PREMIÈRE GUERRE ANGLAISE
que tout se préparait pour attaquer à l'iniproviste les Anglais par trahison. La plupart des négociants européens étaient retournés aux factoreries de Canton. Mais on eut avis des intentions secrètes des Chinois, et, par ordre d'Elliot, tous les Européens se réfugièrent a bord des navires. Les Chinois, se voyant découverts, essayèrent, pendant la nuit du 21 mars 1841, contre les vaisseaux anglais, une attaque qui fut a peu près sans effet. Alors les Anglais remontèrent vers le port de Canton avec toutes les forces qu'ils purent faire venir de Hong-kong, s'emparèrent, après une vigoureuse lutte, des forts qui le défendaient, et ils se disposaient a entrer dans la ville, lorsque les Chinois demandèrent que les hostilités fussent suspendues, et payèrent immédiatement 6 millions de dollars comme pour racheter Canton; dès lors les troupes n'y entrèrent pas et se retirèrent.
Le 10 aoiit 1841, arriva d'Angleterre un nouveau ministre plénipotentiaire, sir H. Pottinger.
Le 21 du même mois, il partit de Hong-kong avec une expédition composée de neuf vaisseaux de ligne, de quatre steamers, de vingt-trois transports et d'environ trois mille cinq cents hommes de débarquement; il laissa "a Canton et a Hong-kong six navires de guerre et quatre cents hommes de troupe. Le 27, Amoy fut enlevé après une faible résistance. Le 1" octobre, Chuzan fut occupé de nouveau, et, cette seconde fois, la résistance fut beaucoup plus grande qu'elle ne l'avait été la première. Les officiers se battirent corps à corps et moururent a leur poste. On établit dans cette île un gouverneur militaire, en y laissant une garnison de quatre cents hommes.
Le 9 octobre on s'empara de la place de Tchiang-haï, située a l'embouchure du fleuve qui conduit a Ning-po. Les Chinois perdirent dans cette affaire environ quinze cents hommes. Le général Yukien, qui commandait dans la place, voyant tout espoir perdu, se jeta dans la rivière afin de se noyer. Ayant été retiré de l'eau, il courut a
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Ning-po où il se tua. Le 13,«Ning-po fut occupé sans résistance.
Dans la nuit du 10 mars 1842, les Chinois firent preuve de courage en attaquant Ning-po ; mais ils ne réussirent pas, et perdirent six cents hommes. Les Anglais n'éprouvèrent aucune perte.
Le 7 mai, les Anglais évacuèrent Ning-po pour aller s'emparer de Chapon, ville très-fortifiée. Leurs forces se composaient de sept vaisseaux de ligne, de quatre steamers, de plusieurs vaisseaux de transport et de deux mille deux cents hommes de débarquement, auxquels se joignirent deux cent cinquante soldats de marine.
Les fortifications furent enlevées assez facilement; mais trois cents Tartares, s'étant retranchés dans un temple, y firent une résistance désespérée et périrent presque tous. On assura que leur chef, se voyant perdu, s'était assis sur un baril de poudre et y avait mit le feu. Un grand nombre d'autres Tartares qui se trouvaient dans cette ville se coupèrent le cou après avoir tué leurs femmes et leurs enfants. Les Anglais eurent treize morts et cinquante-deux blessés.
L'expédition sortit de Chapou et se dirigea vers Woussoung, a l'embouchure du fleuve qui conduit à Chang-haï. Le iO juin, la place fut prise après une résistance plus grande qu'à l'ordinaire. Le général Chiu, qui y commandait, tomba percé de coups de baïonnettes comme il combattait vaillamment sur le rempart. Le 19, deux mille hommes entrèrent à Chang-haï, dont les habitants payèrent 300,000 dollars pour se préserver du pillage. . Vers ce même temps, sir II. Pottinger publia en langue chinoise une sorte de manifeste dans lequel il expliquait au peuple les griefs que le gouvernement anglais avait contre celui ae la Chine. L'empereur, de son côté, rendit un décret où il récapitulait les événements de la guerre, qu'il attribuait à la question de l'opium, déplorant en mrnie tcMups les malheurs qui retombaient sur son peu-
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pie et exhortant toutes les classes à redoubler d'efforts.
Le 6 juillet, une expédition, composée de quinze navires de guerre, de dix steamers et de cinquante transports, ayant a bord neuf mille hommes de débarquement, partit de Woussoung et remonta le Yang-tse-kiang dans la direction de Nankin. Il n'arriva rien d'important jusqu'à ce qu'on fut parvenu a Tching-kiang-fou, près du grand canal.
Cette ville était une station de Tartares Mandchoux, et l'on y comptait environ deux mille sept cents hommes en état de combattre. La ville, attaquée par trois colonnes, sur trois points différents, fut prise après deux heures d'une vive résistance. Les vaincus, soit par un effet du désespoir, soit qu'ils crussent qu'on allait les passer au fil de l'épée, se tuèrent pour la plupart. Voici comment s'exprime à ce sujet, dans son MiddleKingdom, M, S, W. Williams :
« La destruction des vies humaines fut horrible. Quelques Mandchoux s'étaient renfermés dans leurs maisons, mais on pouvait voir, à travers les fentes des portes, des gens coupant précipitamment la gorge à leurs femmes et détruisant leurs enfants en les jetant dans les puits. Un homme fut tué d'un coup de fusil, dans une maison, au moment où il coupait le cou à sa femme qu'il tenait sur un puits où il avait déjà précipité ses enfants.
Dans une autre maison, on ne découvrit pas moins de quatorze cadavres, principalement de femmes. Telles étaient la terreur et la haine qu'inspiraient les envahisseurs, que tout Mandchou préférait la mort ou le suicide à la soumission. On a estimé que sur une population mandchoue de quatre mille âmes il n'a pas survécu plus de cinq cents individus; la plus grande partie des morts avaient péri parleurs propres mains. »
Le capitaine Loch, qui se trouvait dans cette expédition, raconte en ces termes son entrée dans une vaste maison :
« Après nous être fait une voie a travers les piles d'objets d'ameublonicnt placés là pour barricader la porte, nous entrâmes dans une cour dont le sol était jonché de riches étoffes et couvert de sang caillé. Sur les degrés conduisant a la demeure des ancêtres gisaient les corps, froids et roides, de deux jeunes Tartares qui semblaient être frères. Après être parvenus jusqu'au seuil de leur demeure, ils avaient expiré là où ils étaient tombés par suite de la perte de leur sang. Nous entrâmes dans l'intérieur du bâtiment, et nous nous trouvâmes en face de trois femmes assises, une mère et ses deux filles, et a leurs pieds gisaient deux cadavres d'hommes d'un certain âge, ayant la gorge coupée d'une oreille à l'autre, et dont les tètes posaient sur les pieds de ces dames. A droite étaient deux belles et délicates jeunes filles faisant des efforts pour cacher avec leurs corps un soldat vivant. .
Je m'arrêtai, frappé d'horreur devant ce que je voyais. Le froid et inexprimable désespoir peint sur le visage de la mère fit place aune expression violente de mépris et de haine, qui finit par éclater en invectives, puis par se répandre en un torrent de pleurs. Elle vint à moi, me saisit le bras, et, les dents serrées et avec un regard horrible, elle me montra les corps morts, ses deux filles, sa demeure splendide et sa personne même ; puis elle fit un pas en arrière, et, les mains crispées et d'une voix rauque, elle parla, à ce que je pus juger par ses gestes, de son infortune, de sa haine et, je n'en saurais douter, de sa vengeance. J'essayai par des signes de me faire comprendre, je lui oifris mes services, mais elle me repoussa avec indignation.*^ »