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porte que l'autocrate enfoncerait à toute heure d'un coup de sa botte.
Si l'on désire former une barrière solide contre la Russie du côté de l'Europe, il est nécessaire d'établir à la place de cette pauvre mourante Turquie, de cette Turquie qui iii'existe que par la protection et les sacrifices des pays chrétiens de l'Occident, il est nécessaire, dis-je, d'établir une vraie puissance renfermant la force en ellemême : une puissance jeune, active, chrétienne, européenne, constitutionnelle; il convient, il faut enfin ren- DPcE les Dardanelles aux Grecs, C'est le seul moyen d'en finir avec la question d'Orient, qui coûte déjà a l'Europe tant de sang et tant d'argent, et qui se renouvellera, d'une manière ou d'une autre, aussi longtemps que Constantinople ex^istera entre des mains caduques et demi-barbares.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai conçu ces idées; je les exprimai déjà en 1835 quand je visitai ces régions, dans un voyage d'information politique et commerciale que j'exécutai dans tout l'Orient par ordre de mon gouvernement. J'en donne la preuve en copiant ici une dépêche que je lui adressai sur ce point spécial; elle fut publiée alors dans la gazette du gouvernement, a Madrid, et plus tard dans un petit recueil de dépèches mises par moi à la fin d'un volume de mélanges divers en vers et en prose (*). Je la recommande aux hommes d'État : peutêtre est-il encore temps de prendre en considération mon projet, qui pourrait épargner beaucoup de sang, et contribuera l'équilibre et a la paix du monde.
On confia (1830) la confection du royaume hellénique à un congrès de plénipotentiaires. Pour la première fois la diplomatie fut chargée de la noble mission de constituer un peuple. C'était un grand progrès vers la civilisation. Malheureusement l'œuvre du congrès fut un avorton.
0 Foi-ipoùrri littéraire, etc. Madrid, I8i6.
On fonda une nation de six cent mille Grecs pauvres et ignorants, ayant à soutenir un roi avec toutes les charges d'une cour et d'un gouvernement 1 Le résultat fut celui auquel on pouvait s'attendre. On dut d'abord procurer de l'argent au nouveau roi : la Russie, la France et l'Angleterre s'obligèrent à payer Tintérêt annuel de l'emprunt; elles ont encore a le payer, et Dieu sait quand elles se verront débarrassées de cette charge.
La diplomatie répondit alors bien mal a ce qu'on avait droit d'attendre d'elle ; c'est donc a la diplomatie a relever son honneur. Puisse-t-elle un jour réparer sa faute et faire de la Grèce un vrai peuple digne de son histoire, qui, renaissant de ses cendres, devienne le mur capable de protéger l'Occident contre les irruptions du Nord!
J'ajoute un mot. Si l'on fondait un solide empire grec à Constantinople, et si l'on créait à Paris une diète universelle^ ou au moins une diète européenne^ afin de résoudre par la discussion les questions internationales, on ferait un grand pas pour arriver au véritable état de civilisation. Du reste, l'idée d'une assemblée européenne permaii^ttte ne peut manquer d'être réalisée tôt ou tard. La Grèce ancienne a eu jadis son congrès à'amphiciyons. Pourquoi donc notre siècle ne pourrait-il s'élever au niveau de l'époque des Socrate et des Platon ? *
COMMUxMCATlON ADRESSÉE, E^ 1859, DE CALCUTTA AU MIÏ^ISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES A MADRID, SUR LE MEILLEUR AR- RANGEM£:«T A ADOPTER POUR LES AFFAIRES D'ORIENT.
« Monsieur le Ministre, « Quoique je me trouve dans l'Inde, maintenant que les destinées de l'Orient fixent l'attention de l'Europe, je crois devoir soumettre a Votre Excellence quelques considérations basées sur la connaissance que j'ai acquise du pays, par suite du voyage que j'y ai fait par ordre de Sa Majesté. Ces considérations seront nécessairement dans
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bien des cas la reproduction d'idées que j'ai déjà exposées dans des communications antérieures. Pour plus de clarté, je rattacherai tout ce que j'ai a dire a ces trois questions, qui formeront la division du présent écrit :
« Quelles sont actuellement la force et la situation de l'empire ottoman?
a Cet empire doit-il être régénéréou supprimé?
« Quelle puissance ou quelles puissances d'Europe devrait-on mettre en possession des contrées qui composent cet empire, afin de ne pas troubler l'équilibre européen?
« Je commencerai par traiter de la situation et de la force actuelles de l'Egypte. — L'état de misère et de dénument auquel Méh émet-Ali a réduit les malheureuses populations qui boivent les eaux du Nil, afin d'entretenir sous les armes un dixième de ces populations, a été trop bien observé par tous les voyageurs contemporains et décrit avec trop de détails dans tous les journaux de l'Europe, pour que je m'arrête a le dépeindre. Et ce n'a pas été là l'unique conséquence du système de monopole adopté par ce despote financier. Toutes les terres étant devenues la propriété d'un seul maître, la culture a diminué, malgré les améliorations agricoles réalisées par le génie et l'activité presque incroyable de ce seul maître ; et si, d'un côté, les plaines de la basse Egypte produisent le coton, qui est leur principale ressource, d'un autre côté, la haute Egypte ne donne plus les abondantes récoltes de fèves et de blé qu'elle produisait autrefois. La culture du sucre, de l'indigo, de l'opium, s'est réduite à presque rien; la population a décru dans une proportion déplorable ; le commerce de l'ivoire et de la poudre d'or du Darfour est allé chercher d'autres voies où il n'ait point a craindre de vexations, et le café«de Moka arrive à Alexandrie sur des navires européens, après avoir, sur des vaisseaux américains, tourné l'Afrique et doublé U cap de Bonne-Espérance,
« Mais comme, lorsqu'il s'agit de la force d'un État, c'est surtout de ses ressources militaires que l'on se préoccupe, examinons en peu de mots la situation de l'armée de Méhémet-Ali. Les améliorations qu'elle a reçues ont été singulièrement exagéréas par plusieurs voyageurs, surtout par le maréchal Marmont. Il dit, entre autres choses, que l'artillerie égyptienne est une* excellente artillerie de campagne, et que sa cavalerie ne laisse rien à désirer. — Mais d'abord l'armée égyptienne manque de deux choses essentielles, je veux dire d'un corps d'étalmajor et d'un corps du génie. Dans l'infanterie, il y a quelques régiments de la garde d'Ibrahim-Pacha qui, dans des manœuvres, pourraient figurer comme des troupes régulières dEurope; mais linstruction de tout le reste est extrêmement superficielle, et il est bien rare d'y voir dix hommes de front marcher bien alignés. Les officiers ne savent ni lire ni écrire. Les officiers supérieurs, et particulièrement les colonels, sont des mamelucks {esclaves blancs; du pacha, qui peut compter absolument sur leur fidélité, et il en est de même dans la cavalerie; mais leur instruction est généralement si nulle, qu'avant d'aller a la parade, ils sont obligés détudier, avec l'officier européen faisant les fonctions d'instructeur, les termes de commandement dont ils auront à faire usage. Quant a l'artillerie, le plus grand éloge qu'ait pu m'en faire le colonel Séquéra, qui l'a organisée en Egypte, c'est que tous les officiers de cette arme savent lire et écrire, et que quelques-uns connaissent la géométrie. On peut juger de l'état de perfection de la cavalerie par le trait suivant : en 1837, Ibrahim-Pacha, ayant besoin pour sa cavalerie de soixante officiers, fit mettre en ligne tous les élèves de l'établissement de Guise sous la direction du colonel Yarin, et, sans s'occuper le' moins du monde de leur degré d'instruction, sans même jeter les yeux sur les notes d'examen que lui présenta le directeur de l'école, il alla choisissant dans les rangs les jeunes II. ÎT.
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gens qu'il trouva plus de son goût. Ce fait peut aussi donner une idée de ce qu'est en réalité ce vainqueur des Turcs, qui a été et qui est encore regardé par bien des gens en Europe comme un général consommé. Les Égyptiens, organisés a l'européenne, ont perdu la valeur personnelle; quanta la stratégie, elle est inutile lorsqu'on manque de bons généraux et de bons chefs de corps, lorsqu'il n'y a ni ordre ni discipline. Ajoutez à cela que les soldats font les nouveaux exercices par force et sans en comprendre l'utilité. Il est bien certain que de pareilles troupes placées en présence d'Européens seraient tout au plus ce qu'étaient au commencement les Moscovites de Pierre-le-Grand en présence des troupes de Charles XII, et que le premier boulet qui pénétrerait dans leurs rangs y apporterait la confusion et serait un signal de déroute. Mon opinion est que, si toute l'armée du vice-roi, qui compte plus de cent mille hommes de troupes régulières et de quarante a cinquante mille irrégulières, était rangée en bataille dans une plaine, il ne faudrait pour la disperser immédiatement qu'une division formée de deux bons régiments d'infanterie européenne, d'un régiment de cavalerie et do quelques pièces de campagne. L'armée ottomane comprend en outre les troupes turques ; mais elles sont bien inférieures encore aux égyptiennes, et ne peuvent être regardées que comme une caricature de troupes européennes.
a La flotte turque se compose d'environ cinquante navires de différentes grandeurs, avec de mauvais matelots et des officiers profondément ignorants. L'escadre égyptienne compte de trente-cinq a quarante navires, avec quatorze mille marins, bien supérieurs aux marins turcs; mais les vaisseaux, a l'exceptionde quatre, sont si mal construits, qu'ils ne pourraient tirer quatre heure^sans couler bas.
« Les gouvernements turc et égyptien , par l'effet de. leurs dissensions et de leur rivalité, ont réduit leurs sujets a la misère, épuisé toutes leurs ressources et perdu
toute popularité. L'empire ottoman enfin est depuis plusieurs années en proie à une guerre civile qui le dévore; par conséquent, la conquête de cet empire serait l'entreprise la plus facile pour toute puissance européenne qui n'en serait pas empêchée par les autres gouvernements.
« Sur la seconde question, qui est de savoir si Ton doit régénérer l'empire ottoman ou le faire disparaître, je ferai observer avant tout qu'en politique, il faut distinguer ce qui serait bon de ce qui est praticable ; ainsi donc, sans m'occuper pour le moment de décider si la régénération serait convenable, j'examinerai si elle est possible. Un grand écrivain a dit que les nations périssent quand elles perdent leur religion. Que cette maxime soit juste ou non dans sa généralité, il est certain que l'empire ottoman, composé de peuples très-différents par leurs langues, leurs usages, leurs costumes, leurs caractères, de peuples qui n'ont pas la moindre idée de l'honneur, ne peut demeurer uni que par la religion, ne peut combattre que sous l'influence du fanatisme. On sait que la politique de Mahmoud II, aussi bien que celle de Méhémet-Ali, a été de détruire la supers^tition en luttant contre les préjugés, et en introduisant des réformes souvent en contradiction avec la loi du Coran. Ils semblent avoir été de l'opinion de Volney, qui dit que les musulmans ne peuvent se civiliser qu'en perdant leur religion. Il n'y a pas jusqu'au costume osmanli qui n'ait été remplacé à Constantinople par le pantalon et la redingote européenne. Ce serait pourtant une grande erreur de croire que ces innovations ont pénétré dans l'esprit de la masse des peuples. J'ai fait observer que dans les armées turque et égyptienne, il y a bien peu d'officiers qui sachent signer leur noi^ , et en Egypte , où l'instruction est en progrès, par l'effet des efforts extraordinaires du vice-roi, on voit un très-grand nombre d'enfants a qui leurs mères ont coupé le pouce de la main droite,
alin qu'ils ne soient pas contraints d'aller a l'école. Partout le gouvernement est impopulaire : seulement on a obéi à l'homme qui massacra les mamelucks dans un guet-apens, et à celui qui réduisit en cendres les janissaires. Peut-être existe-t-il un parti en faveur du nouvel ordre de choses ; mais ce parti est incontestablement fort peu nombreux, et pour le prouver on pourrait citer bien des exemples. Le résultat est que les masses ne voient dans les réformes que la misère où les ont réduites les dépenses extraordinaires de leurs gouvernements, sans compter la répugnance et même l'indignation qu'elles éprouvent en voyant leurs chefs mépriser la religion de Mahomet. De ces masses, tant à cause de la pauvreté où elles se trouvent que de Tesprit qui les anime, on ne peut attendre ni héroïsme ni sacrifices. En même tempsil faut avouer que la foi, chez ces peuples, s'est singulièrement affaiblie. Les pèlerinag'es a la Mecque ne sont plus, pour ainsi dire, que des caravanes de commerce. Les soldats de Méhémet-Ali ont fait feu sur les troupes du chef de leur religion. En Egypte, on voit les femmes lier publiquement et impunément des relations d'amour avec des chrétiens. A Constantinople, l'étendard du prophète ne produit presque plus de sensation. Dans cet état de choses, que veulent dire ceux qui demandent la régénération ou la restauration de l'empire ottoman ? Prétendent-ils lui rendre la Grèce, les îles de l'Archipel, en un mot toutes les positio\is qu'il avait au temps de sa jeunesse ? Non assurément. Se propose-t-on de détruire l'œuvre des civilisateurs modernes et de rendre aux sectateurs de Mahomet leur fanatisme religieux, et leur zèle pour convertir tous les infidèles avec l'argument du cimeterre ? Certainement, ce n'est pas là non plus ce qu'on désire, et d'ailleurs ce serait une ejjtreprise difficile à réaliser. S'agit-il donc d'avancer dans la voie où l'on est entré, et de faire de la vieille et barbare Turquie une jeune nation, une nation à la moderne, avec l'abolition de
SUR LE CANAL DE SUEZ. il'
resdavage, la liberté de la femme, un code de lois et une représentation nationale? Tout cela est possible sans doute ; mais qui ne voit le temps qu'exigerait une pareille révolution? Et qui peut répondre que, pendant tout ce temps, la Turquie conservera son indépendance? Les Arméniens, les Grecs, les autres chrétiens de diverses communions et les juifs composent beaucoup plus de la moitié des sujets de la Porte. Les Turcs n'y forment qu'une simple minorité et ne dépassent pas le chiffre de deux millions. N'est-il donc pas évident que la première guerre qui éclatera entre les grandes puissances sera le signal de la chute du trône des Osmanlis? Et quel avantage trouverait-on a conserver ce trône, qui n'a servi qu'à naturaliser l'ignorance dans une des contrées les plus délicieuses de la terre, et a soumettre ses habitants au fouet d'un despotisme brutal? — Espérerait-on élever par là une barrière contre la Russie ? — Mais n'est-il pas évident qu'avant que la barrière soit élevée, le colosse aura eu le temps d'en démolir les fondements et de se rendre maître de tout le pays ? Il me semble incontestable à moi que le moyen le plus prompt, le plus sûr et peut être le seul, d'éviter que l'Autocrate ne s'établisse aux Dardanelles, que le moyen, dis-je, d'élever une digue contre son ambition, c'est de retirer les positions de Constantinople, Saint-Jean-d'Acre et Alexandrie, des faibles mains entre lesquelles elles se trouvent, et de les remettre à une puissance capable d'en faire le boulevard de la liberté naissante et de la civilisation. «Les Turcs, a dit Montesquieu, sont campés en Europe. » Oui, répétons-nous à notre tour, ils sont campés en Europe, et il est temps qu'ils décampent.
« Nous arrivons à la dernière question . — Quelle nation ou quelles nations devra-t-on élever sur les ruines de l'empire ottoman ? — Je ne m'arrêterai pas à faire ressortir l'importance des Dardanelles et de l'Egypte; c'est un sujet sur lequel on a déjà assez parlé, J'appellerai
seulement l'attention sur la Syrie, a laquelle n'ont pas suflîsamnicnt songé les hommes qui se sont occupés de la politique de l'Orient. La puissance qui possédera la Syrie pourra aisément attaquer l'Inde. Le désert qui sépare la Syrie du Béloutchistan est une plaine parfaitement unie, dont le sol est ferme, et qui se couvre d'herbe au printemps. Il est peuplé de tribus nomades formant plus de cent mille tentes. Une armée de vingt mille hommes, partie de Damas avec des chameaux transportant de l'eau et des vivres, pourrait, après une marche de quarante a cinquante jours, arriver, avec toute son artillerie et sa cavalerie, dans les environs de Bassora, sans rencontrer plus de difficultés qu'on n'en aurait à traverser le Prado de Madrid. On n'aurait pas grand'peine à décider les Arabes a appuyer une pareille entreprise; car toute armée qui entrerait dans le désert se mettrait entre leurs mains, et n'aurait là rien a conquérir. On sait que Lascaris avait enrôlé quatre cents tribus au service de Bonaparte pour le moment où celui-ci exécuterait son projet de marcher sur l'Inde. Avec une somme de 10 a 15 millions de réaux (3 à 4 millions de francs) on pourrait louer cinquante mille chameaux pour faire ce trajet. Si l'armée partait d'Alep, on pourrait aller par la Mésopotamie, sans avoir à traverser aucun désert, et trente jours suffiraient pour le voyage. Depuis Bassora, en suivant le littoral du golfe et en passant par le Béloutchistan, elle trouverait tous les habitants disposés à marcher avec elle contre les Anglais. Lorsqu'elle s'avancerait a travers le S.cinde elle Lahore, le nombre de ses alliés grossirait comme les eaux d'un fleuve qui reçoit a chaque instant des affluents. Alexandre, avec un nombreux corps de troupes, quoique ce pays lui fût absolument inconnu, à ce point qu'en descendant l'Indus, il croyait naviguer sur le Nil et se diriger vers l'Egypte, Alexandre alla depuis le pays de Lahore jusqu'à celui oii est Bagdad sans rencontrer aucun obstacle qu'il ne surmontât. Il va sans dire que cette en-
treprise serait bien plus facile a un gouvernement étalili à Bagdad.
Quelle est donc la puissance qui pourrait s'élever sur les ruines du Croissant, sans que la Russie en profitât, sans que l'Autriche, la France et l'Angleterre pussent en prendre ombrage? Cette puissance ne peut évidemment être autre que la Grèce. En effet," la Grèce est une nation a demi orientale. Des huit millions de Grecs qui existent, sept et demi sont encore sujets des Musulmans. Des milliers de Grecs connaissent les langues turque et arabe ; enfin Constantinople est une ville grecque, KovaTavcivou-oXi?, Avec la possession de la Pioumélie, des Dardanelles, de l'Asie Mineure, de la Mésopotamie jusqu'à Bagdad, de la Syrie et de lÉgypte, la Grèce serait un empire de second ordre, capable de tenir tète a la Russie. L'esprit de la Grèce moderne est constitutionnel, et il est incontestable que cette nation marche vers la liberté. Cet esprit se prononcerait avec bien plus d'énergie, dès que la Grèce posséderait Constantinople, parce qu'elle serait alors le but de toutes les menées de la politique russe. L'Autriche, qui s'opposa a Témancipation de la Grèce, parce que cette émancipation devait affaiblir la Turquie, qui servait de barrière contre la Russie, ne devrait pas s'opposer a une combinaison ayant pour'but d'élever contre la Russie une barrière puissante. La France, qui n'a pas dans le Levant des intérêts vitaux devrait voir avec plaisir la question d'Orient se terminer par un dénoûment qui ne livrerait ces contrées ni à la Russie ni a l'Angleterre. L'Angleterre enfin devrait voir dans la jeune Grèce une puissance amie, qui la délivrerait des inquiétudes que lui cause sa rivale, et qui lui éviterait peut-être une rupture avec la France. Il est certain que la Grèce, avec les excellents marins qu'elle possède, tirerait parti de ces positions; mais ce peuple est le moins manufacturier de la terre, et la puissance navale qu'il pourrait entretenir ne serait jamais que de troisième
ordre. Le revenu de ce gouvernement ne pourrait être au plus qu'un dixième de celui du gouvernement anglais, et, obligé de tenir en respect les habitants de la Nubie, les puissantes tribus qui entourent la Syrie et l'Egypte, et de plus les Russes, il devrait avoir constamment sous les armes au moins de cent à cent cinquante mille hommes, ce qui absorberait toutes ses ressources. La Grèce, comme je crois l'avoir démontré dans mon long Mémoire sur la situation de ce nouveau royaume, doit, ou cesser d'exister, ou obtenir un territoire plus étendu. Enfin l'arrangement que je propose ne serait désavantageux que pour la Russie, nation dont on veut arrêter la marche envahissante, et si la souveraineté du Levant doit être concédée a une puissance par un protocole, cette puissance, à mon avis, ne pourra être autre que la Grèce . . .
« Dieu garde Votre Excellence, etc. » *