II
Son pcrc futgouvcrncur d'une ville de troisième classe; (ppcndant Confucius ne fut point élevé sous sa direction, mais sous celle de sa mère, qui devint veuve à la fleur de son âge. Le jeune Confucius, parvenu a l'adolescence, oijtint un emploi dans lequel il se distingua par son talent et sa probité. Bientôt il fut nommé surintendant pour la direction delà campagne et des troupeaux. Sa réputation allait croissant, ([uand il perdit tout à coup sa mère. Alors se conformant a un ancien usage qui s'observe encore, il se retira des affaires publiques, et porta durant trois ans un deuil rigoureux. Pendant ce temps il se livra avec ar-V dcur a l'élude de l'antiquité, et particulièrement à celle des. livres appelés Kiny ou classiques.
Le deuil terminé, les ministres de son pays voulurent le rappeler au service public, mais la science étant devenue pour lui une passion, il s'y refusa, et se livra a des voyaj^cs dans les différents royaumes dont se composait alors la Chine. Il cheminait sur un char traîné par un btouf, et plusieurs disciples le suivaient a pied. Dans ces excursions il ne se bornait pas a apprendre tout ce qu'il pouvait, il profitait encore de toutes les occasions qui se présentaient à lui pour donner de bons conseils aux gouvernants dans l'intérêt du bonheur des peuples. Par exemple, il demanda a un roi qui avait un oiseau en cage s'il ne le mangerait pas cuit: « En aucune manière», dit celui-ci. Confucius lui fit observer qu'il mangeait bien journellement d'autres oiseaux, et le roi lui répondit qu'il n'avait jamais vu ces oiseaux qu'on servait sur sa table, tandis qu'il était accoutumé a son petit oiseau qu'il voyait do près et qu'il aimait pour ce motif. « Ceci vous apprend, seigneur, jusqu'à quel point il vous convient de connaître vos sujets et de vous informer de leurs besoins, car de cette manière vous les aimerez et vous désirerez les rendre heureux. » A un roi qui lui avait demandé, entre autres puérilités, comment un philosophe doit se vèlii- : c De la même manière que
INFLUENCE DE CONFUCIl'S. ."51
les gens des pays ou il se trouve, » répondit-il. Ce roi lui demanda ensuite quel devait être le genre de vie d'un sage, et Confucius lui dit :
« Le vrai philosophe ne se produit pas de lui-même dans les festins de parade pour avoir occasion de briller, mais il attend qu'on l'y invite. S'il est du nombre des invités, il s'y rend, et fait exactement, et sans ostentation, tout ce qui est d'étiquette. ParCit-on ne pas faire attention à lui, il ne s'en offense pas, et ne donne aucun signe de mécontentement.
« Il n'est occupé du matin au soir que de ce qui peut lui procurer l'acquisition de quelque vertu ou augmenter le nombre de ses connaissances.
« Sil sent qu'il a assez de droiture et de fermeté pour remplir les grands emplois, il ne les refuse point quand on les lui offre; il fait tous ses efforts pour les remplir dignement II n'ambitionne point les honneurs, et ne cherche point a amasser des trésors, l'acquisition de la sagesse est le seul trésor après lequel il soupire; mériter le nom de sage est le seul honneur auquel il prétende.
« Il n'emploie pour traiter les affaires que des hommes sincères et droits; il ne donne sa confiance qu'à des hommes fidèles et sûrs. Il ne rampe pas devant ceux qui sont au-dessus de lui, il ne s'enorgueillit pas devant ses inférieurs; il respecte les premiers, il est affable envers les autres, il rend a tous ce qui leur est dû. S'il s'agit de reprendre quelqu'un de ses défauts ou de lui reprocher ses fautes, il ne fait l'un et l'autre qu'avec une extrême réserve.
« Il estime les gens de lettres, mais il ne mendie pas leurs suffrages; il ne s'abaisse ni ne sélève devant eux. Il est au-dessus de toute crainte, quand il fait ce qui est de son devoir; une conduite irréprochable, jointe à des intentions pures et droites, lui sert de bouclier contre tous les traits qu'on pourrait lui lancer; la justice
et les lois sont les armes dont il se sert pour se défendre ou pour attaquer. L'amour qu'il porte à tous les hommes le mot en droit de n'en craindre aucun; l'exactitude scrupuleuse avec laquelle il pratique les cérémonies, obéit aux lois, et s'astreint à l'observation des usages reçus, fait sa sûreté, même parmi les tyrans. Quelle que soit l'étendue de son savoir, il travaille toujours à l'agrandir; il étudie sans ces.^e, mais non pas jusqu'il s'épuiser.
« Quelque ferme qu'il soit dans le bien, il veille continuellement sur lui-même, pour ne pas se négliger. Dans tout ce qui est honnête et bon, il ne voit rien de petit; les plus minutieuses pratiques tournent chez lui au profit de la vertu.
« Il est grave quand il représente ; affable et bon avec chacun, gai et d'humeur toujours égale avec ses amis.
« Il se plaît de préférence dans la compagnie des sages, niais il ne rebute point ceux qui ne le sont pas.
« Dans son intérieur il ne témoigne aucune prédilection pour un membre de sa famille plutôt que pour l'autre ; à l'extérieur ou en public, il traite également tous les hommes. L'eùt-on grièvement offensé, ou par des paroles injurieuses, ou par des actions insultantes, il ne donne aucun signe de colère ou de haine; et son extérieur serein et tranquille est une preuve non équivoque de la tranquillité d'âme dont il jouit.
« Le vrai philosophe cherche à se rendre utile a l'État, n'importe de quelle manière. Si par quelque action éclatante, ou par quelque ouvrage important, il mérite bien dç la patrie, il ne fait pas valoir ses services dans la vue d'en être récompensé, il attend modestement et avec patience qu'on lui fasse justice, et s'il arrive que dans la distribution des récompenses on l'ait oublié, il ne s'en plaint point, il n'en murmure point.
« Le suffrage des hommes honnêtes, l'honneur d'avoir contribué en quelque chose à l'avantage de ses compa-
triotes, et la satisfaction dont il jouit intérieurement, di' avoir fait le bien pour le bien^ sont pour lui la plus flatteuse des récompenses. Si, au contraire, en vue de son mérite, on le place au faîte des honneurs, il n'a garde de s'en enorgueillir ; il ne perd rien de sa modestie ordinaire, et n'est pas moins accessible à ceux qui vont à lui pour le consulter ou s'instruire, qu'il le serait si la fortune adverse lui faisait éprouver des malheurs. Le changement de fortune, soit en bien, soit en mal, ne change rien dans ses mœurs ni dans sa conduite ; il est le même en tout temps.
« Uniquement occupé de remplir sa tâche dans ce monde et de la remplir de son mieux, content de la place qu'il occupe parmi ses semblables, il n'ambitionne point d'être ce qu'il n'est pas; il ne porte point envie à ceux dont le mérite, la sagesse, la science et les talents sont égaux ou supérieurs dans l'opinion des hommes à ceux qu'il possède lui-même. Il n'a pas de mépris pour ceux qui manquent de ces qualités, de ces talents; il vit en bonne harmonie avec les uns et les autres; il s'accommode de tout avec tous, et les respecte également comme étant ses semblables dans l'ordre delà nature. Le respect et la bonne harmonie font naître la bienveillance; les manières douces, décemment complaisantes, affectueuses, en sont les fruits; les éloges fondés sur la vérité, donnés libéralement, mais sans affectation, les services rendus a propos et sans être sollicités, sont le comble de la perfection. C'est de tout cela réuni que se forme sans efforts cette charité universelle, qui ne fait exception de personne, et qui embrasse tout le genre humain; et c'est de cette vertu, source féconde d'où découlent toutes les autres, que le vrai philosophe cherche àse pourvoir avant tout; c'est par elle qu'il se distingue de l'homme ordinaire; c'est elle qui dirige toute sa conduite, et qui vivifie, pour ainsi dire, toutes ses actions {*). »
(1) Ces lignes, ainsi que les autres pensées de Confucius queje II. 20
Ce discours causa une vive impression au roi, et il dit que désormais il traiterait les philosophes avec la plus grande distinction et qu'il vénérerait leurs conseils. Confucius lui répondit :
« Cela est très-bien, mais un grand roi doit se proposer quelque chose de mieux encore. Il doit avoir un amour tendre pour tous ses sujets; faire en sorte qu'ils soient heureux et contents, et (ju'ils se félicitent de vivre sous son règne. »
On lui demanda dans une autre occasion quelle règle devait suivre celui qui voudrait agir toujours conformément a la justice; il répondit : « Ne faites a personne ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. »
A un autre qui voulait savoir ce que devait faire celui qui désirerait être sage et vertueux, il dit :
a Faites le bien on tout temps, en tout lieu , dans toutes les circonstances où vous pouvez le faire; vous serez, n'en doutez pas, vertueux et sage.
« Faites le bien pour lui-même, sans aucun motif d'intérêt personnel; on vous rendra la justice que vous méritez, et vous jouirez, sans contestation, de la réputation de vertu et de sagesse qui se fait d'elle-même en faveur de ceux qui se conduisent ainsi sans paraître l'ambitionner.
« Soyez sévères envers vous-mêmes quand il s'agira de vos propres défauts, mais indulgents envers les défauts des autres; ne dites jamais du mal de personne, et ne faites point cas du mal qu'on pourra dire de vous; gardezvous bien surtout de rechercher ou de mépriser l'appro-
copie dans ce cliapilrc, ont été traduites du chinois par le sinologue bien connu, M. Th. Pauthier.
INFLUENCE DE CONFUCIUS. r,35
bation des hommes, mais recevez les louanges ou le mépris avec une égale indiôerence. Si vous ne contentez pas tout le monde, personne du moins ne vous trahira. Je n'ai pas d'autre réponse à vous faire pour le moment.»
Qui pourra lire sans en être touché les paroles suivantes, qu'il adressa, alors qu'il était déjà très-avancé en âge, a son disciple favori Ych-hoeï, en présence de ses autres disciples :
« Mon cher Yeh-hoeï, j'avance a grands pas vers la fin de ma carrière, et le temps de ma dissolution n'est pas éloigné. Vous avez été témoin de tout ce que j'ai fait pour tâcher d'inspirer aux hommes l'amour de la vertu, et vous n'ignorez pas combien j'ai eu peu de succès. Il y a peutêtre de ma faute si je n'ai pas réussi : dans ce cas vous la réparerez, et vous viendrez à bout de ce que j'ai tenté inutilement. La connaissance que j'ai de votre bon naturel, et les progrès que vous avez faits dans l'étude de la sagesse, me font fonder sur vous les plus douces espérances.
« Vous aimez les hommes, je vous ai vu compatir à leur faiblesse, excuser leurs défauts, ne pas vous offenser de leur ingratitude, ni de leurs autres vices; je vous ai vu leur faire tout le bien que vous avez pu, et leur souhaiter tout celui que vous auriez voulu pour vousmême; en un mot, je me suis convaincu, en observant de près toute votre conduite, que vous avez \ humanité fjin) gravée dans votre cœur en caractères ineffaçables. Continuez a faire de cette vertu votre vertu favorite, et puisque vous savez parfaitement en quoi elle consiste, et ce qu'elle exige de ceux qui veulent l'acquérir, faites tous vos efforts pour en faire connaître l'excellence, et prenez sur vous d'en expliquer la doctrine quand je ne serai plus. C'est ce que je vous recommande par-dessus tout.»
Confucius prescrivait sans cesse les usages et les coutumes de l'antiquité, et particulièrement ceux du temps des rois Yao et Chun ; cette époque est l'âge d'or des Chinois. Suivant les chroniques et les traditions, Yao, qui vécut treize siècles avant Jésus-Christ, fut un souverain patriarcal, et l'idole de son peuple. Entre autres choses, on rapporte de lui qu'il avait un endroit de son palais accessible à tout le monde, une tablette où l'on pouvait écrire, et un tambour. Le premier venu entrait et écrivait ce qu'il lui plaisait, puis il donnait un coup sur le tambour; à ce bruit le roi accourait pour lire ce qu'on avait écrit. Avant de mourir, Yao choisit pour successeur l'homme le plus vertueux qu'il connût dans son royaume et l'associa à son autorité. Après sa mort cet homme, appelé Chun, continua le gouvernement paternel de Yao. Quand on demandait a Confucius d'expliquer sa doctrine, il répondait :
« Ma doctrine est celle que tous les hommes doivent suivfe ; c'est fa doctrine de Y'ao et de Chun. Quant à ma manière d'enseigner, elle est toute simple : je cite en exemple la conduite des anciens; je conseille la lecture des livres sacrés (King), et j'exige qu'on s'accoutume à réfléchir sur les maximes qu'on y trouve.»
. En effet, l'antiquité était pour Confucius le moyen le plus puissant, soit pour inculquer les maximes qu'il en tirait, soit pour donner de l'autorité aux siennes propres ; et il poussait son système jusqu'à l'exagération, donnant une grande importance à la musique, parce que les anciens la cultivaient; recommandant avec ardeur l'exercice de la chasse, parce que, du temps de Yao, le pays se trouvant peu habité, il était nécessaire de tuer les animaux qui se multipliaient en trop grande quantité; et discutant même avec les rois sur la question de savoir s'ils mangeaient le grain avant les fruits ou les fruits
avant le grain, ou s'ils faisaient certaines cérémonies de telle ou telle autre manière, voulant ainsi rétablir dans toute leur pureté les usages anciens.
Confucius vécut a une époque où la Chine, qui auparavant avait formé un seul royaume, se trouvait divisée en plusieurs États distincts, d'où résultaient, par une conséquence naturelle, l'anarchie et les guerres. Soit à cause de ces circonstances, soit par suite delà bonté naturelle qui formait le trait principal de son caractère, il est positif qu'il éprouva une grande horreur pour la guerre, et s'efforça de graver dans le cœur de ses innombrables disciples l'amour de la paix. Voici la leçon qu'il leur donna un jour. Étant allé se promener avec eux sur une montagne, il en descendit tout mélancolique, et leur dit que de ces hauteurs il avait promené ses regards de tous côtés et fait cette triste réflexion, que de toutes parts on voyait surgir des ambitieux turbulents, et que les hommes se détruisaient mutuellement. Il invita ensuite les plus distingués de la réunion a manifester leur opinion et à exposer les moyens qui, a leur avis, étaient plus propres à remédier à de tels maux.
Plusieurs exposèrent leurs vues, après quoi Yenhoeï dit :
« Si j'avais quelque souhait a former pour pouvoir travailler efficacement au bonheur des hommes, je désirerais vivre sous un roi qui fût vertueux et éclairé ; je souhaiterais que ce roi jetât les yeux sur moi pour tirer parti de mes faibles talents et m'engager à concourir avec lui à la bonne administration du royaume.
« Les plantes hiun et yeou (la plus odorante et la plus fétide des plantes), lui dirais-je, ne peuvent croître dans un même champ : Yao et Kie n'auraient pas pu gouverner ensemble. Commençons donc par écarter loin de nous les flatteurs et les hommes vicieux, et substituons-leur des hommes sincères et pleins de vertu ; chargeons ces
hommes vertueux et sincères d'instruire le peuple des cinq devoirs capitaux [l'humanité^ la justice, Vamour de Vordre, la^/idélité, la bonne foi), et de lui apprendre il les remplir. Après cela, n'ayant plus d'ennemis a craindre, nous n'aurons pas besoin d'avoir des troupes sur pied, ni de fortifier nos villes par des remparts et des fossés. Nous sèmerons des grains dans nos fossés ; les matériaux de nos remparts serviront pour élever des édifices a l'usage des citoyens, et les armes seront employées à faire des instruments aratoires. Voilà ce qui me paraît le plus propre a procurer aux hommes le plus grand bonheur dont ils puissent jouir. Si je suis dans l'erreur, je prie notre maître de m'en tirer.
« — Vous êtes un sage », répondit Confucius.
Les voyages de Confucius dans les diiîérents États de la Chine et les leçons de philosophie qu'il donnait, augmentèrent beaucoup sa réputation, et à son retour dans le royaume de Lou, sa patrie, le souverain le nomma premier ministre, emploi qu'il accepta parce qu'il lui procurait les moyens de faire du bien et de mettre en pratique ses principes de morale et de gouvernement. Il s'acquitta de ces hautes fonctions au grand avantage du pays pendant quelques années, jusqu'à la mort du roi qui l'avait élu, et dont le successeur le destitua, ne pouvant se plier au système rigoureux du sévère philosophe.
Rentré dans la vie privée, il ouvrit une école où ne tardèrent pas à se réunir trois mille disciples; il passa le reste de ses jours à rédiger et à expliquer ces livres qui devaient être si célèbres sous le nom de U-king (les cinq livres classiques ou les cinq livres sacrés).
Les fondements de la morale de Confucius, relativement à l'individu, s'appuient sur le perfectionnement de soi-même, sur la piété filiale et sur la charité.
Quant à la politique, il regarde les gouvernants comme les pères des gouvernés, et par conséquent le souverain
comme le père de tous. D'où il résulte, suivant son grand système de la piété filiale, que tout ce que possède le sujet appartient au prince, et que celui-ci est maître absolu des biens et de la vie de ses sujets. Mais en donnant au prince une telle autorité, il exige de celui-ci la vertu, ol déclare que c'est pour lui une obligation imposée par le ciel de bien gouverner et d'aimer ses sujets. Il va même jusqu'à admettre ce principe que le peuple peut détrôner le roi quand il est mauvais souverain.
L'idée fixe de Confucius était le bien-être du peuple plutôt que la perfection spéculative de l'homme ; mais jamais il ne songea a lui procurer des droits et des garanties. D'un côté, obéissance aveugle du peuple, et de l'autre, souveraineté absolue mais sage du prince : voila sa théorie gouvernementale.
Il consacra toute sa vie a acquérir la sagetsse et a prêcher la vertu; mais en réalité c'était un homme d'un savoir très-restreint, soit a cause de l'époque où il vécut, soit a cause de l'isolement de la Chine. Enfoncé dans les régions sublimes de la morale, il ne s'abaissa jamais à considérer les phénomènes de la production et de la consommation des richesses; il ne se douta pas de limportance de procurer des débouchés aux produits naturels de son pays, d'encourager l'industrie et de protéger le commerce. S'il recommandait la culture assidue des champs et la facilité des communications, il n'avait en vue que l'abondance, et par conséquent le bon marché dos subsistances et nullement la pensée de Yexportalion au bénéfice des propriétaires. Et quant au commerce, on peut comprendre ses idées d'un seul coup par le fait suivant. A l'époque où il était a la tête du gouvernement de sa patrie, il y avait un spéculateur qui, personnellement et par l'entremise de ses agents, accaparait le bétail dans la campagne et le vendait ensuite dans la capitale, avec tout le bénéfice possible; par ce moyen il était parvenu à acquérir de grandes richesses, do sorte que personne
ne pouvait lui faire concurrence dans ce commerce. Confucius le fit venir et lui dit d'un ton sévère :
« J'ai appris que vous étiez l'un des plus riches citoyens de la ville : je souhaiterais que ces richesses fussent le fruit de votre travail ou d'une honnête industrie, je m'en réjouirais avec vous; mais il n'est malheureusement que trop vrai que la fortune dont vous jouissez n'est duc qu'à un monopole dont vous devriez être sévèrement puni. Je vous fais grâce, à condition néanmoins que vous vous corrigerez et que vous restitaeiez au public ce qui a été volé par vous au jJublic. La manière dont je veux que cette restitution se fasse mettra votre honneur à couvert. De toutes vos richesses, ne réservez pour vous que ce quïl faut pour vivre dans une honnête aisance; vous laisserez le surplus a ma disposition pour les besoins de l'État. N'entreprenez pas de vous justifier, encore moins de me donner le change ou de me tromper. Vous n'y réussiriez pas. Je vous donne quelques jours pourfaire vos dispositions; pensez sérieusement à ce que vous ferez; je n'ai pas autre chose à vous dire : retirez-vous. »
En conséquence le commerçant dut se laisser dépouiller de la plus grande partie de sa fortune.
Mais le plus grand défaut de Confucius, comme homme d'État, ce n'est pas son ignorance absolue de ce que nous appelons aujourd'hui l'économie politique^ mais son culte aveugle pour tout ce qui est ancien. D'après se^ maximes, point de changement, point de progrès, point d'importation des sciences étrangères; son beau idéal s'arrête à la civilisation des temps de Yao et de Chun, qui vivaient il y a quatre mille ans III
Confucius n'a rien écrit en fait de religion, et il n'est pas même facile de déduire de ses ouvrages s'il croyait ou non à l'immortalité de l'àme ; .
(') « The rcmarks of Confucius upou rcligious subjecls were vcry
Sa renommée, comme celle des autres grands hommes, s'est accrue par la suite des siècles. Différents empereurs l'ont honoré des titres de grand sage, grand saint, maître de la nation, prédicateur impérial, le plus sage et le plus vertueux de tous les instituteurs des hommes, etc.
La collection de ses œuvres est pour les Chinois ce qu'est le Koran pour les musulmans et l'Évangile pour les chrétiens; elle est la source des coutumes et des lois de l'empire. Par exemple, l'empereur Kang-hi, homme éclairé, fit une ordonnance composée de seize articles, qui résume tous les devoirs du bon citoyen, et commanda que les autorités la lussent une fois par mois au peuple.
Cette loi provint des conseils suivants, que Confucius donna à un de ses disciples, qui, ayant obtenu un gouvernement, était venu lui demander des règles pour sa conduite :
« Soyez diligent à traiter les affaires; informez-vous exactement de toutes les circonstances qui peuvent contribuer a vous les faire connaître, à démêler le vrai d'avec ce qui n'en a que l'apparence, et a vous faciliter les moyens de les terminer agréablement.
« Soyez juste, désintéressé, toujours égal a vous-même, La justice ne fait acception de personne, elle rend a chacun ce qui lui est dii. Le désintéressement conduit à Vé-
few; he ncver taught Ihe duty of man to any higher power than Ihe head of the slate or family, though he snpposed himself commissioned by heaven to restore the doctrine and usages of the ancient King?. He admitted Ihat he did not understand rauch about the gods, that they were beyond and above the compréhension of man, and Ihat the obligations of man lay rather in doing bis diîty to his relatives and society than in worshipping spiriis unknown. « Not knowing even life, said he, how can we know deatb ? »
{The Middlc Kingdom, by S. Wells Williams, vol. II, p. 23C.)
quilé ; quand on est inicrcssc, Von cesse bientôt d'être juste^ Tout ce qu'on reçoit de ses inférieurs^ sous quelque titre que ce puisse être, est un véritable vol qu'on leur fait. L'égalité d'humeur dans un homme en place lui attire la confiance; elle le fait aimer des bons, craindre des méchants et respecter de tout le monde.
« Soyez dun abord facile ; ne montrez un front sévère à qui que ce soit, et recevez avec bonté, sans aucune exception, tous ceux qui s'adresseront à vous. Vous devez vous regarder comme le père commun.
« S'il faut traiter les affaires avec toute la diligence possible, il faut être extrêmement sur vos gardes pour ne pas les terminer avec précipitation. Ne portez de jugement qu'après que la vérité vous sera parfaitement connue.
a Dans chacune des quatre saisons de l'année, assem^ hlez le peuple au moins une fois pour lui expliquer vousmême ses devoirs. Faites en sorte qu'il ne manque d'instruction dans aucun temps; car sHl ignore ce qu'il doit faire ^ comment pourrait-il être coupable en ne le faisant pas?
a Ne l'occupez jamais a des ouvrages de corvée, lorsque les travaux de là campagne et ceux qui sont de nécessité pour lui-même doivent l'occuper. »
bans les préceptes de Kang-hi mentiontlés plus haut, bn inculque principalement l'amour filial et le devoir d'honorer d'abord la littérature, qui est la source de la sagesse, et en second lieu l'agriculture, qui procure aux hommes leur subsistance; tout ceci conformément aux maximes de Confucius. On y rabaisse aussi toutes les religions, mais on ne les prohibe pas.
On trouve une autre preuve de l'influence de Confifcius, dans le système fiscal qui régit encore la Chine de nos jours. Si l'on y a établi des droits de douane , on l'a fait seulement pour en tirer des revenus, et non pour proléger
l'ngricuUure et l'industrie nationales. Aucun article, aucune marchandise n'ont jamais été prohibés dans ce but, et les droits n'ont pas été excessifs. On dirait que ces Asiatiques ont adopte avant nous le principe de la liberté du commerce ; mais la vérité est que Confucius n'attacha aucune importance au trafic ni a l'industrie (*). Le riz, qui est le froment des Chinois, a toujours été libre de tout droit, même aux époques où il s'est exercé une plus grande oppression sur les négociants étrangers. Et non-seulement le riz était exempt de tout droit, mais de plus le navire qui en était chargé, ne fCit-ce qu'à moitié, était aussi exempté (avant les derniers traités) du droit exorbitant de tonnage auquel étaient soumis tous les autres navires. Si l'on a mis des obstacles au commerce étranger, s'il a subi des extorsions, on doit les attribuer a la méfiance du gouvernement ou a la rapacité de ses agents.
Quand on fait un traité avec les diplomates chinois, ils ne'songentpas même au principe de la réciprocité. Ils ne demandent rien, ne veulent rien ; pour eux, le traité est une concession de certains avantages faits aux Européens, et voila pourquoi ils évitent autant qu'ils le peuvent d'en conclure ; et quand ils ne peuvent l'éviter, leur habileté s'exerce a accorder le moins possible. Ils ne se préoccupent jamais de faciliter l'exportation de leurs produits naturels, et encore moins de protéger leurs sujets qui vont en d'autres pays. A Manille, dans les premiers temps de la domination espagnole, les Chinois accoururent par milliers ; il s'ensuivit qu'ils s'enhardirent
(•) Lors des négociations qui ont eu lieu pour le traité deTien-tsin en 18Ô8, quelques mandarins ont mentionné les intérêts des négociants et des industriels indigènes; mais c'était seulement pour trouver des prétextes afin de s'opposer à la libre entrée des EurO' péens dans linlérieur de l'empire.
et se soulevèrent à trois différentes reprises. Une fois, ils assiégèrent les Espagnols dans la capitale et allèrent jusqu'à donner l'assaut ; mais ils finirent toujours par être vaincus: le massacre fut horrible.
Lors du dernier soulèvement qui eut lieu en 1762, le gouverneur général de la colonie publia un décret qui ordonnait que danis toutes les îles de l'Archipel, en quelque lieu que l'on prît un Chinois, on le pendît immédiatement, sans nulle forme de procédure. Dans aucune de ces circonstances il n est jamais venu a l'esprit du gouvernement chinois de faire ni réclamation ni recherche. Si l'on eût dit à quelque mandarin que plusieurs milliers de Chinois avaient été massacrés sans raison aux îles Philippines, il aurait répondu : « Pourquoi y vontils ? »
Les gouvernants anglais maintiennent avec une extrême rigueur le principe de l'indépendance absolue de leurs sujets en Chine vis-a-vis de l'autorité du pays; et cependant, à Hong-kong, il y a des milliers de Chinois entièrement soumis aux lois et a la justice de la Grande-Bretagne, sans que les mandarins réclament pour leurs sujets l'exemption de la juridiction locale dont les Européens jouissent sur le territoire chinois.
Après Confucius d'autres philosophes ont écrit, et quelques-uns ont commenté ses maximes. Parmi eux se distingue Meng-tseu, quoique, a vrai dire, on ne trouve chez lui rien d'original et rien de nouveau ; au contraire, ses écrits, généralement dialogues avec vigueur, semblent être plutôt une confirmation et une amplification des maximes de Confucius. Toujours la piété filiale d'un côté et le prince parfait de l'autre. S'il offre quelque différence, c'est dans la plus grande énergie de ses expressions. Par exemple, il raconte qu'il fit cette question à un roi : a Croyez vous que ce soit la même chose de tuer un homme avec un sabre ou avec un bâton ? » Le roi répondit : «.C'est la même chose. » — « Et n'est-ce pas la
même chose, répliqua Meng-tseu, de le tuer au moyen d'un bâton ou d'un mauvais gouvernement? »
Il rapporte aussi qu'un roi lui parla de Tcliing-tong, qui détrôna Kié et le bannit, et de Wou-wang qui tua le roi Chéou, et lui demanda : « Est-ce qu'il est permis aux sujets de détrôner et de mettre a mort leur souverain ? » Le philosophe répondit :
« Celui qui fait un vol à Thumanité est appelé voleur, celui qui fait un vol a la justice est appelé tyran ; or un voleur et un tyran sont des hommes, et l'on doit les regarder comme tels (de quelque dignité qu'ils soient revêtus). J'ai toujours entendu dire que l'homme nommé Chéou avait été mis à mort, et non pas que Wou-wang ait tué son prince. »
Il est remarquable que dans un pays aussi essentiellement despotique que la Chine, les livres oiî l'on admet comme licite le détrônement des mauvais rois, soient destinés par le môme gouvernement à servir à l'instruction et à l'éducation de ceux qui se livrent à l'étude et à la politique.
Après ces faits, on doit avoir compris que les écrivains qui sortirent de l'école de Confucius ne firent par leurs écrits que canoniser ses maximes, exalter les temps de Yao et de Chun et fermer la voie a toute idée de progrès.
La classe élevée de la noblesse, si l'on peut employer ce nom à propos de la Chine, se compose des mandarins et des gradués dans les universités, entièrement absorbés dans les livres de leurs philosophes, ce qui fait qu'ils sont les ennemis naturels de la moindre innovation ou réforme.
Au troisième siècle avant Jésus-Christ, l'empereur Thsin-chi-hoang-ti réunit sous son sceptre les différents États suzerains entre lesquels la Chine était alors divisée, ce qui occasionnait des guerres continuelles ; il fit ouvrir de grandes routes ; il parcourut tout son empire; il fit exécuter sur plusieurs points des travaux
3Gfi LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES. |
d'utilité publique ; il réforma le calendrier, et réduisit en un seul les cinq caractères jusqu'alors en usage pour l'écriture : ce caractère est celui qui s'emploie encore aujourd'hui. Il fit orner la capitale de monuments d'une somptuosité telle, que l'imagination aurait peine à se les ^ figurer. Ayant reçu de la nature un caractère très-indé-« pendant, il ne tolérait de remontrances d'aucune espèce.
Avisé des désordres dans lesquels vivait sa mère, il . l'exila. Quelques lettrés ayant osé le rappeler a ses devoirs de piété filiale, il défendit sous peine de mort de lui parler de sa mère ; mais comme ils ne tinrent pas compte de cette défense, il en fit mettre a mort jusqu'à vingt-sept, et ordonna de leur couper les pieds et les mains, qui furent exposés en public. Néanmoins il finit par rappeler sa mère. L'animosité entre lui et les lettrés ne fit que s'accroître. Une discussion s'étant élevée sur le mode du gouvernement de l'empereur, il en fut tellement irrité que tous les livres furent brûlés par son ordre, et quatre cent soixante lettrés qui avaient osé lui faire une opposition ouverte perdirent la vie dans une grande fosse où on les jeta.
Cette mesure violente fut suggérée h. l'empereur par son premier ministre, lequel lui tint un discours dont j'extrais les passages suivants :
a 11 faut avouer que les gens de lettres sont, en général, bien peu au fait de ce qui concerne le gouvernement.... de pratique, qui consiste à retenir les hommes dans les bornes de leurs devoirs réciproques. Avec toute leur prétendue science, ils ne sont, en ce genre, que des ignorants : ils savent par cœur tout ce qui s'est passé dans les temps les plus reculés, et ils ignorent ou font semblant d'ignorer ce qui se passe même sous leurs yeux. — Prévenus en faveur de l'antiquité, ils en admirent jusqu'aux sottises, et sont pleins de mépris pour tout ce qui n'est pas exactement calqué sur des modèles que le temps a
presque entièrement effacés de la mémoire des hommes. — Incapables de discerner ce qui était convenable autrefois d'avec ce qui ne convient nullement aujourd'hui, ce qui était alors utile et peut-être môme nécessaire, de ce qui serait très-certainement préjudiciable dans le temps où nous vivons, ils voudraient que tout se fît conformément à ce qu'ils lisent dans leurs livres. — A les entendre, on ne doit vous regarder que comme un prince bouffi d'orgueil qui se préfère sans pudeur a tout ce que l'antiquité a eu de plus respectable; que comme un prince d'un esprit futile, d'un caractère inquiet et remuant, qui bouleversé tout, qui renverse tout dans l'empire; si vous publiez quelque édit, ils croient y découvrir de l'injustice ou tout au moins de l'inutilité; si vous donnez quelque ordre, ils l'éludent, ils en critiquent jusqu'aux termes dans lesquels il est conçu, ils font tous leurs efforts pour le rendre méprisable; si vous faites travailler à quelque ouvrage public, vous grevez, disent-ils, le peuple, vous opprimez vos sujets, vous en faites les malheureuses victimes de vos caprices... — De pareils discours, répétés sans cesse, éteignent dans le cœur de vos sujets toute affection pour vous. Ce sont des semences de révolte qui germent insensiblement, qui poussent de profondes racines, et qui ne tarderont pas, si vous n'y mettez bon ordre, de prendre tout leur accroissement au dehors. — Les lettrés forment dans l'empire une classe d'hommes a part. Pleins d'eux-mêmes, infatués de leur prétendu mérite, ils ne voient de bien que ce qui se fait conformément à leurs idées ; ils ne voient le beau que dans les usages surannés, que dans les cérémonies antiques, qui ne peuvent avoir lieu de nos jours ; ils ne trouvent de véritablement utile que cette vaine science qui les élève si fort à leurs propres yeux, et qui, dans la réalité, les rend inutiles à tout le reste du genre humain. Oserai-je, seigneur, vous proposer ici sans détour ce qu'il me paraît que vous devriez faire... Ce sont les livres qui inspirent à vos orgueilleux
lettrés les sentiments dont ils se glorifient; ôtons-leurles livres... A l'exception des livres qui traitent de médecine et d'agriculture, de ceux qui expliquent la divination par la Koua, ou lignes de Fou-hi, et des mémoires historiques de votre glorieuse dynastie..., ordonnez, seigneur, qu'on brûle généralement tout ce fatras d'écrits pernicieux et inutiles dont nous sommes inondés ; ceux surtout oiiles mœurs, les actions et les coutumes des anciens sont exposées en détail. »
Cette période de l'histoire de la Chine, dont nous devons surtout la connaissance aux investigations faites par le Père Amyot, offre un grand intérêt. On y voit quelles sont les difficultés qu'aurait à vaincre quiconque voudrait opérer des réformes en Chine, et de quelle mission se croient chargés les lettrés : chacun d'eux se prend pour un petit Confucius. J'entends ceux qui sont honnêtes et dont le caractère est indépendant. Le tombeau du roi Thsin-chi-hoang-ti fut détruit et pillé après sa mort, et le pays continua et continue d'être ce qu'il était auparavant. Mais les paroles que nous venons de copier, prononcées il y a deux mille cent ans par le ministre de ce remarquable souverain, ne seraient-elles pas applicables aujourd'hui même et ne devront-elles pas être répétées par ceux qui ont k régénérer ce grand empire?
Le missionnaire français M. Hue, bien connu en Europe par les très-remarquables voyages qu'il a faits en Chine, en Tartarie et au Thibet, eut d'étroites relations dans ce dernier pays avec le célèbre Kishen, un des commissaires impériaux établis a Canton pendant la guerre de 1840, et qui avait été aussi ministre d'État. Par suite du peu de succès qu'il eut dans ses fonctions lors de la susdite période, il fut envoyé au Thibet en qualité d'ambassadeur, et eut indirectement ce pays à gouverner.
Dans une de ses conversations familières avec le missionnaire Hue, il lui parla des événements ci-dessus
rapportés et lui dit (selon ce que me raconta le même M. Hue) à peu de chose près ce qui suit :
a Si on me laissait faire, j'aurais battu les Anglais avant que six mois se fussent écoulés. Nos armes sont bonnes pour lutter avec les soldats du Thibet, de la Corée et des autres pays qui nous entourent, parce que les leurs sont encore plus arriérées, mais les nôtres ne servent à rien pour combattre contre les Anglais.
« J'aurais en peu de temps des bateaux à vapeur, des fusils à percussion, de l'artillerie et des régiments disciplinés a l'européenne, et j'expulserais des côtes de Chine jusqu'au dernier Anglais; mais si je disais de telles choses à Pékin, on me ferait couper la tète. »
Peu avant la guerre précitée, un commerçant de Canton qui, ayant navigué par navires étrangers, connaissait tout l'avantage de la forme de leur gouvernail sur celui des jonques, en lit fabriquer une à laquelle il fit poser seulement un gouvernail a l'européenne. Avant même qu'il eût pris la mer, il fut dénoncé au mandarin, qui ordonna de détruire ou de brûler la barque, frappant en même temps le novateur d'une amende pour avoir tenté de se soustraire aux prescriptions de la loi établie.
Dans la maison d'un riche négociant de Macao, nommé J.-Y. Jorge, se passa ce que je vais raconter et dont je tiens le détail de sa propre bouche. Dans cette ville les planchers des habitations sont en bois, et on a coutume de les couvrir de couleurs qui forment des dessins imitant un tapis ou une toile cirée.
Cette sorte d'ornements s'opère au moyen de force coups de pinceau, prend beaucoup de temps aux artistes chinois, et ne laisse voir qu'une œuvre bien imparfaite. Le sieur Jorge suggéra à son peintre-décorateur l'idée d'employer les cartons percés à jour dont on fait usage en Europe. Le décorateur chinois adopta cette idée im-