factoreries, ni circuler a l'entour. »

Cet édit fut porté à lord Napier par les commerçants hongs; mais il refusa de le recevoir, disant qu'il avait ordre de traiter directement avec le vice-roi.

Celui-ci donna avis a la cour de Pékin de tout ce qui s'était passé, et voici quelques passages de son rapport k l'empereur : « Le susdit œil (surintendant) des barbares n'a pas voulu recevoir les commerçants hongs; mais aussitôt il est sorti de la ville pour me présenter une lettre a moi Lu, ministre de Votre Majesté. Sur l'enveloppe, il a employé les formes et le style dont on se sert avec un égal, et il y a écrit ces mots absurdes; Ta ying kwoh (la

grande nation anglaise). Pour peu qu'on réfléchisse, il est évident que préserver la population de l'empire de tout contact avec les étrangers, est une chose très-importante pour le maintien de la dignité et de la souveraineté. L'inspecteur des barbares a-t-il ou n'a t-il pas un rang officiel? C'est un fait que nous n'avons pas lesmoyensde vérifier complètement; mais, quand même il serait un fonctionnaire de ladite nation, il ne pourrait pas pour cela se permettre d'écrire sur le pied de l'égalité aux officiers de la frontière du Céleste Empire. Au point de vue de la dignité nationale, il y aurait de grands inconvénients à autoriser par la plus légère concession cette tendance à opérer des rapprochements, a établir des rapports, qui aurait pour résultat l'amoindrissement de la considération qui nous est due. En conséquence, des ordres ont été donnés au colonel Han Shanking, qui commande les forces militaires de ce département, pour qu'il signifie de la manière la plus formelle 'a la personne susdite qu'en vertu des lois et règlements du Céleste Empire, il n'y a jamais eu de communication par lettres avec les barbares du dehors; que, pour ce qui a rapport au commerce, on doit adresser des pétitions par l'intermédiaire des marchands hongs, et qu'il n'est pas permis d'envoyer ou de présenter des lettres.... Après mûr examen , mon humble opinion est que le commerce des barbares anglais a jusqu'ici été dirigé par les marchands hongs elles taïpans (subrécargues) , et qu'il n'y a jamais eu d'inspecteur dont la nomination puisse former précédent. Ainsi cette résolution subite de nommer un officier ou surintendant n'est nullement conforme aux jsages reçus. D'ailleurs, si ladite nation désirait prendre :e parti, elle devait exposer dans une pétition la nature les affaires qui seraient attribuées a cet intendant et la nanière dont il procéderait, et elle devait faire présenter îe mémoire, en suppliant Votre Majesté de donner des )rdres d'après son bon plaisir, afin de s'y conformer avec II. 2

une parfaite obéissance, soit que l'objet de sa demande fût concédé, soit qu'il fût refusé. Mais le susdit inspecteur des barbares, lord Napier, au lieu de procéder ainsi par voie de pétition, est venu à l'improviste s'installer dans les factoreries étrangères qui se trouvent en dehors de la ville, et a affiché la prétention d'échanger des documents officiels et des lettres avec les officiers de l'empire fleuri du Milieu; c'est là en vérité s'éloigner singulièrement des limites de la raison. »

Lord Napier fit diverses tentatives pour obtenir que Ton reçût sa lettre, et les commerçants hongs, de leur côté, allèrent trois fois chez lui pour le décider a mettre sur l'adresse le mot pin [*), c'est-à-dire pétition, ce qui aurait suffi pour qu'elle fût reçue. Lord Napier ayant refusé, le vice-roi publia un édit ou manifeste dans lequel, après avoir reproduit ses observations sur le tort qu'avait eu lord Napier de venir à Canton sans permission, il ajoutait : « Supposons qu'un personnage officiel envoyé par une nation étrangère vînt en Angleterre pour conclure quelques arrangements, pourrait-il se dispenser d'exposer dans un mémoire adressé au roi de ce pays l'objet de sa mission? pourrait-il se permettre des actes contraires à ce qu'exige la dignité de la nation chez qui il serait venu, et ne suivre que sa propre volonté et son- caprice? Puisque le susdit inspecteur des barbares déclare qu'il est un personnage officiel, il doit être plus que personne pénétré de ces principes. Avant qu'il m'eût adressé une

(*) Sur l'adresse de tout écrit que Ton présente cacheté à une autorité chinoise^ doivent se trouver le nom et les titres de celui qui écrit, le nom et les titres de la personne à qui l'on écrit ^ et de plus un caractère signifiant , selon les cas, communication, 'pétition, etc. Le mot communication ne peut élre employé que de supérieur à inférieur ou d'égal à égal.

lettre, moi, le gouverneur, j'avais reconnu qu'il ne convenait pas de la recevoir, parce que les lois du Céleste Empire interdisent aux ministres et aux autres autorités toute relation par lettres avec les barbares du dehors. Les affaires commerciales ont été jusqu'ici laissées à la responsabilité des marchands. Si par hasard quelque négociant barbare avait à faire une pétition pour demander l'examen d'une affaire, la loi exige que la pétition soit par le susdit taipan rédigée d'une manière régulière et présentée dans les formes d'usage, et que l'on attende la réponse, faite par voie de proclamation. Il n'était jamais arrivé qu'un barbare du dehors se hasardât ainsi à adresser une lettre.

« Les marchands hongs, voyant l'inspecteur barbare refuser de se soumettre aux anciens règlements, ont demandé que le commerce de cette nation fût suspendu, démarche qui indique une profonde connaissance des grands principes de la dignité de l'empire et mérite les plus grands éloges. La coupable opposition de lord Napier exigerait impérieusement que l'on eût recours a ce procédé, et rien ne serait plus juste que de défendre immédiatement aux siens d'acheter et de vendre. Mais, considérant que jusqu'ici le roi de cette nation a été au plus haut degré respectueux et obéissant, je ne puis croire qu'aujourd'hui, en envoyant lord Napier, il ait voulu que celui-ci montrât cette opiniâtre résistance. Les quelques centaines de millions de droits de commerce que nous paye chaque année le susdit pays, si l'on considère leur importance par rapport au Céleste Empire, peuvent à peine se comparer au poids d'une paille ou d'une plume. Avoir ces sommes ou ne les avoir pas est une chose qui ne mérite pas absolument la moindre attention. Leurs draps fins et leurs camelots ont encore moins d'importance et méritent moins qu'(fn s'en préoccupe. Au contraire, le thé, la rhubarbe, la soie, produits de notre

pays, sont pour ladite nation des sources qu'on ne pourrait intercepter sans occasionner sa ruine. Moi, le gouverneur, me souvenant et me pénétrant des sacrées et divines volontés du grand empereur, qui sont que nous ayons pour tous les étrangers le même amour, les mêmes soins que pour nous-mêmes, je sens que je ne puis me faire à la pensée de pareils malheurs. En outre, tous les marchands de ladite nation, pour venir dans ce pays, traversent les mers, parcourant des myriades de milles et s'exposant a bien des dangers. L'objet de toutes leurs espérances, c'est de réaliser des bénéfices en vendant et en achetant. S'ils ne se sont point rendus au meeting où les marchands hongs les ont invités afin de délibérer sur ce qu'il convenait de faire, c'est qu'ils étaient sous la direction de lord Napier ; ce refus ne provient certainement point de la libre volonté des marchands eux-mêmes. Anéantir en un jour leur commerce, ce serait plonger dans le malheur un grand nombre de personnes qui, après de longs voyages par terre et par mer, se verraient ruinées par la faute d'un seul homme, de lord Napier. Non, je ne puis, pour un pareil motif, les réduire ainsi au désespoir... Quant a l'inspecteur, on assure que c'est un homme d'un esprit solide et étendu et d'une parole pleine de charme. S'il réfléchit mûrement, il pourra par lui-même distinguer parfaitement le vrai du faux ; mais qu'il ne se laisse pas égarer par les hommes qui l'entourent... Quand le roi de ladite nation aura connaissance de ces ordres répétés et de ces réponses officielles, il saura aussi tous les mensonges de l'inspecteur barbare; mais, dans tout ce qui s'est passé, on ne pourra pas reprocher au Céleste Empire de n'avoir pas porté aussi loin que possible les égards pour la vertu et la respectueuse obéissance pratiquée par le roi de ladite nation. »

Deux semaines après la pTiblication de cet édit, le viceroi en rendit un autre, qui suspendait le commerce an-

glais, et qui en outre défendait absolument a tout indigène d'aider et de servir lord Napier. a L'inspecteur baribare, disait-il, en apprenant ce qui a été décidé à son sujet, s'est trouvé comme un poisson enveloppé dans un filet. C'est véritablement un homme stupide, aveugle et ignorant, a qui il est impossible de faire entendre raison. Si un personnage aussi extravagant demeurait à Canton pour diriger le commerce, il serait désormais impossible que la population commerçante vécût en paix let en bonne harmonie. »

Lord Napier, se sentant malade et voyant qu'il ne pouvait obtenir aucun résultat, partit pourMacao, où il mourut au bout de quinze jours, trois mois après son arrivée len Chine. Par suite de cet événement et du départ des vaisseaux de guerre qui se trouvaient à Whampou, le commerce fut de nouveau ouvert.

Dans les dépèches de Pékin, que l'on reçut a Canton, au sujet de tous ces faits, la conduite du vice-roi était complètement approuvée, et il était ordonné que ceux qui avaient servi les Anglais fussent punis. Quant au cabinet de Londres, il désapprouva l'esprit des dépêches de lord Napier, qui annonçaient des mesures coercitives. Lord Palmerston lui disait « que ce n'était point par la force et la violence que Sa Majesté entendait établir des relations commerciales entre ses sujets et la Chine, mais par des moyens de conciliation. »

M. J. Davis succéda à lord Napier et fut lui-même bientôt remplacé par sir George B. Robinson. Sur ces entrefaites, il s'était formé parmi les négociants une chambre de commerce, qui, lorsqu'il était nécessaire, communiquait oificiellement avec les commerçants hongs.

En 1836, le poste de chief superiniendent (surintendant) fut supprimé, et sir George B. Robinson reçut l'ordre de remettre toutes les pièces a son lieutenant ou secrétaire, le capitaine Elliot. Celui-ci s'adressa au vice-roi par l'intermédiaire des commerçants hongs, comme cela avait

lieu antérieurement, et, en conséquence, il put revenir à Canton avec une permission de l'empereur. En accusant réception du décret souverain, il disait au vice-roi : « Le soussigné proteste respectueusement a Votre Excellence que son devoir, et en môme temps son plus ardent désir, est de se conformer en toutes choses au bon plaisir impérial ; aussi apportera-t-il la plus grande attention aux points indiqués dans l'écrit qu'il a sous les yeux. »

Maintenant nous devons entrer dans quelques détails sur l'opium. Il est reconnu que l'usage de le fumer vint aux Chinois parle pays d'Asam, où il existait très-anciennement ; toutefois, jusqu'à la fin du siècle dernier, cet usage dut prendre peu de développements, car les missionnaires catholiques n'en ont fait aucune mention En 1767, l'importation s'éleva à 1,000 caisses, et elle continua sur ce pied pendant quelques années. En 1791, il entrait librement a titre de médicament^ moyennant un droit de 7 piastres par quintal. En 1800, l'empereur le défendit en disant que c'était une cause de perte de temps pour son peuple, qui échangeait son argent contre la vile ordure des étrangers ; mais comme il était aisé de suborner les mandarins, qui d'ailleurs fumaient eux-mêmes de l'opium, ce trafic continua, surtout à Macao. En 1820, le vice-roi de Canton publia un édit qui défendait ce commerce sous des peines sévères, et les subrécargues de la Compagnie anglaise recommandèrent qu'on n'en apportât point dans les navires de la Compagnie; ils demandèrent même aux autorités anglaises dans l'Inde de n'en point permettre la culture. Comme les Portugais exigeaient des droits exorbitants pour l'entrée de l'opium à Macao, l'usage s'établit de le tenir dans des embarcations armées qui étaient constamment à l'ancre dans les anses de quelques-uns des îlots voisins de Canton, comme Ilong-kong, Linting et autres. Ces magasins flottants ont été appelés receiving-ships. Les commerçants propriétaires de l'opium demeuraient généralement a terre dans leur

factorerie : un Chinois allait leur acheter une ou plusieurs caisses d'opium ; il en remetait le prix et recevait un ordre avec lequel il allait, dans un canot, prendre a bord du receiving-ship son opium, qu'il introduisait dans le pays par contrebande, soit en trompant la vigilance des employés de la douane, soit, ce qui était beaucoup plus ordinaire, en les achetant.

Cette contrebande alla augmentant toujours d'importance, en sorte que la quantité d'opium introduite annuellement finit par s'élever à une valeur de plusieurs millions de dollars. Les Chinois n'ayant a donner en échange aux Européens d'autres articles importants que le thé et la soie, la balance du commerce leur devint bientôt extrêmement défavorable, et l'exportation de l'argent se fit sur une grande échelle. Il résulta de là que le gouvernement commença a trouver des difficultés dans la perception des impôts, et que le déficit du trésor s'accrut rapidement d'année en année. L'argent devenait chaque jour plus rare, et par suite sa valeur s'élevait. En conséquence , les ministres de Pékin songèrent très-sérieusement à extirper l'habitude de fumer de l'opium, et rendirent pour cela des décrets fulminants. Pendant l'automne de 1836, le vice-roi de Canton condamna à l'exil neuf négociants européens, parce qu'ils étaient les principaux importateurs d'opium ; mais ils ne tinrent aucun compte de cette sentence.

« Durant les années 1837 et 1838, il y eut, le long de la côte, de continuels démêlés entre les employés du gouvernement, les contrebandiers indigènes et les commerçants étrangers : les premiers faisaient quelquefois concurrence aux seconds, souvent s'entendaient avec eux, parfois enfin en arrêtaient quelques-uns ; tandis que les négociants étrangers, évitant toute collision, s'efforçaient d'activer la vente de tout leur pouvoir. En février, le capitaine Elliot écrivit au contre-amiral Capel, dans rinde, pour lui demander d'envoyer en Chine un vaisseau

de guerre, afin de visiter les mouillages où se faisait le commerce de l'opium, « ce qui était le meilleur moyen, soit pour obtenir que les autorités provinciales revinssent au système de connivence qui avait jusqu'alors prévalu, soit pour avancer le moment où le gouvernement de Pékin reconnaîtrait comme légal le commerce de l'opium. » En conséquence de cette demande, la corvette le Raleigh ne tarda pas a arriver, et elle fut envoyée à Fou-tchaou dans le but d'obtenir la mise en liberté de quelques Indiens qui avaient fait partie de l'équipage du Fairy^ vaisseau employé au commerce de l'opium, et qui se trouvaient détenus depuis plusieurs mois.

« Le capitaine EUiot, étant alors à Canton le chef reconnu du commerce britannique, reçut, en septembre, des autorités de la province, par l'intermédiaire des marchands hongs, l'ordre d'éloigner de Lintingles receivijigships^ et de transmettre a son souverain un ordre de l'empereur pour que dorénavant il leur fût défendu de revenir.

« Vers la fin de l'année 1837, le pavillon britannique a Canton fut de nouveau amené, et le surintendant retourna à Macao, parce que le gouverneur avait refusé de recevoir une communication sur laquelle le capitaine EUiot n'avait point voulu écrire le mot pin, en vertu d'instructions qu'il venait de recevoir. En juillet 1838, sir Frédéric Maitland arriva sur le vaisseau de Sa Majesté Britannique le Wellesley, de soixante-quatorze canons, et entra presque aussitôt en correspondance avec l'amiral chinois Kwang au sujet d'un schooner anglais sur lequel les forts avaient tiré comme il passait le Bogue, et que l'on avait arrêté pour lui demander s'il avait à bord sir Frédéric, ou quelqu'un des hommes de son équipage ou leurs femmes.

« Aussitôt après l'arrivée de sir Frédéric , le capitaine EUiot s'efforça de se remettre en correspondance avec le

gouverneur, en envoyant aux portes de la ville une lettre ouverte , que Ton reçut et que l'on lit parvenir à son adresse; mais le jour même elle fut renvoyée parce qu'elle ne portait pas la suscription exigée.

«Les effortsdugouvernementsupérieurpour supprimer la contrebande devinrent en 1838 plus énergiques qu'ils n'avaient jamais été, et ils indiquaient une détermination arrêtée de ne rien épargner pour arriver au résultat. En avril, un indigène, appelé Kwoh-siping, fut étranglé publiquement à Macao, sur l'ordre exprès de l'empereur, pour servir d'exemple aux autres et empêcher de s'engager à exporter de l'argent ou à introduire de l'opium.

(( Le nombre des navires composant la petite force étrangère montant et descendant la rivière à cette date était de cinquante , la plupart occupés a faire la contrebande. Quelquefois le gouvernement semblait disposé a exercer son pouvoir, et alors des navires étaient détruits, les contrebandiers saisis et torturés, et la vente de l'opium empêchée. Mais les mêmes manœuvres recommençaient bientôt aussi hardiment que jamais. On s'emparait facilement de ces bateaux, car le gouvernement pouvait exercer un entier contrôle sur ses propres sujets ; mais lorsque les schooners étrangers, fortement armés et équipés, montaient et descendaient la rivière, et livraient de l'opium sur ses bords, les croiseurs officiels craignaient de les attaquer.

a Des collisions devinrent de plus en plus fréquentes entre les Chinois et leurs autorités en conséquence de l'accroissement de la rigueur des ordres émanés de la cour. En septembre, dans une rixe près de Wampou, entre les militaires et des villageois, plusieurs furent tués et un grand nombre arrêtés. Les débitants d'opium à Canton furent mis en prison, et ceux que l'on trouva en d'autres lieux, amenés dans cette ville enchaînés. A Hupé, le bruit courut que les officiers avaient puni les fumeurs arrêtés en leur coupant une partie de la lèvre supérieure, afin

Zi. LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

de les mettre hors d'état de faire usage de la pipe. D'un autre côté, la vénalité des officiers était telle, que même a cette époque le fils du gouverneur lui-môme se livrait a ce trafic, et qu'un grand nombre d'agents subalternes n'opéraient des saisies de la drogue sur les bateaux contrebandiers que pour la revendre eux-mêmes en détail. L'exposé fait au trône par Ilivang Fsioh-tsz', où la peine de mort était conseillée, fut promulgué à Canton vers le même temps; et lerescritde l'empereur, requérant «les commandants en chef des provinces de Moukden (Shingking) , Kirin , Tsi-tsi-har, et les gouverneurs et lieutenantsgouverneurs de toutes les autres provinces d'exprimer, sous forme de règlements, leurs vues personnelles sur ce sujet et de la déposer promptement au pied du trône, provoqua des mesures plus rigoureuses. Ce mémoire demandait les plus fortes pénalités. Dans un rapide examen des effets résultant de l'usage de la drogue, il reconnaît que cet usage s'était étendu jusqu'à la Mandchourie et pénétrait dans tous les rangs de la société du haut en bas. La sortie de l'argent a vers les profondeurs insatiables des régions transmarines » avait eu pour effet d'élever le taux du change de l'argent jusqu'au point d'entraver les affaires du gouvernement. 11 passe en revue les divers plans proposés dans le but d'empêcher la contrebande de l'opium, cause de tout ce mal, tels que de faire garder lés ports, de supprimer tout le commerce étranger, d'arrêter les contrebandiers et de faire fermer les boutiques. «En 1838,1e vice-roi envoya un officier avec un peloton de cinquante hommes pour exécuter devantles factoreries étrangères un marchand d'opium condamné à mort. L'officier était sur le point de remplir sa mission près du mât du pavillon américain, lorsque les étrangers sortirent de leurs factoreries, renversèrent la tente de bambous que l'officier faisait dresser, la foulèrent aux pieds, et lui signifièrent avec résolution qu'il s'abstînt de faire exécuter la cet homme. L'officier, qui ne s'attendait point à une

opposition de cette sorte, s'empressa de faire enlever son attirail, puis il alla dans une rue voisine où l'homme dont il était question fut étranglé. Sur ces entrefaites, un grand nombre de curieux indigènes s'étant assemblés pour voir cette singulière scène, les étrangers s'efforcèrent de les dissiper, supposant qu'un peu de résolution y suffirait. Contrairement a leur attente, des coups furent portés en retour, et ils se hâtèrent de rentrer dans leurs factoreries, dont les portes furent fermées. Cette réunion de curieux étant devenue une populace nombreuse se mit a assaillir le devant des factoreries et a en briser les fenêtres à coups de pierres et de morceaux de briques. La place était restée en sa possession environ trois heures, et le danger devenait imminent, lorsque le magistrat du district y entra accompagné de trois ou quatre officiers, suivis d'un petit corps d'agents de police.»

La chambre de commerce indignée fit des représentations au vice-roi sur ce qu'il avait voulu transformer le jardin des factoreries en un lieu d'exécution. Le vice-roi répondit entre autres choses que ce j ardin faisait partie du territoire chinois aussi bien que tout le reste, et que par cette raison l'autorité locale pouvait en disposer.

« Le capitaine Elliot arriva a Canton le même soir, de Wampou, avec des bateaux armés. Dans une réunion générale il exprima que, dans sa conviction, ces malheureux événements avaient pour cause le trafic de contrebande fait dans les eaux de la rivière, et déclara qu'il avait l'intention de donner l'ordre a tous les vaisseaux anglais de quitter ces parages dans un délai de trois jours. 11 exprima l'espoir qu'une démarche ultérieure faite dans le but d'entrer en communication avec les autorités provinciales^ afin d'obtenir leur coopération pour expulser ces vaisseaux, serait rendue inutile par le prompt départ de tous les vaisseaux engagés dans ce trafic. Les injonctions et les menaces qu'il adressa a ses propres compatriotes n'eurent, en définitive, aucun succès, et

36 LA CHliNÉ ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

en conséquence il s'adressa au gouverneur, lui exprimant son désir de le voir coopérer a leur expulsion. Dans un avis au public le capitaine EUiot faisait remarquer que ce genre de trafic, dans sa rapide progression, avilissait profondément le caractère anglais et exposait le commerce légal à un danger imminent; il déclarait qu'il avait l'intention de ne reculer devant aucune responsabilité pour y mettre un terme. Le gouverneur, comme on s'y attendait, loua le surintendant de ses ofifres, mais lui laissa tout le poids de l'œuvre en ajoutant avec cet orgueil caractéristique des mandarins chinois qui arrête si efficacement notre sympathie pour eux dans leurs embarras : « Vous devez concevoir que tous ces bateaux-là ne me donnent pas le moindre souci, » comme s'il n'avait qu'à se lever dans sa majesté pour les faire aussitôt disparaître.

« Cette affaire attira un torrent d'injures sur le capitaine Elliot de la part des journaux anglais, les rédacteurs de ces feuilles lui adressant toutes sortes de grossières épithètes, le présentant sous l'aspect ridicule d'un serviteur de la douane chinoise, et aidant les autorités pusillanimes à mettre leurs ordres à exécution....

« Vers cette époque le gouvernement de Pékin avait pris son parti.»

Le gouverneur de Hon-Kouang, Lin-tse-su, fut nommé commissaire, ayant mission, avec des pouvoirs illimités, de mettre fin au trafic de l'opium.

Les autorités invitèrent les fumeurs à se réformer, et la police fut chargée de pénétrer dans les maisons pour y rechercher la drogue et les pipes.

« De nombreux agents subalternes furent condamnés et punis sommairement, et le 26 février Fung A-ngan fut étranglé devant les factoreries en raison de sa participation au trafic de l'opium ; les pavillons anglais, américain, hollandais et français furent tous amenés en conséquence; la. suspension du commerce en général devint

imminente, et le gouverneur pressa les étrangers de faire retirer immédiatement des eaux de la Chine les vaisseaux a opium.

De nombreuses exécutions eurent lieu aussi dans les provinces. Un respectable missionnaire catholique me raconta que, dans la ville où il se trouvait, un Chinois opulent fut condamné, parce qu'une petite quantité d'opium fut trouvée chez lui, à avoir les ongles arrachés et puis la tète tranchée, mais que sa famille obtint, moyennant un présent de 3,000 dollars, qu'il aurait seulement la tète tranchée.

Le nouveau vice-roi, Lzn, arriva à Canton le 10 de mars 1839, et fit détenir dans leurs maisons, sans communication ni vivres, tous les étrangers (au nombre de deux cent soixante-quinze), y compris le représentant du 'gouvernement anglais, capitaine Elliot. Toutes ces personnes demeurèrent sans aucun de leurs domestiques et sans plus de provisions de bouche que celles qu'ils avaient par hasard, ou celles qu'ils purent introduire au moment où on leur arracha leurs gens. Ils restèrent trois jours dans cet état ; quelques-uns durent se charger de balayer, d'autres de puiser de l'eau, et ceux qui possédaient quelque talent culinaire se transformèrent en cuisiniers. Celui-ci pesait le riz qui lui restait, celui-là comptait les olives ou les anchois ; et cette tragi-comédie dura jusqu'à ce que le capitaine Elliot, se conformant aux ordres du commissaire impérial Lin, fit distribuer une circulaire où il était ordonné, au nom de son gouvernement, que tout l'opium qui se trouvait dans les navires lui fût remis. En conséquence, on lui livra 20,300 caisses d'opium, dont la valeur était à peu près de 10 millions de dollars (£ 2,000,000), et il les mit à la disposition de Lin, qui les fit détruire entièrement.

Immédiatement après on remit en liberté les étrangers, auxquels on rendit leurs serviteurs, et le capitaine

Elliot partit pour Macao, ordonnant a tous ses compatriotes de quitter Canton.

Si nous devons croire le Cliinesc Repodlory, le triomphant Lin adressa à la reine d'Angleterre une lettre ('), dont j'extrairai les passages suivants :

« Notre Cour Céleste a pour famille tout ce qui est entre les quatre mers ; la divine bienveillance du grand empereur est si étendue qu'il n'est personne qu'elle ne couvre de son ombre.

(f A Kouangtoung, depuis le rappel des interdits mis sur les communications maiitimes, il y a eu un courant permanent de relations commerciales. Le peuple de ce pays et ceux qui viennent des autres contrées par navires étrangers ont joui ensemble, dans la paix, de ces avantages pendant des dizaines d'années jusqu'à ce jour. Etquant a la rhubarbe, les thés, la soie écrue, et de tels autres riches produits de la Chine, si les nations étrangères en étaient privées, elles manqueraient des moyens

C) Ayant cherclié à savoir du ministre des affaires étrangères d'Angleterre si cette lettre était vraie ou apocryphe, je reçus la réponse suivante : «Dans les archives de ce ministère il ne se trouve point de lettre telle que celle contenue dans le Chinese Repositorij, vol. VllI;, page 9.» Il a pu arriver que la lettre, bien qu'elle ait été écrite par Lin, n'ait pas été envoyée à Elliot, ou que, quoique ayant été reçue pur lui, elle n'ait pas été envoyée à Londres, ou bien encore que, y ayant été envoyée, elle n'y ait pas été prise au sérieux , et que par conséquent elle n'ait point été conservée dans les archives du gouvernement. Toutefois, l'exigence exprimée diverses fois par les mandarins relativement à la défense à faire par la reine d'Angleterre à ses sujets de produire de l'opium et de l'exporter en Chine, et ce fait, de la part de sir H. Pottinger, d'avoir adressé un mémorial à l'empereur céleste relativement à la législation du commerce de l'opium, font présumer qu'il y a eu quelque chose de vrai au sujet de la lettre de Lin.

de continuera vivre. De sorte que la Cour Céleste, en accordant, dans la spontanéité de sa bienveillance universelle, la permission de vendre et d'exporter ces produits, — et cela sans exception ni réserve, — a, en vérité, répandu ses faveurs dans le cercle le plus étendu (des nations).

« Avec la vigoureuse autorité que la Cour Céleste exerce sur les civilisés aussi bien que sur les barbares, quelle difficulté pourrait-elle trouver a appliquer immédiatement même la peine de mort? Mais comme nous donnons un être substantiel a la plénitude et a l'étendue de la Sacrée Intelligence, il nous convient d'adopter d'abord la voie de l'admonition. Et n'ayant jusqu'à présent envoyé aucune communication a Votre Honorable Souveraineté, si les mesures d'interdiction les plus sévères étaient prises tout d'un coup, il pourrait être dit pour excuse qu'on n'avait pas eu connaissance préalable des faits.

« Nous voudrions donc, maintenant, nous concerter avec Votre Honorable Souveraineté sur les moyens d'en finir à jamais avec cet opium si préjudiciable à l'humanité, nous, en en défendant l'usage dans ce pays, et vous, en en empêchant la fabrication.

« Les moyens puissants par lesquels la Cour Céleste tient dans sa sujétion toutes les nations sont vraiment divins et inspirent le respect au delà de toute supputation. Qu'il ne soit pas dit qu'un avis hâtif n'ait pas été donné de ceci.

« Lorsque Votre Majesté recevra ce document, qu'une prompte dépêche nous soit adressée en réponse, par laquelle il nous soit donné avis des mesures que vous adopterez dans le but d'empêcher l'entrée de l'opium dans un port quelconque.

« N'allez pas, en aucune manière, par des paroles fleuries, éluder ou retarder une solution. Réfléchissez-y sérieusement; observez attentivement ces choses.

19* année 24* mois, -— jour. —

Communication envoyée à la souveraine de la nation anglaise. »

[Chinese Rejwsilory, vol. VIll, p. 9) (*).

« Le cours des événements pendant la fin de Tannée 1839 présente un singulier mélange de trafic et d'hostilités. Les marchands anglais, désirant disposer des cargaisons qui étaient arrivées, dans l'ignorance de tous ces actes, s'efforcèrent de faire quelques arrangements pour les envoyer de Chuenpi à Canton ; mais ce projet ne réussit pas, et l'on eut alors recours aux vaisseaux naviguant sous d'autres pavillons, par lesquels, en effet, le commerce, pour la plus grande part, fut fait pendant cette année-la. La vexation qu'éprouva le commissaire par la distance où se tenait la marine anglaise en dehors des ports chinois fut grande, et il fit placarder des affiches où il exhortait les capitaines à entrer dans le port. Cette mesure amena une réponse du capitaine Elliot, exposant les raisons pour lesquelles il défendait aux navires anglais de se placer sous l'autorité du gouvernement. Dans celte pièce, le capitaine Elliot se plaignait de son injuste emprisonnement, le présentant comme un traitement qu'il ne convenait pas de faire supporter a un officier d'une nation amie, reconnu par l'empereur, et qui avait toujours rempli son devoir d'une manière paisible et irréprochable....

« Une collision entre des gens ivres et quelques matelots anglais eut lieu à Hong-kong, dans laquelle un indigène perdit la vie. Le vice-roi ordonna qu'un examen du corps fut fait et demanda qu'on lui livrât le meurtrier, conformément à la législation chinoise.

(') A la page 497 du même tome se trouve une seconde lettre » qui, au lieu d'être originale, semble plutôt être une amplification des idées renfermées dans celle-ci, étendue probablement par quelque lettré accoutumé dans les examens à faire les gloses des thèmes de Confucius et de Mencius.

RAPPORTS DES EUROPÉENS AVEC LES CHINOIS. il

« Un cadavre flottant ayant (Hé vu dansle port de Hongkong, il profita de cette circonstance pour indiquer qu'il croyait que c'était le corps du coupable ; mais voyant que ce moyen ne lui réussissait pas pour obtenir une satisfaction, il prit d'activés mesures contre les Anglais a Macao, dans l'intention non-seulement de leur nuire, mais aussi en vue de faire éprouver des dommages sérieux a la population portugaise. Il défendit qu'on leur fournît des provisions et ordonna que leurs domestiques s'éloignassent d'eux. Des troupes furent stationnées dans le voisinage, et, afin que personne ne pût s'excuser en prenant prétexte de son ignorance, des crieurs furent envoyés dans les marchés pour y proclamer les ordres de prohibition tels que les portaient les affiches suspendues à leur dos. Grande fut l'irritation de la population étrangère, en apprenant ces procédés : elle augmenta quand on sut que des soldats chinois avaient attaqué le petit schooner The Black Joke^ qui allait a Hong-kong, affaire dans laquelle cinq hommes de l'équipage furent tués ou blessés, et un passager laissé pour mort, avec ses oreilles coupées et fourrées dans sa bouche. Les sujets anglais, presque sans exception, quittèrent Macao le 20 août, et se retirèrent a bord à Hong-kong, surtout par considération pour les Portugais, que le commissaire menaça de sa colère parce qu'ils les abritaient dans leur port. Ce déplacement eut pour effet de mettre les Anglais hors de l'atteinte du vice-roi, mais ne rendit pas plus efficaces ses efforts pour éloigner les vaisseaux a opium de la côte et engager les négociants non contrebandiers a entrer dans le port. Les ventes d'opium avaient recommencé même avant la destruction de la drogue au Bogue ^ti elles s'accrurent lorsqu'on eut appris que cette immense quantité avait réellement été brûlée. Lin commença alors a voir que son plan pourrait bien ne pas avoir autant de succès qu'il l'avait supposé, car il était forcé de rester à Canton jusqu'à ce qu'il pût annoncer la complète sup-

pression de la contrebande et la possibilité de continuer sans danger le coninicrce légal. Lui et le gouverneur Fang visitèrent Macao, accompagnés d'un corps nombreux de soldats chinois et escortés par un détachement de troupes portugaises.

«Trouvant que la flotte anglaise il llong-kong était trop bien défendue pour qu'il pût l'en expulser, il interdit aux habitants de f'ournir des provisions aux navires. Il en résulta une collision. Le capitaine Elliot envoya une lettre aux officiers locaux a Kaulung, par l'entremise de M. Gutzlaff, qui expliqua aux officiers ayant le commandement de quelques jonques l'état des affaires et les requit de faire parvenir la lettre. Ils s'y refusèrent, mais ils dirent qu'ils exposeraient verbalement l'affaire, quoique en même temps les soldats, voyant deux petits schooners qui s'approchaient, commencèrent a manœuvrer les canons dans une batterie voisine. Le capitaine Elliot envoya à la côte, pour acheter des provisions, une chaloupe que la police arrêta précisément comme elle allait partir ; elle fit feu sur les trois jonques qui lui répondirent immédiatement, ainsi que le fort. Cette escarmouche continua jusqu'à la nuit, et les jonques se retirèrent alors sans avoir éprouvé beaucoup de perte. Le capitaine Elliot ayant donné l'ordre (11 septembre], à tous les vaisseaux anglais engagés dans le commerce de l'opium de quitter le port et la côte, la plupart se dirigèrent vers Namoa. Un vaisseau espagnol, le BUbaino, fut brûlé le jour suivant, étant a l'ancre a Taypa^ par les Chinois, dans la présomption qu'il était Anglais ; et le gouvernement britannique, en conséquence, arma un petit vaisseau pour croiser autour de l'établissement. Tout l'opium qui se trouvait dans la ville avait été rembarqué, mais les habitants en faisaient encore le commerce.

a Les deux parties furent dès ce moment engagées dans des hostilités; cependant des négociations a l'effet de continuer le commerce près du Bogue furent entamées, en

octobre, entre les marchands anglais et le capitaine Elliot, d'un côté, et les marchands hongs, le sous-préfet et autres officiers, de l'autre. Les détails des arrangements étaient presque complétés, le capitaine Elliot avait donné des garanties pour qu'ils fussent menés facilement a exécution, et le commissaire lui-même avait signé la convention, lorsque l'entrée sans autorisation du vaisseau anglais le Thomas Coulis eut pour conséquence la rupture de toutes les négociations. Des mesures coercitives furent prises de nouveau contre les familles anglaises à Macao, et le capitaine Elliot ordonna que tous les vaisseaux anglais se rassemblassent à Fung-ku sous la protection des vaisseaux de guerre le Volage et le Hyacinthe. Il se rendit aussi au Bogue pour exiger que les menaces contre les Anglais fussent retirées et qu'il leur fût possible de résider à Macao, sans crainte d'y être molestés, jusqu'à ce que le gouvernement piit arranger les difficultés, lorsqu'un engagement survint entre l'amiral Rwan, ayant à ses ordres une flotte de seize jonques et les deux vaisseaux de guerre. Trois jonques furent coulées, une sauta, et le reste fut dispersé. Des mesures actives furent prises par les Chinois contre la flotte anglaise a Hong-kong, et les vaisseaux qui y étaient allèrent à Fungku. Le vice-roi, de son côté, déclara que le commerce avec la Grande-Bretagne serait discontinué après le 6 du mois de décembre, et défendit que des marchandises de cette nation fussent importées par d'autres vaisseaux. Vers la fin du mois, le capitaine Smith lança une autre notification de blocus qui devait commiencer le 15 de janvier; mais ni l'une ni l'autre menace n'eurent d'effet. Les grandes pertes provenant de la détention des chargements à bord poussèrent les Anglais a demander que leurs marchandises pussent être emmagasinées a Macao, mais les Portugais se crurent obligés de le refuser.

« Le clipper Ariel, dépêché par le capitaine Elliot lors de son arrivée de Canton, v retourna en 1840, annonçant

li. LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

la résolution du gouvernement anglais d'en appeler aux armes dans le cas que l'empereur refuserait d'aplanir les difficultés existantes. Les Chinois apparemment prévirent la collision qui devait avoir lieu et commencèrent à réunir des troupes et a réparer leurs forts; et Lin (vice-roi de Kouanglung) acheta le grand vaisseau le Chesapeake et établit un inlendantde circuit près de Macao pour garder les côtes. Les résidents anglais, pour la plupart, retournèrent à Macao au mois de janvier, et continuèrent de faire leur commerce sous des pavillons neutres. On ne les inquiéta plus ; et depuis l'arrêt mis a leur commerce, en décembre, Lin n'éprouvait pas le désir d'accroître les difficultés par des tentatives inutiles faites dans le but de les harasser. »

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