‹ La Chine et les puissances chrétiennes (volume 3)Chapitre 19 sur 55 · II · texte numérisé non relu

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les relations s'ensuivrait bientôt et ne serait rien moins qu'avantageux a la question essentielle de la conciliation. En conséquence, au lieu d'engager une contestation sur des titres creux qui ne peuvent amener aucun résultat solide, on a cru qu'il valait mieux laisser de côté ces détails insignifiants, afin d'assurer le succès d'une politique importante.

« Tels sont les expédients et les modifications qu'on a cru impossibles a éviter après avoir regardé de près aux affaires des barbares, avoir calculé les exigences de la situation et après avoir soigneusement examiné l'état de la question, ce qui était important ou sans valeur, ce qui permettait les délais ou nécessitait la promptitude. Votre esclave n'a pas osé les présenter l'un après l'autre à l'intelligence sacrée (a l'Empereur), en partie parce qu'ils étaient en eux-mêmes de peu d'importance, en partie parce qu'on n'avait pas le temps (*) de les communiquer, Les affaires des barbares étant maintenant à tout prendre terminées, il donne tous les détails, comme il y est tenu, dans cette dépèche supplémentaire qu'il présente respectueusement a Votre Majesté.

Bèponse au crayon vermillon :

« C'était le seul arrangement possible, nous comprenons toute la question. »

On s'est indigné contre Ki-ying après la publication de ce document. Je pense, pourtant, que ceux qui en ont été irrités a cause des idées qu'il y a exprimées, n'ont pas réfléchi a la dilTicile position dans laquelle ce malheu-

',*) 11 était obligé d'agir sur-lc champ.

reux négociateur se trouvait. M. Lavollée (*) l'a très-bien comprise, à mon avis; voici ses paroles ii ce sujet :

« Ce rapport a toutes les apparences d'une apologie, d'un plaidoyer de Ki-ying. Compromis par ses relations avec nous, le mandarin s'empresse de nous renier, et pour faire taire ses accusateurs, il enfle la voix contre les barbares. Il ne peut se défendre qu'en nous injuriant, et bien qu'il nous drape à la façon chinoise, nous ne saurions équitablement lui garder rancune. Il faut le plaindre d'en être réduit a ces expédients pour se justifier; il faut surtout plaindre l'empereur qui est condamné a recevoir chaque jour de ses mandarins, qu'ils s'appellent Ki-ying, Yé, Tsoung-lun ou Hiang, de pareils rapports. Quel gouvernement! »

Les Anglais, ainsi que je l'ai déjà dit, ne tardèrent pas a ressentir les effets de la réaction provoquée par les mandarins. Sept mois à peine après la cessation des hostilités de 1842, il arriva a Canton un grave événement qui eût pu devenir fatal à un grand nombre d'étrangers.

La milice irrégulière, que le gouvernement avait licenciée, était un élément de continuels désordres. Quelques malintentionnés commencèrent a faire courir le bruit que les troupes anglaises qui revenaient de la côte septentrionale allaient être cantonnées à Ho-nan, en face de Canton. Sous ce prétexte, on répandit parmi le peuple des manifestes furibonds, dont l'un, en date du 2 décembre 1843), invitait les notables de toute la province a se réunir a Canton pour aviser. Les autorités ne prirent aucune mesure pour arrêter ces manœuvres, jusqu'au 6, où elles publièrent enfin un édit contre ces réunions séditieuses. Mais le langage de cette pièce était si peu énergique qu'elle

(') La Chine contemporaine.

ne servit qu'a encourager les mutins. Le lendemain, sur le soir, une grande multitude se rassembla auprès des factoreries, ouvrit une brèche dans le mur qui entourait le jardin dépendant de ces établissements , s'y précipita, et mit le feu au consulat d'Angleterre. A minuit, trois hongs (factoreries), composés chacun de plusieurs maisons, étaient en flammes. Dans l'une d'elles se trouvaient les directeurs d'une maison de commerce américaine; ils se défendirent vigoureusement, tuèrent cinq Chinois et se virent enfin obligés de s'échapper par derrière.

A Chang-hai , le major Balfour, consul anglais, eut de vifs démêlés avec le gouverneur, parce que celui-ci se refusait, dans les communications officielles, à lui donner les titres qui lui étaient dus.

En mars 4845, le vice-consul de Canton, M. Jackson, M. M. Martin, connu par ses écrits sur les colonies, trésorier à llong-kong, et M. le chapelain de Sa Majesté Britannique dans cette même île, se promenant tranquillement en dehors de l'enceinte de la ville, furent attaqués par un rassemblement, frappés, blessés et volés.

Les autorités chinoises, fidèles à leur usage à peu près invariable en pareil cas, firent tous leurs efforts pour éluder, différer, enfin pour amoindrir le châtiment des coupables. Le magistrat que cette affaire concernait publia un manifeste dans lequel il parlait des personnes offensées comme d'individus qui, se trouvant a bord de vaisseaux marchands, seraient descendus à terre. Son but était de faire entendre au peuple que les mandarins n'attachaient à cette affaire aucune importance, et qu'il ne publiait ce manifeste que pour se délivrer des importunes réclamations des Anglais.

Au mois d'août 1845, on fut obligé d'envoyer la frégate à vapeur /a ylftcZi/^e a Fou-tchaou-fou, parce que les Anglais qui y résidaient étaient insultés par la populace, qui allait jusqu'à leur cracher au visage.

En février 1846, le commandant du vapeur de guerre

LES MANDARINS APRES LA GUERRE DE 18 tO. 69

le Vixen, et quelques officiers et matelots, en tout une dizaine d hommes, étaient descendus a terre pour tirer des oiseaux; environ 1,000 individus coururent sur eux en poussant des cris et en leur lançant des pierres : ils turent contraints de regagner leurs canots.

Vers la fin de mars de cette même année 4846, des troubles ayant éclaté a Fou-tchaou-fou, il y eut plusieurs blessés, et des maisons de commerce anglaises furent pillées.

Le 23 août 1846, sir J. F. Davis, successeur de Sir H. Pottinger, se plaignait amèrement au commissaire impérial d'une sorte de conjuration organisée parmi les gardes nationaux de Canton , dans le but d'empêcher qu'on ne cédât aux Anglais le terrain indispensable pour construire des maisons et établir des cimetières; il appif^^ait ses plaintes par des menaces.

En même temps, on affichait à Canton des placards pleins de menaces furieuses contre les Chinois qui céderaient du terrain aux étrangers pour construire des factoreries. Il y a tout lieu de croire que ces écrits avaient pour auteurs les mandarins eux-mêmes; du moins est-il certain que ceux-ci fermaient les yeux.

En juin 1846, a l'occasion d'une querelle qui s'était engagée dans une rue, la foule envahit les factoreries européennes dans l'intention de les piller et de les brûler. Les Anglais elles Américains, s'étant unis pour la défense commune, firent feu, et trois Chinois furent tués. Les mandarins, qui, durant des heures entières, n'avaient pris aucune mesure pour rétablir l'ordre, voulurent ensuite exiger que trois Anglais fussent exécutés afin de calmer le peuple. Gr il est à remarquer qu'il était impossible de savoir de quelles mains étaient partis les coups qui avaient tué les trois Chinois, et que, parmi les individus qui avaient fait feu, il y avait un grand nombre d'Américains et probablement des sujets d'autres nations. Par suite de ces événements, les étrangers qui résidaient a Canton s'organisèrent et s'armèrent de manière à for-

mer une sorte de milice nationale, prête a repousser lu force par la force.

« Vers la fin de 1846, dit le plénipotentiaire anglais sir J. F. Davis, le point culminant du désordre avait été atteint parla populace a Canton. Parmi les actes de violence commis contre les sujets anglais ou tous autres étrangers, deux matelots, après avoir été attirés dans les rues basses et y avoir été assaillis par la populace, battus, lapidés et blessés dangereusement, furent portés à demi morts au consulat. Le consul adressa des plaintes à Ki-ying; mais la restitution de Chuzan avait produit un changement défavorable. D'autres griefs exigeaient qu'on adressât une énergique réclamation, appel que Ki-ying n'accueillit qu'avec une brusquerie dont il n'avait pas encore donné d'exemple. Aussi, vers le commencement de mars suivant (1847), une attaque brutale eut lieu contre un officier d'artillerie de grade supérieur et cinq autres personnes respectables, pendant une excursion qu'ils faisaient sur la rivière de Canton. »

En mars 1847, la populace de Canton entreprit de détruire et d'incendier des hangars qui avaient été construits pour abriter les canots des vaisseaux, et les autorités ne prirent aucune mesure pour l'empêcher. Sir J. Davis leur adressa un message très-énergique, menaçant d'appeler la troupe qui était a Hong-kong.

Plus tard, il envoya à Ki-ying copie d'une communication extrêmement forte qu'il avait reçue de son gouvernement; et voyant que le commissaire impérial n'en tenait aucun compte et répondait d'une manière évasive a toutes les réclamations qui lui étaient faites, il se dirigea sur Canton avec toutes les forces de terre et de mer qu'il put tirer de Hong-kong. L'expédition eut lieu le 1" avril 1847; on prit les forts dits du Bogue, on encloua cent vingt-sept canons; trente-six heures suffirent pour

obtenir tous ces avantages et pour arriver a Canton.

Sur-lc-chanip, une convention fut signée dans laquelle on stipula que les Anglais entreraient dans cette capitale au bout de deux ans. En outre, on détermina et on leur concéda les terrains nécessaires pour construire des factoreries et former un cimetière. Ce qu'il y eut de remarquable dans cette circonstance, c'est que les Anglais, après avoir remporté une victoire, firent une concession, puisqu'ils consentirent à n'user que dans deux ans du droit qu'ils avaient d'entrer immédiatement dans Canton. Cette modération ne servit qu'à augmenter l'outrecuidance des Chinois et a les disposer à la résistance qu'ils firent en

Sm, gouverneur général des provinces de Canton et de Kian-si, adressa a fempereur, en date du 26 août 1847, un mémoire pour demander des instructions au sujet des réclamations que faisaient les Anglais relativement à leur entrée a Canton, et aux terrains qu'ils demandaient qu'on leur louât pour établir des factoreries et un cimetière. Nous signalerons dans cette communication le passage suivant :

« Toute leur confiance repose dans la contrainte, en vue de nous faire accéder a ce qu'ils veulent, et dans un violent et ingouvernable esprit d'usurpation.-

« Lesdits barbares, depuis le temps où Votre Majesté a sanctionné le traité de paix, ont fréquemment montré de hautes prétentions, et lorsqu'ils obtenaient la longueur dun pouce, ils s'en emparaient d'un autre. »

Le 8 mars 1848, trois respectables missionnaires étaient allés à quelques lieues de Chang-haï pour distribuer des imprimés relatifs à la religion ; ils furent attaqués avec fureur, renversés par terre, grièvement blessés et complètement dépouillés, par une tourbe de matelots qui avaient appartenu aux équipages des embarcations employées à porter du blé a Pékin pour le compte du gou-

72 LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTlENxNES.

vcrnemcnt. Le consul, M. R. Alcock, demanda à l'instant que les coupables fussent arrêtés et punis ; mais les autorités ne répondirent que par de vaines excuses. M, Alcock, s'étant assuré Tappui de deux vaisseaux de guerre, empêcha la sortie de mille jonques chargées de blé, qui devaient être dirigées sur Pékin, et envoya un des vaisseaux de guerre a Nankin, avec le vice-consul, qui, accompagné d'un interprète, portait une communication dans laquelle le gouverneur général de la province était supplié d'envoyer un employé supérieur pour examiner les faits. Les autorités de Chang-haï produisirent deux individus qu'elles supposaient être les coupables, mais on vit bientôt que ce n'était qu'une supercherie. Elles essayèrent aussi de faire sortir les embarcations chargées de blé en trompant Ja vigilance de la corvette qui gardait le passage, et elles s'efforcèrent d'empêcher, au moyen de divers prétextes, l'autre vaisseau de guerre d'aller a Nankin. Enfin, voyant qu'ils ne pouvaient s'en tirer autrement, les mandarins firent arrêter les principaux auteurs des violences et les envoyèrent a Chang-haï, où leur identité fut constatée par les trois missionnaires blessés. ,Et pourtant, même après cela, ils s'efforcèrent de rendre le châtiment illusoire, usant pendant le cours de cette affaire de toute la mauvaise foi et de tout le mauvais vouloir possibles. Dans le manifeste qu'ils publièrent a ce sujet, ils présentaient le fait comme une querelle survenue entre des Anglais et des Chinois.

Dans les premiers jours d'avril 1848, deux Anglais furent attaqués et maltraités à Canton.

Le 31 août de la même année, le vice-consul de Foutchaou-fou,M.Parish, passant à cheval amoinsd'undemimille du consulat, on le siffla, on lui lança des pierres, et on le frappa à coups de bâton. Le consul lui-même avait été bruyamment insulté parla populace.

Vers celte époque, six paisibles commerçants anglais, qui étaient sortis de Canton pour se promener sur le

LES iMANDHAlNS APRÈS LA GLEKftE DE 1840. 73

fleuve dans un canot, débarquèrent a un petit village situé sur les bords du fleuve et nommé Iluang-chu-ki. La populace s'étant ameutée, quelques-uns d'entre eux qui portaient des pistolets firent feu, tuèrent un Chinois et en blessèrent un autre ; mais ils furent tous cruellement assassinés, et quelques-uns n'expirèrent qu'après avoir été soumis pendant deux ou trois jours a d'horribles tortures.

Le gouvernement de Hong-kong réclama, et les autorités chinoises, malgré le principe adopté a l'égard des étrangers d'exiger toujours vie pourvie, ordonnèrent que quatre Chinois (au lieu de six) fussent décapités ; mais ces criminels exécutés n'appartenaient nullement au village coupable : c'étaient des pirates condamnés à mort, comme il y en a toujours un grand nombre dans les prisons de Canton, où l'on coupe annuellement jusqu'à mille têtes.

Le 27 décembre 1848, M. Meadows, interprète du consulat de Canton, fut attaqué, sur le fleuve du même nom, par des pirates, et ne parvint à sauver sa vie qu'en tuant deux Chinois et en se jetant dans l'eau pour gagner 'a la nage la rive du fleuve. Le commissaire impérial fit arrêter plusieurs des coupables, et il ne craignit pas de faire savoir officiellement a sir G. Bonham que ceux chez qui on n'avait trouvé d'autre délit que celui d'avoir attaqué et volé M. Meadows, seraient envoyés aux galères, mais que ceux qui, en outre, avaient volé des sujets chinois, seraient décapités.

Le 4 avril 1849 approchant, sir G. Bonham entama la question de l'entrée a Canton. Siu obtint un délai de quarante jours pour écrire a Pékin et demander des instructions à l'empereur. Celui-ci répondit par un décret si laconique et d'une sublimité si nuageuse, qu'on pouvait y voir également l'ordre d'ouvrir la ville aux Anglais et celui de la fermer ; la décision de l'affaire était donc laissée a Siu.

Dans le courant de mars 1S49, il se forma a Canton un II, 5

1i LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.

conseil ou comité de patriotes et de notables, dans le biil de prendre des mesures pour empêcher les Anglais d'entrer dans la ville. On organisa parmi ses habitants et ceux des environs une garde nationale, ^qui atteignit le chiffre de 80 a 100,000 hommes, et on prit des mesures pour s'assurer les fonds nécessaires a son entretien : des amendes furent édictées contre ceux qui se montreraient indifférents; plusieurs corporations de négociants défendirent par des manifestes a tous leurs membres de faire aucune espèce de commerce avec les Anglais ; enfin on imprima, on afficha aux coins des rues et Ton répandit de tous côtés des placards incendiaires. Le consul anglais de Canton en envoya quelques-uns au commissaire impérial Siu, qui répondit (fuil ne pouvait empocher ces manifestations de la volonté du peuple.

Les Anglais, a mon avis (et c'était l'avis de tout le monde), avaient dans la rivière de Canton plus de forces navales et de troupes qu'il n'en fallait pour s'emparer de cette ville, et il est très-probable que si Siu eût été convaincu que cette affaire pouvait amener la guerre, il ne se serait point obstiné a la provoquer. La politique des autorités anglaises, a ce moment-la, aurait du être que Siu fût persuadé qu'on ne reculerait pas. Mais, tout au contraire, la croyance générale était que les Anglais n'en viendraient point a faire usage de la force. Sir J. Bowring, dans une dépêche récente, faisant allusion a ce qui se passa à lépoque dont nous parlons, dit que malheureusement le commissaire impérial put savoir qu'il ne serait pas tiré un coup de canon. Il n'ajoute pas de qui Siu reçut cette information ; je ne le dirai pas non plus. J'ajouterai seulement qu'il est déplorable qu'en Chine les étrangers ne s'unissent pas de bonne foi pour traiter avec les mandarins les questions auxquelles tous les étrangers sont intéressés. Plus loin, je reviendrai spécialement sur ce point.

Le jour de la décision arriva enfin, et Siu interpréta le

LES MAîS'DAklNS APRES LA GUERRE DE 1840. 75

décret de l'empereur dans le sens opposé à l'ouverture. Les Anglais se désistèrent et se résignèrent pour ne pas entreprendre une nouvelle guerre, quoiqu'il soit constant que la patience des Européens n'a servi et ne servira jamais qu'à rendre les mandarins plus orgueilleux et plus insolents.

La sortie des vaisseaux anglais de la rivière de Canton l'ut regardée par les Chinois comme une victoire ; on éleva des arcs de triomphe, on distribua des tablettes d'honneur, et l'on en suspendit une dans le temple d'une certaine idole, auprès de Canton, à la protection de laquelle on disait qu'était dû en grande partie le triomphe obtenu sur les barbares.

En se refusant à ouvrir les portes de Canton, Siu offrit de recevoir sir G. Bonham et le consul D' J. Bowring hors de la ville, dans la maison de campagne du négociant How-kua. Pendant la durée de la correspondance qui s'engagea a ce sujet, Siu envoya une fois un décret de l'empereur à sir G. Bonham, en lui disant: «Obéissez respectueusement. »

Il y a toujours en Chine des personnes naïves qui se sont laissé convaincre parles astucieux mandarins, lesquels ont constamment voulu excuser leur politique d'exclusion par l'aversion naturelle et spontanée des indigènes pour les étrangers. Sir G. Bonham, qui a un peu partagé l'erreur de ces personnes-là, disait dans sa dépêche du 23 avril 1849 :

« L'argument de l'aversion des habitants est sans nul doute fondé jusqu'à un certain point. Je ne suis pas aussi fixé sur le pouvoir des autorités à contenir la populace en cette occurrence, tout en étant convaincu que sir J. F. Davis ne se trompait pas en attribuant une grande partie de l'animosité du peuple à l'encouragement qu'il reçoit à ce sujet de la part de ses mandarins. »

76 LA CHhNE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

Dans un décret de l'empereur en date du 7 mai 1849, il était dit:

« Le gouverneur général (Siu) et le gouverneur en question (Yé), en tranquillisant le peuple et en gouvernant les barbares, ont sur tous les points l'ait converger leurs mesures sur la racine et l'origine de l'affaire ; ce qui a eu pour effet de rendre lesdits barbares traitables et soumis. 11 m'est impossible d'exprimer complètement le plaisir que nous en éprouvons; et afin d'encourager des services d'une haute valeur, il est convenable que des récompenses libérales soient accordées. »

L'empereur accordait ensuite de grandes récompenses a Siu, Yé, etc. Au commencement de juin 1849, Siu adressa a l'empereur un rapport dans lequel il lui recommandait ceux qui s'étaient distingués en dirigeant^ sous Vaction des autorités^ les mesures de protection.

Le 9 août 1849, l'empereur disait dans un décret:

« En conséquence des mesures prises par les grands officiers des provinces de Kouang-toung, le peuple a été exercé aux manœuvres militaires, et les braves ont été animés par de hauts principes. C'est à cause de cela que les barbares anglais n'ont point osé agiter de nouveau la question d'entrer dans la ville. »

Dans le courant de cette môme année 1849, le commandant (Johnston) et le second de la frégate de guerre Scout^ et rélève consul Parish, se promenant tranquillement, furent assaillis avec de grands cris et à coups de pierres. Les autorités chinoises se refusèrent à faire châtier les coupables en présence d'un fonctionnaire anglais.

M. le docteur Bowring (plus tard sir John Bowring) ai riva à Canton en qualité de consul général. Il sollicita

une entrevue avec le vice-roi commissaire impérial, et, quoiqu'il n'exigeât pas que ce fût dans son palais, à l'intérieur de la ville, mais qu'il se contentât d'être reçu dans une maison de campagne quelconque, comme l'avaient été quelques fonctionnaires européens, entre autres le consul de France comte de Ratti-Menton, il ne put rien obtenir.

Le gouvernement de Londres ne voulut pas recourir à la voie des armes pour refréner le mauvais vouloir des mandarins et obtenir la sincère exécution du traité de Nankin ; mais il prit le parti d'envoyer le vapeur de guerre Reinard à Tien-tsin (port très-voisin de Pékin), afin probablement de donner connaissance à la cour de ce qui se passait, et de se mettre, s'il était possible, en communication directe avec elle.

Sur la mission pour laquelle ce navire fut envoyé a Tien-tsin, durantle printemps de 1850, le gouvernement anglais a observé une réserve complète, même envers le parlement; car ayant fait imprimer, pour en donner communication aux membres de cette assemblée, plusieurs cahiers de la correspondance relative aux affaires de Chine, il a entièrement laissé de côté cet incident. Ce que j'ouïs dire alors, ce fut que le gouvernement de Londres avait envoyé a son ministre plénipotentiaire une lettre autographe écrite par la reine Victoria a l'empereur de la Chine, lettre conçue dans des termes d'une grande énergie, et qu'ordre avait été donné de la faire parvenir a Pékin, de la manière la plus convenable. Dans tous les cas, il est certain qu'on n'obtint aucun résultat satisfaisant.

Peu de temps après, la copie d'un décret impérial que je vais rapporter circula parmi les habitants. Les autorités de Hong-kong demandèrent officiellement a Siu si ce décret était authentique; il répondit qu'on ne lui en avait pas donné communication, et qu'il ne l'avait point vu dans la gazette de Pékin. 11 est superflu d'observer que

son assertion ne prouvait rien ; car les mandarins, dans leurs rapports avec nous, mentent jusqu'à la dernière impudence, même sans nécessité et sans aucun motif plausible. Voici ce décret :

« Vers la fin de la quatrième lune de l'année 30 de Tao- « kouang,trois steamers anglais grands et petits arrivèrent « a Tien-tsin, sous le prétexte de venir oifrir leurs félici- « talions, mais réellement avec l'intention de reconnaître « secrètement le pays. Arrivés à Tien-tsin, ils envoyèrent « immédiatement deux lettres aux ministres Ki-ying et ^( Mouchanga. L'autorité principale de Tien-tsin les reçut « et en fit part à ses supérieurs, et ceux-ci, de même que « les ministres, en donnèrent connaissance à la cou- « ronne.

a Sa Majesté répondit:

« Le gouvernement a déjà expédié ses instructions a toutes les autorités, afin qu'elles s'acquittent de leur devoir et ne fassent point usage de paroles trompeuses, car elles feraient naître par là des troubles. Elles doivent permettre auxdits barbares de faire le commerce; telle est la bienveillance sans bornes de la nation. Mes ancêtres ont toujours montré de Taffection au peuple et lui ont toujours prodigué toutes sortes de soins; lesdits barbares devraient être reconnaissants a l'extrême et se tenir en paix ; c'est la première fois qu'ils sont venus ouvertement à Tien-tsin, présentant des lettres aux grands ministres, ce qui est irrévérencieux a l'extrême. 11 a été ordonné auxdits ministres de ne faire aucune réponse, cette réponse cessant d'être nécessaire depuis que les barbares se sont vantés qu'ils dépasseraient les limites et viendraient présenter les lettres euxmêmes.

LES MANDARINS APRÈS LA GUERRE DE 18i0. 79

« C'est donner la plus singulière excuse que de parler « de la fatigue résultant du voyage depuis les ports de « mer de Kouan-toung, Fou-kien, Tche-kiang, Kiang-sou, (( Chan-toung et Tien-tsin. Ma dignité me dicte d'informer « les ministres qu'il serait très-inconvenant que je fisse « une réponse afin d'expliquer le. vide d'une telle décep- « tion. Siu, le gouverneur général des Deux-Kouangs, qui « a traité si souvent ces sortes d'affaires, doit certainement « savoir que les barbares sont comme le diable ou les « fruits du Yi (sorte de monstre marin). Ceux qui sont a « Canton doivent dorénavant écrire de cette ville, et « toutes leurs transactions se feront par l'entremise du « gouverneur Siu, et toutes les autorités du littoral doi- « vent éviter de communiquer avec les barbares, car ils « occasionneraient par la des troubles. Observez avec soin « ces instructions.

« Respectez cela!... »

Encouragés par ce succès, les mandarins marchèrent à grands pas dans la voie de la réaction, et, au commencement de juin 1850, les autorités de Canton établirent un nouveau système pour le commerce du thé, dans le but avoué de retirer de ce commerce des sommes au moyen desquelles le trésor impérial pût rentrer dans ce que lui devait la corporation des anciens négociants hongs. Il faut remarquer que cette dette consistait tout simplement dans une somme de 5 millions de dollars, que le gouvernement avait demandée aux négociants hongs, pour contribuer a parfaire celle de 28 millions qu'il fut obligé de payer aux Anglais après la guerre de 1840. Les commerçants hongs ne voulant ni ne pouvant payer une si forte somme, finirent par en fournir une partie (1,700,000 dollars). Voici en quoi consistait le nouveau système : Tout propriétaire de thés devait, en arrivant à Canton, les déposer dans l'un des entrepôts du gouvernement, r'est-h-dire dans les magasins de certains individus au-

toriséset patentés a cet effet. Aucun négociant ne pouvait acheter des thés sans avoir obtenu, dans un de ces entrepôts, une autorisation spécifiant la quantité, la qualité, etc. Les propriétaires des thés étaient tenus de payer aux entrepôts, pour chaque quintal, un demi-tael d'argent (le tael vaut environ 6 francs 50 centimes) comme droit d'emmagasinage, et un cinquième de tael, qui devait être remis par les entrepôts a la corporation des anciens négociants hongs, d'où, en fin de compte, il devait passer dans les caisses de l'Etat. Le décret ordonnait encore que, sur les payements, il fût ajouté, en faveur des entrepôts, 2 p. 100 pour la perte que pouvaient causer les monnaies ; que ces monnaies seraient pesées avec la balance de l'intendant des finances, et non avec celles qu'emploient les négociants; enfin que les appoints seraient, non de 100 catis, mais de 90. Toutes ces dispositions, comme il est aisé de le reconnaître, tendaient à accroître le produit de la contribution, en sorte que, par exemple, l'année 1856 l'exportation du thé s'étant élevée à environ 140 millions de livres, le bénéfice que le gouvernement impérial retira de cette exportation ne fut pas moins de 500,000 dollars Cet impôt fit naturellement renchérir la marchandise, et par conséquent ce furent en réalité les consommateurs étrangers qui le payèrent. C'est ainsi que le gouvernement chinois avait trouvé moyen de rentrer peu à peu dans les 28 millions de dollars qu'il avait payés aux Anglais pour le rachat de Canton et pour le remboursement des frais de la guerre. Cet établissement de magasins privilégiés pour le thé, et le système de contributions que nous venons d'exposer, constituaient une violation flagrante du traité de Nankin; car il en résultait la destruction de la liberté du commerce stipulée dans ce traité, et le rétablissement de la corporation des commerçants hongs, à laquelle les mandarins tenaient tant, parce que leur rapacité y trouvait une mine inépuisable; enfin une brèche se trouvait ainsi faite au tarif lui-même. A tous ces in-

LES MANDARINS APRES LA GUERRE DE 18i0. 81

convénients il faut en ajouter un autre fort grand : le précédent que cette mesure établissait. Car si l'on reconnaît aux mandarins le droit de grever l'exportation du thé d'un cinquième de tael par quintal, ne doit-on pas s'attendre a les voir plus tard augmenter ce chiffre, ou grever la soie et les autres articles ? A quoi servait donc le traité obtenu au prix de tant de sang? Les Anglais réclamèrent et protestèrent, mais sans rien obtenir. , A la fin del'année 1850, mourut l'empereur Tao-Kouang, prince doué d'excellentes qualités, mais qui n'avait qu'une très-médiocre capacité. 11 eut pour successeur un de ses fils, âgé d'un peu plus de vingt ans. Le parti réactionnaire s'empara aussitôt de lui, et voici le décret que publia ce prince ;

t« Décret écrit à V encre de vermillon^ déclarant le délit commis par Mu^Changa et Ki-ying.

« Le premier devoir d'un monarque est, sans aucun doute, d'employer les bons et d'éloigner de son service les méchants; et l'administration ne peut être formée exclusivement d'hommes dignes, aussi longtemps que les indignes ne sont point écartés. Aujourd'hui l'état de ruine où l'empire a été conduit par une trop grande faiblesse est arrivé, on peut le dire, a l'extrême. Certainement c'est à nous que doit être imputée la faute de la rétrogradation quotidienne du gouvernement et de la démoralisation progressive du peuple; mais il est du devoir de deux ou trois employés supérieurs (les ministres) de nous proposer ce qui est juste et de nous avertir de ce qui ne l'est pas, nous venant ainsi en aide lorsque nous n'atteignons pas le but que nous devrions atteindre.

« Mu-Changa a été pendant plus d'un règne favorisé de

l'emploi de premier ministre de notre cabinet, mais il n'a

pas tenu compte des difficultés, de l'attention diligente

qu'il devait y porter, et de l'obligation qu'il avait de s'i-

dentifier avec la vertu et les bons conseils de son souverain. Au contraire, tandis qu'il conservait sa position et jouissait de la considération qui y était attachée, il a tenu éloignés des hommes dignes, au détriment de l'État. Sans loyauté et sans foi, dissimulant ses pensées et ses tendances complaisantes, il a fait passer inaperçue sa trahison. Faisant usage d'abord de ses talents et de ses connaissances, il est parvenu a amalgamer ses idées avec les vues de son maître. La manière dont il traitait, lorsque pour la première fois se posa la question des barbares, ceux qui ne pensaient pas comme lui, est un sujet fait pour exciter la plus grande indignation.

« Dans le cas, par exemple, de Talcungah et Yan-yung, dont l'extrême loyauté et l'énergie l'embarrassaient, il ne dut tendre qu'à amener leur chute; tandis qu'il fit tout son possible pour établir Ki-ying, parce que dans cet homme sans pudeur et sans vertu il trouvait un complice qui partageait son iniquité. Il y a eu beaucoup de ces cas où il a eu des préférences dans le but de s'arroger indûment une partie du pouvoir. Ces cas sont trop nombreux pour qu'on puisse les énumérer. Sa Majesté notre dernier empereur était trop noble pour pouvoir en agir autrement qu'avec honneur envers les hommes, et il en résulta que Mu-Changa eut toute latitude pour pousser en avant sans crainte ses procédés déloyaux. Si la lumière de la sainte intelligence était tombée sur sa trahison, il aurait été châtié sévèrement. Certainement on ne lui eût montré aucune miséricorde; mais (n'ayant pas été découvert) il mit a profit la faveur qui lui était accordée pour se livrer à une plus grande licence, et il a continué ainsi jusqu'à la fin sans s'être amendé.

« Dans le commencement de notre règne, qui date du premier mois de l'année courante, toutes les fois que j'eus l'occasion de lui demander de m'exprimer son opinion, ou il me la donnait d'une manière ambiguë, ou il gardait le silence; mais après plusieurs mois il commença à

mettre en pratique ses artifices. Ainsi, lorsque le vaisseau des barbares anglais arriva à Tien-tsin, il voulut mettre en avant Ki-ying comme son confident, afin qu'il soutînt sa propre politique, et il eût voulu exposer une seconde fois la population aux cheveux noirs de l'empire aux calamités passées. Il serait impossible de dire ce que ses intentions renferment de dangereux. Quand Shi-ngan recommanda Lin-tsi-su pour qu'il fut employé, Mu-Ghanga, à.plusieurs reprises, exposa que sa sanié faible et ses infirmités le rendaient impropre au service, et quand nous lui ordonnâmes d'aller à Kouang-si pour exterminer les rebelles de cette pi-ovince, Mu-Changa exprima plusieurs fois le doute qu'il pût exécuter cet ordre (*). Il a obscurci notre vertu par ses faussetés, afin que nous ne vissions pas ce qui se passait dehors, et c'est en cela réellement que consiste son délit.

a Les tendances antipatriotiques de Ki-ying, sa lâcheté et son incapacité sont tout a fait surprenantes. Lorsqu'il était Canton, il ne fit qu'opprimer le peuple pour plaire aux barbares, sans prendre jamais souci des intérêts de l'État. On en eut alors la preuve évidente, si on ne l'avait déjà eue dans d'autres occasions, lors de la discussion qui surgit a propos de l'entrée dans la ville. D'un côté il faussa le divin principe de la justice, et de l'autre il outragea les sentiments naturels de l'homme au point qu'il manqua d'occasionner une rupture quand il n'y avait nul motif pour qu'il en survînt. Le dernier empereur, bien informé de sa duplicité, lui ordonna de revenir promptement dans la capitale, et quoiqu'il ne l'ait point dégradé immédiatement, il l'eût certainement fait plus tard.

« Souvent, durant mon règne, Ki-ying, toutes les fois qu'il fut appelé devant nous, a recommandé de cultiver

(*) Lin mourut en roule, alors qu'il se dirigeait vers Kouang-si.

Hi. LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

des relations amicales avec les bar])ares anglais, exposant les divers services qu'ils pouvaient rendre; il pensait que nous ne nous apercevions pas de sa déloyauté. Mais, tandis qu'il travaillait à consolider son emploi et ses émoluments, plus il déclamait et plus il apparaisait clairement qu'il était dénué de tout principe de probité ; sa parole avait comme de la rage d'un chien; mais il était, plus que l'animal, un objet de compassion.

« Les vues de Mu-Changa étaient occultes et difficiles a découvrir; celles de Ki-ying évidentes et faciles a connaître; mais le crime de tous les deux, en tant qu'il devait porter préjudice à l'État, est égal.

« Par conséquent, si la loi n'était pas satisfaite, comment se feraient respecter les règles du devoir, de manière qu'elles conservent la rectitude dans le cœur des hommes? ou comment ne serions-nous pas ingrats et ne manquerions-nous pas a l'importante charge que le dernier monarque nous a confiée? Toutefois, considérant que Mu-Changa a été ministre sous trois règnes, nous ne pouvons nous résoudre à le condamner en un jour à subir le sévère châtiment qu'il mérite; qu'il soit donc, par un effet de grande miséricorde, privé de son rang, et à jamais écarté de remplir un emploi quelconque.

« L'insuffisance de Ki-ying a été extrême ; mais comme il a été accablé par les difficultés de sa position, que la plus grande miséricorde possible s'étende aussi jusqu'à lui; qu'il soit dégradé, et reste en disponibilité, aspirant à un emploi de yuen-vai-lang dans un des six conseils.

« La conduite intéressée de ces deux hommes et l'oubli qu'ils ont fait de leur souverain sont chose notoire dans tout l'empire. Ne faisant rieri avec excès, nous ne les avons point condamnés a la dernière peine. En prenant une décision sur ce cas, notre sentence a été rendue après unemCire délibération, après l'avoir longtemps considéré. Notre sensibilité, comme nos sujets peuvent se l'imaginer,

LES iMANDARLNS APRES LA GUERRE DE 18 iO. 85

est réellement émue d'avoir a faire ce qui est inévitable.

« Dorénavant tout employé, grand ou petit, civil ou militaire, ayant une fonction dans la capitale ou partout ailleurs, doit régler sa conduite sur de bons principes et servir loyalement l'État. Que les maux accumulés pendant le long espace de temps qu'ont prévalu la paresse et' l'artifice soient un motifde repentir et de réformes accompagnés de crainte et de tremblement; on ne doit point reculer devant les difficultés ni se laisser dominer par la paresse, et si quelqu'un est en position de proposer quelque mesure qui puisse avoir de l'importance pour le gouvernement de l'État et le bien-être du peuple, qu'il l'exprime avec droiture et sans réserve.

« Que personne n'agisse dorénavant par affection pour son maître en politique, ou sous l'influence de ces sentiments envers qui le favorise; mais que tous s'attachent, comme nous espérons qu'ils le feront, à ce qui est chose de raison, sans s'en écarter le moins du monde, remplissant avec modération ses fonctions respectives.

« Que cela soit promulgué spécialement dans la capitale et hors de ses murs, pour que notre volonté soit rendue publique.

« Décret spécial du 18'' jour de la 10' lune de l'an 30 de Tao-kouang (21 novembre 1850).

« Que ceci soit respecté ! »

On voit par ce décret que le fameux exposé de Ki-ying a l'empereur, parlant avec dédain des étrangers, ne le sauva pas de la disgrâce.

Au commencement de 1851, un Chinois, né à Singapour (territoire anglais) d'une mère malaise, et qui était employé à bord d'un des vaisseaux qui font le commerce de l'opium, fut arrêté par les autorités chinoises, bien qu'il se trouvât inscrit au consulat anglais comme sujet de la Grande-Bretagne. Le consul le réclama; mais les mandarins, avant de le remettre, le firent fouetter, et cela

d'une manière si cruelle que, lorsqu'on l'envoya au consulat dans une chaise à porteurs, les employés, au moment où ils voulurent le retirer de la chaise, n'y trouvèrent plus que le cadavre dudit Chinois, qui s'appelait Tan-chin-chin. A cette vue, les porteurs, laissant la chaise à la porte du consulat, prirent la fuite. Les mandarins accusaient ce malheureux d'appartenir à la société secrète San-hO'huei.

A la fin de 1851, Leu-ke-yu, gouverneur de la province de Fou-kion, fut dégradé. Ce mandarin était coupable d'avoir publié, quelques années auparavant, une intéressante géographie universelle en six volumes, dans laquelle il donnait sur les pays étrangers des renseignements assez exacts, que par conséquent onjugea n'avoir été écrits que pour favoriser ces pays. Les cartes qui accompagnaient cet ouvrage étaient copiées sur des atlas publiés en Europe.

En avril 1852, les autorités chinoises de Fou-tchaou arrêtèrent deux copistes qu'employait dans son école un missionnaire anglais appelé M. Wetton, et les traitèrent avec la dernière inhumanité. Le consul Walker adressa, à ce sujet, un message très-énergique au gouverneur général de la province, lequel ne daigna pas même répondre.

Le 25 avril 1852, Siu écrivait au plénipotentiaire anglais qu'il ne pouvait pas, faute de temps, avoir une entrevue avec lui, et il proposait de la différer jusqu'à ce que les hostilités contre les rebelles fussent terminées.

En novembre 1852, le lieutenant de vaisseau M. de Lisle et un autre officier nommé Gushing furent volés et blessés à Kowloun, vis-a-vis Hong-kong. Le second put s'échapper; mais le premier étant demeuré à terre, le Commodore de l'escadre anglaise, accompagné d'employés et d'interprètes de Hong-kong, alla à sa recherche avec la frégate la Cléopâtre. Ils se rendirent auprès du mandarin de Kowloun ; mais il se cacha dans l'intérieur de ses appartements, faisant dire qu'il était absent, et les

iAnglais furent reçus par des officiers tout a fait subalternes, qui se montrèrent fort grossiers. Voici un passage du rapport officiel fait à cette occasion :

« Chaque fois que nous diimes aller voir le mandarin , on nous laissa exposés aux ardeurs du soleil jusqu'à ce qu'il pariit, et après cela on nous tint assis dans la salle extérieure de son tribunal, où l'on juge les criminels; ces deux modes de réception étant complètement opposés aux idées de politesse chinoise. »

Sir J. Bowring écrivait le 25 avril 1854 que le ministre américain M. Mac-Lane n'avait pu obtenir une audience du commissaire impérial, bien qu'il l'eût sollicitée avec beaucoup d'instances ; il ajoutait que M. Bourbonien se montrait on ne peut plus mécontent des procédés dont on usait à son égard.

Le 22 mai 1854, le commissaire impérial Yé écrivait à sir J. Bowring qu'en 1849 sir G. Bonham avait renoncé pour toujours a entrer a Canton, et citait le passage suivant de la dépêche : « Désormais cette affaire ne doit plus être discutée. » Or tout cela était une pure invention du mandarin. En 1849, Siu disait a sir G. Bonham que la convention en vertu de laquelle l'entrée de Canton devait être ouverte au mois d'avril de cette même année avait été signée en 1847 avec sir J. F. Davis, et que celui-ci étant retourné en Angleterre avant l'expiration du délai, la convention se trouvait par la annulée. Voilà ce que c'est qu'une correspondance officielle avec les mandarins chinois. Tant qu'il ne s'agit que d'échanger des communications, il n'y a point d'argument ni d'engagement qui les arrête, et ils ne se gênent pas pour se tirer d'embarras en débitant avec un merveilleux aplomb un mensonge ou une absurdité ; mais quand ils voient arriver des vaisseaux de guerre et des soldats , alors c'est autre chose ; ils écrivent sur un ton plus sérieux.

Dans la communication que nous avons mentionnée un peu plus haut, Yé se refusait a recevoir sir J. Bowring /devenu ministre plénipotentiaire en remplacement de M. Bonham) dans le palais où il faisait sa résidence ; mais il lui offrait une entrevue hors de la ville, dans le magasin du commerçant Ilowkua.

Les traités anglais et américains portaient qu'après douze ans ils pourraientétre revus. En conséquence, le représentant des États-Unis, M. Mac-Lane, se rendit à Ghanghaï en juin 1854, et eut une conférence près de cette ville avec Iliang, le vice-roi des deux provinces Kiang. Il le pria d'obtenir que l'empereur nommât un plénipotentiaire pour reviser le traité, en menaçant, dans le cas contraire, d'aller à Tien-tsin. Iliang lui répondit qu'il devait s'adresser à Yé, vice-roi de Canton, commissaire impérial pour traiter avec les étrangers. Iliang fit aussitôt son rapport à l'empereur, lequel approuva sa conduite par un décret du 15 juillet (1854). Voici quelques passages de ces documents (*):

Négociations angio-aïuéricaines eo 185 !i.

Mémoire d'iliang^ gouverneur général des Deux-Kiang^ rendant compte de la visite de M. Mac-lane, envoyé des États-Unis.

24 juin 1854.

« Votre esclave Iliang, gouverneur général des Deux- Kiang, s'adresse au Trône, agenouillé devant lui

« Votre esclave, ayant avec lui Ping-han, préfet d(; Soutchaou-fou,longtempsemployé dansée département et tout

(*) La iraduction de ces documents relatifs aux négociations de 18.i4 est empruntée aux Archives diplomatiques de M. Amyot, tome 3% II. n" 5 et G.

LES MANDARINS APRES LA GUERRE DE 18 iO. 89

àfaitversé dans l'affaire, est parti de Sou-tchaoule 19 juin, et, arrivé à Kwan-shan le 20 juin, il a réuni les fonctionnaires présents dans la maison publique de Kwan-shan. Il a sommé alors le chef américain de venir lui rendre ses respects. Les manières du chef, il faut en convenir, étaient respectueuses. Il dit : « Grâce a la faveur de Sa « Céleste Majesté, qui a ouvert les cinq ports au commerce, « nous avons été mis en état de nous plonger dans le gain. « Depuis l'année dernière, cependant, les communications « sur le fleuve sont devenues impossibles, et les pertes « supportées parles négociants, a ce sujet, nous ont dé- « terminé a présenter a Sa Majesté la prière de nous per- « mettre gracieusement de trafiquer le long du Yang-tse- « kiang. Nous escorterons et protégerons nous-mêmes les « marchandises que nous introduirons sur le cours du « fleuve. Si Votre Excellence refuse de faire pour moi, « auprès du trône, une représentation dans ce sens, je « serai obligé de me rendre à Tien-tsin. »

« Votre esclave lui dit avec autorité que le traité qui ouvre les cinq ports au commerce étant celui auquel l'empereur a donné son consentement, il était du devoir de tous de l'observer avec obéissance à jamais. Il était, du reste, clairement exprimé dans le traité qu'aucun État n'aurait le droit d'envoyer dans la suite un ministre en Chine pour soulever des discussions particulières. La demande présentée maintenant étant en désaccord avec le traité, ne pouvait être soumise à Votre Majesté. Et cela d'autant moins que les rebelles de Canton, ayant poussé jusqu'à la frontière du Chih-li, la population de Tien-tsin est devenue semblable a un mur par l'unanimité de sa résolution, et, combattant hardiment du côté du gouvernement, elle a discipliné plus de 100,000 hommes. Les rebelles ont tenté plusieurs fois de reconnaître les positions de ces derniers, mais ils n'ont jamais pu venir à bout de leur dessein

« Le chef répondit qu'une des clauses du traité per-

mettait la révision de celui-ci après une période «de douzo années, dont le terme n'était pas éloigné

« Le 27 juin, il envoya un duplicata de la lettre de son gouvernement. Cette lettre était conçue a peu près dans le môme sens que celle de Marschall, l'année dernière. .

a C'est l'opinion très-humble de votre esclave, que les Américains, jusqu'ici considérés comme si soumis, ont voulu tirer avantage des conjonctures présentes pour imposer leurs demandes. On ne peut donc se reposer sur leur coopération, bien qu'ils l'aient promise pour le rétablissement de l'ordre

« D'un autre côté, les barbares anglais ont, en plusieurs occasions récentes, cherché querelle a nos troupes. Il court surtout le bruit que les rebelles de Nanking auraient poussé jusqu'à Pung-pa et troublé le voisinage. Les oreilles et les yeux des hommes ne sont pas bouchés (*). Ce serait pousser ce chef à bout que de refuser de transmettre ses demandes au commissaire impérial, après avoir décliné de faire de sa requête l'objet d'un mémoire

« Ayant trois fois et plus réfléchi à ce moyen, votre esclave ne voit pas d'autre alternative que d'ordonner au chef de retourner à Canton et d'y attendre la décision de Yé-min-ching. »

Décret impérial approuvant la conduite d'Iliang, le 15 juillet 1854.

{Extrait.)

« En apprenant avec quelle faiblesse s'est conduit Wu-

nai-chan lorsque les chefs anglais ont voulu le contraindre

îi faire ce que bon leur semblait, nous avons publié un

décret transférant le cas à Yé, en lui donnant pour in-

C) C'esl-à-dire les étrangers comprendront ceci.

struction d'ordonner aux chefs barbares à Canton d'observer le traité, et d'empêcher les négociants étrangers de pénétrer dans l'intérieur de la ville.

« Maintenant Iliang nous rapporte que le chef américain Robert Maclane lui a rendu ses respects a Kwan-chan et qu'il a présenté une lettre de son gouvernement et fait lui-même une communication, qu'il persiste avec ténacité sur la révision du traité dans les douze années, qu'il désire trafiquer sur le Yang-tse-kiang, et qu'il allègue en même temps comme motif de plainte le transport de la douane de Chang-haï a Wousoung, et qu'il demande un changement a ce sujet. Sa propre communication contient des demandes qui ne se trouvent pas dans la lettre de son gouvernement, et sa conduite a été encore autrement présomptueuse.

« Iliang lui a répondu d'une manière conforme aux principes ; il n'a rien fait, il faut l'avouer, d'aussi indigne que Wu-nai-chan. C'est d'ailleurs au gouverneur des Deux-Kouangs qu'a toujours appartenu l'administration de toutes les relations commerciales avec les étrangers. Qu'en conséquence Iliang, maintenant qu'il a transmis à Yé des copies de la lettre du gouvernement du chef barbare et de sa correspondance avec lui, prie le chef de se rendre immédiatement de Kwan-chan a Canton et de ne pas faire un long séjour à Kiang-sou, de peur d'entraver par la l'enquête et la décision. C'est le devoir de Yé de prévenir sa malice en se tenant fermement au traité et en lui parlant péremptoirement et avec autorité.

« La maladresse et la faiblesse de Wu-nai-chan, dans sa conduite avec les rebelles et les chefs anglais a Changhaï ressortent de plus en plus de la suite de ses mémoires. [1 rapporte que le chef a fixé un jour pour une entrevue avec lui et « qu'assurément il n'est pas à présumer qu'il « s'en tienne aux préjugés existants dans toutes les me- « sures qui seront d'un bénéfice positif pour la Chine. » Ce qui équivaut à dire qu'il a été préparé depuis long-

temps ii faire des concessions. Nous avons déjà dégradé ce gouverneur et nous ordonnons a lliang et a Kir-hanga, pour le cas où il se serait laissé entraîner par les barbares dans quelque engagement extravagant ou illégitime, de le répudier entièrement et expressément, et de ne pas se laisser égarer par son absurdité. Qu'ils prient en même temps les barbares de se rendre a Canton et d'y attendre la décision de Yé-min-chins. »

Mémoire d'Iliang, gouverueor général des deni Kiang, le 20 août 185^.

« Le 15 juillet, Wu-kien-chang a rapporté que le consul des barbares anglais, Alcock, avait transmis une dépêche de Bowring a l'effet de demander une entrevue. Wu m'a expédié la dépèche. Bowring disait que si Votre Majesté lui faisait l'honneur de désigner un haut fonctionnaire pour discuter des affaires d'un égal intérêt pour la Chine et pour les étrangers, cela fortifierait la paix et l'amitié entre eux. La lettre ne contenait pas la requête d'une entrevue avec votre esclave.

« Votre esclave lui a écrit en réponse que le commissaire impérial chargé de l'administration des affaires des barbares a Canton étant le ministre effectivement désigné dans ce but par Votre Majesté, il ne serait pas conforme aux principes [correct) de déranger le trône par des demandes additionnelles a cet égard

<i Cette lettre avait été expédiée, lorsque Wu-kien-chang en envoya une seconde du chef américain Robert Maclane, annonçant que puisque votre esclave ne lui avait pas fait l'honneur de soumettre à Votre Majesté sa demande au sujet de la nomination d'un haut fonctionnaire dans le but de conférer avec lui sur des questions intéressant également la Chine et les États-Unis, il avait résolu d'accompagner le chef anglais a Tien-tsin et de communiquer delà ses désirs à Votre Majesté

LES MANDARINS APRÈS LA GLERHE DE 18i0. l»ô

« Votre esclave a écrit à Maclane de se désister de son projet

« C'est d'ailleurs une manœuvre ordinaire des barbares de prendre pour prétexte de leurs démarches des circonstances particulières. Quoi que les chefs puissent insinuer (ou chuchoter) contre Yé-min-ching, il est évident qu'ils ont coutume de craindre Yé-min-ching. Ils disent qu'ils vont aller à Tien-tsin. C'est peut-être cependant une assertion faite pour nous obliger à consentir k leurs demandes. Votre esclave les a conjurés avec une sérieuse bienveillance de rester, et les vaisseaux de leur chef ne sont pas encore partis. Cependant il n'y a point de sécurité, tant le caractère des barbares est inconstant et capricieux, qu'après tout ils ne partiront pas pour le nord et qu'ils ne chercheront pas 'a contraindre l'autorité impériale et les grandes autorités provinciales des juridictions de la côte.

« Votre esclave a écrit a K^veiliang, gouverneur général de Chi-li, d'être sur ses gardes, et de faire avec sang-froid et en secret des préparatifs de défense. Il a aussi écrit a Yé-min-ching. »

Décret impérial adressé à Yé, le 6 août 1854.

« En apprenant il y a quelque temps que les chefs des barbares anglais et américains demandaient une entrevue avec les hauts dignitaires de Kiang-sou, et qu'ils tentaient de les contraindre à agir selon leur convenance, nous avons envoyé des ordres à Yé-min-ching pour commandera ces chefs d'obéir au traité, afin de les mettre a même d'arrêter dans le bourgeon leurs desseins malicieux.

« Iliang nous annonce maintenant qu'il a reçu une note du chef anglais Bowring se plaignant de ce que lorsqu'il s'est rendu à Canton le commissaire impérial a répondu impoliment à ses avances, et une autre note du chef américain Robert Maclane, dans le but de l'aviser

i»i LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

qu'il s'est décidé à accompagner le chef anglais a Tientsin.

« Il est dans la nature des barbares d'être rusés et malicieux. Ils savent parfaitement que toute l'administration du commerce étranger est concentrée a Canton, et cependant ils se précipitent contre les ports, insistant avec une déraisonnable extravagance pour qu'on leur accorde leurs demandes.

« Nous avons prié les chefs de se rendre à Canton et d'y attendre une décision. Que Yé-min-ching, conformément il notre précédent décret, avise aux moyens de les guider dans la voie qu'ils doivent suivre, et qu'il leur ordonne d'observer fermement le traité. Que sous aucun prétexte il ne leur permette d'agir illégalement et de s'amuser à espionner sous prétexte que des modifications au traité doivent être admises au bout de douze ans. Qu'il leur apprenne qu'à la suite des arrangements pris maintenant pour la défense contre les rebelles, une force aussi nombreuse que les nuages est assemblée a Tientsin, et que si les barbares étaient assez malavisés pour s'y rendre, leurs vaisseaux pourraient être maltraités, dans lequel cas, loin de tirer avantage de leur visite, ils auraient attiré le malheur sur eux-mêmes.

« Quant aux formes à suivre par le gouverneur général Yé lorsqu'il recevra les chefs barbares, qu'il s'en tienne religieusement aux anciens usages. Il ne doit pas* en vue de la demande de ces barbares d'être traités plus libéralement, leur faire aucune concession, quelque légère qu'elle soit, de peur qu'elle ne diminue leurs craintes^

« 'Yé-min-ching a été informé, il y a quelque temps, que les barbares russes ont déclaré la guerre aux barbares anglais, et qu'ils leur ont enlevé des navires marchands a IIong-Rong : ceci devrait conduire les Anglais à tourner leurs regards sur eux-mêmes. Comment se fait-il au contraire qu'ils élèvent des difficultés contre la Chine? Le bruit parvenu aux oreilles de Yé était probablement faux

en grande partie. Yé doit apporter encore plus de soin dans sa manière de traiter cette affaire. La querelle qui a lieu entre ces barbares ne doit le mettre dans aucun cas hors de ses gardes. Qu'il envoie par la poste le résultat de ses dernières investigations et qu'il prenne des mesures a ce sujet. »

Sir John Bowring se présenta aussi a Ghang-haï vers la même époque que M. Maclane, et n'obtenant pas une audience d'Iliang, il se dirigea vers Tien-tsin, où M. Maclane le suivit. Ils arrivèrent à l'entrée du Pei-ho le 15 octobre, et furent, jusqu'au 40 novembre, en correspondance avec quelques hauts mandarins. Voici un extrait de leurs mémoires et de la réponse de l'empereur.

Mémoire de Wan-kien et Sliaug-jui, in 20 octobre.

« Le 28 octobre votre esclave Wau-kien et ses collègues ont eu devant le fort une entrevue avec les barbares. . .

« Ils demandent maintenant qu'il soit adressé à S. M. l'empereur la demande de permettre a Bowring et Maclane, les envoyés des deux nations, de conférer avec les ministres de S. M. à Pékin, afin d'établir les changements nécessaires »

« Bref, les traités de paix qui devaient durer dix mille ans ne seraient donc plus qu'un chiffon de papier.

« Votre esclave leur a répondu que le traité de paix

étant fait pour dix mille années, c'était un devoir de témoigner la déférence qui lui était due à jamais. Gomment donc pouvait-on demander des modifications ? i

« Qu'était-il besoin de venir a Tien-tsin pour y présenter importunément leurs demandes? La requête de Bowring et Maclane de se rendre aPékin pour y exposer leur affaire était non-seulement hors de question, mais une mesure telle que les mémorialistes ne pouvaient convenablement la soumettre au trône. , = ..= ,: = .... = . = ....

« Vos esclaves ont exhorté les barbares pendant plusieurs heures, en employant tous les moyens pour les remettre dans le bon chemin, et usant k leur égard dans une égale proportion de la sévérité et de la douceur. Les barbares ont persisté avec ténacité et mauvaise foi dans leur demande qu'une représentation fût faite au trône. A moins que Ion n'allonge la corde et que cette représentation au tronc ne soit indulgemment concédée, il faut craindre, bien qu'il ne soit pas présumable qu'ils remonteront la rivière, qu'ils ne fassent voile vers le sud et ne cherchent dans leur renvoi un sujet de plainte. Avec la responsabilité qui pèse sur eux dans une affaire aussi importante, vos esclaves n'osent pas s'en tenir aux préjugés existants contre toute concession. Le caractère des barbares est si malicieux, qu'il est toujours indispensable de prendre des précautions contre d'autres prétentions irrégulières de leur part.

« 11 ne reste à vos esclaves qu'à exposer franchement la vérité, et qu'à prier à genoux Votre Majesté de leur déclarer pour leur gouverne si un haut dignitaire sera ou non envoyé par Votre Majesté; ou si le gouverneur général Kweiliang se rendra à Tien-tsin pour prier les barbares de repartir, leur indiquer le lieu où ils doivent se rendre pour y attendre l'examen et la décision de leur affaire, afin que les barbares avec une respectueuse obéissance retournent promptement dans le sud. »

Mémoire de Wan-kien et Chaiig-jui dn 2!i octobre.

(I Vos esclaves ont eu une entrevue les 17 et 18 octobre avec les interprètes anglais et américain Medhurst et Parker

« Sur la demande quelle était la cause réelle de leur venue, Medhurst a présenté une copie de ses propositions, et Parker deux manuscrits dont l'un était iden-

LES MANDARINS APRES LA GUERRE DE 18 iO. 97

tique à celui déjà présenté a Iliang, gouverneur général des Deux-Kiangs. Trouvant ces propositions en général conçues dans des termes aussi outrageants qu absurdes, vos esclaves les ont blâmées comme inconvenantes, ainsi que c'était leur devoir, et les ont immédiatement ren* voyées, ne pouvant prendre sur eux de les recevoir. . . .

« Le conseil a transmis hier a vos esclaves un décret impérial conçu en ces termes : a Dans leur entrevue avec les barbares, Wau-kien et ses collègues doivent déconcerter leur ruse et leur arrogance et déjouer leurs malicieux sophismes. »

« Le 21 octobre vos esclaves ont eu une autre entrevue avec Medhurst et son collègue, dans laquelle ils les ont priés de leur expliquer la cause réelle et véritable de leur venue. Les barbares ont derechef assuré qu'ils étaient vraiment venus pour demander une modification du traité, les marchandises étant difficiles a acheter a cause de l'état de trouble du pays, et ils ont de nouveau présenté leur papier contenant des propositions dans ce sens.

a Vos esclaves l'ont parcouru ensemble et ont fait des objections article par article • • . .

« Quanta la proposition d'envoyer un plénipotentiaire résider dans la capitale de la Chine pour y conduire la correspondance avec le gouvernement, vos esclaves ont observé avec autorité que le traité original ne permettait à aucun État d'envoyer des fonctionnaires a Pékin. Pour une chose aussi insignifiante que le commerce, quelle correspondance pouvait-il y avoir? Bien plus, l'enceinte réservée a la dynastie céleste est un sol sacré. Comment pourrait-on tolérer qu'il fût profané par leur présence?

« Toutes les requêtes ci-dessus étaient outrageuses et impertinentes, tout a fait impraticables ; il ne convenait pas de les discuter. Quant aux autres changements réclamés au traité, ils se rapportaient pour la plupart au commerce sur le Yang-tse-kiang.

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